Manosphère et ressentiment : la solution est en vous

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Manosphère et ressentiment

Il existe une tendance forte, au sein de la manosphère, et à propos de laquelle celle-ci est régulièrement attaquée, parfois à juste titre : la tendance au ressentiment à l’égard des femmes en général, et des femmes occidentales en particulier. Et cette tendance n’est positive ni pour la manosphère au sens large, ni, surtout, pour les individus qui la composent. Ce ressentiment s’appuie en grande partie sur les difficultés qu’ont pas mal d’hommes à établir des relations saines et satisfaisantes avec les femmes contemporaines. Mais aussi sur plusieurs idées fausses, qui relèvent d’une lecture et d’une compréhension superficielles de principes de la Pilule Rouge. Et la première de ces idées fausses, c’est que la société occidentale pervertit les femmes. 

Idées fausses mais néanmoins courantes en manosphère

Cette idée est généralement associée à celle qu’il existerait (aux Philippines, en Europe de l’Est, ailleurs…) des sortes de paradis, encore miraculeusement épargnés par la corruption, où l’on trouverait des femmes authentiques qu’il serait possible de ramener en Occident, afin de vivre avec elle un couple traditionnel et épanoui. C’est faux également.

Ce n’est pas la société occidentale elle-même qui est un problème mais plutôt le délitement de toutes les valeurs non-marchandes ou non-transactionnelles, qui amènent à une destruction globale du sens, du sentiment de validité des individus, des solidarités traditionnelles et des structures sociales. Si les femmes sont effectivement des cibles particulièrement intéressantes pour le Marché, c’est en raison de tendances générales du caractère féminin, qui manifeste, en moyenne, une forte susceptibilité à certains stimuli psychologiques qui sont à la racine des techniques de publicité, de marketing et d’ingénierie sociale : les axes A (volonté de se conformer au modèle imposé, obéissance aux diktats de l’environnement social) et N (peur du rejet, de ne pas être accepté, importance du regard des autres) du Big Five. Ces tendances, cependant, n’existent qu’à titre de moyenne générale et ne sont pas nécessairement présentes chez tous les individus, ni présentes avec la même force. La Jeune Fille est un archétype comportemental, non le portrait d’une personne spécifique. Une femme est, dans l’absolu, parfaitement capable de virilité au sens intellectuel du terme. La chose lui est seulement, en règle générale, moins immédiatement évidente et moins naturelle qu’à un homme.

Ces pressions permanentes que subissent les femmes et leur sensibilité moyenne plus importante à ces stimuli sont la raison pour laquelle beaucoup d’entre elles sont devenues les premières victimes de la domination du Marché, les porte-étendards d’un capitalisme déraciné et ultra-individualiste, les idiotes utiles de ce système (un grand nombre de féministes se croient et se vivent comme des opposantes au Capital). Mais les hommes sont, eux aussi, l’objet de ses pressions, et tombent, plus nombreux chaque jour, sous ce joug. Les plus fragiles, les moins structurés, les plus sensibles, ont été les premières victimes mais l’épidémie menace l’ensemble de l’humanité. En ligne de mire : une société sans virilité, c’est-à-dire composée d’individus sans maîtrise de leurs pulsions, sans identité, sans puissance de volonté, sans aucune capacité à résister aux injonctions du Marché, dont les castes dominantes, elles, par contre, auront conservé les structures traditionnelles les plus saines (le mariage traditionnel se porte très bien dans les couches les plus aisées de la société ; le divorce n’y est pas si courant ; les mères célibataires y sont quasi inexistantes ; et ainsi de suite : toute cela, c’est surtout pour les pauvres).

Croire qu’il existe des paradis isolés dans lesquels les hommes demeurés tant soit peu virils pourraient découvrir des compagnes en accord avec leurs aspirations et qu’ils pourraient ramener chez eux est une illusion : votre petite Philippine ou votre jolie Polonaise, voire votre blédarde traditionnaliste, une fois intégrée à la société occidentale, sera exposée aux mêmes pressions que toutes les autres, et, selon toute vraisemblance, suivra le même chemin, avec en prime des soucis d’adaptation culturelle divers et variés. Qui veut vivre une relation traditionnelle doit accepter de vivre dans une société traditionnelle. La post-modernité est un tout, qu’il n’est pas possible de découper selon les pointillés pour ne garder que ce qui vous arrange et rejeter le reste.

De plus, en tant qu’homme occidental, vous avez passé votre existence à être moqué, diminué, insulté, symboliquement castré. D’où la question suivante : à part du pognon, êtes-vous bien sûr d’avoir ce qu’il faut pour séduire une femme issue d’une culture plus virile ?

Manosphère et colère

Trop souvent, commentaires et attitudes au sein de la manosphère sont basés sur une colère personnelle et non sur une compréhension froide et rationnelle des choses.

La source du problème, c’est vous

En amour, il y en a toujours un qui souffre, et l’autre qui s’ennuie.
Honoré de Balzac

Tout cela ne signifie pas qu’il n’y a aucun problème en ce qui concerne les femmes occidentales. Il y en a, et de nombreux : attentes irréalistes concernant leurs compagnons, refus de s’engager, refus des réalités biologiques, tendance pour certaines à se rendre aussi laides que possible, culture victimaire, causes et luttes absconses avec désignation d’ennemis imaginaires (manspreading, manterrupting, mansplaining, culture du viol, patriarcat…), causes et luttes autocontradictoires (Nous sommes contre le patriarcat et l’islamophobie !).

Pour autant, les récriminations de la manopshère sont souvent exagérées : l’hystérique féminazie existe, certes, et elle se rend visible, certes (cela fait d’ailleurs partie de son hystérie) mais elle est rare. L’immense majorité des femmes n’a aucun désir réel de destruction de la virilité (qui la protège), du couple (qui la rassure) ni de la famille. Les propos et lubies d’une poignée de démentes ne représentent qu’elles-mêmes (même s’ils ont un écho médiatique important), et, pour beaucoup de femmes, le couple traditionnel et la vie aux côtés d’un homme rassurant, protecteur et viril restent un idéal, sinon explicitement identifié, du moins rêvé.

Mais si c’est le cas, d’où vient le problème ? D’où vient le fait que vous ne parveniez pas à trouver une compagne qui vous convienne ? D’où vient cette frustration que tant de membres de la manosphère ressentent ? La réponse est simple mais inconfortable : d’eux-même. Car une part importante des hommes de la manosphère, et y compris parmi ceux qui se disent MGTOW, sont en réalité des Incel inavoués. Et leur frustration, leur colère, leur amertume, prend racine en eux. Plus exactement, de cinq éléments en eux : leur vision du monde, leur mode de vie, leur mode de sélection, leurs priorités et leur attitude dans le couple.

Vision du monde

C’est important, l’intelligence : c’est ce qui permet à l’homme de mesurer toute l’étendue de son malheur.
Pierre Desproges

La Pilule Rouge encourage à avoir du monde une vision réaliste, sans complaisance, sans moraline, et de contempler l’existence dans toute sa laideur et toute sa cruauté, mais aussi toute sa justesse. Cela implique, en ce qui concerne les relations entre hommes et femmes, d’accepter une vérité essentielle : vous n’avez aucun droit. Le monde ne vous doit rien. Tout ce qui a de la valeur se mérite, se conquiert. Rien ni personne ne vous garantit que vous ayez le droit d’avoir d’une compagne. Rien ni personne ne vous garantit qu’il y ait la moindre justice à ce niveau. Personne n’en a rien à foutre de votre beauté intérieure ni de votre sublime sensibilité. La Loi de Briffault nous apprend que vous formerez un couple le jour où ce couple apportera un bénéfice substantiel dans l’existence d’une femelle de l’espèce humaine. Les relations sexuelles et sentimentales sont transactionnelles. Et si vous trouvez cela dégueulasse, c’est que vous êtes encore dans la moraline. Ce n’est ni vertueux, ni dégueulasse : c’est ainsi. L’hypergamie n’est pas un vilain défaut : c’est le mode relationnel normal entre les sexes chez les humains. Si vous espérez une relation qui dure toute la vie, avec un être qui vous sera toujours fidèle sans condition et vous aimera quoi que vous fassiez, ce n’est pas une femme qu’il vous faut, c’est un chien.

Mode de vie

Si le monde est injuste, il y a tout de même un certain nombre de grandes règles qui s’appliquent en général. Et l’une d’elles est que nous devenons ce que nous faisons. Vous pouvez passer tout le temps que vous voulez à fantasmer sur l’hypothétique statut d’alpha en lisant des publications masculines ou en regardant des vidéos Youtube : tant que vous en restez aux vidéos de motivation et ne faites rien de concret, vous restez un branleur. Et les branleurs ne sont que rarement attirants. Pire : vous êtes en contradiction avec les principes virils auxquels vous prétendez adhérer.

Vous n’aurez jamais de femme de qualité dans votre vie par miracle. La princesse qui descend du ciel n’existe pas. Croire que vous pourriez rencontrer une nana bien sous tous rapports alors que vous êtes vous-même un être dévirilisé revient à croire plausible le scénario de Bridget Jones ou de 50 Shades (dans les deux cas : un millionnaire ultra-séduisant tombe sans raison amoureux d’une fille quelconque, dénuée de qualité, juste parce que c’est elle et qu’elle est l’héroïne de l’histoire).

Chouiner ne sert à rien non plus. Personne n’aime les victimes. Vous plaindre de la méchanceté des femmes ne vous aidera pas à séduire qui que ce soit. Soyez l’homme que vous avez décidé d’être : non pas une victime, non pas un drogué des médias sociaux, non pas un type qui rêve sa vie à coups de jeux vidéo mais un être plein, véritable et accompli. L’épidémie de dévirilisation est, en termes d’avantages comparatifs, un avantage pour vous, car vous pouvez devenir la valeur rare, l’être exceptionnel convoité par toutes, ou, en tout cas, par beaucoup.

Mode de sélection

Si vous comptez sur votre belle voiture comme principal argument de séduction, ne vous étonnez pas de tomber principalement sur des connasses superficielles. Si vous draguez surtout en boîte de nuit, non plus. Les sites de rencontre sont souvent le dernier havre des fonds de panier, le refuge de celles qui n’ont pas le temps, l’envie ou le courage de se mettre en danger ou le terrain de chasse de semi-prostituées s’attendant à de somptueux cadeaux en échange de l’espoir hypothétique d’un aperçu de leur toison pubienne. Et aussi, il est vrai, au milieu de toute cette fange, quelques authentiques mais rarissimes pépites.

Il y a peu, l’un de mes amis me faisait part de ses difficultés à rencontrer une femme qui corresponde à ses propres valeurs. Il était, en particulier, très important pour elle qu’elle soit catholique. Le souci, c’est que lui, en revanche, ne va pas à la messe, ne fréquente aucune institution catholique, ne participe à aucun des événements organisés par le diocèse. Dans de telles conditions, espérer la rencontre d’une personne correspondant à ses critères revient à espérer un miracle. C’est tout à l’honneur du croyant mais peu réaliste au quotidien.

Le mode de sélection de vos rencontres impacte très fortement le type de personnes que vous allez rencontrer. Eviter certains modes de rencontre et se focaliser sur d’autres peut être intéressant si vous tombez toujours sur le même type de personnes. Le plus simple est de vous demander quel genre de trait ou d’habitude vous jugez importants chez une compagne, et de fréquenter des lieux et cercles en conséquence : c’est en salle de sport que vous rencontrerez le plus sûrement une sportive, à la médiathèque que vous aurez le plus de chances de rencontrer une fille intéressée par la culture, et ainsi de suite. Accessoirement, cela vous assure déjà que vous avez au moins une chose en commun. Ce qui n’est déjà pas si mal.

Priorités

Si vous souhaitez vous trouver en couple pour vous rassurer, pour être moins seul, moins angoissé, pour vous sentir mieux ou parce que c’est confortable, vous n’avez pas besoin d’une femme, mais d’un psy. Votre compagne n’est pas là pour vous servir de thérapie : ce n’est pas son rôle, elle n’en est pas capable et lui mettre cela sur le dos est à la fois injuste et malsain. Un couple sert à fonder une famille et à faire des enfants. Lui donner une autre mission, c’est le condamner à l’échec : cela équivaut à utiliser un tourne-vis pour planter des clous, puis à se plaindre que ça marche moins bien qu’avec un marteau. Si, donc, vous n’êtes pas prêt à devenir père dans un avenir prochain, ne vous mettez pas en couple. Et si la nana qui vous intéresse n’est pas prête à devenir mère dans un avenir prochain, ne vous mettez pas en couple avec elle. 

Si vous n’êtes pas capable de vous assumer vous-même, comment assumeriez-vous un rôle dans un couple ? L’idée selon laquelle on pourrait rester en couple des décennies, par pur plaisir de fréquenter l’autre au quotidien, est une idée d’handicapé émotionnel : nul besoin d’être en couple pour cela. Nul besoin de vivre ensemble, ni qu’on vous tienne la main au quotidien. Nul besoin d’assumer les humeurs sombres, les chaussettes sales ni la mauvaise haleine du matin : une petite amie que vous voyez une fois tous les quinze jours suffit. Votre couple ne pourra tenir que le jour où vous n’aurez pas besoin de l’autre. Ni pour être heureux, ni pour vous assumer financièrement, ni pour vous distraire, ni pour vous sentir mieux. Accessoirement, être bien dans votre tête et bien dans votre vie est le meilleur moyen de bien tenir le Cadre.

Victime

Nous devenons ce que nous faisons : le meilleur moyen de rester une victime, c’est de se complaire dans ce rôle.

Attitude

Au sein du couple, c’est celui qui tient le Cadre qui établit les règles et définit la réalité du couple. Si votre couple ne vous convient pas ou si vos relations passées ont toujours été frustrantes, peut-être est-ce également parce que vous n’avez pas tenu le Cadre. Si vous avez laissé votre compagne définir ce que le couple est ou n’est pas, ne vous étonnez pas que cette définition ne vous convienne qu’imparfaitement. Celui qui tient le Cadre, c’est celui des deux qui est le moins dépendant de l’autre, et qui peut, implicitement, laisser entendre qu’il est prêt à partir à tout moment. Vous n’avez en aucun cas à recourir à la violence (qu’elle soit physique, verbale ou psychologique) pour tenir votre compagne : si vous avez l’attitude qu’il faut, le langage qu’il faut, le mode relationnel qu’il faut, si vous savez vous montrer à la fois rassurant en général et intransigeant sur certains points, si elle comprend qu’elle peut vous faire confiance en tout mais également vous perdre, c’est d’elle-même qu’elle se placera dans une position de complémentarité à votre égard. Ne croyez pas un instant les cris des féminhystériques : la plupart des femmes ne souhaitent rien d’autre que de vivre avec un homme fort et rassurant, un patriarche sévère mais juste, bienveillant mais strict. Qu’elles l’avouent ou non ne change rien à l’affaire.

Tout cela pour en venir à quoi ?

A trois points essentiels : tout d’abord au fait que le Hamster est loin d’être l’apanage des femmes. Les hommes aussi en souffrent et, parmi eux, de nombreux hommes de la manosphère. Ensuite, au rappel, simple et absolu, que toute relation est une transaction. Comprendre le Marché Sexuel, c’est aussi et surtout comprendre que si on veut séduire une femme de qualité, il faut, en retour, être un homme d’une qualité qu’elle juge suffisante. Cela ne garantit en aucun cas le résultat. Mais c’est la condition minimale pour pouvoir tenter sa chance.

Le troisième point est le plus important : il ne sert à rien de se moquer la moraline des SJW si on y est soi-même accro. La Pilule Rouge est efficace parce qu’elle offre une vision du monde sans concession ni faux semblant. Y compris à l’égard de soi-même. Si la manosphère n’est pour vous que l’occasion de cracher vos frustrations et votre ressentiment … tant mieux si ça vous fait du bien. Mais ça signifie que vous n’avez pas bien compris de quoi il s’agit exactement. 

Illustrations : Alex Iby Alex Mihai Meghan Holmes

Martial
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