Les Trois Royaumes : le classique épique chinois

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Le roman des trois royaumes

Un État en décomposition, des seigneurs de la guerre qui se disputent le pouvoir, des trahisons et des complots, de la bravoure et du machiavélisme, de grands discours au cœur des batailles et des duels impitoyables : bienvenue dans le Roman des Trois Royaumes, l’archétype chinois de la littérature épique. Si vous avez aimé l’Iliade, vous aimerez les Trois Royaumes. Si vous vous réjouissez des intrigues tordues d’A Song of Ice and Fire, vous vous délecterez de ce classique, entre roman de chevalerie et critique de mœurs. 

L’auteur et l’oeuvre

Luo Guanzhong a vécu entre la fin de période Yuan et le début de la période Ming (en gros, autour de 1350 de notre ère). On ne sait que très peu de choses de sa vie : fils d’un commerçant, il n’a pas de goût pour le négoce et préfère les études classiques (littérature, mathématiques, philosophie confucéenne). Après avoir fréquenté l’aristocratie et les seigneurs de la guerre quelques années, il se retire dans les montagnes près de Zhangdjiagang vers l’âge de trente ans. Il y rencontre Shi Nai’an, un grand auteur de son époque, qui lui donne le goût de la littérature. Par la suite, Shi Nai’an ayant été arrêté par le premier empereur Ming, qui considère ses écrits comme dangereux, Luo Guanzhong va intriguer pour le faire libérer. Il y parvient mais le vieil auteur est très affaibli par la captivité et meurt avant d’avoir pu terminer Au bord de l’eau, son chef-d’oeuvre. Dans les années qui suivent, Luo Guanzhong termine Au bord de l’eau en mémoire de son maître littéraire, puis rédige le Roman des Trois Royaumes. Il meurt de maladie, peu après.
Bon, niveau biographie, c’est mince. Presque aussi mince qu’Homère. Il faut dire que Luo Guanzhong est de ces auteurs qui sont totalement effacés et dévorés par leur oeuvre. Et quelle oeuvre…

Chronique d’un délitement de l’État, d’une guerre civile de trois générations puis d’une réunification de l’empire, le roman est aussi une comédie de la vanité et de l’ambition

Le Roman des trois royaumes est, à l’instar de l’Iliade, une histoire d’hommes et de guerre. A l’heure où le pouvoir central chancelle et où l’Empire du Milieu semble promis au chaos, des hommes se lèvent. Certains pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être; d’autres pour profiter de l’occasion qui leur est donnée de s’enrichir aux dépens des autres; d’autres enfin pour se tailler des fiefs et établir des dynasties. L’histoire s’étend sur trois générations est peut être vue comme un vaste tableau de la nature humaine : drame de l’héroïsme et comédie des vanités. Les hommes s’élèvent et tombent, souvent victimes d’eux-mêmes plus que de leurs adversaires. Un souffle épique traverse tout le roman, qui est d’une complexité incroyable, d’une construction méticuleuse et d’une richesse inouïe : chaque personnage incarne, dans son caractère autant que dans son physique, certains traits, certaines dispositions humaines, certaines vertus ou certains vices. Loin d’être manichéen, le Roman des Trois Royaumes montre également que ce ne sont que rarement les plus vertueux qui l’emportent.
Ce livre a, en Chine, une place majeure dans la culture populaire. C’est un classique absolu, et même l’un des Quatre livres extraordinaires (les ouvrages que tout le monde devrait avoir lu au moins une fois, en gros), avec Au bord de l’eau (roman d’aventure), La Pérégrination vers l’Occident (roman fantastique) et le Jin Ping Mei (roman érotique et de critique sociale).

Résumé partiel

Il serait impossible de proposer un résumé complet de l’oeuvre, qui est énorme, gigantesque, foisonnante en détails, en anecdotes, en histoires secondaires, en personnages mineurs. Aussi nous contenterons-nous ici d’évoquer, très brièvement, le début de l’ouvrage.

Nous sommes aux alentours de 200 de notre ère (plus de 1100 ans avant la rédaction de l’oeuvre, donc : Le Roman des Trois Royaumes n’est pas un traité historique précis, pas plus que ne l’est la littérature arthurienne). La dynastie Han, qui a succédé à la première dynastie impériale des Qin et règne depuis près de cinq siècles, est sur le déclin : l’empire chinois est en proie à des luttes internes, des rébellions et une corruption rampante qui gangrène toutes ses élites. Le pays s’enfonce peu à peu dans la décadence et le chaos, tandis qu’au sein du palais, les dix eunuques (conseillers proches de l’empereur) intriguent pour s’arroger le pouvoir. Dans ce contexte d’agonie de l’autorité centrale, apparaît une secte religieuse, appelée la Voie de la paix, et dont les membres sont reconnaissables à leur turban jaune. Autour d’un leader charismatique, les Turbans Jaunes commencent à s’imposer comme un pouvoir majeur ; quand leur chef annonce que l’ère Han est terminée et s’autoproclame nouveau maître de la Chine, la secte s’organise en force armée et menace le pouvoir. Les Turbans Jaunes remportent, à travers tout le pays, des victoires militaires sur les forces impériales.

Les eunuques confient à trois généraux illustres le soin de mâter la rébellion. En parallèle, le gouverneur de la province de Yu lève une troupe de volontaires pour s’opposer aux Turbans Jaunes dans sa région et soutenir les armées officielles. De nombreux hommes répondent à l’appel, dont un trio de héros : le jeune et vertueux Liu Bei, l’honorable et idéaliste Guan Yu et le bouillant et valeureux Zhang Fei. Tous trois ont fait serment de fraternité et s’engagent dans la défense des petites gens, à la fois contre les Turbans Jaunes et contre les abus des potentats locaux. Tous trois rêvent de restaurer un pouvoir Han fort, à même d’assurer la paix dans tout le pays.

La campagne contre les Turbans Jaunes est longue et sanglante. Elle est un succès pour les armées loyalistes mais un succès qui ne tourne pas à l’avantage des trois généraux désignés par la cour impériale : ce sont en effet Liu Bei d’une part et le jeune général de la cavalerie, appelé Cao Cao, qui s’y illustrent tout particulièrement. Cao Cao est un homme à l’ambition dévorante, au sens de l’honneur marqué et au talent stratégique affirmé ; grand lecteur de Sun Tzu, il sait également se montrer froid et manipulateur quand les circonstances l’exigent, et on le verra, plusieurs fois, ne pas hésiter à faire preuve de cruauté dans sa course vers le pouvoir. Les Turbans Jaunes sont donc vaincus mais l’armée impériale sort divisée de cet affrontement. La cour a perdu encore de son prestige et de son éclat et plusieurs généraux et gouverneurs se comportent désormais en véritable seigneurs locaux, au mépris de l’autorité centrale. Une ère de chaos et de guerre civile s’annonce…

Un temps de chaos et de ruine mais aussi de grandeur et de génie.

L’empereur décède peu de temps après. Les eunuques s’emparent du pouvoir et entendent exercer la régence, les fils de l’empereur étant encore jeunes. Mais le général Dong Zhuo et ses troupes envahissent le palais. Le général prend officiellement la régence, après avoir éliminé une partie des eunuques et fait assassiner plusieurs membres de la cour, dont l’un des princes impériaux. Le prince survivant n’est âgé que de neuf ans, et totalement sous la coupe du général. Dans la confusion de la prise de pouvoir, le sceau impérial, symbole du Mandat Céleste (le fait que les dieux ont confié à l’empereur la bonne marche du monde), est perdu. Dong Zhuo s’affirme en maître absolu du pays et en véritable tyran. Cao Cao, qui se trouve encore à la cour impériale, tente de l’assassiner pour rétablir le pouvoir des Han mais échoue. Il doit fuir, traqué par les hommes de Dong. Après de multiples péripéties, il parvient en sécurité et se joint à une rébellion de généraux et d’administrateurs provinciaux, qui s’opposent au pouvoir tyrannique du régent. Plusieurs potentats et généraux se rallient à lui, ainsi que Liu Bei et ses frères d’armes. Dong, quant à lui, parvient à convaincre Lu Bu, un fantastique guerrier, de se joindre à lui en lui offrant des cadeaux magnifiques (dont un cheval magique).

Au cours de la guerre contre Dong Zhuo, Liu Bei et ses frères se trouvent placés sur un front difficile, qui a à combattre les forces de Hua Xiong, l’un des meilleurs généraux du régent. Les premiers combats tournent au désavantage des rebelles mais Guan Yu sauve l’armée, à la suite d’un héroïque combat singulier contre Hua Xiong.  Un peu plus loin, l’armée est arrêtée par les forces de Lu Bu, que le puissant Zhang Fei défie en combat singulier. Mais le guerrier semble invincible : même l’intervention de Guan Yu, puis celle de Liu Bei, ne suffisent pas à le vaincre; il finit par rompre le combat, cependant, et se replier vers la capitale. Les rebelles l’emportent mais le prix en vies humaines est élevé.

Dong Zhuo, face à cette défaite, décide de replier ses forces vers des positions fortifiée; il emmène avec lui la famille impériale et incendie la capitale. Les rebelles ont gagné cette manche mais ils n’héritent que d’un champ de ruines. Peu après la prise de la capitale dévastée, la coalition se défait, des problèmes locaux rappelant chacun des seigneurs sur ses terres. Dong Zhuo a perdu du terrain mais il reste maître de la cour, et surtout tuteur du jeune empereur.

A la cour, justement, le ministre Wang Yun fomente une dispute entre Dong Zhuo et son héros Lu Bu, usant pour cela de la belle Diao Chan, que les deux hommes convoitent. Lu Bu finit par tuer le tyran et par s’enfuir. Wang Yun pensait récupérer le pouvoir à cette occasion mais des officiers de Dong Zhuo, comprenant qu’il a été l’artisan de la perte de leur seigneur, le mettent à mort. L’empire est désormais sans maître et plonge dans le chaos.

Pendant ce temps, la méfiance s’est installée entre Cao Cao et plusieurs de ses anciens alliés, dont Liu Bei. Bon combattant mais piètre stratège, Lu Bu et ce qui lui reste d’armée est vaincu par les troupes de Cao Cao. Il finit par se présenter à la capitale de la province de Xu, que Liu Bei dirige désormais, et celui-ci lui accorde l’hospitalité et garantit sa sécurité. Mais assez rapidement, l’orgueilleux Lu Bu ne peut se satisfaire de sa position d’hôte et profite d’un déplacement de Liu Bei pour organiser une révolution de palais : il s’empare d’une forteresse et fait de Liu Bei et de ses frères d’armes ses vassaux. Déçu et amer, Liu Bei est contraint de solliciter l’aide de Cao Cao. Une nouvelle guerre s’engage.

Ne laissez pas vos gosses croire que l’histoire chinoise ressemble à Mulan : faites-leur lire le Roman des Trois Royaumes, ou même Sangokuchi.

La première phase du conflit est un échec pour les forces de Liu Bei : celui-ci ne dispose pas d’assez d’hommes l’officier commandant le détachement envoyé par Cao Cao est gravement blessé, ce qui amène ses hommes à se retirer du combat. Lu Bu sort victorieux de la bataille en rase campagne. Mais l’année suivante, avec des troupes fraîches, Liu Bei et Cao Cao reprennent les hostilités et mettent le siège devant la forteresse de Lu Bu. Le valeureux guerrier se révèle alors faible sur le long terme, se mettant à boire et à maltraiter ses hommes, qui, un à un, désertent. Comme il écoute davantage les conseils de son épouse et de sa concubine Diao Chan, il fait peu de cas des avis de ses stratèges, ce qui met son armé en péril. Ses officiers eux-mêmes finissent par le trahir et le château est pris alors que Lu Bu, ivre-mort, dort. Enchaîné, il est traîné avec ses derniers fidèles devant Cao Cao. L’un des officiers de Lu Bu préfère le suicide au déshonneur; l’autre offre sans broncher sa nuque au sabre du bourreau. Seul Lu Bu supplie pour qu’on lui laisse la vie sauve, allant jusqu’à offrir ses services à Cao Cao. Liu Bei, présent lors de la rencontre, rappelle à Cao Cao que Lu Bu a déjà trahi par deux fois. Cao Cao opine. Le plus puissant guerrier de son temps ne meurt pas au combat mais exécuté comme un simple brigand.

Cao Cao rentre dans sa capitale, où le jeune empereur est désormais son hôte et son protégé. Son pouvoir personnel s’affirme, et, déjà, la mésentente avec Liu Bei s’installe. Les anciens alliés ne tarderont pas à s’affronter.

Le Roman des Trois Royaumes : un conte épique et moral

Tout au long du livre, on assiste à un nombre impressionnant d’actes héroïques, de marques d’honneur et de loyauté, mais également de trahisons et de mensonges. Si la lutte pour le pouvoir reste le thème principal de l’oeuvre, ce qui intéresse Luo Guanzhong, ce sont les hommes. Les hommes et leurs faiblesses, leurs manquements, leur grandeur et leur petitesse. En cela, le parallèle avec l’Iliade est frappant : comme chez Homère, la guerre agit comme une forme de catharsis, autant que de révélateur des caractères réels de chacun. Beaucoup de personnages meurent de leurs péchés (comme Lu Bu, qui périt d’avoir trop écouté ses femmes), et certains même sont victimes de leurs vertus. Comme chez Homère également, on est, avec le Roman des Trois Royaumes, dans un récit sans gentil ni méchant : certains sont plus vertueux que d’autres, mais au fond tous sont des hommes, à la fois magnifiques et imparfaits.

Les personnages s’affrontent pour la gloire, le pouvoir et l’honneur mais également au nom de principes moraux forts.

Les batailles sont l’occasion pour l’auteur, bien souvent, d’illustrer par l’exemple des principes issus de l’Art de la Guerre de Sun Tzu, plusieurs fois cité par différents personnages, ou encore des Trente-Six Stratagèmes. La victoire ne s’obtient pas seulement par la force et le nombre, mais, le plus souvent, par une stratégie intelligente, une bonne compréhension de la psychologie de l’adversaire, l’usage approprié du terrain et du climat, etc. Bien des affrontements décrits dans l’oeuvre sont des régals pour l’homme intéressé par la stratégie. Par ailleurs, la vertu des héros est mise à l’épreuve tant dans la victoire que dans la défaite : à l’inverse de Lu Bu, qui n’a jamais été vaincu jusque là, Liu Bei forge son caractère et sa légende dans la défaite et la douleur; c’est un général vertueux, entre autres, parce qu’il sait perdre. L’honorable Guan Yu offre d’ailleurs, au cours d’un célèbre épisode l’opposant à Cao Cao, un bel exemple de reddition dans l’honneur.

Les figures viriles dignes d’inspirer un homme ou un adolescent contemporain abondent : Liu Bei, incarnation de la valeur morale, de la piété filiale et du patriotisme (ces trois vertus n’en faisant qu’une chez lui); Cao Cao, figure trouble et ambiguë d’un homme tout à la fois dévoré d’ambition et fasciné par la vertu, prêt à tout pour accéder au pouvoir mais représentant réellement l’une des meilleures options pour le pays; Guan Yu, l’homme de principes et d’honneur, qui jamais ne transige avec son devoir; Zhang Fei, le puissant guerrier qui recherche dans la confrontation avec les autres une réponse à la lutte contre ses démons intérieurs; Zhuge Liang, le génie stratégique et militaire, maître dans l’art de la guerre psychologique, qui parvient à remporter une victoire (le piège de la ville vide) sans impliquer un seul soldat; et bien d’autres encore. La psychologie de nombreux personnages est fouillée et réaliste, beaucoup moins caricaturale qu’on pourrait le croire a priori : chacun lutte pour ses objectifs et contre ses propres contradictions, et aucun n’est complètement à la hauteur de ses propres ambitions ni de ses propres principes. Les rapports entre les personnages, également, sont loin d’être manichéens : ainsi, malgré le fait qu’ils finissent par devenir ennemis, Cao Cao et Liu Bei s’estiment et se respectent. L’amour est présent, mais rarement présenté sous un jour positif : s’il peut occasionnellement être une inspiration, il est, bien plus souvent, ce qui détourne les hommes de leur devoir et les pousse à prendre en compte de mauvais avis. Le passage des générations, et notamment au sein de la famille Liu, illustre également bien le principe selon lequel les grands hommes se révèlent dans les temps troublés, et ceux élevés dans des temps trop confortables leur sont souvent inférieurs.

Le rôle des femmes est ambigu dans le Roman des Trois Royaumes : vénérées quand elles sont dans leur rôle d’épouse, de mère ou de concubine, elles deviennent dangereusement toxiques quand elles s’improvisent conseillères politiques ou stratégiques.

A la fois manuel de stratégie, roman de cape et d’épée, histoire épique, étude de caractères et leçon de morale confucéenne, le Roman des Trois Royaumes se doit, pour toutes ces raisons, de figurer au panthéon de la littérature virile. Il y a sa place au même titre que les récits homériques et les romans de chevalerie, ou encore que La Pierre et le Sabre. Et pour qui s’intéresse à la culture chinoise, et même asiatique en général, c’est une lecture obligatoire, aussi importante que le serait, pour qui s’intéresserait à la culture occidentale, celle de Shakespeare ou des Trois Mousquetaires.

 

Lire le Roman des Trois Royaumes

On reconnaît un classique au nombre de pillages dont il fait l’objet : aussi le Roman des Trois Royaumes a-t-il été adapté un nombre incalculable de fois : en mangas (dont certains assez réussis : Sangokushi, bien qu’un peu daté dans son style, est une bonne introduction au monde des Trois Royaumes), en animes, en films (dont un film de John Woo, qui reprend un épisode spécifique : celui de la bataille de la Falaise Rouge), en jeux vidéos (Dynasty Warriors). Et ce sans même compter les milliers de références et de citations qu’on peut trouver un peu partout (pour ne prendre qu’un exemple : l’Armée du Ruban Rouge des premiers tomes de Dragon Ball est un clin d’œil parodique à l’armée des Turbans Jaunes). Bref : les manières détournées d’accéder à l’oeuvre ne manquent pas. Bien évidemment, rien ne vaut le roman lui-même. La traduction en français est plutôt de bonne qualité, et facile à lire. Difficile pour les plus jeunes, mais un adulte ou adolescent capable de lire le Seigneur des Anneaux ou le Trône de Fer lira sans problème le Roman des Trois Royaumes. Le principal souci pour le lecteur occidental consiste dans la multiplicité des noms de lieux et de personnages, mais après tout, si vous avez eu à vous familiariser avec la géographie et les langues de la Terre du Milieu ou de Westeros, celles de la Chine antique ne devraient pas vous poser davantage de problèmes.

 

Illustrations : Aziz Acharki Joshua Sortino John Salvino Gene Taylor Jaturunp, Freepik

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