Affirmation de soi : ne plus être trop bon, trop con

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Affirmation de soi

Les gentils garçons sont légion. Peut-être même en faites-vous partie. Un gentil garçon, c’est un homme, trop bon trop con, qui tire l’essentiel de sa propre fierté et de l’estime qu’il a de lui-même des services qu’il rend aux autres. C’est donc un être dénué d’autonomie, puisqu’il attend des autres qu’ils le valident et qu’il ne sait pas exister autrement qu’à leurs yeux. Si vous êtes dans ce cas, il est temps que cela cesse.L’être humain vivant en société, il est normal de chercher du soutien et de la validation dans le regard des autres. Normal, également, de chercher dans une certaine mesure à éviter les conflits en se rendant plus agréable, en évitant de déranger, etc. Mais tout est question de mesure.

Anatomie du gentil garçon

Au premier abord, le gentil garçon est un petit saint : il est sympathique, généreux, tolérant, poli, ouvert. Mais qui gratte sous le vernis social s’aperçoit rapidement qu’en réalité, c’est un être apeuré, angoissé, et surtout incapable de conflit. Il n’est pas sympathique, il a peur des autres ; il n’est pas généreux, il n’ose pas dire non ; il n’est pas tolérant, il a juste peur d’exprimer son désaccord ; il n’est pas poli, il est lâche ; il n’est pas ouvert, il est seulement incapable de se défendre.

Ce qui caractérise le gentil garçon, c’est son approche passive des relations et de la vie en général : au lieu de prendre sa propre voie, il laisse les autres le guider, se laissant généralement glisser le long de sa pente de moindre résistance. Il n’a pas vraiment choisi ses études : il a juste pris la filière dans laquelle il avait les meilleures notes au lycée ; il n’a pas vraiment choisi ses amis : il traîne juste avec les gens qui veulent bien de lui ; il n’a pas vraiment choisi sa femme, ni son boulot, ni ses hobbies … au fond, s’il fait un retour sur lui-même et un petit bilan, il se rendra rapidement compte qu’il n’a pas choisi grand-chose.

Parce qu’il est dépourvu d’identité, d’objectifs et de virilité propres, le gentil garçon passe son existence non pas à faire ce qu’il voudrait mais à faire ce qu’il croit que les autres pensent qu’il devrait faire. Les « autres » en question pouvant être ses parents, sa femme, ses enfants, son patron, ses collègues … ou même personne en particulier : juste le public invisible pour lequel il a parfois le sentiment de jouer.

Affirmation de soi trop bon trop con

Le gentil garçon tire la plupart de son estime de lui-même du regard que les autres lui portent.

Sortir du rôle de gentil garçon

Si vous êtes coincé dans un rôle de ce genre, vous vous rendre rapidement compte qu’il est souvent impossible de conserver certaines relations tout en changeant votre rôle : conservatisme de groupe aidant, il est plus facile d’acquérir un nouveau rôle dans un nouveau groupe social que de changer votre rôle défini en un coup de baguette magique.

La frustration face à la résistance passive d’un groupe que l’on apprécie par ailleurs peut amener pas mal de gentils garçons repentis à des accès de colère, voire dans certains cas de violence. C’est compréhensible mais cela reste une mauvaise idée. Le ressentiment est rarement un bon conseiller.

L’agressivité dont peuvent faire preuve un certain nombre de gentils garçons une fois qu’ils se sont rendus compte qu’ils ont été exploités toute leur vie est en général inappropriée. En effet, ils cherchent, d’un large mouvement de balancier, à passer d’un extrême à l’autre : ils étaient dominés, ils se veulent dominateurs, voire espèrent tirer une vengeance. C’est oublier deux choses : premièrement, qu’il n’y a pas que ces deux possibilités extrêmes et qu’on peut très bien, dans de nombreuses situations, n’être ni l’un ni l’autre ; deuxièmement, qu’en faisant cela ils ne font que répéter le même schéma, la seule différence étant leur attitude. La soif de vengeance, c’est encore une manière de dépendre du regard de l’autre. La volonté de lui faire payer, c’est une volonté de maintenir le dialogue malgré tout.

Entre l’agressivité et la passivité docile, peut exister un juste milieu : l’affirmation de soi.

Timidité et affirmation de soi

S’affirmer, ce n’est pas nécessairement être agressif : c’est savoir poser sa propre personne et ses propres intérêts face aux autres

Définir l’affirmation de soi

S’affirmer, c’est être capable, dans ses relations avec les autres, de faire preuve d’une saine confiance en soi-même et d’un amour raisonnable de sa propre personne. Se souvenir de ses intérêts, savoir les placer dans un ordre de priorité clair. Respecter les désirs et les aspirations des autres, tout en se souvenant que, dans les limites du raisonnable, il est tout à fait normal de donner priorité aux siens propres.

S’affirmer, c’est abandonner l’idée que les autres peuvent ou doivent lire vos pensées : c’est dire les choses, d’une manière directe et honnête mais qui n’a pas besoin d’être agressive. Si quelque chose vous dérange, vous vous autorisez à parler. Si vous souhaitez une chose, vous la demandez. Et le tout en restant calme et courtois.

Dans le même temps, vous comprenez bien entendu que s’il est de votre droit d’exprimer vos opinions, besoins ou envie, il est également du droit des autres d’en faire autant, mais également de refuser vos demandes ou de ne pas être en accord avec vous. Comme vous êtes un adulte, vous ne prenez pas cela comme des agressions et ne vous mettez pas en colère quand cela arrive : vous restez maître de vous-même et cherchez à établir s’il est possible de trouver un compromis ou un arrangement.

S’affirmer, c’est aussi comprendre que parfois (souvent, même), vous n’obtiendrez pas ce que vous voulez. Mais qu’affirmer vos souhaits n’est quasiment jamais un handicap. Et qu’en réalité, cela vous aidera bien souvent.

Affirmation de soi : ce qu’on y gagne

Une bonne partie du stress que nous accumulons au quotidien vient du fait que notre esprit entre en contradiction avec nos actes ou que nous sommes amenés à faire des choses que nous ne souhaitons pas ou jugeons inutiles. Une saine affirmation de soi permet de réduire son propre stress, tout simplement en refusant certaines choses qui semblent absurdes ou dénuées d’intérêt.

De plus, le fait de manquer à s’affirmer implique, souvent, une colère rentrée et grandissante vis-à-vis des autres, qu’on accuse intérieurement de ne pas sentir, de ne pas comprendre, de ne pas deviner … bref, de ne pas percevoir ce qu’on ne leur dit pas. Une affirmation de soi franche et saine permet d’éviter cela, en exprimant ses aspirations et ses souhaits.

L’affirmation de soi passe par la connaissance de son propre chemin de vie et de ses propres objectifs

Affirmation de soi : le bon état d’esprit

Si vous souhaitez apprendre à mieux vous affirmer, l’essentiel est de commencer par former l’état d’esprit approprié. Ce n’est pas si compliqué mais cela demande quelques exercices intérieurs :

Établir des limites

C’est la première et la plus indispensable des étapes : décidez, une bonne fois pour toutes, de ce qui n’est pas négociable. Le gentil garçon n’a, en règle générale, pas réfléchi à ce genre de choses : si, bien entendu, il tendra à résister à des demandes inhabituelles, on pourra, en revanche, le pousser pas à pas vers elles. Une légende affirme qu’on peut faire cuire une grenouille vivante, à condition de ne pas la plonger d’un coup dans l’eau bouillante ; au contraire, on la plonge dans de l’eau tiède, et on augmente la température petit à petit. Le gentil garçon, tel la grenouille, peut se laisser cuire si on s’y prend avec assez de doigté. Etablir des limites claires, c’est se prémunir contre ce type de manœuvre.

Parmi les limites courantes, on peut placer tout ce qui pourrait compromettre ou mettre en danger votre famille (y compris, donc, le travail trop tardif qui vous empêche trop souvent de voir vos gosses, par exemple), votre santé (y compris le fait de vous empêcher d’avoir une activité sportive régulière), votre bien-être psychologique et émotionnel, etc.

Si vous n’avez pas encore réfléchi à vos limites, il peut être utile de les étudier, en même temps que vos objectifs de vie.

Compter sur vous-même

C’est à vous de résoudre vos propres problèmes. Si quelque chose ne va pas dans votre vie, c’est à vous de faire en sorte que ça aille mieux. Acceptez l’idée que vous êtes pleinement responsable de tout ce qui est de votre ressort mais uniquement de cela. La responsabilité va dans les deux sens et, en ne comptant pas sur les autres pour résoudre vos problèmes, vous les renvoyez également à leur propre responsabilité en ce qui concerne les leurs. Ce qui ne veut pas dire qu’un petit service de temps à autre doit être exclu. Mais petit. Et de temps à autre.

Ne soyez ni passif ni agressif : un homme passif confie aux autres la charge de le diriger. Un homme agressif prend en charge la direction des autres, même s’ils ne le lui ont pas demandé. Dans les deux cas, il s’agit de placer sur ses propres épaules un fardeau inapproprié : trop léger dans un cas, trop lourd dans un autre. Un homme capable de s’affirmer est également capable d’évaluer le juste poids de son fardeau. Il parvient à comprendre ce qui l’implique et ce qui ne relève pas de ses problèmes.

Être responsable

Sachez affirmer ce que vous souhaitez, car la télépathie n’est pas un talent commun au sein de l’humanité. Sachez, surtout, ne pas reprocher aux autres de ne pas savoir ce que vous n’avez pas dit. Vous êtes donc, en partie, responsable de certains de leurs actes, puisque vous êtes responsable du degré d’information dans lequel vous les tenez.

Quelques étapes dans l’affirmation de soi

Si vous avez été par le passé (et êtes peut-être encore) trop bon, trop con, ne vous attendez pas à tout bouleverser en un jour. Mais quelques indices peuvent vous aider à évaluer votre progression et à ne pas lâcher…

Savoir commencer modestement et choisir ses combats

Inutile de braquer tout le monde sur tout dès le début. Apprenez à affirmer une chose avant de passer à une autre. Sachez estimer les sujets sur lesquels il est important de parvenir à une maîtrise de votre existence rapidement, et ceux sur lesquels vous pouvez lâcher du lest dans l’immédiat. Si vous étiez très passif, il est possible de commencer par des choses anodines : dire à votre femme quel film vous aimeriez aller voir, au lieu de la laisser choisir ; affirmer dans quel restaurant vous aimeriez aller manger ; et ainsi de suite. Aussi anodins que ces détails puissent sembler, ils peuvent réellement, pour l’homme rabaissé, être le début d’une libération.

Apprendre à dire je

Vous mettre vous-même au cœur de vos phrases est un bon moyen de vous affirmer. Si vous pratiquez la chose avec délicatesse, il est même possible que vous sembliez, par ce biais, plus poli et plus attentionné. Par exemple, ne dites pas : « Tu veux toujours sortir, jamais rester à la maison, c’est pénible. » mais plutôt « Je suis fatigué. Je comprends que tu as envie de sortir mais si tu le fais, je ne me sens pas assez en forme pour t’accompagner. ».

Dans le même ordre d’idée, il est important d’apprendre à ne jamais s’excuser pour les désirs, les souhaits, les droits ou les aspirations qu’on peut avoir. Il n’y a que pour des actes qu’on peut avoir à s’excuser. A moins que vous ne demandiez quelque chose de totalement déraisonnable, vos souhaits sont légitimes pour la plupart. Et vous n’avez pas à les expliquer, ni à les justifier, tant qu’ils n’impliquent pas de conséquences importantes pour les autres. La plupart des demandes de justifications pour des décisions ou des souhaits anodins ne sont rien d’autre que des tentatives de prise de contrôle sur vous.

S’affirmer, se connaître … et suivre sa propre voie.

Apprendre à dire non

Il est important d’apprendre à refuser. « Non » est un très joli mot, s’il est employé à bon escient et sans agressivité. Si refuser est problématique pour vous au début, vous pouvez toujours essayer de commencer par des « non » plus doux, par exemple en proposant une alternative : « Non, je ne suis pas disponible demain, mais mardi prochain, si tu veux… » peut être un premier pas plus confortable pour certains. Avec le temps, cependant, vous vous rendrez compte de la puissance de ce petit mot et du sentiment de libération qu’il apporte.

Apprendre le silence

Si vous avez été trop bon, trop con toute votre vie, il est probable que certaines personnes n’acceptent pas le changement. Une affirmation de soi, même saine et raisonnable, peut amener des gens à prendre leurs distances. Généralement, ce sont ceux qui profitaient le plus de votre bonté et ne voient plus d’intérêt à vous fréquenter si vous ne leur apportez plus de bénéfices.

Face à ces personnes, le silence est souvent la meilleure solution. Ne cherchez pas une « vengeance » : ce serait déjà leur accorder trop d’importance. Couper les ponts avec les profiteurs peut être suffisant et, déjà, vous apporter de considérables bénéfices en termes de qualité de vie.

Illustrations : Gavin Åaker Paulius Dragunas Joren Devocht Paul Gilmore Taylor Bryant

Julien
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