Après la Pilule Rouge #2 : le sexe en tant que transaction

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Le sexe n'est jamais gratuit

Quand il s’agit de parler de commerce du sexe, il y a bien des prestataires possibles. Il y a bien entendu les tapineuses qui bossent au coin de la rue, et que chantait jadis Brassens. Mais il y a aussi les épouses de footballeurs, les présentatrices télé analphabètes mais jolies, les « femme de… » et même les « ex-femme de… ». Il y a la midinette fauchée, qui se fait inviter au restaurant par un soupirant plus pauvre encore qu’elle mais qui rêve de la sauter. Il y a la mère célibataire mais encore jolie, qui laisse l’ami de la famille l’aider de temps à autre, lui fait vaguement les yeux doux, l’accueille dans son plumard quand elle sent qu’il s’éloigne un peu, mais ne peut aller plus loin « parce que les enfants ne sont pas prêts. ». Et il y en a quantité d’autres. Qui qu’elles soient, elles ont, à un moment ou à un autre de leur vie, décidé d’une association ou d’une promesse d’association sentimentalo-sexuelle avec un homme, en échange de bénéfices matériels ou symboliques. Chacune a son prix, et aucune n’est gratuite.

Cela, après tout, n’a rien d’étonnant : dans la vie, tout se paie. En temps, en argent, en efforts, en énergie, en tracas, en stress … quelle que soit la monnaie utilisée, chaque chose a son prix. Et le sexe ne fait pas exception. Chaque être, et, dans le cas qui nous intéresse ici, chaque femme, également.

Le sexe en tant qu’instrument d’exploitation

Amour et sexe

Ne vous y trompez pas : l’amour existe. Mais il dépend, comme le reste du Marché Sexuel

Il est amusant de constater que l’un des premiers griefs qu’adressent les femmes (et en particulier les féministes) aux hommes est celui de l’exploitation sexuelle : les femmes seraient, en tant que groupe, sexuellement exploitées par les hommes. La chose est d’autant plus étrange que la réalité des rapports, pour qui a avalé la Pilule Rouge, est exactement l’inverse : en réalité, ce sont les femmes qui exploitent les hommes, dont elles accaparent une portion importante des ressources, en échange d’un accès à leur corps. Ce reproche, toutefois, est absolument logique dans le cadre d’un monde gynocentré : il faut le considérer comme une simple manière de tenter de faire monter les enchères. Le contrat sexe contre valeurs étant établi, on peut espérer obtenir davantage de l’autre en prétendant que sa propre part du contrat nous coûte en réalité plus cher que ce que l’autre croit. Un peu à la manière d’un parc d’attraction qui imaginerait des charges supplémentaires pesant sur lui, afin de justifier une augmentation du prix de son ticket d’entrée. Accessoirement, ce statut victimaire garantit en réalité aux femmes de conserver le pouvoir dans tout ce qui a trait aux rapports sexuels. On l’a bien vu durant l’affaire Weinstein : le producteur, qui proposait aux jeunes actrices un simple échange sexe contre rôle dans un film a été universellement voué à l’Enfer ; les actrices en question, qui ont accepté l’échange et en ont bénéficié, en revanche, sont de pauvres victimes innocentes, et non des complices actives dans le système Weinstein. Pas question, d’ailleurs, de dresser une liste de celles qui doivent leur place à leur cul plutôt qu’à leur talent.

Ce qui choque celles qui tiennent de tels propos, ce n’est donc pas que le sexe est une transaction : c’est que, dans le contrat implicite qui est établi, les hommes tenant leur part de l’engagement, les femmes puissent être poussées à honorer également la leur. 

Chacune a son prix

Pour faire court : chaque femme a son prix. Toutes n’exigent pas autant, ni dans la même monnaie, mais aucune n’est gratuite. Certaines exigent un paiement immédiat et sont très claires quant à leurs attentes ; d’autres sont plus subtiles et attendent de l’homme qui tente de les séduire qu’il aille au-devant de leurs désirs et fasse lui-même l’offrande du prix qu’elles ont fixé (cette stratégie est d’ailleurs généralement plus rentable, puisqu’elle permet de s’accaparer les cadeaux ainsi offerts, tout en pouvant décider après coup de ceux auxquels on accorde une valeur réelle, sans pour autant rendre les autres). Beaucoup iront même jusqu’à nier avoir le moindre intérêt pour le statut social, les revenus ou le patrimoine de l’homme qui tente de les séduire ; celles-là ne peuvent qu’être des naïves (et elles sont rares), des menteuses (et elles sont légion), ou tout simplement tellement chères que, à l’instar des pièces les plus luxueuses d’une collection, leur tarif est si élevé qu’il n’est même pas affiché et entre dans la catégorie « nous consulter ».
Quoi qu’il en soit, la seule manière pour un homme de mettre une femme dans son lit pour rien (en dehors des pratiques illégales et répréhensibles), ou pour très peu, est d’apprendre l’art de la séduction, et d’avoir ce qu’il faut pour se lancer dans une carrière de Don Juan. Ce qui n’est pas donné à tout le monde mais correspond aux réalités de notre époque, dans laquelle les manifestations classiques de la violence masculine (brutalité, force, viol) sont punies, mais pas les manifestations classiques de la violence féminine (manipulation, mensonge, séduction).

Typologies de la transaction sexuelle

En général, les rapports sexuels entre hommes et femmes correspondent à l’une des catégories commerciales suivantes :

  • Le kit de présentation gratuit : un ou des exemplaires gratuits du produit, destinés à séduire un client potentiel et à le fidéliser. Ce kit de présentation gratuit est justement ce que la plupart des séducteurs tentent d’obtenir. Pour cela, ils doivent convaincre leur partenaire qu’ils constituent un bon investissement en temps, car ils pourraient par la suite prendre un abonnement, voire plus. L’accès au kit de présentation gratuit, toutefois, ne dure guère : à l’instar des logiciels dont l’installation est gratuite mais l’usage au-delà de quinze jours est payant, il faut, tôt ou tard, entrer dans le vif du sujet. Ou renoncer à acquérir le produit. Le sexe proposé ici est récréatif (souvent pour les deux, d’ailleurs) mais temporaire.
  • Le paiement cash : c’est la prostitution pure et simple. Il peut s’agir d’un paiement direct, de l’obtention d’un boulot, de la jouissance d’un logement ou autre. Mais dans tous les cas, le contrat est direct et explicite. Sans doute le rapport le plus honnête et franc qui soit. Et, justement parce qu’il est honnête, franc et évident, le seul qui soit interdit, mal vu ou pénalisé.
  • L’abonnement : c’est le rapport le plus courant. Celui qui est au cœur de la plupart des relations de long terme. Le client paie régulièrement, et en échange reçoit les services qu’il attend. Il est à noter, cependant, que la société gynocentrée a entrepris de miner ce contrat. Ainsi, le paiement de l’abonnement reste un devoir (et même souvent une obligation légale) pour le client, tandis que la prestation de service est bien souvent optionnelle ; diverses clauses permettent même à la prestataire de cesser tout rapport avec le client, tout en continuant, pendant des années, à percevoir une partie de l’abonnement, et ce même si elle a trouvé d’autres clients entre-temps. Reste qu’en principe, s’il est mené de manière respectueuse pour les deux parties, l’abonnement reste une formule globalement acceptable, et plutôt acceptée.
  • Le paiement en fin de prestation : ce mode de paiement est généralement lié à un article caché dans le contrat d’abonnement ; le genre d’article qu’on survole sans vraiment y prendre garde mais qui se révèle meurtrier sur le long terme. En effet, beaucoup de client croient avoir simplement souscrit un abonnement ; ils se rendent compte lorsque celui-ci prend fin qu’en plus des forfaits réguliers, ils doivent régler une somme considérable à l’issue de la prestation, et ce qu’ils soient ou non à l’origine de la rupture du pacte. C’est le cas dans la plupart des divorces, mais également dans un grand nombre de situations de séparation informelle, avec ou sans enfant au milieu, dans lesquelles la femme garde l’essentiel des biens du couple.

Comme on le voit, dès lors qu’on n’est plus dans le kit de présentation gratuit, l’homme doit payer pour un accès au sexe.Payer de son argent, de sa personne, de son temps, de son énergie ou autre. Mais il paie de toute manière. Bien souvent, d’ailleurs, il commence à payer (cadeaux, restaurants, invitations, distractions diverses) avant même de savoir s’il encaissera ensuite, et le plus souvent à fonds perdus. Car si le paiement est obligatoire pour lui, la livraison de la prestation, en revanche, est optionnelle pour sa partenaire.

Sexe et prix

L’accès à ses parties génitales a un prix … comme tout le reste

Argument moralisateur : Mais non, vous ne pouvez pas dire que tout rapport est prostitutionnel ! C’est infâme et dégueulasse !

Réponse 1 (pour faire court)

Ce n’est pas moi qui suis infâme et dégueulasse, c’est le réel. Pointer du doigt un phénomène ne veut pas dire qu’on l’estime louable ; cela veut juste dire qu’on indique son existence. Le nier au nom de la moraline est une stupidité.

Réponse 2 (pour développer le propos)

 Ah bon ? Réfléchissez une minute. Prenez n’importe quel couple. Demandez-vous ce qui se passerait si du jour au lendemain l’homme cessait d’y apporter la moindre contribution matérielle. Si la femme a l’espoir que sa contribution pourrait reprendre dans un avenir proche (il va retrouver un travail, il va guérir, il va hériter, il va se sentir mieux, il va sortir de sa dépression…), le couple va pouvoir perdurer un temps. Mais dès cet espoir perdu, le couple va disparaître, généralement à l’initiative de la femme.

A l’inverse, imaginons que ce soit la femme qui cesse soudainement de participer matériellement à la relation. Que va-t-il se passer pour le couple ? Rien : il y aura très certainement des moments de tension et de galère, des difficultés diverses. Mais vous ne verrez quasiment jamais un homme larguer sa compagne au motif que celle-ci est un poids financier. En fait, bien souvent, une telle option ne fait même pas partie du champ des possibles et n’est même pas pensée par lui.

Maintenant, imaginons que la femme décide de retirer du couple tout investissement sexuel de sa part. Il y a fort à parier que, tôt ou tard, l’homme ira voir ailleurs et que cela menacera la relation (surtout si elle le découvre : car si elle estime comme légitime de refuser des rapports sexuels à son conjoint si elle le désire, elle n’estime pas pour autant légitime pour lui d’aller chercher ailleurs ce qu’elle lui refuse).  Mais si c’est l’homme qui retire son investissement sexuel de la relation, il est probable que le couple perdure : certaines femmes peuvent mal le vivre, mais surtout d’un point de vue narcissique ; elles n’aimeront pas l’idée de ne pas être désirées, par exemple, ou encore craindront la perte de leur couple et déprimeront en conséquence. Mais il lui en faudra beaucoup plus pour quitter son homme, surtout si celui-ci continue à lui apporter des valeurs qu’elle juge intéressantes. Si rupture il y a pour des raisons du type « Il ne me rendait plus heureuse », celle-ci a lieu, quel que soit l’état des relations sexuelles au sein du couple.

On a donc bel et bien affaire à un contrat de type sexe contre valeurs. Ce n’est pas bien. Ce n’est pas non plus mauvais. Ce n’est ni moral ni immoral, ni infâme ni glorieux, ni merveilleux ni dégueulasse. C’est tout simplement ainsi.

Ces comportements, d’ailleurs, ne sont pas propres aux rites d’accouplement des humains : on les trouve quasiment à l’identique chez de nombreuses espèces animales, telles que les pingouins (cailloux contre sexe) et les chimpanzés (nourriture contre sexe).

En conclusion

L’aspect prostitutionnel de toute relation sexuelle et sentimentale n’a donc rien d’étonnant, ni de neuf. Et cela n’empêche en rien la sincérité des sentiments que l’on peut avoir par ailleurs.

Dans le monde contemporain, l’accès des femmes au travail et au salariat leur permet de faire considérablement monter les enchères : l’homme n’y est plus le pourvoyeur principal de nourriture du foyer, dès lors que la femme est capable de subvenir seule à ses besoins élémentaires. Il devient le pourvoyeur d’objets supplémentaires, d’un certain degré de luxe et de confort, de bien-être. En clair : puisqu’elles n’ont plus besoin d’un trimard pour assurer leurs besoins les plus élémentaires, elles peuvent viser plus haut. Les diverses politiques sociales, permettant par ailleurs aux femmes de s’émanciper de la tutelle financière du mari (en passant sous la tutelle de l’État, ce qui est à n’en pas douter une profonde libération), ont également contribué à saper le rôle masculin et à faire s’envoler les prix plus haut encore.

Bien entendu, rien de tout cela n’est particulièrement flatteur, et pas plus pour les femmes que pour les hommes. Nous sommes, au même titre que les chimpanzés, une espèce prostitutionnelle : notre approche de la question est seulement plus complexe, moins avouée et plus hypocrite.

TLNR : nous sommes tous des fils de putes.

Illustrations : Sarah Diniz Outeiro Wesley Quinn Mickael Gresset

Martial
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