Comme un parfum de magie : le grand mystère féminin

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Le mystère féminin n'en est pas un

L’une des raisons pour lesquelles les hommes se sentent souvent impuissants devant la logique féminine est qu’à leurs yeux, elle n’a aucun sens. Ils en viennent fréquemment à supposer, sans preuve, qu’il doit bien y avoir une signification cachée, un rapport de cause à effet qui leur échappe. Ce grand mystère féminin a connu bien des avatars au fil de l’histoire, dont, entre autres, le mythe d’une certaine forme d’intuition féminine : une perception du réel qui serait moins formalisée que celle des hommes et plus inconsciente, mais tout aussi efficace, et qui serait un mélange d’instinct, d’empathie, de capacité d’appréhension et peut-être même d’une petite étincelle de magie.

Le mythe de l’intuition féminine

Cette conception est absolument et résolument fausse. L’intuition féminine n’existe pas. Une large proportion des femmes agit en réalité par impulsion, par désir, par conformisme ou par obéissance aux règles établies, sans se soucier un seul instant des conséquences de ses actes (ceci ne leur est d’ailleurs pas spécifique : une majorité des hommes en fait autant). Ce que l’on appelle couramment intuition féminine, et dont on observe également certains effets chez les hommes dévirilisés, n’est généralement rien d’autre que la réécriture, a posteriori, des événements, par le biais du Hamster Rationalisant.
« J’ai bien fait de faire confiance à ce mec : je sentais depuis le début qu’il allait me tirer de mes soucis. » est un bel exemple de réécriture, inversant l’effet et la cause. Selon toute vraisemblance, c’est parce qu’elle lui a fait confiance et qu’elle a manifesté cette confiance d’une manière qui a laissé à supposer à l’homme qu’il pourrait tirer de ses actes un bénéfice sentimental, sexuel ou même tout simplement narcissique par la suite (à moins qu’il ne s’agisse plus simplement d’un Chevalier Blanc ayant bien intériorisé sa propre male disposability) qu’il s’est senti tenu de l’aider et qu’elle a pu se décharger sur lui d’une partie de ses problèmes.
Quand il ne s’agit pas de cette simple réécriture des faits passés, ce que l’on nomme intuition féminine n’est jamais qu’une certaine capacité (bien réelle) à l’empathie, à laquelle s’ajoute la somme des stéréotypes, des a priori et des expériences qu’une femme a accumulé quant aux hommes et aux êtres humains en général, au fil de longues années de pratique de la communication et de la séduction : à moins d’être particulièrement stupide, elle a en effet fini par comprendre ce qui marche et ce qui ne marche pas, sur quel genre d’homme elle peut avoir prise, quel type de personne résiste généralement à ses charmes, qui répond de quelle manière à ses menées, qui est susceptible de la croire et qui émettra des doutes sur ce qu’elle raconte, et ainsi de suite. Cette capacité à manipuler ses interlocuteurs, et particulièrement ses interlocuteurs masculins, est vieille comme le monde : si toutes les femmes n’en disposent pas à égalité, certaines y étant très douées et d’autres beaucoup moins, aucune n’en est exempte. Le vieux schéma voulant que les hommes agissent sur le monde et que les femmes agissent sur les hommes pour qu’ils agissent sur le monde est bien entendu trop caricatural pour être pris au pied de la lettre; il n’en garde cependant pas moins un fond de vérité : s’il ne s’agit pas là d’un processus systématique, il s’agit, à tout le moins d’une tendance forte et commune. Ainsi, lorsque le preux chevalier affronte le dragon pour délivrer la princesse emprisonnée de ses griffes maléfiques, certes c’est lui le héros; mais c’est surtout lui qui prend tous les risques, affronte tous les dangers et met sa vie en jeu, pour, au final, son seul bénéfice à elle.

Les femmes réellement intelligentes sont en règle générale celles qui parlent le moins de cette fameuse intuition féminine. Et pour cause : elles ont compris de quoi il s’agit et sont parvenues à obtenir les mêmes résultats d’une manière rationnelle, et généralement bien plus efficace. Celles qui s’accrochent au mythe de l’intuition sont celles qui sont trop bêtes pour s’apercevoir qu’il s’agit d’une légende ou trop paresseuses pour faire l’effort d’y réfléchir. Celles-là prennent cette intuition comme un acquis, une sorte de super-pouvoir qui ne leur coûte rien mais suffit à les placer au-dessus des simples mortels que sont leurs congénères masculins; dès lors, elles prennent leurs propres a priori pour des vérités établies, et leur sensibilité pour l’alpha et l’oméga du monde. Après tout, puisqu’elles disposent de l’intuition, elles ne sauraient se tromper : quoi qu’elles croient, ce sont donc, forcément, toujours les autres qui ont tort.

La femme est un mystère.

Elle adore l’idée d’être une fée, une sorcière ou un oracle. Cela augmente sa valeur à ses propres yeux sans lui demander le moindre effort réel.

Un mensonge utile

L’idée qu’existerait, via l’intuition féminine, une forme de perception du réel réservée aux femmes, qui échapperait aux hommes est en outre pratique à plusieurs niveaux :

    • Elle permet de dissimuler le pouvoir exercé par les femmes sur la société : l’une des particularités du gynocentrisme moderne, en effet, est de nier le pouvoir et l’influence des femmes, au motif que celui-ci n’apparaît pas nécessairement sur le devant de la scène. Par le biais du mythe de l’intuition féminine, on renvoie les capacités de perception et de manipulation féminines dans le domaine de l’inconscient, de innommé, du non-pensé, du magique. Si les actions quotidiennes des femmes étaient jugées strictement de la même manière que les actions des hommes, beaucoup d’entre elles seraient considérées comme des individus dangereusement manipulateurs, voire de véritables pervers narcissiques. Mais grâce à la légende de l’intuition, on peut à bon droit justifier bien des actes : ça n’est pas elle qui est dangereuse, c’est vous qui ne pouvez pas comprendre ses motivations, ni ce qu’elle perçoit réellement. Et puisque vous ne pouvez pas la comprendre, comment pourriez-vous vous permettre de la juger ?
    • Elle permet également, dans le même temps, de nourrir un double discours, à la fois égalitaire et différentialiste, selon lequel les femmes seraient parfaitement capables de faire tout ce que font par ailleurs les hommes MAIS disposeraient tout de même d’un « petit quelque chose en plus ». En d’autres termes : à l’instar des cochons d’Orwell, elles seraient égales mais « un peu plus que les autres » : supérieures aux hommes, donc, et ce en vertu d’un principe magique, quasi-divin, immanent, et qui ne demande ni à être défendu ni à être prouvé.
    • Par ailleurs, le concept flatte le narcissisme féminin, en faisant croire aux plus bêtes et aux plus naïves des femmes qu’elles ont effectivement quelque intuition, quelque perception que les hommes n’ont pas. Cela les encourage à prendre leur paresse intellectuelle pour de l’instinct et leur confusion intérieure pour de la profondeur et de la sensibilité.
    • Enfin, cette idée permet à n’importe quelle femme de s’improviser fine psychologue, et de pouvoir, quand cela l’arrange, prétendre qu’elle comprend son interlocuteur masculin mieux que celui-ci ne se comprend lui-même, qu’elle réalise qui il est réellement, et ce quels que soient les avis du monsieur sur la question. Bref : elle peut dicter le réel, ordonnant comment l’homme doit se percevoir lui-même. Le problème n’est pas qu’elle le fasse et se prenne ainsi pour un oracle. Le problème est qu’en ce cas, beaucoup d’hommes la croient. Ce faisant, ils contribuent à l’asseoir dans son statut supérieur, puisque, à l’instar de Dieu, dire le monde (Fiat lux !) revient à en garantir la réalité.

Une fois encore, on a donc affaire là à un double langage et à un double standard : parce que le pouvoir des femmes sur la société n’est pas aisément quantifiable (en particulier parce qu’il se manifeste au travers d’hommes de pouvoir dont elles usent : maris, frères, pères, amants, amis…), on aura tendance à supposer qu’il n’existe pas quand il s’agira de considérer les femmes comme d’éternelles victimes. Mais dans le même temps, parce que leur pouvoir de manipulation et d’empathie n’est pas quantifiable non plus, on va le supposer magique, réel et potentiellement immense quand il s’agira de les considérer comme des êtres supérieurs.

Cette légende d’un aspect quasi-surnaturel de la nature féminine est et a été, depuis des siècles, l’un des outils les plus efficaces à la disposition du sexe féminin. Depuis des éternités, des femmes de toutes cultures et de toutes nationalités ont tenté de faire croire aux hommes qu’elles étaient mystérieuses, difficiles à cerner, imprédictibles et liées à des forces magiques ou mystiques échappant aux sens masculins. Cette « mystique féminine », ce mystère apparemment insondable, combinée à la légende de l’intuition, a contribué aux yeux des hommes à faire des femmes des oracles, des prêtresses et des devineresses. Ce n’est pas pour rien que la détentrice des secrets initiatiques, de Médée à Morgane, de Viviane à Keridwenn, en passant par Athéna et Cybèle, la Pythie, la Sophia gnostique ou la Chekhina kabbalistique, est de sexe féminin : alors que, de tout temps, on a valorisé les hommes au comportement droit et viril, au caractère fort et déterminé aux actions évidentes et visibles, les critères de respect et d’admiration à l’égard d’une femme ont souvent compris le fait d’être insaisissable, de ne dire les choses qu’à demi-mot, de se montrer irrationnelle, instinctive et changeante. Le rôle du héros est, bien souvent, de déchiffrer le langage mystérieux de la magicienne, de percer l’énigme qu’elle lui pose : ça n’est jamais à elle d’être claire, c’est à lui de faire l’effort de la comprendre, et d’essayer, ce faisant, de se montrer digne de l’indicible révélation dont elle est porteuse.

Et à vrai dire, cette aura de mystère fait beaucoup pour entretenir le désir qu’un homme peut éprouver pour une femme. Tant que vous ne savez pas tout de votre nouvelle amante, vous brûlez de désir pour elle et souhaitez la conquérir. Dès qu’elle ne vous surprend plus, que le quotidien a pris la place de l’imprévu et qu’elle pisse la porte ouverte pour ne pas rater le début de sa série à la télé, le charme tend à se dissiper.

Femme magicienne sorcière

Pour qui croit à la mystique féminine, toute femme est une sorte de magicienne, d’oracle, en lien avec des énergies et des perceptions inaccessibles aux simples mortels.

Le mystère : un outil de pouvoir

Le secret et le mystère font donc partie intégrante de l’arsenal féminin de séduction et de domination. L’acceptation par les hommes de cette nature magique, surnaturelle, des femmes, est pour certaines extrêmement pratique : en admettant qu’ils ne peuvent « rien comprendre » à la psyché féminine, et que celle-ci reste, à bien des égards, inaccessible à leur pauvre esprit masculin, ils se mettent en position de gober absolument tout et n’importe quoi. Ainsi, la moindre contrariété pourra être considérée comme un immonde scandale, « parce que tu ne sais pas ce que ça me fait, à moi ». Les maux masculins, quant à eux, n’existent que tant qu’elle en conçoit la réalité et la profondeur, et cessent d’appartenir au monde intelligible dès qu’elle le décide. Le mystère féminin, l’intuition et la mystique peuvent même servir à couvrir bien des fautes : j’ai couché avec ce mec parce que je sentais que je le devais ; je me suis disputée avec cette chienne de Sandra parce que j’ai senti qu’elle me détestait ; et ainsi de suite.

Le mystère, en exaltant la féminité et en prétendant la placer à un niveau de réalité inaccessible aux jugements masculins, fonctionne comme une sorte de Hamster, mais d’un point de vue extérieur : ça n’est pas qu’elle agit de manière irrationnelle et impulsive, non, pas du tout … c’est juste vous qui ne pouvez pas la comprendre. Ce type de raisonnement est celui d’un Chevalier Blanc, certes, mais plus généralement d’un grand nombre d’hommes sous Pilule Bleue. En renonçant ainsi par avance à tout questionnement quant aux processus de décision ou aux motivations de la femme, à laquelle on attribue intuition et mystère, on s’interdit toute possibilité de compréhension et on se limite au rôle passif de celui qui accepte tout, qui gobe tout, qui croit tout. Un homme qui se laisse berner par ces dangereuses fariboles a tendance à s’estimer heureux du seul fait qu’on le tolère dans l’entourage d’un être aussi exceptionnel, détenteur de vérités cachées qu’il ne peut qu’entrevoir que par son intermédiaire. Il se place donc très exactement dans la position de l’adepte d’un gourou. 

Illustrations : Daniel Garcia Lawrence Green Timothy Paul Smith

Martial
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