Principe Pilule Rouge #4 : l’identité masculine est une conquête

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Identité masculine : une conquête jamais finie

La formule de Simone de Beauvoir, On ne naît pas femme, on le devient, est fort jolie. Mais elle est fausse. Plus exactement : elle est très précisément le contraire de la réalité. Car l’identité féminine, telle que définie et perçue par notre société, est bel et bien immanente. C’est l’identité masculine qui est transcendante et en perpétuel devenir. 

Être une femme est considéré comme un fait biologique : dès lors qu’une petite fille devient capable de porter des enfants, elle est une femme. Jamais personne ne remettra cela en cause, du moment qu’elle conserve une apparence et un comportement même très relativement féminins. Son identité féminine ne sera jamais mise à l’épreuve, jamais contestée. Il faut dire qu’à l’exception des aspects physiques et de l’âge, rien ne distingue vraiment une femme adulte d’une petite fille : la différence entre l’une et l’autre est une question de degré, pas de nature. Comme la petite fille, la femme adulte est autorisée à pleurer, à avoir peur, à laisser parler ses sentiments avant sa raison, à faire des caprices, et ainsi de suite. Bien entendu, toutes les femmes ne se comportent pas systématiquement ainsi. Mais celles qui le font ne sont jamais considérées comme n’étant pas des femmes, pas autant des femmes ou même moins féminines. Car leur statut de femme est acquis, du seul fait qu’elles ont un corps de femme. 

Il en va tout autrement pour les hommes. L’identité masculine n’est pas donnée à la naissance. Entre l’homme adulte et le petit garçon, les différences sont énormes. On attend de l’homme adulte qu’il soit courageux, responsable, compétent, rationnel, confiant, honorable, droit et déterminé. Toutes qualités propre à l’identité masculine adulte mais absentes de ce que l’on attend du petit garçon, dont les traits de caractère sont, dans l’ensemble, assez proches de ceux de la petite fille.

L’acquisition du statut d’adulte, pour un homme, est donc une conquête. On lui demandera en permanence de prouver qu’il est un homme. « Sois un homme ! », entendra-t-il plus d’une fois sans vie, s’il fait montre de la moindre faiblesse. C’est par la douleur, la difficulté, l’entraînement, le dépassement de soi, la discipline, mais également les peines de cœur que se forge l’identité masculine d’un homme adulte.

C’est par la confrontation avec le monde et par l’apprentissage issu de ses propres erreurs qu’un jeune garçon devient, peu à peu, pas à pas, un homme. Mais le processus n’est jamais terminé. A aucun instant un homme adulte ne peut considérer qu’il est arrivé au bout, qu’il ne peut plus s’améliorer dans sa virilité et son statut d’homme.

On ne naît donc pas homme, on le devient. Et on le devient sur le champ de bataille. Que ce champ de bataille soit physique, psychologique, économique ou autre change le point de vue de l’homme mais pas cette vérité essentielle : tel le métal qui doit être frappé, encore et encore, chauffé encore et encore, trempé encore et encore pour devenir une lame digne de ce nom, c’est dans l’opposition que l’homme se fait, se crée, s’enfante lui-même. D’un bout de sa vie à l’autre, il doit sculpter sa propre statue, forger sa propre épée. Ce n’est jamais terminé : la tâche ne s’achève qu’au trépas.

Martial
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