Quitter le clan des fragiles

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quitter le clan des fragiles

Contrairement à ce que tente de faire croire une bonne partie de la doxa contemporaine, les émotions se maîtrisent. On n’est pas toujours obligé de souffrir, on s’autorise à tomber amoureux (et on peut s’en abstenir), et la tristesse, la frustration ou encore la colère sont des pulsions que l’homme de raison et de vertu peut, au moins en partie, maîtriser. Dans la société de la Jeune Fille, cependant, tout vous pousse à y renoncer. Tout vous pousse à vous inscrire dans le groupe des fragiles, des geignards, des minables. Le groupe de ceux qui se trouvent des excuses, de ceux qui pleurent sur la méchanceté des autres et du monde, pour éviter d’avoir à regarder en face la somme de leurs faiblesses et de leurs vices. Si vous avez décidé de quitter le clan des fragiles, voici quelques sains principes, à méditer et si possible à suivre. 

le gang des fragiles

Il n’y a aucune obligation à être un petit être fragile, décadent et dévirilisé.

Aborder les difficultés dans le bon état d’esprit

La vie, les circonstances, les hasards de l’existence conspirent à vous ralentir. C’est dans leur nature : le réel ne se plie pas magiquement à votre volonté et il est normal de rencontrer des résistances. Un jour ou l’autre, la vie se charge toujours de nous balancer des portes dans la gueule et des coups de poing dans l’estomac. Il n’y a aucune raison pour que vous échappiez à la règle, et seuls les êtres les plus fragiles, ceux élevés dans le coton et ne quittant que rarement leur safe space, bref les êtres dysfonctionnels, trouvent cela anormal.

Se convaincre que les difficultés sont des choses habituelles et que les instants de joie ou de bonheur sont des exceptions chèrement acquises ou de petites pépites que vous offre la chance, mais en aucun cas une norme à laquelle vous attendre, ni un état de fait auquel vous auriez droit, est un moyen efficace de se forger un état d’esprit viril et robuste. Une mentalité proche de celle du Tetrapharmakon épicurien est ici d’une grande aide : de la même façon que l’épicurien ne craint pas la mort, l’homme de raison ne craint pas l’adversité. Elle fait partie de l’existence et n’est pas un scandale, mais bien une part normale de l’expérience humaine. Et les embûches auxquelles vous allez être confronté peuvent pour la plupart être résolues. Quant à celles qui ne peuvent pas l’être, il convient de ne pas y dépenser en vain son temps et son énergie.

Les fragiles et les crises

Nous traversons tous des crises, tôt ou tard, dans notre existence. Les fragiles, ce sont ceux qui trouvent cela anormal.

Économiser son énergie

Parmi les choses qui existent, certaines dépendent de nous, d’autres non. De nous, dépendent la pensée, l’impulsion, le désir, l’aversion, bref, tout ce en quoi c’est nous qui agissons; ne dépendent pas de nous le corps, l’argent, la réputation, les charges publiques, tout ce en quoi ce n’est pas nous qui agissons. Ce qui dépend de nous est libre naturellement, ne connaît ni obstacles ni entraves; ce qui n’en dépend pas est faible, esclave, exposé aux obstacles et nous est étranger. Donc, rappelle-toi que si tu tiens pour libre ce qui est naturellement esclave et pour un bien propre ce qui t’est étranger, tu vivras contrarié, chagriné, tourmenté; tu en voudras aux hommes comme aux dieux; mais si tu ne juges tien que ce qui l’est vraiment – et tout le reste étranger -, jamais personne ne saura te contraindre ni te barrer la route; tu ne t’en prendras à personne, n’accuseras personne, ne feras jamais rien contre ton gré, personne ne pourra te faire de mal et tu n’auras pas d’ennemi puisqu’on ne t’obligera jamais à rien qui soit mauvais pour toi.
Epictete

Un bon moyen de conserver son énergie et sa détermination consiste à ne pas les gaspiller en vain. Et un excellent moyen d’éviter un tel gaspillage est d’être capable de faire la différence entre les problèmes et les aléas.

  • Un problème est une situation que vous pouvez et souhaitez résoudre : cela peut demander du temps et de l’investissement mais si vous vous y prenez correctement, vous avez des chances d’y arriver. Identifier un problème ne garantit pas de réussir à le résoudre mais vous permet de tenter de le faire. Encore faut-il qu’il en vaille la peine : ce n’est pas parce que vous avez identifié un problème que vous êtes obligé de tenter de le résoudre.
  • Un aléa est une réalité à laquelle vous ne pouvez rien. Il est inutile de tenter de la résoudre, parce qu’il n’y a pas de solution possible et/ou souhaitable. Il ne sert donc à rien d’y consacrer du temps ou de l’énergie.

On peut résumer ce principe par une phrase simple : s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème. Cela peut sembler tout bête, mais nombreux sont les hommes qui s’échinent à lutter contre des moulins, alors que leur combat est perdu d’avance.

Difficultés de vie et personnes fragiles

Résoudre ce que l’on peut résoudre, ne pas se tourmenter pour ce qui est inévitable.

Les fragiles consentent à leur faiblesse

Si les douleurs physiques ne sont pas (toujours) faciles à ignorer, les douleurs morales, elles, relèvent en grande partie de nos choix et de nos consentements. Lorsqu’une personne nous heurte ou nous blesse, elle ne le fait que parce que nous l’autorisons à nous blesser. Ainsi, une insulte, émise par un être que vous méprisez, ne devrait pas vous toucher. Pas plus qu’une attaque émotionnelle venant de qui ne vous est rien. Seuls les êtres qui comptent réellement pour vous devraient être autorisés à vous atteindre émotionnellement. La faille des êtres fragiles, ici, est d’étendre leur narcissisme à un tel point qu’ils prennent comme une blessure personnelle le fait que l’ensemble de l’humanité ne les aime pas. Ce faisant, ils consentent à leur propre faiblesse.

Pour ne plus consentir à sa vulnérabilité, il convient de décider d’à qui l’on s’attache. Car s’attacher à quelqu’un, c’est l’autoriser à nous blesser et consentir, au cas où notre confiance aurait été mal placée, à notre propre douleur future. A vous de décider qui mérite une telle confiance et ne pas distribuer ce pouvoir à la légère. A contrario, ne pas s’attacher plus que de raison, avoir conscience de l’aspect transitoire et éphémère de toute relation humaine, savoir d’avance que les choses s’achèveront tôt ou tard … tout cela permet de prendre un minimum de distance et d’assurer sa propre sécurité affective.

les fragiles consentent

Contrairement à ce qu’ils prétendent, les fragiles consentent à leur propre faiblesse

Ne pas espérer plus qu’il n’est raisonnable

Ceux qui comme toi, Corto, savent vivre, sont à l’aise même en Enfer.
Hugo Pratt – Corto Maltese en Sibérie

L’espérance mal placée est, de loin, l’un des plus sûrs moyens d’être déçu ou blessé, surtout dans le cas d’un couple. Des comportements féminins typiques, que l’homme ignorant la nature réelle des femmes pourrait trouver irritants, voire immoraux, et qui pourraient le faire sortir de ses gonds, de la part d’une compagne de longue date comme d’une conquête d’un soir, ne devraient pas toucher plus que de raison l’homme sous Pilule Rouge : s’il connaît les tenants et aboutissants du gynocentrisme, du Hamster, de l’hypergamie ou du solipsisme, il sait aussi que ces tendances sont éternelles et universelles. Il sait donc qu’il n’y a aucune raison d’en vouloir à sa compagne pour cela : de tels comportements relèvent de l’aléa, et non du problème. Espérer apprendre à une femme à ne pas les adopter est une absurdité, et revient à prétendre la déposséder de sa propre nature. C’est aussi inutile que de prétendre apprendre à un lion à être végétarien. En réalité, celui que de telles attitudes irrite consent à en être blessé. Le problème, alors, ne vient pas d’elle, mais bien de lui, ou, plus précisément, du regard qu’il pose sur elle. Ce qui le fait souffrir, ce n’est même pas sa compagne : ce sont les espoirs déraisonnables qu’il place en elle. Et, selon toute vraisemblance, le manque de Cadre qu’il a donné à son couple et son propre refus d’accepter les règles réelles d’une relation. Nombreux sont les hommes fragiles qui se laissent aller à la colère ou à la haine quand ils se rendent compte que la vie n’est pas une comédie romantique et que les femmes ne sont pas des princesses Disney. Colère inutile et vaine.

Ce qui est vrai pour le couple l’est pour bien des relations professionnelles, amicales ou familiales. On n’est que rarement obligé de fréquenter qui que ce soit : s’il n’est, le plus souvent, pas nécessaire de se montrer brutal, il n’est pas non plus obligatoire de maintenir une relation qui ne nous convient pas. La solitude n’est pas un échec, ni une douleur, pour qui sait vivre.

Ne pas aggraver les difficultés

Les manifestations extérieures et spectaculaires de violence, de colère ou de frustration n’aident quasiment jamais à résoudre un problème, ni à aplanir une difficulté. Bien au contraire, elles indiquent votre faiblesse, votre absence de maîtrise de vous-même, et peuvent même apprendre à la personne en face de vous qu’elle peut vous blesser, et comment elle peut le faire. L’absence de maîtrise de ses pulsions équivaut donc non seulement à faire l’aveu d’une faiblesse mais également à armer un pistolet et à l’offrir à l’autre, pointé sur votre tempe.

Conserver son calme (au moins en apparence) est, face à bien des difficultés, le meilleur moyen de se mettre en état de les résoudre. Dans le cadre des relations de couple, l’aveu d’une faiblesse n’a jamais amélioré quoi que ce soit : contrairement à ce que la doxa prétend, aucune femme n’éprouve d’attirance, et moins encore de respect, pour un homme qui laisse parler son côté féminin, et, donc, se montre faible, pleurnichard, angoissé et lâche. Les fragiles n’ont que rarement la côte.

thérapie muscu

Une activité physique régulière est bien souvent la meilleure thérapie qui soit.

Prendre le temps de se défouler

En tant qu’homme de raison, maître de votre comportement et vos pulsions, vous vous montrerez ferme mais calme face à l’adversité et aux embûches. Ce qui ne veut pas dire que vous n’accumulerez pas quelque tension nerveuse.

D’où l’intérêt de pratiquer une activité sportive régulière et intense. Rien ne vous fera mieux oublier votre stress qu’une heure de sport de combat ou de levage de fonte. Une séance de musculation ou de cardio intense, outre ses avantages pour votre santé et l’apprentissage de la discipline personnelle, vaut bien des antidépresseurs.

Après une dure journée passée à affronter des épreuves, passer la soirée à taper dans un sac de frappe ne vous fera certes pas avancer dans la résolution de vos problèmes. Mais cela vous permettra, le lendemain, d’aborder les choses avec un état d’esprit apaisé et serein. En outre, la plupart des gens qui ne pratiquent pas de telles activités l’ignorent mais il y a dans la musculation, les sports de combat ou le cardio un aspect quasiment méditatif : au cœur de l’effort, l’esprit se libère, erre, et bien souvent explore des solutions jusque là insoupçonnées.

Prendre le temps de s’améliorer

 Je suis un semi-intellectuel décadent du monde moderne, et j’en mourrais si je n’avais pas mon thé du matin et mon New Statesman chaque vendredi. Manifestement, je n’ai pas envie de revenir à un mode de vie plus simple, plus dur, plus fruste et probablement fondé sur le travail de la terre. En ce même sens, je n’ai pas « envie » de me restreindre sur la boisson, de payer mes dettes, de prendre davantage d’exercice, d’être fidèle à ma femme, etc. Mais en un autre sens, plus fondamental, j’ai envie de tout cela, et peut-être aussi en même temps d’une civilisation où le « progrès » ne se définirait pas par la création d’un monde douillet à l’usage des petits hommes grassouillets.
Georges Orwell

De même qu’il est absurde, quand on commence tout juste la musculation, d’espérer soulever les charges les plus lourdes, il est absurde de penser maîtriser ses émotions en un clin d’œil. Il ne suffit pas de choisir de le faire : tout, dans la société qui vous entoure, vous encourage au contraire, et vous a encouragé jusqu’ici, à y céder. Vous subissez en permanence un matraquage médiatique et publicitaire visant à faire de vous une Jeune Fille, un Dernier Homme, un individu uniquement guidé par ses envies et ses peurs, ses faiblesses et ses pulsions. Vous êtes le fruit de la société décadente dans laquelle vous avez grandi. Et vous fixer des objectifs trop ambitieux et trop immédiats est le meilleur moyen de vous dégoûter de la conquête de vos émotions. Comme dans tous les autres domaines de l’amélioration de soi, il convient d’être humble et prudent et de se fixer des buts atteignables. Qu’importe que vous ne soyez pas (encore) l’homme que vous souhaitez être, si vous en êtes plus proche aujourd’hui qu’il y a six mois. Le juste équilibre consiste, ici, à ne pas être trop tendre avec soi-même, mais pas trop dur non plus.

Prendre le temps de guérir

Nul n’est invincible. De la même manière que la pratique des sports de combat vous rendra plus difficile à tuer mais pas immortel, la pratique qu’une saine discipline émotionnelle vous rendra plus résistant aux coups moraux mais pas invulnérable.

Et il arrive que la tragédie nous frappe, ou que les difficultés que nous rencontrons soient telles qu’on ne s’en sorte pas sans quelques blessures, y compris à l’égo. Une grande illusion du monde contemporain est celle qui consiste à croire que le moral se répare rapidement et que, s’il ne le fait pas, quelques petites pilules suffiront à vous rendre à votre bonne humeur. C’est non seulement faux mais dangereux. Confucius disait que lorsqu’on perd son père ou sa mère, il faut s’attendre à porter un deuil intérieur de trois ans ; aujourd’hui, bien des psychiatres vous prescriront si vous êtes encore triste après trois semaines les antidépresseurs qui vous donneront l’illusion d’avoir résolu le deuil. Mais l’illusion seulement.

Les blessures émotionnelles, comme les blessures physiques, mettent du temps à guérir. Mais notre esprit, au même titre que notre corps, dispose des ressources pour le faire. On peut l’aider (par de la méditation, de l’introspection, des périodes de calme, etc.) mais on ne peut pas hâter le phénomène. En revanche, on peut être certain que, même s’il reste une cicatrice, on finira par guérir. Et cette certitude seule peut, déjà, être source de réconfort.

En conclusion

Certes, nul n’est invulnérable. Mais l’application de ce type de principes peut déjà vous aider à quitter le clan des fragiles. Cela ne vous rendra pas intouchable, mais cela vous rendra résistant. Ce qui, si vous êtes au clair avec vos principes et valeurs, si vous vous êtes fixé des objectifs de vie précis et si vous savez organiser votre temps, peut en réalité être presque la même chose.

Illustrations : Hermes Rivera Parker Whitson Pablo Padilla Jordan Koons Warren Wong Wesley Quinn

Martial
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