Le signe maupassant

La poésie, la philosophie et la littérature recèlent bien des pépites, à même de nourrir la réflexion d’un homme sous Pilule Rouge, ou de la faire naître s’il n’en est qu’aux balbutiements de sa prise de conscience du réel. Le Signe, de Maupassant, fait partie de ces petites perles qui se lisent en quelques minutes et en disent beaucoup.

L’histoire en résumé

Le Signe est la troisième partie d’une trilogie de courtes nouvelles mettant en scène la petite marquise de Rennedon, charmante écervelée parisienne de grande famille, et son amie la petite baronne de Grangerie. Les deux amies sont déjà apparues dans La Confidence (nouvelle dans laquelle Madame de Rennedon parle à son amie de ses malheurs conjugaux, et lui explique comment elle a trompé son mari par vengeance, afin de le punir – à son insu bien entendu – de sa jalousie) et dans Sauvée (qui a lieu peu de temps après : Madame de Rennedon y raconte à Madame de Grangerie comment elle va obtenir un divorce aux torts de son mari ; elle a embauché une femme de chambre qui est en réalité une prostituée, et qui a pour rôle de séduire le mari, puis de procéder à un adultère au jour et à l’heure prévus, afin de pouvoir introduire des témoins et le prendre en flagrant délit). Dans Le Signe, c’est elle qui devient la confidente, et son amie qui lui raconte une bien curieuse aventure.

L’histoire commence dès le réveil, quand Madame de Rennedon est tirée du sommeil par les cris de son amie se disputant avec ses domestiques et insistant pour la voie, malgré l’heure matinale (neuf heures, à peine !). La petite marquise finit par se lever introduit son amie dans sa chambre et, une fois la servante partie, écoute ce qu’elle a à dire.

Madame de Grangerie se trouvait, la veille, chez elle, dans le quartier de la gare Saint-Lazare. Elle observait les passants de sa fenêtre et a remarqué, dans un immeuble de l’autre côté de la rue, une prostituée qui, elle aussi à sa fenêtre, faisait aux passants masculins des signes équivoques, et notamment un hochement de tête particulier. Amusée, elle s’entraîne à imiter ce signe dans son miroir, puis, par jeu, par désœuvrement ou peut-être par fantasme, elle se risque à le reproduire de sa fenêtre, en s’adressant elle aussi à des hommes qui passent dans la rue. Et ce qui devait arriver arrive : répondant à son signe, un homme entre dans la maison. Pour éviter que ses domestiques ne risquent de le voir, Madame de Grangerie, affolée, va lui ouvrir elle-même avant même qu’il n’ait sonné. Elle balbutie, lui demande de partir, mais l’homme, qui semble habitué aux prostituées occasionnelles et hésitantes, prend la chose avec un sourire, lui promet un bonus sur sa passe et ne prend pas au sérieux ses rougissements. L’heure tourne, et le mari de la baronne risque de rentrer dans l’heure qui vient. Aussi, pour écourter la présence de l’homme et éviter tout scandale (c’est en tout cas ce qu’elle prétend à son amie) lui cède-t-elle. Elle a un rapport sexuel rapide avec lui, puis il s’en va, visiblement enchanté, en promettant de revenir le lendemain à la même heure.

le signe prostituée

Notre narratrice s’étonne qu’à se conduire en prostituée, elle soit traitée en prostituée…

C’est justement cela qui terrifie Madame de Grangerie : l’adultère lui-même ne lui fait ni chaud ni froid, s’être prostituée lui est indifférent. Mais que l’homme puisse revenir et faire involontairement éclater un scandale … oui, cela lui fait peur. Et c’est même pour cela qu’elle est venue se confier à son amie la marquise de Rennedon. Celle-ci, d’ailleurs, a la solution : elle recommande à son amie de se rendre immédiatement au commissariat et raconter qu’elle est suivie depuis des semaines par un homme, qui a eu, hier, l’outrecuidance de lui rendre une visite alors que son mari était absent, et de lui faire à cette occasion des avances libidineuses. Comme elle est une dame respectable, on la croira, et on fera arrêter l’homme s’il ose effectivement revenir. S’il prétend que la baronne est une prostituée, on ne le croira pas et elle pourra même le faire condamner pour insulte. Bref : elle peut gagner sur toute la ligne. Ne reste qu’une question : celle des deux louis laissés par l’homme la veille. Madame de Rennedon recommande de s’en servir pour acheter « un petit cadeau à ton mari… ça n’est que justice. »

Les leçons du Signe

Les leçons de cette petite nouvelle sont multiples. On peut aussi bien la faire lire à un adolescent qu’à une adolescente, ou encore à un adulte.

L’adolescente y comprendra que ses actes ont des conséquences et que si l’on se comporte en prostituée, il ne faut pas s’étonner d’être considérée comme une prostituée. Avec les éventuelles conséquences que cela peut impliquer.

L’adolescent y apprendra que les signes qu’envoient les femmes ne sont pas toujours sincères et qu’il leur arrive de séduire par simple désœuvrement, ou parce qu’elles n’ont rien de mieux à faire, plus que par réelle envie de plaire. Peut-être y comprendra-t-il que le fait de recevoir une invitation, même très directe et explicite, à avoir un rapport sexuel, ne lui garantit en aucune manière qu’il l’obtiendra, ni que sa compagne de jeu assumera quoi que ce soit si ça ne l’arrangera pas.

L’adulte de raison y comprendra, enfin, que le Hamster n’est qu’un terme contemporain pour désigner un processus vieux comme le monde et que l’absence de principes solides ancrés par l’éducation au plus profond de l’être crée des êtres tels que Madame de Rennedon et Madame de Grangerie. C’est-à-dire des monstres. Des monstres charmants, élégants, souriants, mais des monstres tout de même : des êtres dénués de morale et de principes, ne considérant les autres êtres humains qu’en tant que jouets pour elles, et prêtes à envoyer un homme en prison sur de fausses accusations, juste pour éviter quelques menus ennuis personnels ou même par caprice.

On s’imagine souvent que les thèmes de la Pilule Rouge sont récents. Il n’en est rien. Les meilleurs observateurs des mœurs et des mentalités en ont quasiment tous parlé, de Flaubert et Maupassant à Brassens, en passant par Dostoïevski. Ce n’est pas un hasard si les thèses SJW et féministes de troisième vague sont apparues à notre époque : elles ne pouvaient prendre que parmi un public d’incultes. 

Lire Le Signe

Style simple et clair, nouvelles courtes : Le Signe, La Confidence et Sauvée se lisent en une heure et sont délectables à bien des égards. Lisibles par les adultes aussi bien que par les adolescents dès 11 ou 12 ans, ces nouvelles se trouvent dans la plupart des recueils de Maupassant. Pour un cadeau, mieux vaut se pencher sur les bouquins ci-dessous. Pour une lecture personnelle, voir en bas de page, des liens directs et gratuits vers les textes. Plus généralement, vous pouvez mettre les nouvelles de Maupassant entre (presque) toutes les mains : elles aideront bien des jeunes gens (et de bien moins jeunes aussi) à prendre conscience des petitesses, des lâchetés et des faiblesses inhérentes à la nature humaine.

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Lire Le Signe (PDF gratuit), Sauvée (PDF gratuit), La Confidence (page web, texte intégral)

Illustrations : Henri de Toulouse-Lautrec

 

 

 

Martial
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