Après la Pilule Rouge #3 : tricher avec l’hypergamie

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Tricher avec l'hypergamie

Dans la société gynocentrée qui est la nôtre, les femmes sont les actrices principales de la sélection sexuelle. Ce sont elles qui décident quand et dans quelles circonstances auront lieu des relations sexuelles. La stratégie sexuelle de la femelle homo sapiens contemporaine consiste en règle générale à tenter de demeurer aussi longtemps que possible dans une position de choix aussi puissante que possible, lui permettant d’avoir accès au plus grand nombre possible de partenaires de la meilleure qualité possible, en fonction de ce qu’elle a à leur proposer (c’est-à-dire, pour l’essentiel, sa beauté). C’est là le B-A-BA de l’hypergamie, du moins à un niveau individuel.

Au niveau de la société dans on ensemble, les choses sont un peu plus complexes. Depuis l’avènement du féminisme, en effet, nous avons assisté à une exagération et un gonflement de la Valeur sur le Marché Sexuel des femmes en tant que groupe ; dans le même temps, les variations individuelles de VMS se sont amoindries pour elles. Et pour cause : si l’on serine à longueur de journée que toutes les femmes sont merveilleuses, celles qui le sont vraiment en prennent pour leur grade. Si l’accès au moindre vagin est déjà une chance fabuleuse pour un homme, distinguer la dernière des morues de la femme de qualité n’est pas toujours pertinent. Il s’est produit, pour les hommes, un processus inverse : la VMS globale des mâles humains en tant que sexe a été considérablement revue à la baisse, puisque ce sont tous des salauds, harceleurs, machistes, infidèles, violents, libidineux, etc. Mais par contraste, tout homme sortant tant soit peu du lot voit ses avantages considérablement augmentés. L’hypogamie globale souligne les privilèges des alphas.

Règles implicites

D’autre part, à un niveau plus général, il est couramment admis que les gens tendent à se mettre en couple et à se reproduire avec des personnes qui sont peu ou prou de leur milieu, et qui leur ressemblent à un degré ou à un autre. Car une classe sociale, ça n’est pas qu’un degré de revenus, ni qu’un rapport aux moyens de production : c’est aussi une certaine culture, une façon de voir le monde, des modes d’expression, de sociabilité et de communication. Si vous faites un minimum de généalogie, vous pourrez vraisemblablement être frappé par le maintien, souvent sur plusieurs siècles, de certaines parties de votre famille dans la même classe sociale. Pour ma part, quand j’ai étudié l’histoire de mes ascendants, j’ai découvert, par exemple, sept générations successives d’artisans horlogers parisiens ; ou encore, sur une autre branche, une série ininterrompue de petits notables de Province (pharmaciens, médecins, avoués ou vétérinaires ; toujours des professions intellectuelles ; toujours aisés mais jamais vraiment riches ; jamais dans une grande ville, jamais non plus, trois siècles durant, installés dans leur ville natale, mais, de génération en génération, se déplaçant toujours dans la même région de Béarn et Armagnac, où ils sont fixés au moins depuis le temps du bon roi Henri). Bien entendu, il y a des exceptions, des accidents, mais en moyenne les gens tendent à suivre le sillon qui leur a été tracé. Et donc à être attirés par des personnes leur permettant de se maintenir dans ce sillon.

regles implicites du jeu sexuel

Ce n’est pas parce que ces règles sont implicites qu’elles ne sont pas réelles, ni puissantes

Une autre idée à ne pas perdre de vue est le fait que l’hypergamie, en tant que stratégie sexuelle féminine par excellence, ne peut se maintenir dans nos sociétés qu’au prix d’un abaissement systématique des hommes. Ainsi, l’hypergamie féminine sera acceptée, enseignée (mythe du Prince Charmant), rendue sexy et glamour (50 shades of Grey, Bridget Jones…), bref soutenue. On admet volontiers qu’une fille craque pour un homme « qui peut lui offrir la vie dont elle rêve », et ce même si elle est déjà engagée par ailleurs.  Qu’en revanche un homme s’avise à suivre sa pente naturelle, en matière de stratégie reproductive (multiplier les conquêtes et les coups d’un soir, afin d’assurer une dispersion maximale de ses gamètes) alors qu’il est déjà engagé par ailleurs et il deviendra un immonde salaud, une pourriture intégrale. Coucher pour réussir est presque couramment admis ; réussir pour coucher est scandaleux (la preuve : Weinstein est voué à l’Enfer, tandis que celles qui, en couchant avec lui, ont obtenu des rôles que leurs talents ne justifiaient pas ne sont pas des profiteuses, mais bien de pauvres victimes). Tout cela contribue bien entendu à entretenir aussi bien l’hypergamie féminine que l’hypogamie masculine.

Les castes sexuelles

Dernier point à prendre en compte avant d’en venir au vif du sujet : l’existence de catégories au sein de la VMS. Même si elles ne sont pas avouées (du moins en Europe : les Américains, moins faux-culs que nous sur ce plan-là, parlent de leagues, comme en sport), il est implicitement admis qu’en règle générale, les gens seront attirés par des personnes appartenant, grosso modo, à la même catégorie de VMS qu’eux. Ainsi, les gens à la Valeur sur le Marché Sexuel élevée préféreront fréquenter des personnes à la Valeur également élevée ; des personnes à la VMS basse se contenteront souvent de personnes à la VMS également basse. Ça, c’est en théorie. En pratique, hypergamie et hypogamie aidant, ça n’est pas aussi vrai. Une femme à la VMS très basse ne sera que rarement attirée par un homme à la VMS très basse également, et préférera se convaincre qu’elle peut attraper un mec moyen ; le plus souvent, elle ignorera complètement un homme pourtant dans sa league, mais dont la Valeur ne flatte pas assez son propre narcissisme, et ira baver aux pieds d’un type de toute évidence inaccessible, plutôt que d’avoir une relation avec quelqu’un à son niveau. Quant aux hommes à la VMS basse, en bons prolétaires du sexe qu’ils sont, ils se contentent généralement de ce qu’ils peuvent attraper, sans vraiment faire les difficiles. C’est le principe même qui sous-tend 50 shades of Grey : si la série est considérée comme acceptable par les femmes, c’est uniquement parce que le personnage masculin est riche ; s’il était pauvre et que les séances BDSM avaient lieu dans une camionnette, l’histoire n’aurait rien de romantique : on serait dans la manipulation éhontée et le fait divers sordide. C’est aussi ce qui est à l’œuvre dans le harcèlement de rue : bien des harcèlements ne sont scandaleux que parce que l’homme est pauvre, moche et généralement stupide (qu’il a donc une VMS bien plus basse que celle de la femme) : s’il était beau, riche, poli et intelligent, ce sera de la pure séduction et il n’y a aucun mal à cela.

Les hommes, complices de l’hypergamie

Le modèle gynocratique impose donc implicitement aux hommes qu’ils opèrent entre eux un minimum de tri ; on considère comme normal que ceux qui ne sont pas de la bonne catégorie s’abstiennent d’approcher les femmes des castes plus élevées, tout en restant disponibles pour celles des castes inférieures. Ce tri, que les hommes pratiquent par eux-mêmes et inconsciemment, permet aux femmes de perdre moins de temps dans la sélection de leurs partenaires, et agit comme une forme de présélection. Comme une femme ne reste que peu de temps au sommet de sa puissance sexuelle, et que ce temps, déjà précieux, est en plus celui durant lequel elle a le moins d’expérience réelle de la vie, on attend donc des hommes que non seulement ils ne profitent pas de cet avantage qui leur est offert, mais qu’en plus ils contribuent à leur propre sélection.

Cette idée est si fortement implantée dans l’esprit des hommes qu’il est à peu près certain, vous qui me lisez, que vous ayez déjà par le passé renoncé à ne serait-ce que tenter de séduire une femme, simplement parce que vous vous êtes dit qu’elle n’était « pas pour vous », que vous tentiez de taper trop haut, hors de votre portée.

Cette réalité, que nous appellerons autocensure masculine, associé à la tendance sociale décrite plus haut d’une association privilégiée avec des personnes de notre propre milieu, amène à un fait simple : lorsque vous abordez une femme, et que vous le faites selon les codes établis et de manière crédible, celle-ci aura, jusqu’à ce que vous la détrompiez, tendance à croire que la présélection a opéré et que vous appartenez déjà à une catégorie sociale et sexuelle compatible avec la sienne. Souvenez-vous, en effet, qu’une partie de la VMS masculine (statut, argent) est invisible au premier abord, et qu’il est possible, jusqu’à un certain degré, de maintenir l’illusion de sa présence.

Les hommes complices de l'hypergamie

Elle s’attend à ce que vous fassiez, en plus du vôtre, la moitié de son propre travail dans le jeu de la séduction.

Au-delà de l’autocensure

L’autocensure masculine est à l’origine de toutes vos peurs et de toutes vos angoisses au moment de tenter d’approcher une inconnue. Ce n’est pas seulement une peur du rejet : c’est aussi la peur d’aller à l’encontre de conventions établies. Conventions inavouées, mais néanmoins solidement ancrées dans les mentalités. Ainsi, lorsque, malgré vos craintes, vous approchez tout de même une femme qui, en d’autres circonstances, vous semblerait hors de votre portée, vous lui transmettez implicitement plusieurs messages dans le même temps :

  • « Je ne semble pas appartenir à ton monde, mais si je me permets de t’approcher, c’est qu’il y a davantage en moi que ce que tu vois a priori. » : il s’agit ici de jouer sur son hypergamie naturelle et sur son imagination et d’en faire votre alliée.
  • « Je suis autorisé, par toutes les règles implicites auxquelles tu croies et qui soutiennent l’hypergamie que tu pratiques, à te parler. Je suis déjà un partenaire validé. »
  • « Je suis au-dessus des conventions que tu croies être la réalité. Revenons aux fondamentaux : je suis un homme, tu es une femme, j’ai envie de toi. Que réponds-tu ? » : il s’agit là de montrer votre audace et de la ramener à des réalités fondamentales. Accessoirement, il s’agit également de dores et déjà poser un Cadre strict.

D’une certaine façon, on peut donc de tricher avec les règles implicites de l’hypergamie. En refusant de mâcher le travail à la femme qui vous attire, vous court-circuitez dans une certaine mesure les règles qu’elle considère comme allant de soi. Parce qu’une telle confiance en vous-même lui semblera incompréhensible à moins qu’elle ne soit soutenue par un statut, des compétences, des qualités ou un portefeuille énormes, il est fort possible qu’elle vous laisse votre chance. Et si elle ne le fait pas, rassurez-vous : 99% des tentatives de séduction échouent, de toute manière. Ce qui est tout de même mieux que 100%, qui est le ratio pour les séductions non tentées. Bien évidemment, ce principe de refus de l’autocensure ne peut fonctionner que si, sur l’instant au moins, vous êtes crédible : si votre accoutrement, votre manière de parler et votre comportement peuvent laisser croire à la demoiselle que votre approche est légitime, donc.

On pourrait résumer tout cela en un principe simple : soyez résolu à ne plus servir, et vous voici libre, comme l’écrivait jadis La Boétie. Soyez donc résolu à ne plus servir le système gynocentrique. Si une femme ne veut pas de vous, c’est à elle de vous rejeter : ne faites pas ce boulot à sa place. Approcher et tenter de séduire est déjà un lourd fardeau : inutile de vous charger, en plus, de celui du rejet. Cette façon de tricher avec le système est un moyen comme un autre de participer au Marché Sexuel sans en suivre toutes les lois, et, à la manière d’une serial-shoppeuse, tenter de collectionner quelques jolis kits de démonstration

 

Illustrations : Taylor Harding Anna Kolosyuk Alexandru Zdrobău

Martial
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