Inégalités salariales entre hommes et femmes : un mythe

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Les inégalités salariales, c’est un vieux serpent de mer, périodiquement ressorti quand des journalistes ne savent plus trop de quoi parler, et qui est devenu l’un des arguments principaux des féministes de la troisième vague : il existerait, entre les hommes et les femmes, des écarts de salaire que rien ne justifie. Ce mythe, totalement intégré dans le discours médiatique ambiant, reste très présent dans les esprits alors même qu’il ne repose sur rien, ou en tout cas sur pas grand-chose. Examinons cela de plus près…

Inégalités salariales : des chiffres étonnants

Si on en croit les plus récentes études, l’écart de revenus entre les hommes et les femmes serait de 23.5% : pour un poste à temps plein, un homme gagne en moyenne 2389 euros par mois, tandis qu’une femme gagne en moyenne 1934 euros. Cet écart est présent à toutes les échelles de salaires mais tend à s’accentuer dans les catégories de revenus les plus élevés : ainsi, pour les revenus tournant autour du SMIC, l’écart n’est en moyenne que de 8%. Pour les revenus dépassant 9000 euros par mois, l’écart est de l’ordre de 35%. Dit comme ça, cela semble en effet très inégal et très injuste…

La question des diplômes

Même à niveau de diplôme équivalent, on constate de fortes inégalités entre les revenus des hommes et ceux des femmes. S’agit-il pour autant d’un affreux méchant complot machiste ? Examinons, là encore, certains exemples un peu plus en détails. Car équivalent ne veut pas dire identique : on parle de diplôme équivalent quand deux personnes ont le même niveau post-Bac, par exemple :

  • Un prof de lettres en lycée et un ingénieur de développement dans les jeux vidéos peuvent avoir le même niveau d’études : Bac + 5, dans les deux cas. Pourtant, le premier ne dépassera jamais, dans le meilleur des cas, 3000€ par mois environ, après 30 ans de carrière. Le second, s’il est brillant et spécialisé dans un secteur porteur, pourra négocier ce même salaire, voire plus, dès sa sortie de l’école. Dans le même ordre d’idée : un trader gagne davantage qu’une psychologue pour enfants ou une diététicienne; pourtant, ils ont grosso modo le même niveau d’études.
  • En France, les femmes sont autorisées à suivre les mêmes cursus d’études que les hommes. Rien ne leur interdit donc de se tourner vers des secteurs très rémunérés.
  • Les carrières liées à l’ingénierie, aux sciences, à l’informatique et aux mathématiques sont en général mieux rémunérées que celles liées à la littérature, aux arts, aux soins aux personnes, et ce à diplôme équivalent. Ce n’est certes pas très gentil mais c’est ainsi. Et personne n’est pris en traître : tout le monde est au courant de ce genre de choses.
  • Les femmes constituent 77% des étudiants inscrits en université de lettres et sciences humaines. Elles sont également plus de 70% dans les classes préparatoires littéraires, mais moins d’un tiers dans les classes préparatoires scientifiques.

Quand une partie significative de la population se tourne délibérément vers des filières moins bien payées, il n’est pas étonnant que cette partie de la population ait en moyenne des revenus moins élevés. En clair : les femmes gagnent moins parce qu’elles choisissent des formations qui paient moins. 

Le Diable est dans les détails

Si on y regarde de plus près, le Ministère du Travail lui-même avoue que, sur les fameux 23.5% d’écart moyen, seuls 10.5% (soit moins de la moitié) ne sont justifiables ni par le secteur d’activité, ni par le type d’entreprise, ni par le temps de travail. Et le Ministère avoue également que les situations familiales, les éventuelles interruptions de carrière ou les diplômes n’ont pas été pris en compte dans l’étude. En clair : plus de la moitié de l’écart constaté vient du fait que les hommes travaillent généralement dans des secteurs mieux rémunérés. Comme quoi il est toujours utile de lire les études entièrement, et dans les détails.

Mais ça n’est pas tout …

Temps et conditions de travail

D’autres éléments sont également à prendre en compte avant de crier à l’injustice :

Presque un tiers des travailleurs masculins touchent des primes en lien avec leurs conditions de travail : travail de nuit, prime de risque, prime de pénibilité. Ce n’est le cas que d’une femme sur huit. Ces primes ne peuvent être taxées de machistes : elles sont définies par la convention collective; relevant du domaine du droit du travail, elles s’appliquent à tous les employés concernés par des conditions difficiles. Les hommes tendent donc à avoir des boulots plus difficiles, qui génèrent des primes supplémentaires. Par exemple, plus de 75% des ouvriers, et 90% des éboueurs, sont des hommes ; à salaire de base équivalent, les femmes sont employées de ménage, gardes d’enfants, caissières ou standardistes : elles ont donc beaucoup moins de chances d’obtenir une prime de risque.

De plus, il y a davantage de femmes travaillant à temps partiel que d’hommes. Cela n’influence normalement pas le taux horaire, sauf dans certaines conditions : en effet, quand vous êtes à 100% temps et que vous faites des heures supplémentaires, celles-ci sont majorées à hauteur de 25%. Si vous êtes à temps partiel, elles ne sont majorées que de 10% jusqu’à ce que vous atteigniez un nombre d’heures équivalent à un temps plein : ce n’est qu’alors que vous touchez 25% de plus.

Certaines femmes parlent du plafond de mère, considérant que leurs congés maternité sont la cause d’une relative stagnation de leur carrière, comparée à celle de leurs collègues masculins. C’est sans doute exact, mais en quoi est-ce injuste ? Imaginons deux salariés, un homme et une femme, arrivés en même temps dans la même boîte. Même niveau de qualification, mêmes diplômes, même compétence, mêmes performances : ils sont, professionnellement, identiques en tout. Dix ans plus tard, la dame a eu deux gosses; elle a pris ses congés maternité, c’est normal. Nous avons donc deux salariés, dont l’un a dix ans d’ancienneté théorique dans l’entreprise et dix ans d’ancienneté réelle, et l’autre a dix ans d’ancienneté théorique et au maximum neuf ans d’ancienneté réelle. En quoi est-ce anormal que ce soit celui avec le plus d’ancienneté réelle, donc de vraie expérience professionnelle, donc de capacité professionnelle, qui soit promu ? Ne serait-il pas, au contraire, profondément injuste que l’entreprise mette en avant l’autre, en raison de son sexe ?

Et pour finir…

Mais l’élément le plus révélateur, c’est sans conteste le revenu des professions libérales. En théorie, quand vous êtes à votre compte, vous n’avez pas de méchant patron misogyne pour vous rabaisser. Les opportunités sont les mêmes, les diplômes sont les mêmes, le temps de travail est le même … et les femmes exerçant une profession libérale gagnent en moyenne 40% de moins ! On notera au passage qu’en moyenne, elles travaillent également 10% de moins que leurs équivalents masculins. Peut-être, comme le prétendent certaines féministes, ceci est-il le reflet d’une société profondément misogyne, qui rabaisse en permanence les femmes, qui enseigne aux petites filles qu’elles ne peuvent pas être des entrepreneurs, etc. Mais qu’est-ce qui prouve ces affirmations ? En quoi sont-elles plus fondées que celles qui prétendraient que cet écart provient d’une incapacité naturelle des femmes à travailler de façon aussi productive et efficace que les hommes ? De manière plus large : alors que nous constatons tous les jours que les hommes et les femmes sont très différents et ont des capacités physiques, émotionnelles ou psychologiques différentes, des dosages hormonaux différents (et on sait combien les hormones influencent le comportement), qu’est-ce qui pourrait nous faire croire qu’ils ont rigoureusement les mêmes capacités professionnelles dans tous les domaines ? 

La réalité : inégalités salariales oui, injustice non

La réalité, c’est que l’écart de revenus entre hommes et femmes n’existe pas, ou presque : toutes choses égales par ailleurs (même âge, même diplôme, même ancienneté dans l’entreprise, même secteur d’activité, même temps de travail, même productivité, etc), les différences qui demeurent sont inférieures à 3%. Soit, au tarif du SMIC, une différence moyenne de 29 centimes à l’heure. Sur une journée de huit heures de travail, cela représente environ 14 minutes. Ce qui n’est pas très loin du temps que les femmes passent aux toilettes en plus des hommes, chaque jour, soit dit en passant…

Reste qu’une inégalité demeure. Une vraie, une dure. Les hommes vivent en moyenne 7 ans de moins que les femmes. Mais ils cotisent à la retraite le même nombre d’années qu’elles, et sur les mêmes taux. N’est-ce pas là une forme d’injustice ? Nous payons autant, et aussi longtemps, pourtant. Ne faudrait-il pas que les hommes cessent de travailler sept ans plus tôt, afin que les choses soient réellement égales ?

Plus sérieusement, il convient de se souvenir que le capitalisme est fondamentalement amoral : il n’est ni machiste, ni raciste, ni sexiste, et ne s’intéresse qu’aux profits; le capitalisme se fout complètement de qui vous êtes, tout ce qui lui importe c’est votre productivité. S’il était de notoriété publique qu’on peut avoir, avec les femmes, des employés payés un quart de moins et tout aussi efficaces, il n’y aurait que des hommes au chômage : aucun patron n’est assez macho pour se priver d’une économie de 23.5% sur sa masse salariale.

En résumé

Pour ceux qui ont la flemme de lire tout cela, en résumé : il y a bien une différence d’environ 23% entre les revenus masculins et les revenus féminins mais cette différence s’explique par le fait que les femmes travaillent moins que les hommes, sont moins productives et travaillent dans des secteurs moins rémunérés et moins risqués. Cette différence est donc le fruit de choix individuels en termes d’études et de carrière. C’est bien une inégalité mais il ne s’agit en aucun cas d’une injustice. On est en droit de se demander à quoi et à qui il est utile de propager de telles légendes. Peut-être à celles qui ont déjà obtenu, et depuis plusieurs décennies, ce qui était l’objectif premier (et légitime) du féminisme et doivent bien, envers et contre tout, trouver des raisons de poursuivre des mouvements désormais dénués d’objet. Quitte pour cela à créer des conflits qui n’ont aucune raison d’être.

 

Martial
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