Toronto : le cas Minassian

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Tuerie de Toronto

Un autre article était initialement prévu aujourd’hui et nous ne commentons généralement pas l’actualité, sur Neo-Masculin. Mais les faits sont exceptionnels et les événements de Toronto méritent un traitement de faveur. A l’heure où j’écris ces mots, je n’en sais pas plus que vous sur le drame qui s’est déroulé dans la cité canadienne ce mardi 24 avril 2018, et sans doute même moins, puisqu’il est très possible qu’entre ce moment et votre lecture, de nouveaux faits soient connus. Bien évidemment, j’adresse à titre personnel et au nom de toute l’équipe nos plus sincères condoléances aux familles que l’épreuve a frappé. Cela leur fait une belle jambe et je doute qu’elles nous lisent mais c’est la moindre des choses.

Les faits en résumé

Si on en croit ce que l’on trouve un peu partout (et qui est forcément partiel), un certain Alek Minassian, jeune homme de 25 ans, a tué dix personnes et blessé quinze autres lors d’une attaque à la camionnette dans le centre de Toronto. A cet acte qui relève d’un terrorisme désormais presque tragiquement ordinaire, s’ajoute un fait nouveau : il se revendique, directement ou indirectement, des pensées masculinistes ou para-masculinistes.  Appelant apparemment à une révolution des incels, le jeune homme aurait également, avant son geste meurtrier, rendu hommage à Elliot Rodger, le tueur misogyne de Santa Barbara. Voilà, grosso modo, ce que l’on sait pour l’instant. J’ignore ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas dans tout cela mais c’est sur ces affirmations de base que cet article est basé. Parce que je pense très sincèrement que cet événement nous regarde.

Pourquoi ça nous regarde

Il est trop facile de détourner les yeux et de prétendre que cela ne nous regarde pas. Que c’est loin. Que les incel, c’est pas nous. Que Minassian ne s’est revendiqué ni du neo-masculinisme ni des mouvements MGTOW, ni des MRA, et que donc, c’est pas nos oignons. Il est trop facile de faire le coup du padamalgamÇa nous regarde.
Ça nous regarde parce que, par nature, les mouvements masculinistes attirent des hommes qui ont un problème avec le monde dans lequel ils vivent. Pas toujours un problème grave. Mais un problème néanmoins. Ils se trouvent, pour une raison ou une autre, en inadéquation avec leur société, leur époque, les mœurs de leur temps. C’est même d’ailleurs pour cela qu’ils nous rejoignent, bien souvent : pour se rassurer, se rencontrer, se rendre compte que non, ils ne sont pas fous, et qu’il y en a d’autres qui pensent comme eux. La manosphère, pour beaucoup, est une occasion de fraternité et d’amitié sincère. Mais pas pour tous.

Car la manosphère est un pharmakon, c’est à dire à la fois poison et médecine ; question de dosage et d’idiosyncrasie du patient. Question aussi de kairos, d’instant propice. Prendre la Pilule Rouge trop tôt ou trop tard, ce peut être délétère. Si pour beaucoup, les vérités Pilule Rouge sont des voies d’émancipation, pour certains, les propos qui sont tenus, que ce soit ici, sur les forums Redpill, sur returnofkings, sur les groupes MGTOW et dans bien d’autres lieux encore, peuvent être des poisons. C’est le cas des esprits les plus faibles, les plus perturbés, les plus abîmes, les moins bien structurés. Le cas d’hommes qui ont souffert profondément, et pour qui la réalité de la Matrice gynocentrique est devenue insupportable au quotidien. Quoi qu’il en soit, les faits sont là : un homme a tué, en se revendiquant, même de loin, du grand mouvement global auquel nous appartenons. De ses franges extrêmes, peut-être. De ses avatars les plus lointains, sans doute. Il n’empêche : il se revendique des nôtres. Alors oui, ça nous regarde. Et oui, non seulement on peut, mais on doit en parler. Parce que de toute manière, l’amalgame se fera. Et pas seulement à mauvais escient : car oui, des dingues, nous en attirons, c’est un fait. Ils ne constituent qu’une petite minorité mais ils sont là. Et si nous ne voulons pas être assimilés à eux, il va falloir se montrer clairs et responsables.

Toronto fou

Des hommes fous, ou rendus fous par une société qui les rejette et les opprime, les sites de la manosphère en attirent un grand nombre. Ce qui implique de notre part certaines responsabilités dans nos contenus.

Responsabilité de clarté

Nous tous, auteurs, producteurs de contenu de la manosphère, avons une part de responsabilité dans les idées qui sont diffusées en son sein. Une part variable selon l’ampleur de nos audiences, certes. Mais une part néanmoins. Et il est de notre devoir d’être extrêmement clairs quant à nos messages et à nos valeurs. Parce que des Minassian en puissance, il y en a parmi ceux qui reçoivent nos contenus. Il y en a parmi mes lecteurs. Il y en a parmi les gens qui écoutent Ralf ou qui regardent Joakim Brasseur. Il y en a parmi les MGTOW. Et ainsi de suite. Ce n’est certes pas pour eux que nous produisons nos contenus mais nous les touchons aussi. Des êtres aussi dysfonctionnels qu’Eliott Rodger ou Alek Minassian n’ont pas besoin de nous pour haïr mais nous leur fournissons du combustible, que nous le voulions ou pas.
Que faire, alors ? Edulcorer nos propos ? Les compliquer à l’excès, pour être certains de n’être réellement compris que d’une petite élite ? S’enfermer dans l’entre-soi et ne réserver les salutaires concepts Pilule Rouge qu’à de rares initiés, triés sur le volet ? Il ne saurait en être question. Sur le long terme, nous ne pourrons pas faire l’impasse sur un grand débat de fond amenant à définir précisément ce que nous acceptons comme faisant partie de notre famille de pensée et ce que nous récusons. Mais nous n’en sommes pas encore là.

En attendant, il nous faut faire oeuvre de responsabilité et de pédagogie. De responsabilité en faisant en sorte que nos propos soient toujours les plus clairs possibles. Tout ce qui peut être mal interprété le sera, tôt ou tard, que ce soit par des Minassian ou des critiques de mauvaise foi. Le fait d’être minoritaires nous oblige à l’exemplarité. Il nous faut donc rabâcher, clarifier, expliquer, encore et encore. Expliquer que la manosphère est un mouvement de libération individuelle, et non un mouvement de haine. Expliquer, encore et encore, qu’être pro-hommes, ce n’est pas être anti-femmes. Répéter que rien ne justifie la violence, le meurtre, le viol.

Meurtres de Toronto

Nous avons un devoir de vigilance : celui de balayer devant notre porte et de ne pas tolérer les contenus appelant au meurtre ou à la violence.

Cela pourra sembler répétitif à certains mais c’est aussi une question de cohérence : on ne peut pointer du doigt la folie furieuse d’un SCUM Manifesto et fermer les yeux sur les fous quand ils sont dans notre camp. On ne peut dénoncer l’hypocrisie d’un féminisme de troisième vague qui se fait l’apôtre de toutes les misandries sans récuser également ceux qui, chez nous, en appellent à la violence envers les femmes.

Cette responsabilité de clarté et de cohérence s’accompagne d’une autre responsabilité : celle de continuer et de diffuser davantage nos contenus pédagogiques. Car Minassian est le type d’homme que l’on aurait pu sauver.

Anatomie de l’Incel

L’incel (involontairement célibataire) est généralement un homme qui se situe dans les premiers stades de la Pilule Rouge. Le plus souvent, c’est un type plutôt gentil, et qui a tout bien fait comme on lui a dit. Poli, respectueux, boulot correct … et il a cru, benoîtement, qu’en échange de cela, la société lui devait quelque chose. Il a cru que cela suffisait à lui assurer un couple, un mariage, une vie de famille. Il a cru qu’il lui suffisait d’être un bon Chevalier Blanc, bien cocher toutes les cases de sa carte de fidélité « Chic type », et qu’il allait être récompensé pour cela. Puis il s’est pris la réalité en pleine gueule. Et la réalité, sur l’esprit fragile d’un être dévirilisé, ça peut faire très mal.

Dans un marché sexuel et relationnel dérégulé, le couple ne fait plus recette. Le gentil garçon non plus. Alpha fucks, beta bucks. Et celui qui croit encore aux vieilles règles du jeu est condamné à en être l’éternel perdant. L’incel, c’est justement ce perdant, qui a pris conscience ou est en train de prendre conscience des réalités de la Matrice et que cela met en rage parce qu’il se rend compte qu’on l’a pris pour un con toute sa vie. C’est donc un homme qui en est au premier stade du deuil de son ancien monde, et qui peut y rester bloqué. Un homme qui n’a pas encore appris à concevoir la vérité sans colère, ni le réel sans jugement, et qui découvre les mensonges du gynocentrisme, la male disposability et bien d’autres choses encore. Ce genre d’homme, nous en avons plein les groupes, les forums, les cercles de discussion. Vous en connaissez, j’en connais aussi. Beaucoup, avec le temps, reviennent à leur ancien monde Pilule Bleue : pour eux, la Pilule Rouge n’aura été qu’un bref instant, une étape passagère, un coup d’œil sur un monde qu’ils sont trop lâches ou trop bêtes pour embrasser. D’autres parviennent à saisir les vérités Pilule Rouge, s’en emparent et en font une part intégrante de leur existence. Pour une petite minorité, enfin, le goût amer des premiers jours ne disparaît jamais et la haine persiste. Ce sont souvent ceux qui n’ont des concepts Pilule Rouge qu’une lecture superficielle et hâtive, qu’ils traduisent en termes de Bien et de Mal. Ceux, également, qui sont encore pris au piège de leur propre reflet et croient qu’ils ont quelque chose à prouver au monde en général et aux femmes en particulier; ceux qui ne saisissent pas qu’il n’y a qu’une seule vraie revanche qu’on puisse prendre à l’égard de la Matrice : celle qui consiste à vivre sa propre vie, envers et contre tout.

Toronto incel

L’incel, c’est d’abord et avant tout un jeune homme frustré, qui voit les lumières de la ville et s’entend dire que ça n’est pas pour lui.

Après Toronto et au-delà

Ne nous leurrons pas : les mêmes causes produisant les mêmes effets, des Minassian, il y en aura d’autres, tôt ou tard, à Toronto ou ailleurs. Le jeune homme frustré et haineux est un sous-produit de la société sexuelle dérégulée qui a été vomie par l’idéologie post-moderne. Il est le résultat logique d’un monde occidental semi-décadent, qui vous offre tout, tout de suite, sauf ce qui compte réellement, c’est à dire ce qu’on ne peut pas acheter. Entre le harceleur lambda et Minassian, il y a sans doute plus de différences de degré que de différences de nature. Ces hommes pèchent non par excès mais bien par manque de virilité réelle, c’est à dire de contrôle de leur propre existence et de leurs propres pulsions, ainsi que de structuration intellectuelle Et ce n’est pas en dévirilisant plus encore la société que l’on préviendra les agissements de tels hommes.

Bien au contraire, c’est en leur offrant des structures, des cadres, un accompagnement mental, psychologique et moral. En leur proposant une idéologie propre à canaliser leurs haines et leurs frustrations dans des directions favorables à la fois à eux-mêmes et au plus grand nombre. L’homme qui a assimilé la Pilule Rouge est un homme au sens plein et entier du terme, un homme au sens que Kipling donne à ce mot. Qu’il choisisse de se retirer du monde ou de s’y intégrer, de tracer une voie solitaire ou de fonder une famille, il n’est un danger ni pour lui-même ni pour les autres.  Et s’il n’est plus dupe des illusions de la Matrice, il n’a pas pour autant envie de tout faire péter, confiant qu’il est dans la certitude que le système s’écroulera de lui-même sous le poids de ses propres contradictions et que sa contribution personnelle ne consiste pas à hâter cet écroulement, mais bien à former la génération d’hommes qui viendra après. L’un de nos objectifs doit être de permettre à des incel paumés comme Minassian de devenir de tels hommes. 

Toronto violence folie

La frustration n’excuse pas la violence mais elle peut expliquer la folie.

Nous tous, membres de la manosphère, auteurs ou lecteurs (et souvent les deux à la fois) de contenus masculins, nous devons d’avoir conscience de l’importance de notre action et de notre mission. C’est par la clarté, la cohérence et la diffusion de nos contenus que nous pourrons aider à ce que des drames comme celui de Toronto ne se reproduisent pas, ou le moins possible. Toucher les hommes en souffrance, les accueillir, leur montrer qu’il existe des voies pour sortir de leur mal-être et se réaliser en tant que personnes malgré et contre les embûches semées sous leurs pas par une société devenue folle : telle est notre responsabilité.
Ce projet est ambitieux. Il s’agit d’un travail profond, au long cours, et personne ne nous a mandaté pour le faire.
Mais il n’y a que nous qui puissions le faire.

Illustrations : Scott Webb chester wade Isai Ramos Redd Angelo Cristian Newman

Martial
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