La relation à distance existe-t-elle ?

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La relation à distance, ça n'est pas une relation

La relation à distance n’existe pas. Navré pour ceux que cela choque, ou qui s’imaginent réellement qu’ils sont en train de vivre « quelque chose » avec cette nana rencontrée sur Second Life ou sur Facebook et qui vit à l’autre bout du monde. Si vous êtes dans une relation à distance, vous n’êtes dans aucune relation du tout. C’est aussi simple et bête que cela. Et voici pourquoi…

Pour qu’il y ait réellement relation, il faut qu’il y ait un minimum de réciprocité, d’interaction, d’échange. Réciprocité, interaction et échanges réels. Il faut que le fait que vous entreteniez une relation avec cette personne ait un impact réel sur votre vie. Et pas seulement les week-ends par-ci par-là où les rares vacances où vous parvenez à vous rencontrer. Non : votre vie de tous les jours. Tant que ça n’est pas le cas, ça n’est pas une relation : c’est un souhait de relation, c’est une jolie histoire que vous vous racontez tous les deux à distance ; ça peut même être agréable, et provoquer de réels sentiments. Mais ça n’est pas une relation. C’est un échange de mails, de messages instantanés, d’images, d’idées ; cela peut être une béquille émotionnelle, ou encore une aide réciproque à la masturbation. Mais pas une relation au véritable sens du terme.

Relation à distance : se poser les bonnes questions

Si vous êtes engagé dans ce que vous estimez être une relation à distance, posez-vous la question suivante : Qu’est-ce qui changerait dans ma vie quotidienne si ma partenaire était imaginaire ? Il y a quatre chances sur cinq pour que la réponse honnête soit : rien.
Posez-vous ensuite la question inverse : Qu’est-ce qui changerait, dans sa vie à elle, si j’étais seulement le produit de son imagination ?

  • Si la réponse est également « rien », vous êtes deux rêveurs qui imaginent leur vie.
  • Si la réponse à la première question est « rien » mais qu’en revanche vous apportez à sa vie quelque chose de concret et de réel (aide, argent, soutiens divers…), le verdict est sans appel : vous êtes un pigeon.
  • Si vous obtenez un effet réel dans votre existence mais qu’elle n’en obtient aucun, c’est vous qui la pigeonnez. Bon, ce cas-là est rare, sauf bien entendu dans le cas des brouteurs et autres parasites internautiques, qui sortent du propos de cet article.

Quand vous êtes dans une relation à distance, et en particulier si cette relation est définie comme exclusive, vous engagez votre parole, vos sentiments et bien souvent votre fidélité, non pas pour une personne, mais pour l’idée que vous vous faites de quelqu’un que vous ne voyez pas au quotidien et ne rencontrerez peut-être jamais. C’est à la fois très romantique et complètement con. En fait, c’est l’une des formes les plus perverses d’unicisme : l’uniciste habituel s’attache, lui au moins, à un être qu’il sait réel.

Relation à distance : piège à cons

Ci-dessus : un portrait de votre seule vraie partenaire, quand vous pensez être dans une relation à distance.

Relation à distance et dissonance cognitive

Ce n’est ni une question d’ambition, ni une question d’intelligence : des mecs absolument brillants, déterminés et sains peuvent se faire avoir. Ils peuvent être amenés à changer de boulot, à quitter leur ville de résidence, à changer même de pays, de religion, d’opinions … tout ça pour se rapprocher d’Elle, pour avoir la possibilité de La voir un peu plus, etc. En général, Elle est empêchée par quelque chose : elle est mariée (et bien entendu malheureuse dans son mariage), Elle a des enfants, Elle s’occupe de sa vieille mère, Elle a une maladie grave mais inconnue et orpheline qui la cloue souvent au lit, Elle est d’une timidité maladive, Elle pense souffrir d’un syndrome d’Asperger. J’en passe et des meilleures. Cet empêchement est en général un élément important dans la constitution d’une relation à distance réussie : en effet, il justifie le fait qu’Elle ne vienne pas lui rendre visite dès que possible, ni que lui ne puisse aller la voir facilement ; l’empêchement donne également au Chevalier Blanc qui réside dans le cœur de la victime l’occasion d’avoir un obstacle à franchir, le sentiment qu’Elle est une victime à sauver. Comme il a bien intégré le scénario classique et accepté l’idée qu’il doit faire ses preuves face à un certain nombre d’épreuves, il se prend, intellectuellement parlant, les pieds dans le tapis : s’intoxiquant lui-même par une sorte d’affirmation du conséquent, il estime que puisqu’il y a épreuve, c’est que le jeu en vaut la chandelle et qu’il y aura, à la clef, un trophée merveilleux. Bref et en mots plus simples : il se fait des films. Mais ces films peuvent effectivement influencer ses choix en matière de carrière, de vie, d’investissements, etc.

Le second élément, très courant dans le récit qu’Elle peut vous faire et qui peut motiver une relation à distance est la légende du changement prochain : elle est coincée, là tout de suite, mais promis, juré, ça va changer. Elle veut/va/pense à/envisage de divorcer, déménager, changer de métier, prendre ses distances, guérir, etc. L’homme piégé dans la relation à distance, du coup, accepte d’autant plus et mieux celle-ci qu’il la pense transitoire, temporaire. Et temporaire, elle l’est, effectivement : tôt ou tard, il se fera jeter. 

Le prix de la relation à distance

La relation à distance est bien entendu facile à identifier ; elle est également facile à dénoncer comme illusion et unicisme, mais uniquement de l’extérieur : pour le pauvre gars qui est coincé dedans, et croit sincèrement que cette histoire d’amour va vers quelque chose de réel et de concret, et qu’un jour, oui, un jour, il LA verra pour de vrai, et ils vivront ensemble, et ils auront plein de petits enfants … pour ce pauvre type, donc, il n’y a pas de différence entre la Matrice et le réel : il est dans son monde, et, pour l’instant du moins, il y est heureux. Pour l’instant seulement. Car rien de tout cela ne durera. Et il finira par se réveiller en se rendant compte qu’il a perdu un, deux, cinq ans de sa vie à poursuivre une chimère ; que cette sublime âme-sœur, vivant à l’autre bout du monde ou du pays, n’a au final aucunement l’intention de se bouger le cul pour le rejoindre ; que même si lui parvenait à aller vers elle, elle n’a pas de place dans sa propre existence pour autre chose que le fantasme d’un amant, l’idée romantique d’une relation, mais qu’en réalité elle ne sera jamais sienne.

Il est donc facile de se moquer de l’homme pris dans une relation à distance mais on oublie souvent quel prix il va payer pour avoir adhéré à une telle illusion. Comme souvent quand il s’agit d’illusions et d’aveuglement personnel, les choses sont d’autant plus problématiques que la victime défendra généralement becs et ongles sa relation à distance, jurera qu’elle est réelle, assurera qu’on se trompe en la dénonçant comme un joli mensonge. De plus, l’autre partenaire n’est pas toujours mal intentionnée : le plus souvent, elle est également victime du piège cognitif que tous deux ont tissé autour de ce qui n’était, à la base, que discussions par Internet ; elle aussi a rêvé, imaginé, fantasmé, et elle aussi est piégée par ses propres sentiments.
Plus on avance dans la relation à distance, plus il est difficile de la dénoncer : au charme de la relation imaginée, s’ajoute en effet la peur d’avoir investi autant de temps, d’énergie, et bien souvent d’argent, dans ce qui n’était qu’un rêve sans substance ; la peur, également, d’avouer aux autres et surtout à soi-même qu’on s’est trompé, qu’on s’est fait avoir dans les grandes largeurs. Le cocktail de l’illusion, de la peur et de l’égo est détonnant, et parfois mortel.

De plus, il n’y a pas que des relations à distance 100% illusoires : certains voient effectivement leur âme-sœur, une ou deux fois par an. Et le fait de la voir suffit à les convaincre que la relation existe et dure. En général, ils se servent de ce fait pour se voiler la face et prétendre que ce qu’on peut leur dire concernant l’inexistence des relations à distance ne les concerne pas. C’est oublier un fait tout simple, et que leurs amis peuvent éventuellement leur rappeler : une nana que vous voyez un ou deux week-end par an, c’est une fuck friend, pas une fiancée.

Et tout cela a un prix : vous perdez votre temps, votre énergie, votre argent. Vous passez à côté d’opportunités. Quand vous êtes dans une relation à distance, vous internalisez et acceptez totalement les obligations allant avec une relation tout court : sauf arrangement contraire, vous tentez d’être fidèle, prévenant, attentif ; vous passez du temps avec la personne et investissez de l’énergie et de l’argent pour lui faire plaisir. Mais contrairement à un vrai fiancé/mari/copain/fuck-friend, vous n’en retirez aucun avantage réel : pas de tendresse, seulement des mots qui parlent de tendresse ; pas d’amour, seulement des mots qui parlent d’amour ; pas de sexe, seulement des discussions qui parlent de sexe. Et ainsi de suite. De plus, quand la relation à distance prend fin, l’homme peut s’attendre à en être tenu pour responsable, quoi qu’il arrive : on lui fera savoir (parfois à grand renfort de pleurs et de cris) qu’il est celui qui n’a pas été assez persévérant ; celui qui n’a pas su rester fidèle (même si c’est faux) ; celui qui n’a pas de cœur ; celui qui est trop radin pour s’endetter afin de venir La voir…

La relation à distance est une illusion

Tout l’enrichissement personnel qu’apporte une relation à distance (allégorie)

S’extraire d’une relation à distance

Les raisons pour lesquelles des hommes par ailleurs normalement intelligents s’impliquent dans des relations à distance peuvent varier. Mais en général, il s’agit d’hommes étant (ou se percevant, ce qui presque toujours revient au même) dans les catégories béta ou lambda. Il convient, ici, d’être très clair : l’immense majorité des hommes n’ont pas et n’auront jamais une vie amoureuse qu’ils pourraient juger satisfaisante. Et tous en ont plus ou moins conscience. Pour un mâle alpha ou du moins un homme souhaitant prendre en main sa propre existence, cette dure vérité peut amener à faire les efforts nécessaires pour se dépasser, pour devenir meilleur, plus attirant, plus performant, plus lucide. D’autres, moins ambitieux ou moins courageux, se contenteront de rectifier leurs attentes et de décider qu’ils se contenteront de ce qu’ils ont. Pour médiocre qu’elle puisse sembler, cette option n’est pas à déconsidérer : elle est certes moins flamboyante que la précédente mais elle n’est pas dénuée de sagesse.

D’autres, enfin, ne parviennent pas à faire la paix avec cette notion : ils sont malheureux dans leur vie amoureuse mais ne sont pas prêts à consentir aux efforts nécessaires pour se changer eux-mêmes ; ils n’ont pas non plus l’envie ni la détermination nécessaires pour changer leur espoirs. Leur reste le rêve. A défaut de vivre réellement, ils imaginent ce que ça pourrait être de vivre. A défaut de relations véritables (même décevantes), et puisqu’ils ne sont pas non plus capables d’assumer leur solitude, ils préfèrent une relation imaginée, fantasmée, idéalisée. Une relation à distance.

S’échapper d’une relation à distance, ou aider quelqu’un à s’en échapper, n’est pas toujours facile. Un bon moyen consiste à se souvenir des règles de dynamique relationnelle, et notamment réaliser quand il est temps de renoncer à une femmePour autant, dans la plupart des cas, le patient se mettant à soutenir la maladie, la relation à distance peut perdurer longtemps, très longtemps. On peut aussi tenter de rappeler à la victime tous les risques et toutes les mesures à prendre autour des relations par Internet. Le meilleur moyen de libérer un homme d’une relation à distance, toutefois, est tout simplement de goûter un peu au réel. Aucune relation à distance ne saurait s’y mesurer.  Encore faut-il avoir le courage de l’affronter. 

 

Antoine
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