Depuis combien de temps…

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le temps sidéral

Depuis combien de temps ne vous êtes-vous pas retrouvé ? Depuis combien de temps n’avez-vous pas eu le temps de vous reconnecter avec des choses simples et vraies ? Il y a des actes, tout bêtes, généralement peu coûteux, mais que l’on fait trop rarement. Parce qu’on n’a pas le temps, pas l’idée, pas vraiment l’impression que ce serait utile, ni même que cela peut se faire. Bien plus souvent encore parce qu’on a oublié que de telles choses existent, et surtout qu’elles nous font du bien. Qu’elles nous raccrochent à ce que nous sommes profondément. Petite liste sans prétention d’activités à prévoir pour vos prochains jours de loisirs…

Se retrouver seul, vraiment seul, dans le silence de la nature. Arpenter les bois au petit matin, fouler des mousses et des feuilles qu’aucun homme n’a foulé avant soi. Ne plus entendre ni les bruits des moteurs, ni ceux des gadgets électroniques, mais seulement le bruissement de la forêt et le frémissement du monde.

Aller déposer une fleur devant un monument aux morts. Prendre le temps de lire chacun des noms. Remercier intérieurement chacun de ces hommes. Tenter de retenir quelques-uns des noms.

Faire cent pompes.

Avant de se jeter sur son repas, s’accorder le temps d’une prière. Pas forcément pour dire un vrai benedicite : juste pour prendre un instant, pour réfléchir à ce que l’on va absorber. Ce qui va entrer en nous et devenir une part de nous. Réaliser que c’est une chance que tout le monde n’a pas. Mais réaliser aussi que, bien souvent, ce que l’on se propose d’absorber est une insulte à son propre corps.

Passer 48 heures sans aucun accès à Internet.

Méditer pendant quinze minutes. Quinze vraies minutes. Et vraiment méditer. C’est-à-dire tourner son regard vers l’intérieur de soi-même, vers ces zones où, bien souvent, on n’ose pas regarder.

Passer 48 heures sans rien acheter.

Passer toute une soirée avec une fille ou des amis sans parler de soi-même, sans chercher leur approbation, juste en leur posant des questions et en les écoutant parler, tout en les regardant dans les yeux.

Décider de passer le week-end dans une ville où on n’a ni amis ni contact : y aller sans plan ni guide touristique. Se contenter d’explorer les rues, de s’imprégner de cette atmosphère inconnue. Engager la conversation avec des gens. Essayer de draguer la première jolie fille avec qui on parvient à échanger quelques mots.

Manger la chair d’un animal qu’on a soi-même tué. Se régaler des fruits d’un arbre qu’on a soi-même planté.

Partir en balade un samedi après-midi, sans smartphone, sans argent, les mains dans les poches, le nez au vent : flâner et regarder. Regarder réellement les gens, les choses, les lieux. Non pas comme des éléments de décor, non pas comme des figurants dans le film de sa vie, mais comme si on découvrait chaque chose et chaque être pour la première fois.

Se rendre sur la tombe de l’un de ses arrière-grand-pères. Nettoyer la pierre, déposer quelques fleurs. Prendre une petite heure pour discuter avec lui.

Bien s’habiller, bien se coiffer, partir en promenade en ville un vendredi ou un samedi soir, seul, et tenter sa chance auprès d’au moins dix femmes différentes.

Pratiquer chaque soir un examen de conscience, à la manière de Marc-Aurèle : papier et crayon en main, contempler sa journée, se demander ce que l’on a fait de bon, ce en quoi on a été mauvais, insuffisant, lâche, décevant à soi-même, et ce que l’on peut faire pour corriger cela. Écrire et conserver ces notes, pour les relire un an plus tard.

Débiter un arbre mort. Le couper en rondins. Fendre ces rondins à la hache. Mettre le bois à sécher. L’hiver venu, allumer un feu du bois qu’on a récolté à l’été.

S’arrêter à un café, en ville. S’asseoir et regarder les filles qui passent. Examiner chacune d’entre elles en se remémorant tout ce que l’on sait de sa nature, de son hypergamie, de son solipsisme, de ses faiblesses intrinsèques. Et parvenir à en sourire intérieurement, à se dire que ça n’est pas grave, que le monde est ainsi fait et qu’il ne sert à rien d’être en colère contre lui; comprendre ce que sont les femmes et parvenir à les aimer tout de même.

Acheter enfin ce bouquin dont on a entendu parler, qu’on n’a pas encore osé attaquer. Le prendre à bras-le-corps, même s’il semble trop difficile, trop compliqué, trop « pour quelqu’un d’autre ». Oser le lire d’un bout à l’autre. Oser mettre son petit égo de côté pour admettre qu’on peut en apprendre quelque chose.

Faire la même chose, mais avec le bouquin d’un auteur qu’on n’aime pas ou vis-à-vis duquel on a de sérieux a priori. Chercher en soi-même assez d’honnêteté et d’humilité pour reconnaître qu’on n’a pas forcément perdu son temps à le lire : on y a forcément appris quelque chose. Ne serait-ce que le point de vue de l’ennemi.

Se lever avant le soleil. Marcher jusqu’à un point de vue dégagé. S’installer, et prendre le temps de contempler l’astre qui se lève.

Toutes ces activités ont une chose en commun : elles nous forcent à sortir de notre zone de confort, qu’il s’agisse de confort physique, moral, intellectuel, ou simplement de celui de nos petites habitudes. Bien entendu, selon les personnes, telle ou telle de ces suggestions semblera fort simple, tandis qu’une autre apparaîtra comme démesurée. Le tout est de choisir la bonne : celle que vous pouvez surmonter qui vous demandera tout de même pas mal d’efforts pour cela. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : faire des efforts, prendre le risque de rater, mais en tous les cas aller au-delà de ses routines, au-delà de ses sentiers battus. Car la virilité véritable se nourrit de défi, de transgression et de conquête de ses propres faiblesses.

Illustration : KC Luk

Antoine
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