Le pacte trahi : comment la monogamie a été détruite

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Monogamie pacte trahi dictature feminine

Au fil des millénaires de notre longue histoire évolutive, les femelles de l’espèce ont développé toute une série de méthodes, à la fois personnelles et collectives, pour s’assurer la sélection et la rétention à leurs côtés des mâles de la meilleure qualité possible. De leur côté, les mâles ont mis au point des stratégies visant à optimiser la diffusion de leur patrimoine génétique parmi les femelles. 

En quête du mâle parfait

Idéalement, le mâle parfait devrait disposer d’un potentiel génétique optimal, ainsi que de capacités de protection de la femelle et de sa descendance également optimales. Le problème, c’est que ces deux qualités existent rarement au plus haut niveau et en même temps chez la même personne. Le potentiel génétique optimal se manifeste en effet par des qualités physiques supérieures (haute taille, musculature imposante, endurance, puissance…). Ces qualités se confondaient avec les capacités de protection de la femelle et de la famille à l’époque où nous étions des chasseurs-cueilleurs. Mais depuis que nous vivons en sociétés complexes et hiérarchisées (en gros : depuis l’invention de l’agriculture), le mâle le plus à même d’assurer à sa compagne et à sa descendance un avenir enviable n’est plus nécessairement le plus fort : il s’agit en général du plus riche, du plus influent, de celui qui dispose du meilleur statut social, de celui que les autres mâles respectent, etc. Au fil du temps et de l’évolution des sociétés, d’ailleurs, les mâles au physique le plus puissant ont lentement été relégués aux marges de la société, au fur et à mesure de la perte de prestige des travaux manuels. De nos jours, un maçon ou un charpentier peut bien avoir bien plus de force dans les bras qu’un employé de bureau, il n’en demeure pas moins inférieur à lui dans la hiérarchie financière, et donc sociale.

Face à ce dilemme, les femmes ont développé une série de conventions sociales et de méthodes leurs permettant de continuer à poursuivre leurs intérêts à la fois biologiques et sociaux. Les hommes aussi, d’ailleurs : la sélection d’un partenaire reproductif est, pour chacun des deux sexes, une fonction importante, à la fois psychologique et biologique, profondément ancrée en nous. Ces processus sont, d’ailleurs, si profonds et si intégrés à nos modes relationnels qu’il nous arrive fréquemment de ne même pas les identifier en tant que tels. Toutefois, le fait que nous n’en ayons pas conscience ne signifie pas que nous échappions à ces déterminants.

Stratégies reproductives et conjugales

Pour qu’une espèce survive, elle doit :

  • Produire des descendants, et si possible des descendants de qualité ;
  • S’assurer que ces descendants bénéficient des meilleures conditions possibles pour assurer leur survie et leur reproduction à leur tour, dans le contexte du milieu dans lequel ils évoluent (stratégie K) OU produire une telle quantité de descendants qu’il y en aura bien un ou deux qui survivront dans le lot, ne serait-ce que par chance (stratégie r).

Chez l’humain, c’est la stratégie K qui a été adoptée (même parmi les populations faisant un grand nombre d’enfants) : en effet, nos femelles, au cours d’une seule existence, ne produisent que peu d’enfants, et ces enfants exigent des soins attentifs pendant de nombreuses années avant d’être capables de subvenir à leurs propres besoins. Bien que notre espèce ait une forte tendance vers le K, il convient toutefois de noter que les deux sexes n’ont pas les mêmes intérêts : ainsi, les hommes, moins impliqués dans la reproduction, peuvent être tentés par une stratégie r, ce qui n’est pas possible pour les femmes.

La conséquence évidente de telles considérations est que, pour une femme, la meilleure stratégie reproductive consiste à partager le patrimoine génétique et l’investissement parental avec un mâle représentant un certain optimum : un équilibre subtil entre les qualités génétiques et les qualités sociales, ce qui permet d’obtenir des descendants en bonne santé, et qui bénéficieront de la protection d’un mâle raisonnablement puissant (assez puissant, à tout le moins, pour assurer la survie des enfants jusqu’à la fin de leur adolescence). Cette tendance est à l’origine de la plupart des comportements hypergames.

A l’inverse, pour un homme, la stratégie optimale consisterait à répandre au maximum ses spermatozoïdes, dans le vagin du plus grand nombre de femelles possibles ; de toute manière, il ne peut jamais être vraiment sûr que les enfants sont bien les siens : autant, donc, multiplier les chances. C’est la stratégie qui, d’un point de vue génétique, lui assure le meilleur succès reproductif possible. Dans ce contexte, les mâles sont en concurrence permanente pour l’accès aux femelles, et cette lutte de tous les instants occupe une part importante de leur énergie : ils doivent donc sauter sur la première occasion qui se présente. Cette tendance est à l’origine de la plupart des comportements hypogames : le mâle n’a pas besoin de s’assurer que sa partenaire de l’instant est de grande qualité, puisqu’au fond de lui, il se dit que de toute manière, il en aura d’autres : pour répandre sa semence dans un vagin, il lui suffit que sa propriétaire ne soit pas trop répugnante.

Ces deux stratégies, contradictoires par nature, amènent à un fait simple : les mâles sont en concurrence entre eux pour l’accès aux femelles, tandis que les femelles sont en concurrence entre elles pour l’accès aux mâles de qualité. Les mâles qui perdent au jeu de cette concurrence ne se reproduisent pas. Les femelles qui perdent se reproduisent, mais avec des partenaires de qualité inférieure à leurs attentes. Selon le degré d’inégalité dans les sociétés primitives, le ratio de mâles se reproduisant, comparé à celui des femelles, a pu varier. On parle généralement de 40% des mâles parvenant à se reproduire, contre 90 à 100% des femelles. Certaines études ont même parlé de moyennes d’un mâle pour 17 femelles.

Ce système primitif, cependant, est loin d’être optimal pour la survie du groupe : en effet, si les mâles Alpha les plus brutaux et les plus puissants se reproduisent, ils n’ont en revanche que peu de temps et de ressources à consacrer à l’éducation de leurs enfants, ni à la protection de leurs compagnes; quant aux autres, ils passent l’essentiel de leur existence dans la frustration, et la lutte de tous contre tous pour l’accès aux quelques femmes vaguement disponibles. Si ce système satisfait, donc, les instincts les plus primaires de chacun des sexes, il est loin d’assurer la survie du groupe, ni l’épanouissement de la société.

La monogamie comme moyen terme

Pour qu’une femme puisse s’assurer de la qualité de son partenaire et optimiser les chances de survie de leurs descendants, elle doit faire en sorte que celui-ci renonce à sa méthode reproductive optimale et adopte la monogamie exclusive, à son bénéfice à elle. Mais pourquoi le ferait-il ? Que peut-elle lui offrir qui justifie, pour lui, un tel sacrifice ?

mariage et monogamie

Le mariage monogame n’a rien de « naturel » : il s’agit du résultat d’un pacte, dans lequel chacune des parties s’engage à limiter ses propres tendances instinctives.

La monogamie repose sur un échange simple : elle lui offre l’exclusivité de l’accès à son vagin. Au lieu de trente ou quarante descendants potentiels dont il ne saura jamais s’il est véritablement le géniteur ou pas, elle lui offre la possibilité d’en avoir un nombre plus restreint mais dont il est certain qu’ils sont bien issus de sa semence. En échange de cet accès réservé (d’où l’importance de la virginité au mariage), il s’engage à pourvoir aux besoins de sa compagne et de sa descendance, à la protéger des autres mâles et à limiter sa propre polygamie à des pratiques ne menaçant pas le couple (masturbation, fantasmes, recours à la prostitution…). La monogamie permet donc de faire passer le mâle d’une stratégie r à une stratégie K tout en préservant, au moins en partie, ses intérêts reproductifs. Le deal lui coûte cher, mais sur le fond, il n’est pas malhonnête. Car si l’homme y perd beaucoup en liberté et en possibilités reproductives, la femme prend également un risque considérable, puisqu’elle fait, avec lui, un pari sur l’avenir. L’autorité symbolique extérieure (vis-à-vis de la société) revient à l’homme, puisqu’il est celui qui est le plus fréquemment en contact avec le reste du monde, tandis que dans l’intimité du foyer, c’est généralement l’autorité de la femme qui prime.

Certes, cet arrangement n’est pas forcément des plus faciles, surtout pour le mâle. Les hommes les plus puissants (physiquement ou socialement) ont d’ailleurs, de tous temps, renâclé à la monogamie et cherché des moyens de l’éviter à tout prix : multiples épouses, concubines, maîtresses, prostituées, sex friends
Mais pour la majorité des hommes, le marché est, dans l’ensemble, acceptable : non seulement il leur permet de se retirer de la guerre permanente pour l’accès aux femelles, mais il leur permet aussi de s’assurer que, lorsqu’ils seront trop vieux ou trop affaiblis socialement pour entrer en concurrence avec d’autres mâles, ils continueront à disposer d’une partenaire sexuelle. Le temps et l’énergie ainsi libérés peuvent être mis à profit pour développer la communauté, entre autres. Ce n’est pas pour rien que la plupart des grandes civilisations naissent dans des contextes de monogamie exogamique : si ce système est frustrant pour les mâles les plus performants, il assure en revanche une certaine paix sociale (la majorité des mâles ayant accès à une femelle), une qualité génétique minimale de la descendance (par l’exogamie, c’est-à-dire le mariage en dehors de sa propre famille et l’interdit de l’inceste, on s’assure que les tares génétiques bénéficient du moins de transmission possible) et une grande quantité d’énergies disponibles pour, entre autres, faire la guerre aux voisins, construire de pyramides, exploiter les ressources naturelles ou inventer la roue. De plus, le mâle étant davantage disponible au foyer, le père s’implique désormais dans l’éducation de sa descendance, ce qui en optimise considérablement la qualité.

La femme, de son côté, n’est pas non plus spoliée : elle se prive certes de la possibilité de passer d’un mâle à un autre, mais, d’un autre côté, s’assure qu’elle disposera toujours d’un protecteur, même quand elle sera trop âgée ou trop laide pour être capable d’en attirer encore un. Elle prend certes le risque de la reproduction (avec les risques de décès qui planent sur les femmes lors de leur premier enfant) mais ces risques sont les mêmes depuis la nuit des temps, et proviennent d’une adaptation imparfaite des homo sapiens à la bipédie et d’un volume trop important de leur masse crânienne en comparaison avec leurs hanches : le risque a donc toujours existé, et le pacte monogame ne l’aggrave en rien.

Ce pacte repose donc sur un équilibre, subtil mais simple : le mâle renonce à une part importante de ses tendances hypogames et polygames ; en échange, la femelle renonce à une part importante de ses tendances hypergames, le tout dans l’intérêt de la famille, de la descendance, et, plus généralement, du groupe social.

Ce système étant, dans l’ensemble, favorable au groupe, il est normal que les conventions sociales, les contes et légendes et la morale collective au sens large le valident. Ainsi, l’idée selon laquelle une femme peut et doit choisir son partenaire avec soin sera validée par la société ; cela se traduit par une prérogative exclusive : celle de changer d’avis tant qu’elle ne s’est pas formellement engagée. A l’inverse, on s’attendra à ce qu’un homme, même si l’engagement n’est pas formalisé dans le cadre des rites prescrits, demeure droit et fidèle à ses engagements (une fiancée qui abandonne son fiancé à l’entrée de l’église, juste avant le mariage, suit son cœur et a raison de le faire ; un fiancé qui abandonne sa fiancée devant l’autel est un salaud).

Des accrocs dans le pacte monogame

Celui qui agit, quel profit a-t-il de ce à quoi il travaille ?
Ecclésiaste III.9

De siècle en siècle, la complexification de la société a amené les hommes à assurer des rôles de plus en plus contraignants et spécialisés afin de subvenir aux besoins de leur famille, tandis qu’en parallèle, le rôle de mère, lui, a très peu évolué. L’accès progressif à de nouvelles ressources, de nouveaux modes de relation, un plus large éventail de possibilités, a rendu nécessaire l’accentuation du contrôle social sur les mâles : en effet, ceux-ci disposant désormais de plus de possibilités, ils pouvaient être tentés d’aller voir ailleurs, d’abandonner leurs devoirs. Toute la société pré-industrielle est hantée par la figure de la pauvre mère abandonnée par son salaud de mari volage, par exemple. Ce n’est pas un hasard si, au fil des derniers siècles, l’intégralité des évolutions sociétales et légales ayant trait à la famille, à la reproduction et à la sexualité, ont été faites au bénéfice exclusif des femelles. Alors que dans l’Antiquité romaine, la parole seule du pater familias déterminait qui était ou n’était pas son enfant, que cet enfant soit, ou non, né de son épouse, le Moyen-Âge chrétien établit pour la femme une présomption de fidélité, et fait de l’enfant, par défaut, celui du père (ce qui est encore le cas aujourd’hui). Allocations familiales (1938) permettant à la femme sans mari de disposer tout de même d’un minimum de ressources, allocations prénatales et de maternité (1946), allocations logement (1948), loi des régimes matrimoniaux (1965) par laquelle la femme peut se passer de l’accord de son mari pour exercer une profession, loi Neuwirth autorisant la contraception (1967), abolissement de la puissance paternelle au profit de l’autorité parentale conjointe (1970), loi Veil autorisant l’avortement (1975), création de l’allocation parent isolé (1976), création de l’allocation de garde d’un enfant à domicile (1986), possibilité pour un juge de déposséder un parent de son autorité parentale (1993) … ces exemples sont franco-français mais des équivalents existent dans nombre d’autres pays occidentaux, et témoignent, au cours du vingtième siècle, d’une destruction progressive du rôle et de l’autorité du père dans la famille : ses apports matériels au couple sont rendus moins importants par les différentes allocations et aides, notamment aux mères isolées ; la femme peut désormais maîtriser sa fertilité (ce qui lui permet de ne plus assumer qu’une partie de son rôle de mère, à sa convenance, sans que les engagements de l’homme à son égard soient modifiés en conséquence) ; l’autorité symbolique sur la famille comme sur les enfants est limitée et même parfois abolie. A bien des égards, donc, l’État se substitue au père, et celui-ci se voit spolié des avantages qu’il détenait au sein du couple et de la famille. Désormais perçus comme indus, ces avantages, pourtant, étaient ce qui rendait équitable le pacte originel. En d’autres termes, on peut considérer que, de décennie en décennie, le prix de l’accès exclusif à un vagin est devenu de plus en plus élevé, beaucoup de femmes recevant déjà de la part de la société les avantages que pouvaient leur apporter un homme de faible puissance économique. Dans le même temps, aucun des droits traditionnels de la femme n’a été remis en question : elle conserve ses prérogatives sur le foyer, la valorisation du statut de mère, on considère par défaut qu’elle a besoin d’aide et de protection, etc.

Par ailleurs, au fil du temps, chacun des deux sexes a pris conscience qu’il était possible de tricher avec ces conventions. Ainsi, certains mâles se sont rendus compte que dans le cadre d’une société monogame, la partenaire idéale pour eux était une femelle qui entretenait par ailleurs une relation de couple avec un autre mâle, capable quant à lui d’assurer la protection sociale et financière des rejetons sur le long terme. La stratégie du coucou, qui pond ses œufs dans les nids des autres oiseaux, peut, pour un mâle aux capacités de séduction importantes, être optimale d’un point de vue reproductif. Et quand bien même un autre mâle ne prendrait pas soin de la descendance ainsi laissée au creux du ventre d’une femelle quelconque, tirée à la va-vite sur un coin de table, en vertu des lois et des dispositions précédemment citées, la société dans son ensemble viendrait y remédier. En d’autres termes : si la femelle ne dispose pas des ressources d’un mâle en particulier, il lui est désormais possible de bénéficier d’une part des ressources de l’ensemble du corps social. Vous devenez donc obligatoirement un béta qui paie pour la descendance d’un autre, que vous en ayez conscience ou pas.

En parallèle, l’accès des femmes au marché du travail a permis l’apparition d’un chômage endémique, notamment dans les classes les moins qualifiées, et a autorisé les puissances d’argent à jouer les salaires à la baisse. Il suffit, pour s’en convaincre, de ses rendre compte que dans les années 1950, dès qu’il accédait à un statut de contremaître, un ouvrier pouvait permettre à sa femme de cesser de travailler pour ne plus avoir à s’occuper que de sa famille. Il en allait de même dès que l’on dépassait le niveau du prolétariat le plus bas : si les femmes de simples ouvriers, de paysans ou d’artisans pauvres travaillaient bien entendu (elles l’ont toujours fait : le travail n’a jamais été un droit pour personne, il a toujours été une nécessité), celles dont les époux dépassaient ce niveau cessaient immédiatement. De sorte que l’on avait, en réalité, près de 25% de la population en âge de travailler qui sortait du monde professionnel, et qui vivait correctement, sans que des aides spécifiques soient nécessaires.

Le résultat des évolutions de la société et de la structure de la famille, au cours des siècles les plus récents, est donc sans appel :

  • L’intérêt objectif des males dominants a toujours été de multiplier les conquêtes ; grâce à la société actuelle, ils peuvent désormais le faire au détriment de mâles de moindre qualité ou de moindre puissance, et même en s’appuyant sur la société dans son ensemble.
  • Les diverses mesures sociales mises en place au cours du vingtième siècle exonèrent la femelle d’une bonne partie de ses responsabilités, et lui permettent de s’arracher à la dépendance d’un mâle, ce qui lui permet de renouer avec son hypergamie naturelle.
  • Dans le même temps, cependant, les structures sociales et idéologiques continuant à subsister interdisent toujours, moralement parlant, les attitudes et les comportements qui seraient dans l’intérêt de la plupart des mâles.

La monogamie trahie : typologies de l’adultère

Le monde gynocentrique n’est donc pas le fruit du simple hasard : il est le résultat de la rupture d’un pacte initial ; l’homme y reste tenu à ses obligations originelles, tout en devant renoncer aux avantages qu’il en retirait précédemment. Ce monde contemporain, qui a détruit le pacte monogame, nous ramène, en termes de structures familiales, plusieurs millénaires en arrière, en un temps où, pour les hommes, le monde était une lutte de tous contre tous pour l’accès aux femmes. A cette époque, cependant, ce même monde impliquait, pour les femmes, de s’accrocher le plus longtemps possible au mâle le plus puissant possible, en vivant dans l’angoisse perpétuelle d’une plus belle ou d’une plus jeune, qui viendrait voler la place. A bien des égards, cette libération n’en est donc pas une : c’est la plongée dans la loi de la jungle, dans la lutte effrénée de tous contre tous. C’est la destruction des barrières sociales et morales qui, en obligeant chacun à renoncer à ses tendances naturelles, permettait au groupe de se soucier d’autre chose que de reproduction et de sexualité immédiate. La perte de ces barrières sociales et morales est la cause principale de l’apparition de phénomènes tels que le Carrousel, dans lesquels, tout en ayant l’impression de s’amuser et de vivre pleinement son existence, la jeune femme ruine en réalité ses possibilités futures de trouver un conjoint de qualité.

Dès qu’elle descendra, elle pensera à se caser. Et il sera trop tard.

En pratique, la femme contemporaine est donc désormais soumise à une concurrence implacable ; là où, jadis, le couple monogame, établi à une époque de sa vie où elle était capable d’attirer un mâle, la protégeait lorsqu’elle heurtait le Mur, elle se trouve désormais livrée sans protection à la cruauté de la nature, qui a rendu éphémère sa beauté ; comme dans les temps archaïques, celles qui sont rejetées aux marges des champs de prédation des mâles dominants ont désormais la possibilité de se retourner vers les mâles dominés, lesquels peuvent fournir protection, ressources et soutien, à la fois aux femmes exilées du manège de la séduction et à leurs descendants, fruits de leurs étreintes avec des mâles Alpha.

Le résultat objectif de la libération de la femme, en plus de la faire passer de l’autorité du mari à l’autorité du patron, a donc été de la faire passer de compagne de vie durable pour un homme à produit de consommation sexuelle périssable pour mâle dominant, courant après sa propre date de péremption, ne prenant conscience que bien trop tard de l’existence d’un Mur inaltérable.

Dans un tel contexte, cependant, le paradoxe reproductif féminin se trouve considérablement simplifié, du moins dans ses années fastes d’avant le Mur : alors qu’auparavant les femelles de l’espèce devaient choisir, grosso modo, entre un bon père et un bon reproducteur, c’est-à-dire entre un homme moins attirant, moins physiquement dominant, mais sûr et solide sur le long terme (traits Béta) et un homme physiquement plus imposant mais sur lequel elles pouvaient moins compter en tant que partenaire de vie (traits Alpha), elles ont désormais la possibilité de profiter des deux aspects, en se faisant les complices (conscientes ou non) de la stratégie du coucou susmentionnée. Cette stratégie d’adultère peut être mise en place a priori comme a posteriori :

Adultère a posteriori

C’est le plus classique et le plus évident. Il consiste, en gros, à établir un pacte monogame avec un homme pouvant se révéler un bon père/mari, puis, par le biais de relations extraconjugales, à s’assurer le matériel génétique de bons reproducteurs. Longtemps considérée comme un manquement au devoir conjugal, cette méthode a aujourd’hui le vent en poupe, au point de devenir une mode. Il suffit, pour s’en convaincre, de faire un tour sur n’importe quelle plate-forme pornographique, et constater le nombre de vidéos proposées sur les termes cuckold (cocu), breeding (engrossée), breeding party, etc.

Adultère a priori

Celui-ci peut sembler plus discret, d’autant qu’il est rarement assimilé à un adultère au sens strict. Cette stratégie consiste, en effet, à se faire engrosser d’abord par un bad boy au bon potentiel génétique, puis à découvrir, en tout innocence, qu’il est un salaud égoïste, qui ne fera jamais un bon père. La femme se livrant à cette stratégie trouve alors, généralement en un temps record, un ou des Chevaliers Blancs prêts à renoncer ou à différer leur propre reproduction pour prendre soin de la descendance d’un autre.

Dans les deux cas, du point de vue de la dynamique évolutive et des stratégies de reproduction, c’est le jackpot. Si ce type de comportement peut aller à l’encontre des intérêts conscients de l’individu, ils sont, en revanche, optimaux en termes de tactique reproductive.

Avec une féministe, le couple est impossible

Elle a le droit de vous choisir sur les critères qui lui semblent les meilleurs. mais si vous vous avisez de la choisir en fonction de son kilométrage, vous êtes un sale machiste.

Une stratégie adultérine à bout de souffle

Le souci, avec ces stratégies, c’est qu’elles reposent intégralement sur l’aveuglement des hommes. Or, à un niveau certes inconscient pour la plupart, de plus en plus d’hommes, aujourd’hui, sentent bien que quelque chose ne va pas. Ceux qui ont réussi à se hisser parmi les Alphas baisent certes à couilles rabattues mais une telle satisfaction n’est guère suffisante sur le long terme. Quant aux autres, bien souvent écrasés par la frustration provoquée par leur manque d’accès aux femmes, ils se partagent en plusieurs groupes :

  • Le groupe des soumis, qui, en échange de l’espoir d’un accès aux organes génitaux d’une femme de quatrième main en fin de parcours, s’aplatissent devant l’impératif gynocentrique. Ceux-là acceptent leur rôle de mâles dominés, qui peut dans bien des cas se traduire par leur stérilisation effective (ils n’auront pas de descendance, ou une descendance plus restreinte qu’ils ne pourraient). C’est la majorité. Celle des hommes sous Pilule Bleue, qui acceptent servilement le rôle de cocus a priori ou a posteriori. Même s’il ne contribue pas financièrement au bien-être de la descendance d’autrui, ce cocu accepte de consacrer à une mère qui ne sera, sans doute, jamais celle de ses propres enfants (ou, si elle l’est, ne le sera que d’un nombre très limité de rejetons), son temps, son énergie, ses capacités d’amour et de soutien.
  • Le groupe du refus : il s’agit des hommes, de plus en plus nombreux, qui prennent conscience de l’escroquerie fondamentale d’un système qui exige d’eux qu’ils continuent à tenir leur partie du marché, sans en retirer les bénéfices attendus. On peut considérer ce groupe comme celui des hommes ayant pris la Pilule Rouge, qu’ils usent de ce terme exact ou non. Ce groupe, très varié, est composé à la fois de ceux qui refusent purement et simplement toute relation durable avec une femme, estimant que les conditions ne sont pas, à l’heure actuelle, réunies pour leur permettre de former un couple véritable, et de ceux qui établissent des couples tout de même mais y imposent des critères précis, refusant entre autres la fréquentation de certains types de femmes, le soutien aux mères célibataires, etc. Si l’on en juge par la popularité de recherche des termes MGTOW  et Red Pill sur Google ces dernières années, ce groupe est actuellement expansion constante.

  • Un groupe, enfin, d’hommes tout simplement confus. Et il y a de quoi. Dans un monde qui les pousse tout à la fois à refuser leur virilité intrinsèque et à assumer les responsabilités viriles, qui considère comme normal qu’ils limitent et brident leurs instincts mais magnifie l’hypergamie féminine, qu’ils continuent à percevoir de manière rationnelle et logique mais dans lequel le Hamster tourne à plein régime, il y a de bonnes raisons, pour qui ne dispose pas des clefs de compréhension, de se sentir perdu. Parmi ces hommes confus, certains tombent dans une misogynie pure et dure. Mais d’autres creusent davantage la question, et finissent, généralement, Internet aidant, par avaler la Pilule Rouge.

Ce risque d’une prise de conscience massive des hommes quant à la réalité des rapports de séduction et de sexualité, et une mise en évidence des stratagèmes en oeuvre, n’est pas négligeable pour l’impératif féminin. Afin de pouvoir continuer, en tous temps et en tous lieux, à faire en sorte que la société valide tous les choix, mêmes les plus discutables, de toutes les femmes, et les considère en permanence comme des victimes des circonstances, et jamais les responsables des événements de leur propre existence, il est nécessaire qu’existe un nombre important d’hommes sexuellement et émotionnellement frustrés, prêts à se mettre à genoux devant la première mégère venue. Ce nombre tendant, faiblement mais de manière constante, à diminuer, il devient nécessaire d’écraser et de faire totalement plier ceux qui sont déjà soumis et de tenter de faire rentrer dans le rang ceux qui pourraient vouloir s’écarter du troupeau. Aussi est-il fort possible que la démocratisation de la Pilule Rouge, dans les temps à venir, provoque en retour des attaques d’autant plus violentes. Il n’est pas excessif, par exemple, d’interpréter les mouvements hystériques du genre #metoo et #balancetonporc de cette manière. 

Illustrations : Meghan Duthu Derek Thomson Gabriel Matula Gabriel Matula Dmitriy Ilkevich

Martial
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