Les stratégies de séduction chez l’être humain

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Les animaux sont en règle générale séparés en deux sexes distincts : les mâles et les femelles. Les stratégies de séduction de ces deux groupes sont radicalement différentes. En effet, l’objectif de la séduction est de permettre la reproduction. Chaque individu cherche, consciemment ou non, à transmettre son patrimoine génétique à la génération suivante. Pour cela, il lui faut :

  • au moins un partenaire du sexe opposé
  • que ce partenaire soit apte à lui fournir une descendance saine
  • que cette descendance puisse survivre et se reproduire à son tour

 

Stratégies de séduction et concurrence

Les mâles sont en concurrence entre eux pour l’accès aux femelles : les mâles les moins performants ou les moins puissants ne se reproduiront pas car ils seront virés de la course par leurs collègues plus efficaces à attirer ou conquérir les femelles. A l’inverse, les mâles les plus performants ou les plus chanceux, ou encore ceux porteurs de signes permettant aux femelles de les considérer comme des partenaires souhaitables, auront accès à un grand nombre de femelles.

Les femelles sont en concurrence entre elles pour attirer les mâles de la meilleure qualité possible. Les femelles de moindre qualité ou de moindre compétence se reproduiront quand même (sauf cas extrême, si elles sont vraiment trop moches), mais de façon moins optimale : elles n’obtiendront que des mâles de deuxième choix, ou encore ne seront que des partenaires secondaires pour un mâle de qualité entretenant par ailleurs un harem de femelles de qualité.

 

Investissement

La reproduction n’exige pas du mâle un investissement important (tirer son coup lui suffit). Il est donc, a priori, dans son intérêt de féconder un maximum de femelles différentes, pour s’assurer une descendance nombreuse : sa tendance naturelle est à une stratégie de quantité. En d’autres termes : il essaie de baiser tout ce qui passe, en se disant que, dans le lot, il y aura bien des descendants qui s’en tireront. Ce n’est cependant pas toujours entièrement vrai : quand les petits demeurent longtemps très vulnérables, il peut être dans l’intérêt du mâle de veiller un minimum sur sa descendance, ne serait-ce que pour s’assurer qu’elle survive.

Le reproduction exige, en revanche, un fort investissement de la part de la femelle, surtout chez les mammifères : non seulement elle va les porter pendant un temps long, mais elle va aussi devoir s’occuper d’eux quand ils sont petits. Durant toute cette période, la femelle est vulnérable, handicapée dans sa chasse ou sa collecte de ressources. Il est donc dans son intérêt de veiller à ce que cette descendance, qui lui coûte si cher en temps, en attention et en danger personnel (moins rapide pendant la grossesse, elle est une proie facile, sans compter les morts en couche possibles), soit la plus saine et la plus forte possible. Pour cela, elle choisira des stratégies de séduction différentes : elle veut un mâle capable de transmettre les traits physiques ou comportementaux les plus avantageux pour ses petits. Elle a donc une tendance naturelle à une stratégie de qualité.

 

Stratégies de séduction chez l’être humain

L’être humain se caractérise par une période de gestation longue et une période durant laquelle les petits restent vulnérables plus longue encore. La période de vulnérabilité et de dépendance des femelles est donc particulièrement importante. Mais l’être humain se caractérise aussi par le fait qu’il vit en société et crée des systèmes relationnels complexes, dont la famille n’est que l’un des aspects. Autre détail qui a son importance : les femelles humaines, contrairement à celles de la plupart des autres espèces, ne sont pas fertiles toutes leur vie et cessent, après un certain âge, d’être capables de produire une descendance. Enfin, les femelles ne sont pas fertiles en permanence ; en réalité, elles ne le sont que quelques jours par mois. Le plus souvent, elles ne sont pas conscientes du moment où elles sont fertiles. Un grand nombre d’accouplements peut donc être nécessaire avant qu’un enfant ne soit conçu.

Les stratégies de séduction restent les mêmes que chez les autres mammifères, à quelques détails près :

  • pour un mâle, les caractéristiques souhaitables chez une femelle sont : la jeunesse, afin de s’assurer qu’elle n’est pas encore ménopausée et une bonne santé, pour être sûr qu’elle mène la grossesse à terme et soit capable de prendre soin des petits ensuite.
  • pour la femelle, les caractéristiques souhaitables chez un mâle sont : la capacité à la nourrir et la protéger pendant sa grossesse et dans les temps qui suivent, ainsi que la capacité à participer à l’éducation des petits et à les protéger également.

Par ailleurs, il est dans l’intérêt de chacun que l’autre ait certains comportements :

Il est dans l’intérêt du mâle que la femelle n’ait pas d’autre partenaire que lui : ainsi, il s’assure que la descendance est bien la sienne. En revanche, il n’est pas dans son intérêt de n’avoir qu’une seule partenaire et si la polygamie lui est possible il aurait tort de s’en priver. Il est d’ailleurs à noter que dans les sociétés primitives violentes, où la mort au combat est une possibilité omniprésente pour les mâles, le surnombre de femelles (qui certes n’ont pas la vie facile mais bénéficient tout de même d’une certaine protection) rend la polygamie quasiment obligatoire : il faut bien fertiliser les femelles restées veuves et assurer ainsi l’avenir de la tribu.

Il est au contraire dans l’intérêt de la femelle que le mâle n’ait pas d’autre partenaire, puisqu’ainsi il ne s’occupera que de ses petits à elle et ne dispersera pas son temps, son attention et ses ressources vers des enfants ne portant pas ses gènes. En revanche, si les capacités de protection de son mâle ne proviennent pas de son physique (après tout, un petit maigrichon commandant une tribu puissante offre bien plus de protection qu’un grand baraqué tout seul), elle peut être tentée par une stratégie risquée mais potentiellement payante : choisir comme partenaire reproductif un homme physiquement plus puissant (un grand baraqué, donc), tout en faisant croire à son compagnon à la puissance sociale (qu’elle provienne d’un pouvoir religieux, nobiliaire ou autre) que la descendance est la sienne. En clair et en termes modernes : tromper son mari petit, vieux et riche avec le bel Apollon qui passe par là ; ainsi, elle gagne sur tous les tableaux, en ayant des descendants à la fois forts comme leur père biologique et disposant d’un pouvoir social comme leur père officiel. En dehors de cette option, elle n’a pas intérêt à multiplier les partenaires. Elle peut cependant souhaiter passer d’un partenaire médiocre à un partenaire de meilleure qualité. Mais il s’agit là de monogamie en série (ou hypergamie), et non de polygamie.

 

Ces impératifs et ces aspirations contradictoires forment le squelette essentiel des rapports entre les hommes et les femmes, encore de nos jours (souvenez-vous que nous ne sommes sortis de la préhistoire que depuis 10% environ de l’histoire de notre espèce).

Ainsi, les mâles recherchent, chez leurs partenaires :

  • la jeunesse (d’où une tendance à la néoténie)
  • la beauté (c’est-à-dire des signes de bonne santé : belle peau, belles dents, cheveux abondants, poitrine capable de nourrir des petits…)
  • la fidélité et le dévouement maternel

Dans ses rapports aux femelles, le mâle tente en même temps de maintenir son pré carré (en d’autres termes : s’assurer la fidélité de la ou des femelles qui lui appartiennent) et de s’ouvrir en permanence à d’autres options. L’intérêt qu’il porte à une femme tend à décliner lorsque celle-ci n’est plus fertile.

 

Tandis que les femelles recherchent, chez leurs partenaires, des choses un peu plus complexes :

  • une assurance de protection, qui peut se manifester soit sous la forme de la puissance physique, soit sous la forme du statut social ou de la richesse. S’il peut y avoir une certaine proportion des trois en même temps, c’est encore mieux (le Prince Charmant est exactement cela : un homme à la fois valeureux au combat, riche et disposant d’un haut statut social). Tant que le mâle n’est pas trop décrépit, l’âge, en revanche, n’a que peu d’importance.
  • une garantie de virilité, signe de fertilité (épaules larges, voix grave, mâchoire carré, sont par exemple des signes d’un taux de testostérone élevé).
  • une attitude montrant ses capacités à agir correctement en cas de problème : compétences permettant de ses procurer des ressources, aptitude à décider vite et bien de la direction à prendre, capacité à se comporter en leader et en chef de famille.

Dans ses rapports aux mâles, la femme tente d’attirer le partenaire le plus performant et protecteur possible et de le garder. Elle craint deux choses en particulier : être abandonnée alors que des petits sont encore dépendants d’elle et être abandonnée quand elle ne sera plus capable de séduire un autre mâle.

 

Comme on le voit, les exigences de la femelle sont très différentes de celles du mâle. Il lui est, surtout, plus difficile qu’à lui de juger un partenaire potentiel du premier coup d’œil. Tandis que le mâle sait en trois secondes s’il a ou non envie de s’accoupler, la femelle, elle, doit prendre plus de temps pour estimer la valeur d’un compagnon potentiel. Or le temps est justement une ressource qui lui manque : elle n’a que quelques années de fertilité devant elle et doit les utiliser au mieux. D’où l’importance des épreuves et de la présélection.

 

Si vous avez compris tout cela, vous avez compris l’essentiel des rapports de séduction entre hommes et femmes. Bien entendu, nous ne sommes plus à l’époque préhistorique. Mais les tendances et les attitudes demeurent. Si tel ou tel élément dans les rapports sentimentalo-sexuels entre les humains ne vous semblent pas clairs, tentez de vous souvenir de ce contexte primitif et des impératifs stratégiques de chaque sexe. Et vous constaterez que, bien souvent, tout devient très clair.

 

 

Antoine
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