Bibliothèque masculine idéale #2 : 50 essais et ouvrages théoriques

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essais et ouvrages théoriques

On poursuit le descriptif d’une bibliothèque masculine idéale, entamé la semaine dernière avec 100 récits ou romans. Nous nous attaquons cette fois à des essais et ouvrages théoriques de toutes sortes. Avec, encore une fois, plusieurs a priori : les ouvrages qui suivent ne représentent aucunement une liste exhaustive, ni même un florilège de tout ce que l’honnête homme contemporain devrait avoir lu. Ils ne sont qu’un choix subjectif d’ouvrages importants, et surtout aptes à nourrir une pensée Pilule Rouge. 

Tous ces ouvrages étant des livres pour adultes, un classement par âge n’est pas pertinent. Le classement, ici, a donc été fait par niveau de difficulté. Par « Facile », il faut comprendre « Livre que l’on peut lire sans aucun bagage en philosophie, ni dans le domaine couvert par l’ouvrage. » Plus on monte dans les difficultés, plus les livres sont ardus à lire ou nécessitent des connaissances antérieures pour être bien compris.

A deux ou trois exceptions près, il s’agit d’ouvrages classiques, d’auteurs reconnus. Peu de contemporains, et, à l’exception de Zemmour et de Soral, personne qui sente le soufre (Evola et Weininger ont mauvaise presse mais les gens qui en ont entendu parler sont rares). Vous pouvez afficher de tels bouquins dans votre bibliothèque ou les lire à la terrasse d’un café sans problème. C’est dire à quel point la culture classique est Pilule Rouge, et également à quel point elle est oubliée…

Important

Aucun des ouvrages ici cités ne vous apportera la Vérité. Aucun n’est à prendre comme une sainte parole descendue du Ciel. Ces livres sont cités parce qu’ils sont intéressants et parce qu’ils sont capables de susciter chez vous la réflexion, c’est-à-dire, également, la critique. Cette liste n’est destinée qu’à vous apporter du grain à moudre.

 

Facile, pour tout lecteur

Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres – Diogène Laerce

Philosophie antique

Diogène Laerce (rien à voir avec Diogène le Cynique) est un historien et compilateur antique, qui a réalisé une véritable encyclopédie de la philosophie telle qu’on la concevait en son temps. Son ouvrage présente la biographie et un résumé de la pensée d’un grand nombre de philosophes et penseurs, célèbres à son époque (et dont certains ne nous sont connus que par lui). Une excellente introduction à la pensée grecque antique, pour ceux qui ne la connaissent pas, et un agréable tour d’horizon des différentes écoles. Bref : une excellente base pour débuter une étude en la matière.

Maximes – François de La Rochefoucauld

Moralisme

On en a déjà parlé ici. Un court recueil d’idées, de maximes et d’aphorismes, souvent très Pilule Rouge, parfois franchement cyniques, quant au monde, aux hommes, aux femmes, et aux mille défauts humains. Classique du moralisme français, encore et toujours d’actualité.

Pensées pour moi-même – Marc Aurèle

Stoïcisme

Marc-Aurèle, l’empereur-philosophe, passa sa vie sur les limes, les frontières de l’empire romain. Et cela lui inspira maintes pensées, qu’il rédigea au fil du temps, comme un journal d’examens de conscience. Après tout, peut-être est-ce cela, la vie de l’homme de raison : passer sa vie sur une muraille, tenaillé entre les décadents et les barbares… Quoi qu’il en soit, la prose de Marc-Aurèle est claire, facile d’accès, d’une grande profondeur et apte à convertir à la philosophie même la personne la moins initiée. Une merveille.

Le Singe Nu – Desmond Morris

Comportementalisme

L’Homme n’est pas un être à part dans l’évolution : nos comportements, nos idées, nos modes de séduction, sont à bien des égards ceux des autres grands singes. Cet ouvrage est aujourd’hui un peu daté mais n’en demeure pas moins l’un des grands livres d’analyse du comportement humain au travers du prisme des comportements de primates. Une approche fascinante et qui remet les choses à leur juste place. Le livre a d’autant plus été critiqué qu’il a beaucoup dérangé, et à juste titre : quand on en est encore à se prendre pour autre chose qu’un animal, le lire, c’est se prendre dans les dents un véritable choc narcissique.

De la brièveté de l’existence – Sénèque

Stoïcisme

La vie n’est pas trop courte : c’est nous qui la dépensons en vain. Ainsi débute cet oeuvre magistrale, consacrée à la seule question qui vaille réellement la peine d’être posée : comment vivre ? Et quels sont les sujets dans lesquels nous dépensons en vain notre temps si précieux ?

L’Art de la Guerre – Sun Tzu

Stratégie

Immense classique de la pensée militaire, stratégique mais également philosophique et politique chinoise, L’Art de la Guerre de Sun Tzu, rédigé au quatrième siècle avant notre ère, n’a pas pris une ride. Initiation non seulement à la guerre, mais également à la realpolitik (l’auteur rappelle plus d’une fois qu’il n’y a pas d’ennemi éternel, que les ennemis d’aujourd’hui sont les sujets de demain, etc.), l’ouvrage encourage à exploiter les faiblesses de l’adversaire, à faire en sorte de remporter la victoire sans combattre et à user, en tout, d’intelligence et d’astuce. Les conseils de Sun Tzu sont d’ailleurs applicables très au-delà du cadre militaire, et dans de nombreux aspects de l’existence. C’est d’ailleurs ce qui fait l’intérêt et la qualité de l’ouvrage, qui fait incontestablement partie des très grands livres de l’histoire humaine.

L’homme manipulé – Esther Vilar

Pilule Rouge en intraveineuse

Ouvrage fondamental de la pensée Pilule Rouge contemporaine, le livre d’Esther Vilar a déjà été évoqué ici. Ce n’est pas le genre de bouquin que vous trouverez facilement dans les rayons de votre FNAC la plus proche. Ce n’est pas non plus le genre de bouquin qu’on peut mettre entre les mains de tout le monde : offrez-le de préférence à quelqu’un qui est déjà un minimum sur le chemin de la Pilule Rouge, car une personne 100% Pilule Bleue pourrait bien se braquer en le lisant. En revanche, si vous avez pressenti chez la personne des tendances à voir la réalité en face, l’ouvrage peut être une véritable révélation.

Le Premier Sexe – Eric Zemmour

Pilule Rouge en comprimés effervescents

Le Premier Sexe, c’est un bouquin qui, paru en 2006, n’en finit pas de sentir le soufre et le scandale. A en croire ses détracteurs (qui pour la plupart ne l’ont pas lu), c’est une horreur monstrueuse, comparable aux 120 Journées de Sodome, en pire. En réalité, cet opuscule, facile et court à lire, résume à grands traits une bonne partie des constats, partagés par l’ensemble de la manosphère et connus, consciemment ou pas, par la majorité des hommes et une grande partie des femmes, concernant la société contemporaine, le féminisme, la féminisation globale de la société et la destruction programmée, ou, en tout cas, voulue, de la virilité réelle. Le Premier Sexe est un excellent ouvrage d’introduction à la pensée Pilule Rouge : il est simple, didactique, efficace. Et vu le prix, ce serait dommage de ne pas l’avoir dans sa bibliothèque.

Assez facile

Mythologies – Roland Barthes

Sémiologie

Consommation, langage, grandes figure cinématographiques, l’astrologie, Einstein, le Tour de France ou le steak-frites : au fil d’une cinquantaine d’articles courts, Roland Barthes analyse les grands mythes du vingtième siècle et comment ils sont perçus, racontés et vécus par ses contemporains. L’ouvrage date des années 1950 et peut donc sembler en partie anachronique aujourd’hui mais les processus qu’il décrit restent d’actualité.

Le Mythe de Sisyphe – Albert Camus

Existentialisme

L’essentiel de la pensée de Camus concernant la condition humaine est rassemblé ici. Absurdité de l’existence, incapacité à trouver un sens au réel ni à sa propre vie, emprisonnement dans des cycles d’action aliénants mais qui, au final, par une forme de Syndrome de Stockholm, rendent heureux faute de mieux. Un ouvrage à la fois éclairant et amer. L’un des ouvrages majeurs de la philosophie française du vingtième siècle. On y retrouve des thèmes communs avec Esther Vilar, notamment l’idée de l’esclave heureux de son sort.

Le capitalisme de la séduction – Clouscard

Critique de la société de marché

Comment, au travers d’objets fétiches, de rituels communs, de musiques débilitantes, de gestes préprogrammés, un système marchand au service d’une oligarchie mondaine réduit le reste de la population à l’état d’esclaves béats. Le divertissement, devenu outil de domination, et qui consiste à ne consentir que le minimum d’efforts nécessaires pour obtenir le plus grand plaisir possible, est devenu l’outil principal de contrôle, en remplacement de la plupart des outils classiques (police, justice, répression violente). L’industrie de la volupté comme nouveau gardien de l’ordre établi. L’ouvrage est passionnant et, dans l’ensemble, les concepts qu’il manie sont simples. Pas si facile, cependant, car si Clouscard est génial dans ses propos, il souffre d’un grave défaut : un style lourdingue et peu agréable à lire.

Effondrement – Jared Diamonnd

Méditations historiques

La plupart des livres de Jared Diamond traitent de la nature humaine et de la vie en société. Celui-ci se penche en particulier sur les fins de civilisation. En s’appuyant sur des exemples historiques précis (Île de Pâques, Mayas, Vikings du Groenland…), Diamond tente de déterminer quels sont les facteurs de destruction d’une société et d’une culture, et comment les prévenir. D’après lui, la plupart des disparitions ont lieu lorsqu’une crise écologique (surexploitation du milieu, problème agricole, changement climatique…) rencontre une ou des crises sociales. Du grain à moudre…

La lettre à Ménécée – Epicure

Epicurisme

L’un des très rares ouvrages d’Epicure qui nous soient parvenus. Et encore : nous n’en connaissons que la copie faite par Diogène Laerce, et retranscrite dans ses ouvrages. C’est dans cette lettre qu’Epicure développe le principe du Quadruple Remede (tetrapharmakon), par lequel il est, selon lui, possible d’accéder à une vie heureuse et sereine.

Manuel – Epictete

Stoïcisme

L’un des livres-clés du stoïcisme. Le Manuel présente des maximes et principes essentiels à cette philosophie. Epictete y invite à renoncer à tenter de contrôler ce qui ne dépend pas de nous et à nous concentrer sur nos opinions, nos désirs et nos pensées, afin de parvenir à la maîtrise de soi véritable. Il insiste sur l’aspect éphémère et futile de toute oeuvre humaine et encourage à ne pas s’attrister de ce qui est inévitable. Un ouvrage court, très dense, dont chaque mot est pesé.

Le fil de l’épée – Charles De Gaulle

Méditations politiques et militaires

Publié en 1932, alors que son auteur n’est pas encore connu du public, ce livre résume à lui seul l’essentiel de la pensée de Charles de Gaulle : sa vision de l’Histoire, de l’armée, de la politique, de la nation. Il y dénonce l’absurdité du pacifisme absolu (Une loi désarmée tombe dans le mépris), encourage à la modernisation de l’armée française, discute de l’importance des chefs et des hommes de caractère pour inspirer l’action collective, évoque les rapports entre sentiment national et performances militaires et déclare que pour recouvrer sa grandeur passée, la France doit, avant tout, renaître à la morale, à l’ardeur et au dévouement. Il fait l’éloge de l’héroïsme, de l’honneur et des grands hommes : « On ne fait rien de grand sans les grands hommes et ceux-ci le sont pour l’avoir voulu ».

Mythes et mythologies politiques – Raoul Girardet

Philosophie politique

Un remarquable travail d’analyse, dans lequel Girardet tente de décortiquer la genèse des mythes politiques modernes, et en particulier de quatre des mythes français : l’unité, l’homme providentiel, l’âge d’or et le complot. L’auteur définit le mythe comme une idée qui est à la fois une explication, une affabulation, un mode particulier du discours, un lien entre le réel perçu et un imaginaire fantasmatique, et enfin un facteur de mobilisation, pour ou contre. Un livre court mais brillant, qui frappe juste et offre un angle de réflexion intéressant sur nos propres idéologies.

Les 48 lois du pouvoir – Robert Greene

Pilule Rouge en poudre à sniffer

Sans doute le bouquin le plus Pilule Rouge qui soit quand il s’agit de parler de la réalité des rapports humains. Greene y établit 48 lois essentielles, qui ont été suivies ou subies par tous les grands leaders historiques, et tente de proposer une sorte de schéma de la nature des relations de pouvoir entre les Hommes. A la fois éclairant et déprimant. On en avait parlé ici. 

Discours de la servitude volontaire – Etienne de La Boétie

Réflexions sur le pouvoir

Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres, plus célèbre citation de cet unique livre de La Boétie, résume bien le propos de l’ouvrage : celui-ci étudie les modalités de la soumission à l’autorité, et postule que, contrairement à ce que l’on pourrait croire a priori, la tyrannie s’appuie non pas sur la force mais sur l’obéissance volontaire à un pouvoir, même inique. Pour l’auteur, un pouvoir ne peut dominer et exploiter une société qu’avec la collaboration d’un grand nombre de ses membres. Les grands ne sont pas grands : c’est nous qui sommes à genoux. 

L’agression : une histoire naturelle du mal – Konrad Lorenz

Psychologie évolutive

Tous les bouquins de Lorenz sont à lire, idéalement. Mais celui-ci en particulier. Le père de la psychologie évolutive y décortique la violence et l’agressivité humaines, au travers du prisme de l’évolution. Il montre, en particulier, comment la violence humaine a été sélectionnée, et a été, pendant de nombreuses générations, une nécessité pour la survie de l’espèce.

Le Banquet – Platon

Philosophie grecque classique

L’un des plus célèbres livres de la philosophie antique, consacré à un sujet éternel : l’amour. Un groupe d’intellectuels athéniens se réunissent lors d’un banquet, et chacun y présente sa thèse concernant ce sentiment, à la fois merveilleux et terrible. Objectivement, ça n’est sans doute pas le bouquin le plus passionnant qui soit. Mais il faut l’avoir lu, ne serait-ce que parce qu’il est à la base d’un nombre incalculable de commentaires, et l’une des pierres angulaires de la pensée occidentale.

Essai sur les Femmes – Arthur Schopenhauer

Pilule Rouge en intraveineuse

Si vous croyez Zemmour ou Soral misogynes, c’est que vous n’avez jamais lu Schopenhauer. On découvre dans cet opuscule toute la noirceur et la méchanceté du personnage. Toutefois, prétendre que Schopenhauer détestait les femmes n’est qu’une demi-vérité : Schopenhauer détestait tout le monde, sans exception (il a légué tous ses biens à son caniche, non par amour des chiens mais bien par haine des Hommes). Ce traité, très court, et composé de fragments de pensées épars, en dit cependant long sur l’opinion du philosophe à l’égard du beau sexe. Et il est, avec 150 ans d’avance, un résumé d’à peu près tout ce qu’un homme qui vient de digérer la Pilule Rouge réalise quant à la nature réelle des femmes.

L’Art d’avoir toujours raison – Arthur Schopenhauer

Rhétorique

Dans cet essai, Schopenhauer étudie et décortique les multiples stratégies utilisées pour donner l’impression d’avoir raison, même quand on a tort ou qu’on ne sait rien du sujet. C’est sombre, grinçant, et très vrai. Lisez-le puis faites l’effort de vous coller devant un talk show ou un débat politique quelconque et vous serez étonné de ce que vous y verrez…

La vie heureuse – Sénèque

Stoïcisme

Sénèque évoque les conditions du bonheur et établit que celui-ci n’a rien à voir avec les biens matériels que l’on possède, sitôt que sont comblés les besoins élémentaires. Il postule que le bonheur est avant tout une forme d’état d’esprit, qui consiste à maîtrises ses propres désirs pour les mettre en accord avec le réel, et non l’inverse. Un traité de sagesse et de paix de l’âme.

Lettres à Lucilius – Sénèque

Stoïcisme

Un recueil de 124 lettres, échangées entre le philosophe et un jeune apprenti stoïcien. Les échanges couvrent un grand nombre de sujets différents et présentent l’avantage d’illustrer par l’exemple la manière dont une philosophie stoïcienne influe sur le quotidien. Dense et demandant un minimum de connaissance du contexte impérial romain, ce livre est un excellent développement sur le stoïcisme, et peut, par exemple, se lire après le Manuel d’Epictete.

Propaganda – Edward Bernays

Manipulation et communication publique

La manipulation consciente et intelligente des actions et des opinions des masses est un élément important dans une société démocratique. Ceux qui manipulent ce mécanisme invisible de la société, constituent un gouvernement invisible qui est le vrai pouvoir dans notre pays. Nous sommes gouvernés, nos esprits sont formés, nos goûts éduqués, nos idées suggérées, en grande partie par des hommes, dont nous n’avons jamais entendu parler. : ainsi Bernays, père des entreprises de public relations (et neveu de Freud) définit-il son métier et le présentent-il, tout au long de son ouvrage. D’un absolu cynisme et d’une grande clarté. A ne pas rater.

Vers la féminisation ? – Alain Soral

Pilule rouge à coups de poing dans ta gueule et critique du gynocentrisme

Comment la dévirilisation de nos sociétés et leur soumission au modèle marchand unique met nécessairement en valeur l’image de la femme et coupe court à toute réflexion sérieuse au nom de la sacro-sainte égalité, et pourquoi les politiques mettent systématiquement en valeur la féminité. L’ouvrage est radical, brutal parfois, et dénonce le féminisme contemporain pour ce qu’il est : un avatar des classes dominantes, un hobby pour bourgeoise qui s’emmerde, et surtout un outil d’asservissement social. Plus dense et moins fluide que Le Premier Sexe (le style de Soral, à l’instar de celui de Clouscard, est souvent lyrique mais parfois laborieux : Zemmour est plus agréable à lire pour le débutant), Vers la féminisation ? va cependant plus loin dans l’analyse et propose des clés de lecture du gynocentrisme intéressantes. Bien entendu, comme c’est Soral, ça sent le soufre : si vous le citez par son nom, vous irez en Enfer. Reste que les propos de cet ouvrage offrent du grain à moudre, qu’on y adhère ou qu’on les récuse.

Walden ou la vie dans les bois – Henry David Thoreau

Retour à la terre

Milieu dix-neuvième siècle : Thoreau quitte la civilisation et va s’installer, pour deux ans, deux mois et deux jours, dans une cabane au milieu des bois, dans le Massachusetts. Il y écrit Walden, à la fois chronique de son exil volontaire, témoignage des changements qu’il observe chez lui au contact de la nature, fondation d’une éthique naturaliste et critique virulente du mode de vie occidental industrialisé. Une lecture agréable et onirique, à conseiller à quiconque envisage, un jour, de quitter la rat race et de s’installer à la campagne.

Difficulté moyenne

Ethique à Nicomaque – Aristote

Philosophie grecque classique

Si vous venez de lire Le Banquet, poursuivez avec l’Ethique à Nicomaque et vous aurez lu les bases essentielles de la philosophie de l’école SPA (Socrate-Platon-Aristote). Ce bouquin fait partie de ceux qu’il faut lire pour s’établir une base de culture philosophique, que l’on aime ou non cette école. Aristote y traite de la politique, de la morale, de l’éthique et de l’économie. Il parle de la recherche du bonheur et s’interroge sur les modes de vie susceptibles de le permettre. Il définit le but de la politique comme étant la recherche de la vertu (si ! si !) et décrit l’homme heureux comme celui qui cultive cette vertu, sait s’entourer d’amis, sait se montrer juste et s’insère dans le collectif.

De la guerre – Carl von Clausewitz

Stratégie et diplomatie

Ce livre de Carl von Clausewitz, De la guerre est à peine moins connu que l’Art de la Guerre de Sun Tzu. C’est le bouquin dans lequel on trouve le fameux précepte : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Car cet ouvrage n’est pas un simple manuel de tactique : il envisage la guerre dans tous ses aspects, et comme l’un des modes normaux des relations entre États et entre nations. Ancien d’Iéna (dans le camp prussien), Clausewitz, en particulier, tente de tirer de l’épopée napoléonienne et de ses conséquences pour l’Europe les leçons qui s’imposent. L’auteur y décrit une stratégie basée sur la raison et la volonté, et établit quelques grands principes qui sont, encore aujourd’hui, au cœur de la pensée militaire et diplomatique.

L’origine des espèces – Charles Darwin

Biologie de l’évolution

Ce livre ne fera pas de vous un spécialiste de la biologie de l’évolution, tant cette science a évolué depuis sa fondation par Darwin. Mais il n’en demeure pas moins l’un des grands ouvrages qui marquent un tournant dans l’histoire de la pensée humaine. Le style de Darwin est assez agréable et didactique et si le bouquin est long, il reste plutôt plaisant.

Surveiller et punir – Michel Foucault

Réflexion sur l’État, l’autorité et la violence

Foucault est l’un des pères de la french theory, ce qui en fait un ancêtre de bien des SJW actuels. Il n’en demeure pas moins un très grand intellectuel, doté d’une rare capacité de synthèse et d’analyse. Ce livre se propose de faire une histoire des peines judiciaires, de la torture médiévale à la prison actuelle, et de s’interroger sur la manière dont l’État pèse sur les corps. Un traité bien plus intéressant et profond que l’usage qui en a été fait par la suite.

La crise du monde moderne – René Guénon

Méditations transcendantalo-politiques

Un des ouvrages les plus faciles d’accès pour qui ne connaît pas encore René Guénon. L’auteur y présente la situation contemporaine (années 1930) et l’inscrit dans les grands cycles historiques hindous, estimant que nous nous trouvons dans la période de Kali Yuga (âge sombre, âge apocalyptique, mais précédant un cycle futur de renaissances). Guénon ne prétend cependant pas que cet âge sombre est propre à nos décennies les plus récentes, puisqu’il le fait remonter aux origines de la civilisation occidentale, qu’il considère, dans son ensemble, comme un long cycle de déclin spirituel, au cours duquel l’égalitarisme, le chaos social, l’individualisme et la fin de toute hiérarchie, y compris spirituelle, ont amené progressivement au règne du matérialisme le plus absolu.

Le règne de la quantité – René Guénon

Métaphysique eschatologique

Ce livre peut être considéré comme le pendant et la conclusion du précédent : rédigé vers la fin de la vie de Guénon, il porte sur le matérialisme intrinsèque de l’Occident, qui, pour lui, se manifeste avant tout dans le règne du quantitatif (marché, industrie, démocratie), au désavantage du qualitatif. Dans un monde qui ne considère les choses qu’au poids (combien de tonnes de charbon ? combien de chemises produites ? combien d’argent sur mon bulletin de salaire ? combien de femmes dans mon lit ?), quelle place reste-t-il pour la spiritualité, le qualitatif, le sublime ? Les tendances de nos sociétés à générer, au nom des valeurs les plus humanistes bien entendu, les comportements les plus abjects et les plus meurtriers ne sont-elles pas la preuve d’un asservissement par l’Antéchrist en personne ? On peut reprocher à Guénon sa tendance à la mystique et son sens dirigiste de l’Histoire. Mais, même sans adhérer à l’ensemble de ses propos, on ne peut s’empêcher, en le lisant, d’y trouver matière à profondes réflexions.

Leviathan – Thomas Hobbes

Philosophie politique

L’un des plus célèbres ouvrages de philosophie politique de tous les temps, Leviathan traite de l’État, de la souveraineté, de la puissance. Il aborde la question d’un point de vue rationnel et présente les lois morales et les organisations politiques comme les formes les plus abouties d’un contrôle nécessaire sur la nature sauvage des individus. Hobbes, à l’inverse de Rousseau, considère en effet que l’Homme n’est pas bon par nature et que la société est certes un carcan, mais un carcan nécessaire pour dompter et diriger ses instincts les plus brutaux. Hobbes intègre religions et idéologies à la machine d’État, et en fait également des instruments du pouvoir. La vision de l’Homme qu’il livre est sombre : c’est celle d’êtres immatures individuellement, qui construisent eux-mêmes la société qui, ensuite, les opprime. Mais cette oppression est nécessaire, l’être humain n’étant pas assez sage pour se diriger lui-même sans le contrôle collectif qui pèse sur lui.

Essai sur l’entendement humain – John Locke

Philosophie et science cognitive

L’un des premiers ouvrages tentant, d’une manière rationnelle, de comprendre comment fonctionne notre pensée. Car penser nous semble si naturel que nous pensons rarement à la manière dont nous pensons, et à la façon dont se forme notre entendement. La thèse de Locke, empiriste, a été très critiquée en son temps et par la suite. Elle demeure cependant majeure dans l’histoire de la philosophie, et sans doute Freud n’aurait-il pas existé sans Locke.

Le Prince – Nicolas Machiavel

Philosophie politique, stratégie et manipulation

Le Prince, livre principal de Machiavel, est le genre de bouquin que tout le monde cite sans jamais l’avoir vraiment lu. Un ouvrage majeur, pour tout comprendre à la politique, à la manipulation, à la raison d’État. Machiavel est sans conteste l’un des plus grands auteurs politiques de tous les temps. Loin d’être inhumain, il propose une approche de la politique dictée par la raison et l’intérêt collectif : une pensée réaliste mais fondamentalement humanistes, qui prend les hommes comme ils sont et non comme on aimerait qu’ils soient.

La naissance de la tragédie – Friedrich Nietzsche

Philosophie virile et Pilule Rouge en gélules

Pourquoi la pensée tragique fascine-t-elle les hommes ? Quelle est son origine, et pourquoi est-elle en train de disparaître, au profit d’un nihilisme cynique ? L’être humain de l’âge industriel est-il donc incapable de saisir le tragique, et donc la beauté, de l’existence ? Des choeurs antiques aux tragédies modernes, Nietzsche expose sa conception de l’art, de la beauté, du théâtre. Il présente la tragédie comme le seul mode artistique acceptant le monde tel qu’il est : rugueux, brutal et désespéré. Il voit également dans la tragédie antique, et en particulier dans les figures de ses héros, de parfaits exemples de vertus stoïciennes. Plaidoyer contre le nihilisme et pour le tragique, mise en scène des figures éternelles d’Apollon et de Dyonisos … une belle introduction à la pensée nietzschéenne.

La Généalogie de la morale – Friedrich Nietzsche

Philosophie morale et Pilule Rouge en pommade

D’où viennent les valeurs judéo-chrétiennes ? Dans quel contexte ont-elles été produites ? Pourquoi mettent-elles l’accent sur l’altruisme, jusqu’à la négation de soi ? Pourquoi encouragent-elles à oublier le corps, le matériel, le concret, et, plutôt que le transcender, amènent-elles à le nier ? Telles sont les questions qui sont à l’origine de la Généalogie de la morale, oeuvre polémique et complexe, qui entende poser sur ce thème une réflexion nouvelle. A la fois étude sur l’origine de notre corpus de valeurs et évaluation critique de ces valeurs au regard du réel, cet ouvrage touffu mais fascinant offre des perspectives parfois fascinantes. On en avait parlé ici.

Le Gai savoir – Friedrich Nietzsche

Philosophie et Pilule Rouge légère et efferverscente

Sans doute l’oeuvre la plus accessible de Nietzsche, et celle à conseiller pour qui ne connait rien à cet auteur, Le Gai Savoir est composé d’une multitude de paragraphes, certains de quelques lignes, d’autres de quelques pages, chacun traitant d’un sujet différent. Il s’agit donc d’une sorte de collection d’aphorismes, de pensées éparses et de préceptes, que l’on n’a pas forcément à lire dans l’ordre mais qu’il est possible de picorer. L’ensemble, comme son nom l’indique, est assez léger, volontiers ironique et bien plus profond qu’il ne semble. Certains paragraphes sont de véritables perles.

Par-delà le bien et le mal – Friedrich Nietzsche

Philosophie et Pilule Rouge en dosage pour chevaux

Autre recueil de paragraphes courts et d’aphorismes divers, Par-delà le bien et le mal est plus difficile d’accès que Le Gai Savoir, qu’il vaut mieux lire avant. Nietzsche y explore également ses questionnements éternels sur la nature humaine, la volonté, la puissance, les femmes. Si ce bouquin n’est que rarement classé comme misogyne, à l’inverse de celui de Schopenhauer, c’est qu’il est plus difficile d’accès et que pas mal de gens ne se sont pas donnés la peine de le lire.

La République – Platon

Philosophie politique antique

Après Le Banquet, c’est l’oeuvre la plus connue de Platon. Il y décrit ce qui est, pour lui, une cité idéale, et un sage gouvernement des êtres humains. Le texte porte pour l’essentiel sur la notion de justice, la place de l’individu dans le collectif et une critique de la démocratie à l’athénienne, qui, selon Platon, est condamnée à dégénérer en démagogie, puis de démagogie en tyrannie.

Qu’est-ce qu’une nation ? – Ernest Renan

Philosophie politique

Bien que datée des lendemains de la guerre de 1870, cette conférence d’Ernest Renan n’a rien perdu de son actualité. L’auteur, en effet, s’y penche sur la notion de nation à la française, c’est-à-dire à la fois d’héritage dont il faut prendre acte et qui implique des responsabilités pour ceux qui le reçoivent, un projet commun, un sentiment d’appartenance et une forme de transcendance laïque, qui s’oppose à la conception allemande, qui, elle, est une idée raciale. Cette conception contractuelle de la nation, au cœur de la mythologie d’État française, est l’un des piliers de notre histoire politique.

Discours sur l’origine et le fondement de l’inégalité entre les Hommes – Jean-Jacques Rousseau

Philosophie politique

Ce n’est pas que Rousseau soit un si grand philosophe que cela, mais il faut bien citer au moins un penseur des Lumières, et il est sans doute le moins pire du lot. Cet essai, qui est en quelque sorte le pendant du Contrat social et l’un des livres de chevet des Révolutionnaires, établit l’une des idées rousseauistes d’un état de nature vertueux et d’une perversion de l’Homme par la société, notamment par le biais de la propriété privée. La naïveté de la thèse (Rousseau semblant en effet ignorer que les animaux aussi ont des territoires, donc des propriétés, et qu’il ne s’agit nullement d’une invention humaine, ni d’une construction sociale) n’a pas empêché cet ouvrage de connaître un succès considérable. Rousseau y décoche au passage quelques traits concernant gouvernants et gouvernés qui, eux, sont frappés au coin du bon sens et plutôt bien vus.

Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-FilleCollectif Tiqqun

Diatribe poético-sociale tendance psychédélisme révolutionnaire, avec des morceaux de Pilule Rouge, rouge comme le drapeau, parce que ça va être la Révolution, camarade ! 

Sous des dehors psychédéliques, déglingués et éclatés, l’ouvrage de Tiqqun est un long portrait de la Jeune Fille (alias Narcisse, alias le Dernier Homme). Celle qui est jeune et jolie, qui fait ce qu’elle veut avec ses cheveux, qui aura un enfant si elle veut comme elle veut, qui est maîtresse de son destin et de son corps, qui dit merde à l’oppression et oui au marché. Celle qui est passée avec un grand sourire de la sordide domination patriarcale à la sordide domination patronale et est assez conne pour s’en féliciter et prendre cela pour une conquête. Un ouvrage étrange, parfois déroutant mais assez fascinant. Une démonstration par l’exemple, également (le groupe Tiqqun est d’obédience anarco-syndicaliste tendance post-situationniste) que la pensée Pilule Rouge n’est en aucun cas liée à un bord politique spécifique.

Difficile

Les origines du totalitarisme – Hannah Arendt

Réflexions sur le totalitarisme

On en avait déjà parlé ici. Le totalitarisme, Arendt l’a vécu de près : parce que Juive, elle a eu à fuir l’Allemagne hitlérienne (tout en ayant eu une liaison passionnée avec Heidegger, l’un des intellectuels les plus en vue du régime … rien n’est simple), et elle passera une grande partie de sa vie à étudier et définir ce qui fait la nature d’un régime totalitaire, qu’il soit nazi ou de type soviétique. Ses écrits sont d’un grand intérêt en la matière. A vrai dire, ils font froid dans le dos, quand on les compare aux programmes d’un certain nombre de mouvements actuels qui, d’après les définitions de Arendt, relèvent du projet totalitaire. 

Chevaucher le tigre – Julius Evola

Philosophie politico-mystique

Dès que vous commencerez à citer Evola, on risque de vous répondre qu’il était fasciste, et qu’à ce titre sa pensée n’a aucun intérêt. Non seulement c’est une sottise (limiter au fascisme la pensée d’Evola, c’est un peu comme limiter la pensée de Marx aux trois slogans appris par cœur par un petit antifa récemment pubère) mais même si ce n’en était pas une, ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas s’intéresser à l’un des plus grands esprits du vingtième siècle. Traditionaliste convaincu, Evola, dans cet ouvrage final et presque posthume, étudie et critique tour à tour les grandes idoles de son temps, puis, tirant les conclusions qui s’imposent et acceptant l’idée que le passé est dernière nous, appelle à l’apparition d’un homme d’un nouveau genre, un homme différencié, capable de chevaucher le tigre, c’est–à-dire d’affronter tous les maux d’une époque dégénérée, de les absorber et, au travers de cette noirceur et de cette négativité, par un processus quasiment alchimique, se régénérer et donner, enfin, un sens à un monde dans lequel il n’y a plus rien de beau, de vrai ni de juste à aimer ni à défendre.

Le Capital – Karl Marx

Analyse économico-politique

Si vous n’avez jamais lu Le Capital, ça n’est pas bien grave : la plupart de ceux qui se prétendent marxistes non plus. Il faut dire que c’est un livre immense, dense, et très marqué par la pensée allemande, c’est-à-dire une pensée traditionnellement exhaustive, précise et ample, vraiment de la belle mécanique intellectuelle, mais lente et manquant totalement de poésie, de style ou de légèreté. C’est généralement la non-lecture du Capital qui amène à réduire la pensée du plus brillant analyste des rapports de force au sein des sociétés industrielles à une bête dichotomie riches-pauvres (alors que la dualité bourgeoisie-prolétariat est bien plus complexe que cela) et gentils-méchants. Pourtant, bien des éléments de notre monde contemporain sont déjà dans Marx : l’atomisation des classes laborieuses, l’usage du féminisme comme arme de destruction massive des revendications ouvrières, et ainsi de suite. Une lecture lente et parfois pénible mais très éclairante.

Essais – Michel de Montaigne

Philosophie française

Montaigne consacra les vingt dernières années de sa vie à écrire, réécrire, corriger, annoter ses Essais. Cette somme philosophique impressionnante, qu’il souhaitait être un livre universel, est surtout la confession d’un homme, celle d’une pensée, celle d’un certain regard sur le monde, à la fois détaché, sans illusions et humaniste. Montaigne y aborde tout les sujets, mais en se concentrant en particulier sur la question qui est pour lui fondamentale : qu’est-ce qui fait de nous des êtres humains ? Indépendamment, chaque essai n’est pas si difficile à lire, d’autant que la langue de Montaigne est magnifique, savoureuse d’expressions originales et de vocabulaire d’antan. Mais l’ouvrage final est énorme. Ce n’est pas le genre de livre qu’on lit en une fois : c’est plutôt le genre de bouquin à garder sur sa table de chevet, et qu’on ouvre une fois de temps en temps, pour lire un essai, le méditer, le ruminer.

Ainsi Parlait Zarathoustra – Friedrich Nietzsche

Chef d’oeuvre Pilule Rouge

De Nietzsche, vous pouvez (et devriez) tout lire. Mais Zarathoustra est celui qu’on doit lire en dernier. L’oeuvre, poétique et pleine de symboles, est en effet peu compréhensible quand on n’a as déjà de solides concepts nietzschéens en tête : l’aborder au début de votre découverte de Friedrich Nietzsche, c’est prendre le risque de ne la comprendre qu’à moitié. Concentré de toute la pensée de Nietzsche, il vous laissera, si vous savez en déchiffrer tous les concepts, l’impression d’un éblouissement et d’une série de révélations sur la réalité du monde.

Sexe et Caractère – Otto Weininger

Pilule Rouge en parpaings de 75

Otto Weininger, c’est un météore : jeune homme surdoué, mort à 23 ans, après avoir fait publier un ouvrage unique, qui a été, de tous les livres consacrés à la question féminine au vingtième siècle, le plus lu, le plus commenté, le plus controversé, le plus idolâtré et le plus conspué. Issu du même milieu que Freud (l’intelligentsia juive de Vienne, dont par ailleurs le jeune homme critique les travers, et dont il se détache vers la fin de sa vie), qui écrivit de belles lignes rendant hommage à ses travaux, Weininger va, à bien des égards, plus loin que lui dans ses concepts. Partant d’une dualité mâle/femelle ontologique et quasiment mystique, il établit comme projet de vie idéal le fait de se débarrasser de ses aspects les plus « féminisés » (la sentimentalité, le manque de rationalité, la soumission au corps…) pour se consacrer à ses parts spirituelles et métaphysiques.

 

Et pas Sartre ?

Non, pas Sartre. Enfin lisez-le si ça vous chante, mais il vous apportera beaucoup moins que Camus. Si vous vous intéressez au couple Sartre-Beauvoir, sachez qu’elle est sans doute le personnage le plus intéressant des deux, tant au niveau du style que dans ses propos. Lisez éventuellement les Mémoires d’une jeune fille rangée avant de lire Le deuxième sexe, et vous vous rendrez compte de tout ce que son engagement doit au dégoût, voire à la haine, qu’elle éprouvait pour son corps de femme et sa condition féminine, et combien son féminisme est avant tout issu d’un ressentiment et d’une forme de jalousie à l’égard des hommes.

Et les philosophes contemporains ?

La plupart ne valent pas tripette et n’ont de philosophes que le nom. Certains ont quelque valeur, mais celle-ci sera révélée par le temps long, quand les modes auront passé. Si vous tenez absolument à en lire un, choisissez plutôt Onfray : ses positions sont parfois très discutables et incontestablement Pilule Bleue à bien des égards mais il a des fulgurances intéressantes, un certain bon sens, et, surtout, il produit un travail sincère (ce qui est déjà beaucoup). Ses idées personnelles sont ce qu’elles sont et ne méritent pas toutes d’attirer l’attention de l’homme sous Pilule Rouge; en revanche, son travail sur l’histoire de la philosophie est assez remarquable et peut permettre à qui n’a aucune notion en la matière d’entrer dans le sujet. Du bon boulot de vulgarisation, accessible à tous et disponible en CD, édités par France Culture. Il ne faut bien entendu pas s’arrêter là, mais ça vous donnera déjà des bases bien plus solides que vos quelques pauvres cours de Terminale.

 

Illustration : Glen Noble

NeoMasculin
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