La femme de Putiphar, hier et aujourd’hui

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Joseph femme Putiphar

On continue notre petit tour des histoires antiques et textes classiques susceptibles d’inspirer l’homme contemporain. Après Samson et les figures homériques, après les dieux grecs et les généraux chinois, penchons-nous sur les patriarches bibliques. Et, plus précisément, sur Joseph qui, en Égypte, connut un destin qui n’est pas sans évoquer certaines problématiques actuelles.

L’histoire de Joseph et de la femme de Putiphar

Ce récit est relaté dans le chapitre 39 de la Genèse.

Joseph, fils préféré du patriarche Jacob, a suscité la jalousie de ses frères, qui l’ont enlevé, et après l’avoir vendu comme esclave à des commerçants Ismaélites, ont fait croire à sa mort. Les Ismaélites le mènent jusqu’en Égypte, où ils le vendent à un officier de Pharaon appelé Putiphar. Joseph est beau, intelligent et capable, et l’Éternel est avec lui : son maître se rend rapidement compte que la prospérité l’accompagne et que tout ce qu’il entreprend réussit. Aussi devient-il vite l’un des favoris de Putiphar, qui en fait son intendant.

Nouveau succès : Joseph fait prospérer les biens de son maître à un tel point que celui-ci finit par lui confier la gestion de toutes ses propriétés et par lui faire entièrement confiance, ne contrôlant même plus ses travaux et se contentant de vivre dans l’opulence sans effort.

Tout cela attire l’attention de l’épouse de Putiphar (on ne connaît pas son nom : la Bible la nomme seulement « la femme de Putiphar »). Elle ne tarde pas à ordonner au bel esclave de coucher avec elle. Chose que le vertueux Joseph refuse : « Voici, mon maître ne prend avec moi connaissance de rien dans la maison, et il a remis entre mes mains tout ce qui lui appartient. Il n’est pas plus grand que moi dans cette maison, et il ne m’a rien interdit, excepté toi, parce que tu es sa femme. Comment ferais-je un aussi grand mal et pécherais-je contre Dieu ? » (Genèse 39.8)

Joseph et la femme de Putiphar

Cet épisode de la Genèse a inspiré bien des tableaux classiques. Il faut dire que c’est l’occasion, sous couvert de représenter une histoire biblique, de peindre des nichons…

Mais la maîtresse de maison ne désarme pas : elle continue à lui faire des avances tous les jours (harcèlement sexuel caractérisé), ce qui amène Joseph à prudemment éviter de se trouver en sa présence. Un jour, alors qu’il arrive chez Putiphar pour sa journée de travail, Joseph trouve la maison vide et les autres serviteurs absents. Il n’y a que sa maîtresse, qui se jette sur lui. N’osant ni céder aux avances, ni la brutaliser, Joseph tente de lui échapper mais elle déchire son vêtement avant qu’il ne puisse prendre le large. La femme de Putiphar, humiliée, appelle alors à l’aide et montre à tous le vêtement qu’elle a encore dans la main. Elle prétend que Joseph a tenté de la violer et s’est enfui quand elle s’est mise à crier.

Putiphar, fou de rage, fait arrêter Joseph et l’envoie en prison. Il s’en sortira, car l’Éternel est avec lui (sa prévoyance et son sens de l’interprétation des rêves lui permettront même de protéger l’Égypte d’une terrible famine), mais ceci est une autre histoire.

Ce que l’histoire de Joseph et de la femme de Putiphar nous apprend

Cette histoire biblique fait écho à un certain nombre de situations contemporaines. Plus exactement : il semble bien qu’elle mette en scène des vérités éternelles, des tendances et des modes de comportement qui, déjà vrais sous l’Égypte antique, le restent encore aujourd’hui. A bien des égards, la Bible est un ouvrage qui peut être considéré comme très Pilule Rouge. Voyons en détail quelques-uns des thèmes qu’évoque l’histoire de la femme de Putiphar :

Le succès économique et financier rend séduisant

Nul doute que si Joseph était resté un misérable esclave parmi d’autres, il n’aurait jamais attiré l’attention de sa maîtresse. Malgré son statut social inférieur, il détient la maîtrise de l’argent et la femme de Putiphar nous offre un magnifique exemple d’hypergamie, puisqu’elle tente de séduire celui qui tient désormais le pouvoir économique, son mari s’étant lui-même marginalisé.

La misère sexuelle et affective ne rend pas vertueux

Ni vertueuse non plus, d’ailleurs. Beaucoup de femmes, n’ayant jamais réellement fait l’expérience du rejet ni de la friendzone, ne savent pas comment traverser une telle situation et certaines peuvent avoir des réactions complètement hystériques en ce genre de cas.

Rien n’est pire qu’une hystérique lorsqu’elle est rejetée ou s’estime humiliée.

Son égo blessé peut l’amener à de dangereux caprices et des démarches parfaitement destructrices.

La femme de Putiphar : figure de la frustration

Quand on a jusqu’ici été à la tête du Marché Sexuel et qu’on rencontre pour la première fois la frustration, ça peut faire des étincelles.

La fausse accusation de viol a toujours existé

Et elle a toujours été, entre autres, une arme de vengeance entre les mains de telles hystériques. La femme de Putiphar n’a aucun scrupule à accuser Joseph d’un crime qui aurait pu lui valoir une condamnation à mort. Aujourd’hui, les fausses accusations constituent au moins 8 à 10% des accusations de viol portées à la connaissance de la justice. Donc certainement bien plus parmi celles qui ne le sont pas et demeurent donc invérifiables.

Si, en tant qu’homme, vous vous plaignez de harcèlement sexuel, attendez-vous à de sérieux ennuis

Il est vraisemblable qu’on ne vous croie pas ou qu’on ne vous prenne pas au sérieux, voire qu’une inversion accusatoire vous mène directement au commissariat.

Personne n’aime être rejeté

Mais quiconque l’a déjà été apprend à s’endurcir et à accepter l’idée que le désir de l’autre n’est pas négociable. Dans une société ultra-patriarcale, on peut imaginer que des hommes, qui ne seraient jamais frustrés dans leur désir et seraient habituées à ce que toute femme cède à leurs avances, réagissent de manière violente et destructrice lorsqu’ils rencontrent une telle frustration pour la première fois. Dans le cadre d’une société gynocentrée (comme la nôtre ou comme la maison de Putiphar, où, de toute évidence, sa femme détient une certaine autorité), où une femme est tellement gâtée et tellement habituée à l’idée que son caprice a force de loi qu’elle n’a jamais réellement appris à maîtriser ses propres frustrations, de telles réactions destructrices existent également. Le cas est exactement le même que celui du joueur d’échec qui, voyant qu’il perd, renverse le plateau, ou encore que l’enfant qui, constatant que d’autres gosses ne veulent pas jouer avec lui, décide de leur taper dessus. La réaction est infantile et immature. Mais elle est naturelle pour une Jeune Fille, c’est-à-dire pour un être qui est l’esclave de ses propres désirs et ne dispose d’aucune forme de virilité intérieure.

Infantilisation frustration

La frustration n’est facile pour personne. Mais moins encore pour celles qui l’affrontent pour la première fois.

Les conséquences de nos actes

Le pouvoir est corrupteur, quel qu’il soit. Et corrupteur à tous les niveaux, y compris sexuels. Si vous avez le pouvoir absolu sur vos esclaves et que ceux-ci n’ont aucun autre droit que celui de fermer leur gueule et de vous obéir, il est très probable que vous les maltraiterez et abuserez d’eux d’une manière ou d’une autre. Plus exactement : seuls les êtres exceptionnellement moraux et structurés ne le feraient pas. La plupart des êtres humains ne sont pas bons de nature, et s’ils s’abstiennent de faire le mal, c’est par peur des conséquences, bien davantage que par réelle moralité. Si Joseph est une figure virile, emblématique de la compétence, de la vertu et du sérieux dans ses engagements, la femme de Putiphar, en revanche, incarne l’adulte puéril, déresponsabilisé par le pouvoir dont il dispose.

La société contemporaine, en renforçant considérablement le pouvoir des femmes sur la société et en les protégeant d’une grande partie des conséquences de leurs actes et de leurs choix, ne les pousse pas sur la pente de la morale. Bien au contraire, elle les encourage à se comporter en femme de Putiphar : obéir à leurs caprices, quoi qu’il en coûte aux autres, et les détruire s’ils ne se soumettent pas est devenu aussi naturel à certaines que le manger et le boire. La vertu ne vient pas naturellement : elle s’enseigne. Tout comme s’enseignent la modération, la maîtrise de soi et de ses pulsions, la sagesse, la bravoure.

Bible Pilule Rouge

La Bible reste une inspiration majeure et un recueil de bien des histoires Pilule Rouge, aujourd’hui comme hier, que l’on soit croyant ou pas.

Les femmes de Putiphar aujourd’hui

Notre société, à bien des égards, fait de nombre de jeunes femmes des épouses de Putiphar : mouvement anti-grossophobie (Je peux manger ce que je veux, avoir le mode de vie que je veux, et si vous réagissez en conséquence et ne me trouvez pas désirable, vous êtes de sales intolérants !), anti-psychophobie (Si mon hystérie et ma schizophrénie vous dérangent et vous amènent à mal me juger, c’est vous qui avez un problème, pas moi), victimisation systématique (Quoi que je fasse, ce sera toujours de la faute d’un homme, jamais de la mienne), déresponsabilisation. Si rien n’est jamais de ma faute, si je n’ai jamais à me remettre en question, si ce que je ressens est toujours la vérité, si ce que je pense se confond avec le réel, si l’activité de mon Hamster a autant de valeur que les analyses les plus rationnelles, comment pourrais-je jamais devenir adulte ?  Ces tendances ne peuvent que nourrir, dans l’avenir, des caractères aussi instables, aussi infantiles et aussi mal trempés que celui de la femme de Putiphar. L’hystérie #metoo et les suites de l’affaire Weinstein nous montrent à quel point de simples accusations, même sans preuve ni jugement prononcé, peuvent ruiner la vie d’un homme (à l’heure où nous écrivons ces lignes, en mai 2018, Weinstein n’a toujours pas fait l’objet de la moindre condamnation : il est accusé, certes, mais donc toujours réputé innocent jusqu’à son jugement ; pourtant, il a déjà subi de nombreuses sanctions extrajudiciaires).

Deux faces d’une même médaille

Figure de la frustration infantile, de l’irresponsabilité, de l’absence de souci de l’autre (qui n’est considéré que comme l’objet de nos désirs et non comme un être autonome), la femme de Putiphar représente certes une tendance féminine que l’on rencontre couramment dans nos sociétés. Mais pour autant, tout comme un homme peut parfaitement être une Jeune Fille, il doit se souvenir qu’il peut, lui aussi, être une femme de Putiphar. Et il l’est à chaque fois que, rencontrant la frustration ou l’absence de réponse à son désir, il s’enferme dans la colère, la haine, la destruction. Il l’est à chaque fois qu’il est en rogne à l’égard de la nana qui le friendzone ou de celle qui ne le rappelle pas. En de telles circonstances, et contrairement à ce que certains croient, la violence est puérile. Ce qui est viril, c’est de prendre acte du rejet, de hocher la tête et de continuer sur sa propre voie, sans plus se soucier de cette relation qui n’a pas été.

A l’inverse, il n’est pas excessif de considérer Joseph comme une possible figure tutélaire des mouvements masculins actuels : comme eux, il encourage à suivre sa propre voie, à embrasser la tempérance et la vertu, à se méfier de la féminité toxique (et non pas de toute féminité : Joseph se mariera plus tard dans sa vie, et sera heureux dans son mariage), à se montrer prévoyant et raisonnable et à ne pas négliger sa part verticale et spirituelle. S’il n’est ni un héros guerrier ni un prophète au sens strict, il n’en demeure pas moins une incarnation des vertus et des qualités auxquelles un homme peut aspirer. En tant que personnage de la Genèse, et donc des mythes communs aux trois religions du Livre, il pourrait sans doute faire un saint patron très acceptable, ou, à tout le moins, une référence spirituelle commune pour l’ensemble des hommes s’inscrivant dans les philosophies néo-masculines. 

Illustrations : Solimena, Murillo,Vladislav Muslakov Jon Ly Priscilla Du Preez

Martial
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