Choisir son dojo : quelques indices pour repérer un club sérieux

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trouver un bon dojo

Il est fondamental de bien choisir son dojo. Apprendre et pratiquer un art martial ou un sport de combat est, pour tout homme, d’une incontestable importance et offre des bénéfices remarquables : entretien de la forme physique, apprentissage de la discipline et de la hiérarchie, confrontation à la peur physique et à la douleur, sans compter, bien entendu, le premier avantage, qui est d’apprendre à se battre. Être capable de se défendre soi-même et de protéger les siens est en effet l’un des impératifs ancestraux de l’homme, autant que l’une des conditions indispensables à l’établissement de son rôle dans le couple.

Le but de l’apprentissage

On n’étudie pas un art martial uniquement pour apprendre à se battre : on l’étudie aussi pour apprendre la discipline personnelle. On commence par apprendre à se défendre contre les autres et on finit, bien souvent, par apprendre à se défendre contre soi-même et les pires de ses penchants : contre sa propre peur, sa propre paresse, sa propre faiblesse. Si la discipline personnelle doit s’apprendre, c’est parce qu’elle n’a rien de naturel; la plupart des gens n’en ont rigoureusement aucune et demeurent, leur vie durant, les esclaves de leurs passions, celles-ci n’étant limitées et canalisées que par le cadre social. De telles personnes ne seront jamais authentiquement libres (c’est-à-dire esclaves uniquement de leur propre volonté).

Bien que l’on associe généralement les arts martiaux à l’Asie orientale (et à juste titre, car nulle part ailleurs qu’en Chine et au Japon, ces pratiques n’ont été aussi précisément codifiées, étudiées et révérées), des équivalents existent aux quatre coins du monde, et l’Occident possède également ses propres techniques de combat, plus ou moins anciennes, qu’il s’agisse d’escrime (classique ou médiévale), de savate, de boxe anglaise, de lutte gréco-romaine, etc.

Trouver un bon dojo à Paris

Maîtrise de son corps, de son geste, de son équilibre, de sa propre violence : un dojo peut amener tout cela, en bien plus.

De l’enseignement traditionnel au Mac Dojo

La globalisation économique et culturelle de ce dernier siècle a amené de nombreuses pratiques à ses diffuser largement, le plus souvent en s’affadissant au passage et en en faisant un produit marketing comme les autres, propre à se dissoudre dans une culture rendue à la fois générale, universelle, médiocre, incolore, inodore et sans saveur.

Pour qu’un enseignant soit en mesure de transmettre une discipline personnelle et une véritable maîtrise de soi et des autres, il lui est nécessaire de maintenir un haut niveau d’exigence et d’implication de la part de ses élèves. Ce qui est incompatible avec une exploitation marchande de grande ampleur : un produit destiné au plus grand nombre doit, par définition, être adapté aux êtres les plus médiocres et les plus fainéants, qui constituent une part importante de la clientèle potentielle. D’où la tendance d’un grand nombre d’enseignants par ailleurs qualifiés à faire baisser leur niveau d’exigence et à attribuer grades et récompenses sans que ceux-ci soient réellement mérités, ni compris. Beaucoup d’élèves, en effet, se fichent éperdument de savoir s’ils acquièrent une réelle maîtrise de leur corps et de leur esprit, ou même s’ils apprennent réellement à se battre : ils ne pratiquent un art martial ou un sport de combat que pour des raisons narcissiques et à titre de virtue signaling solipsiste. Les dojos les plus laxistes et les moins exigeants étant par définition ceux qui forment le plus d’élèves, et qui les forment le plus vite, on a donc assisté, au fil du temps, à une baisse globale du niveau de l’enseignement. Cette baisse globale entraîne, en retour, une baisse moyenne du niveau des enseignants eux-mêmes. Et ce sans même prendre en compte un fait simple mais de moins en moins rare : un certain nombre de soi-disant instructeurs ne sont rien d’autre que des escrocs, qui, au prétexte de vous enseigner les arts martiaux ou des techniques de combat, ne font rien d’autre que vous faire suer et brûler un peu de graisse. Il n’y a aucun mal à faire de l’aérobic mais quand on en fait en pensant apprendre à se battre, on est en droit de se sentir arnaqué.

Tout cela ne veut pas dire qu’il est impossible de trouver un dojo correct. Il en existe encore. Mais les Mac Dojo sont légion : sans doute beaucoup plus de la moitié des centres d’enseignement. Et il convient d’apprendre à les identifier. Bien entendu, il y a, entre le dojo sérieux et le Mac Dojo le plus éhonté, toute une gamme de centres d’enseignement et de clubs plus ou moins sérieux, et ce n’est pas parce qu’un club est imparfait qu’on n’y apprend absolument rien pour autant. Mais quand il s’agit de choisir le lieu et le groupe dans lesquels vous allez passer au minimum une grosse soirée par semaine, des années durant, et que vous allez payer assez cher pour cela, mieux vaut, avant de vous engager, vous assurer que vous n’allez perdre ni votre temps, ni votre argent.

Dojo et katas : les arts martiaux façon ballerine

Il n’y a aucun mal à être une ballerine … mais l’être en se prenant pour un combattant, c’est risqué.

Dix signes pour reconnaître un Mac Dojo

Le problème, c’est qu’il est très difficile, pour le novice, de juger du contenu de l’enseignement. Et pour cause : s’il était capable d’en juger, il ne serait pas novice. Voici donc dix signes auxquels vous pouvez être attentif pour juger d’un dojo, et ce même si vous ne connaissez pas encore la discipline qui y est enseignée

  1. L’âge de l’instructeur principal : il y a généralement un ou deux instructeurs principaux au sein du club. Ce sont normalement les plus hautement gradés et les plus expérimentés. Quel âge ont-ils ? En-dessous de 30 ans, fuyez. En-dessous de 40 ans, méfiez-vous.
  2. Le parcours des instructeurs : ont-ils d’autres qualifications que leur grade dans la technique qu’ils enseignent ? Les meilleurs instructeurs cumulent souvent des approches différentes et complémentaires des choses (mon professeur de krav-maga préféré, par exemple, a également une pratique du judo et de la boxe française, ce qui lui apporte des points de vue intéressants tant sur les techniques de grappling que sur les techniques poings-pieds). Pour autant, se méfier de ceux qui affichent trop de qualifications différentes : soit elles sont fausses, soit elles indiquent un touche-à-tout qui n’a jamais vraiment pris le temps d’approfondir quoi que ce soit.
  3. La profession ou le parcours professionnel des instructeurs et des élèves : cet aspect n’est pas le plus déterminant mais il peut donner de sérieux indices. A qui feriez-vous le plus confiance pour vous apprendre une technique de combat : à un type qui a été policier, militaire, agent de sécurité ou sportif professionnel, ou à un professeur de fitness qui n’est jamais sorti de son gymnase ?
  4. L’âge et le nombre des élèves les plus hauts gradés : il faut plusieurs années, même à raison de trois ou quatre cours par semaine, pour maîtriser un art martial. La présence d’élèves de grade élevé (ceinture marron ou équivalent) âgés de 20 ans ou moins indique clairement le Mac Dojo. Même en admettant une présence très régulière et un élève particulièrement doué, aucun club sérieux ne délivre une ceinture noire (ou équivalent) avant 5 à 7 ans de pratique à l’âge adulte. Il est également normal que pas mal de gens décrochent en cours de route et qu’il y ait des pertes d’une année sur l’autre. Une moyenne de trente ceintures blanches pour une ceinture noire parmi les élèves est un minimum : au sein des clubs les plus exigeants, ça devrait plutôt tourner autour de cinquante, voire cent, pour une.
  5. Cours spécialisés : le dojo propose-t-il, régulièrement ou ponctuellement, des enseignements spécialisés et tournés vers un aspect pratique très spécifique (cours de self-défense pour les femmes, cours destiné aux agents de sécurité, etc.) ? Si oui, c’est un bon point : cela signifie que les instructeurs maîtrisent assez bien leur technique pour être capables d’en extraire des méthodes immédiatement pratiques.
  6. Contenu de l’enseignement : l’enseignement comprend-il beaucoup de katas ? Si oui, c’est un très mauvais signe. Le kata n’est pas mauvais en soi : il permet d’apprendre la maîtrise du geste, entre autres. Mais faire reposer tout l’apprentissage dessus, c’est enseigner l’art martial comme on enseigne la danse classique. Cela peut être très bon pour la coordination, la maîtrise musculaire et la forme physique générale, mais ça n’est pas du combat. Une ballerine qui se prend pour un guerrier a toutes les chances de se faire péter les dents au premier vrai combat.
  7. Fréquence des assauts/affrontements entre élèves : s’il peut se passer trois ou quatre séances entre deux combats (même amicaux) entre élèves, c’est que vous êtes dans un Mac Dojo ou dans un club de danse classique. Si vous voulez apprendre à vous battre, il faut vous battre. Et le faire régulièrement.
  8. Fréquence des contacts avec d’autres clubs et avec le public : un club de qualité est généralement reconnu par ses pairs. Il organisera régulièrement des rencontres, des déplacements auprès d’autres clubs, des démonstrations publiques. A l’inverse, un club dirigé par des escrocs aura tendance à éviter les contacts extérieurs trop fréquents ou trop prolongés, qui pourraient le révéler pour ce qu’il est.
  9. Niveaux comparatifs : lors de vos premières séances, essayez de proposer à un élève d’un plus haut niveau que vous (du genre ceinture bleue) de vous montrer ce qu’il sait faire, en insistant sur le fait que vous êtes dubitatif quant aux techniques enseignées (si vous pouvez piquer un peu sa susceptibilité, c’est bien). Si vous êtes un vrai débutant et que le niveau d’enseignement est ne serait-ce que correct, il devrait vous mettre minable assez rapidement. Si ça n’est pas le cas, ou si vous n’êtes pas capable de voir la différence, c’est qu’en plusieurs années dans le club, il n’a pas vraiment appris à se battre. Mauvais signe pour le club.
  10. Vitesse et difficulté de progression : à quelle vitesse les autres élèves ont-ils obtenu leur premier grade ? leur deuxième ? Demandez-leur de vous raconter comment se passent les passages : y a-t-il un examen, ou est-il donné à l’ancienneté ?

Attention : ce n’est pas parce qu’un club semble correspondre à certains de ces aspects qu’un débutant ne peut absolument rien y apprendre. Mais mieux vaut cependant être prudent et circonspect : si vous passez trop de temps dans un Mac Dojo, vous risquez fort d’y prendre de mauvaises habitudes, que vous devrez désapprendre ensuite, avant toute progression sérieuse.

Illustrations : Solal Ohayon Diana Feil Justin Ng

Martial
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