Antiquité : un esprit de bronze

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Enéide, Iliade, épicurisme, stoïcisme : les références à l’Antiquité sont nombreuses, ici comme chez de nombreux autres auteurs de la manosphère. Pour le néophyte, de telles références peuvent être étranges : n’y aurait-il rien de plus récent qui soit digne d’intérêt dans le cadre de la construction d’une mentalité virile ? Evidemment si. Mais la fin de l’Age du Bronze et le début de l’Age du Fer ont généré des modes de pensée d’une grande puissance et d’une authenticité incontestable, que l’homme sur le chemin des Œuvres Rouges ne peut se permettre d’ignorer. Quelques exemples…

Le droit et la puissance

La pensée antique ignore l’existence du bien et du mal dans l’absolu. Jamais les auteurs antiques ne dépeignent un adversaire comme le Diable en personne ; jamais ils ne prétendent qu’un camp dispose du monopole de la vertu. Il n’y a pas de méchant chez Homère : il n’y a que des hommes aux intérêts et aux idéaux opposés. Pas plus qu’il n’y a de méchant chez Thucydide, ni chez Tite-Live.

Tous le reconnaissent : c’est la force des armes qui fait le droit. Carthage n’avait pas moins de droits que Rome et n’était pas moins vertueuse mais elle a perdu les guerres. Troie n’était pas le repère du Mal, et les Achéens n’étaient pas de purs soldats de la justice ; mais ils se sont montrés plus endurants, plus rusés et pourvus de moins de scrupules que leurs adversaires.  

S’habituer à l’idée qu’il n’existe pas de valeurs universelles transcendantes et que c’est la force qui crée le droit, pour justifier a posteriori ses propres actes, va à l’encontre de la pensée contemporaine, qui tend à nous faire croire que certains principes (les Droits de l’Homme notamment) sont naturels et vont de soi. La pensée antique, au contraire, nous fait réaliser combien ces valeurs ne sont rien d’autre que l’expression de la puissance des dominants. Et que sans puissance, le droit n’est rien. Ce n’est pas la vertu d’une loi qui la fait appliquer, ni la justesse d’un droit : ce sont les glaives. La paix n’est pas l’état naturel des choses, et le conflit n’est pas un scandale : la paix est le résultat du conflit, et ce que le vainqueur impose au vaincu. Elle est le but de la guerre; elle se gagne, et n’est pas naturellement méritée par tous. Ceux qui ne sont pas prêts à défendre leur cité ne la méritent pas.

Le citoyen soldat

Que ce soit à Rome, à Athènes ou à Sparte, il existe dans la pensée antique un lien fort entre la citoyenneté et l’état de soldat. Le citoyen, c’est d’abord et avant tout celui qui est prêt à faire couler son propre sang pour sa cité. Celui qui est prêt à tuer ou à mourir pour les siens. La citoyenneté se mérite, se prouve. Elle n’est pas un droit donné à tous, sans raison ni contrepartie, mais bien plutôt un privilège, réservé à ceux qui savent s’en montrer dignes. Les droits des citoyens sont la conséquence de leur engagement pour la cité.

Un tel principe amène, si on le rapporte à notre époque, à ce constat amer : peu nombreux sont, aujourd’hui, les hommes qui auraient jadis mérité le titre de citoyen.

Le sens du collectif

Capable de gouverner et d’être gouverné (et le second aspect est, contrairement à ce que l’on peut croire, plus difficile que le premier), le citoyen antique est également un être de responsabilité, capable de s’oublier devant l’intérêt collectif.

Une telle conception de la citoyenneté en tant que devoir, et non en tant que justification au moindre de ses propres caprices, disqualifierait nombre de nos contemporains, dont le seul souci consiste, le plus souvent, à la contemplation de leur propre nombril et à la réclamation, encore et encore, de droits estimés comme légitimes, alors même qu’ils ne sont que la réclamation de privilèges de chapelle, et ne sont, surtout, jamais pensés comme la conséquence et la contrepartie d’avantages apportés à la collectivité.

Garder ce type de mentalité à l’esprit permet de faire litière d’un grand nombre de revendications SJW, tout simplement parce qu’elles ne passeraient jamais le filtre de la simple question : « En contrepartie des droits ou des privilèges que vous réclamez, qu’apportez-vous exactement à la cité ? Comment au juste estimez-vous mériter le respect et les avantages que vous souhaitez ? »

On pourrait ajouter encore bien des exemples. Mais ces trois-ci suffisent, en eux-mêmes, à expliquer le goût de la manosphère pour le monde antique : un monde dans lequel les hommes osaient regarder le réel en face, dans toute sa brutalité et toute sa cruauté. Et dans lequel, au lieu de se plaindre, de pleurnicher, de juger scandaleuse cette cruauté, ils considéraient qu’elle fait partie de l’existence et que la nier revient à se plonger la tête dans le sable, à devenir la victime consentante de ceux qui, eux, ont été capables d’embrasser le réel. Une époque dans laquelle il n’était pas nécessaire de quitter le clan des fragiles, parce que les fragiles étaient une minorité, et non la norme. Bien entendu, l’Histoire ne repasse pas les plats. Bien entendu, nous ne revivrons pas l’âge antique, et il ne sert à rien de vivre en anachronisme avec son époque. Nous sommes condamnés au monde tel qu’il est. Mais l’Antiquité, en nous montrant l’exemple d’hommes non encore dévirilisés, peut nous inspirer, nous guider, nous montrer ce à quoi pourrait ressembler une société revirilisée.  

 

Martial
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