Homme alpha, homme béta : retour sur quelques notions de base

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homme alpha et homme béta

Nous avons déjà consacré un article au vocabulaire de la manosphère mais il s’avère que certains termes soulèvent des questions particulières. Aussi nous a-t-il semblé utile de fournir un peu de contenu plus pédagogique que d’habitude, destiné à ceux qui découvrent le monde de la Pilule Rouge, et consacrés à des thèmes précis. Un peu sur le modèle des 20 principes : des articles courts et clairs, qui n’entrent pas trop dans les détails mais donnent tout de même des bases de réflexion pour le nouveau venu.  

Il est courant, au sein de la manosphère et ici en particulier, d’utiliser les termes d’alpha, de béta (et d’autres : nous parlons aussi parfois de lambda et d’oméga) pour qualifier le statut de certains hommes en termes relationnels, sexuels et de séduction. Mais ces termes sont souvent employés à tort (et à travers) pour parler de réalités qu’ils ne recouvrent pas. Parce qu’il est parfois utile de reprendre les notions de base, et parce que tout le monde ne maîtrise pas l’ensemble du vocabulaire manosphère, quelques petites clarifications, pour ceux qui n’ont pas tout suivi…

La psychologie évolutionniste

Un grand nombre de nos façons d’agir, de nous comporter avec les autres, et surtout de séduire, viennent de la longue évolution de notre espèce. Il faut en effet bien comprendre que nous ne vivons dans des sociétés structurées que depuis moins de 8 000 ans. C’est beaucoup à l’échelle de la vie d’une seule personne, mais à l’échelle de l’évolution et de l’histoire des humains, c’est très court. Notre corps et notre cerveau sont encore les mêmes que ceux de nos ancêtres des cavernes.

Et la plupart de nos relations sentimentales ou sexuelles sont guidées par ce qui est le but initial de la sexualité : la reproduction.

Que nous en ayons conscience ou pas ne change rien. Que nous voulions des enfants ou pas ne change rien non plus : bien que nous ayons une part de libre arbitre, pour l’essentiel, nous sommes programmés pour servir les intérêts de l’espèce.

Il est à noter que la notion de psychologie évolutionniste (l’idée selon laquelle nos comportements sont dictés par notre histoire évolutive) n’est pas une lubie de la manosphère. Konrad Lorenz, le père fondateur de cette discipline, a reçu le Prix Nobel de Médecine pour ses travaux en psychologie comportementale en 1973 : on n’est pas dans une pseudo-science marginale, ni dans le domaine de l’hypothèse fumeuse. Les apports de Lorenz en termes d’idées générales sont très nombreux mais, dans le cadre du sujet qui nous préoccupe ici, l’un d’eux doit particulièrement attirer notre attention : l’idée que nous ne sommes pas libres de nos comportements mais que ceux-ci sont en grande partie déterminés par notre histoire génétique. 

Homme alpha, homme béta : le choix féminin

La femelle de l’espèce prend plus de risques que le mâle dans sa sexualité et sa reproduction (en clair : elle a les mêmes risques que les hommes, plus celui de tomber enceinte et de devoir élever une descendance pas forcément voulue). C’est pour cela qu’elle doit être plus prudente dans ses choix : alors que les mâles veulent en général avoir le plus grand nombre de partenaires possibles (on dit qu’ils sont hypogames), les femelles veulent avoir le meilleur partenaire possible (on dit qu’elles sont hypergames).

Oui mais voilà : comment savoir si un mâle est « meilleur » que les autres ? Sur quels critères s’appuyer pour en juger ?

Les femelles de l’espèce humaine sont confrontées à un choix :

  • Elles peuvent décider que le « meilleur », c’est celui qui a de bons gènes, et donc lui fera des enfants de bonne qualité. Le meilleur, pour elle, est donc grand, fort, agressif (taux de testostérone élevé), très viril, etc. Bref : c’est le bon amant et le bon géniteur.
  • Elles peuvent décider que le « meilleur », c’est celui qui sera capable de les protéger quand elles seront enceintes, d’être un bon père pour leurs enfants, d’amener des ressources au foyer, etc. Le meilleur, donc, c’est celui qui est doux, patient, protecteur, équilibré, stable, compréhensif, et avec des revenus confortables. Bref : c’est le bon mari et le bon père.

Le souci, c’est que les deux définitions du « meilleur » partenaire n’existent que rarement chez le même individu. Le plus souvent, il faut choisir entre l’un et l’autre.

  • Le mâle humain qui correspond à la première définition, est, par convention, appelé homme alpha. On considère en général qu’il a une haute Valeur sur le Marché Sexuel. 
  • Le mâle humain qui correspond à la seconde définition est appelé homme béta. On considère en général qu’il a une haute Valeur sur le Marché Relationnel. 

C’est aussi simple que cela.

Et la femme alpha ?

C’est une question qui revient souvent : y a-t-il des femmes alpha ? Si vous avez bien suivi les propos tenus dans les lignes précédentes, vous vous rendrez compte que la question est sans objet : il n’y a pas de femme alpha, pour la bonne et simple raison que les termes d’alpha et de béta correspondent à une sélection qualitative de ses partenaires reproductifs, c’est-à-dire à une sélection faite par une femme, parmi les hommes disponibles.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de femmes fortes, ni de femmes au caractère puissant. Mais cela veut dire que les termes d’alpha et de béta ne s’appliquent qu’aux hommes, dans un contexte hétérosexuel.

Alpha et béta sont relatifs

Attention : ni l’homme alpha ni l’homme béta ne sont des statuts absolus. Vous n’êtes pas alpha, vous n’êtes pas béta. Vous pouvez être, dans un contexte précis (un groupe d’amis, une soirée, etc.), celui qui rassemble le plus de traits caractéristiques alpha ou béta.

Tout est question de concurrence entre mâles et de regard des femelles. Et les rôles évoluent dès que le groupe change, que de nouvelles personnes y arrivent, que les relations évoluent, etc.

Alpha et béta varient

Toutes les femmes ne sont pas sensibles de la même manière aux traits alpha et aux traits béta. Il peut y avoir d’importantes variations individuelles mais en règle générale, on peut considérer que les femmes qui veulent surtout s’amuser privilégient les hommes alpha, tandis que les femmes qui cherchent à se caser privilégient les hommes béta.

L’alpha n’est pas un surhomme

Beaucoup de jeunes hommes souhaitent être des alphas. C’est compréhensible, et il y a bel et bien quelques petits trucs à connaître en la matière. Mais ça n’est pas un but en soi : l’alpha n’est pas l’homme supérieur, le béta n’est pas l’homme inférieur. Il n’y a dans ces notions aucune idée de suprématie. Il n’est pas mieux, ni plus moral, de tendre vers l’un ou vers l’autre.

On peut souhaiter montrer plus de traits alpha ou plus de traits béta à un moment ou à un autre, dans un contexte de séduction. Mais il est important de se souvenir qu’il ne s’agit que d’une définition appropriée dans certains modes relationnels. Il n’y a aucune raison de se focaliser sur ces définitions plus que de raison. Votre existence ne se limite pas à ce type de classification.

Illustration : Soroush Karimi

Martial
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