Tu seras une femme, ma fille

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Tu seras une femme ma fille

Est sortie il y a peu une magnifique campagne. Magnifique, vraiment, parce que, comme dirait Audiard, c’est une synthèse. Une synthèse de gynocentrisme, de mauvaise foi, de culpabilisation, de dévirilisation. C’est la campagne de la Fondation des Femmes, énième association vivant de dons et de subventions publiques, prétendant (c’est en tout cas ce que son nom laisse à entendre) parler au nom de la moitié de la population et diffusant, grosso modo, la même propagande que toutes les autres, accompagnée de nombreux appels aux dons (il n’y a pas de petits profits).

Culpabilisation, manipulation et gynocentrisme

L’originalité de cette campagne est qu’elle ne met pas l’accent sur la victimisation, mais sur la culpabilisation : si des malheurs arrivent à des femmes, c’est de la faute des hommes, et parce que ceux-ci ne sont pas bien éduqués par leurs pères. Que les femmes qui sont harcelées le soient par des hommes, c’est un fait indéniable. Que cela provienne de l’éducation de leurs pères, en revanche, ça reste à prouver.

Au passage, la campagne massacre allègrement If, de Kipling, en en proposant d’autres vers. C’est d’autant plus stupide que l’homme, valeureux, honorable, chevaleresque et intègre, que prône Kipling, serait bien incapable de harceler ou de violenter une femme. Au contraire, il est protecteur, et sa virilité maîtrisée et sereine est le meilleur rempart, tant individuel que sociétal, contre ce type de débordements. La meilleure protection pour les femmes, ça n’est pas de déformer le message de Kipling, mais, bien au contraire, de le transmettre, de le faire apprendre, de le faire méditer. On a déjà un article sur le sujet, mais revoici le poème, pour les quelques-uns au fond de la classe qui ne le connaîtraient pas encore :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;
Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;
Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;
Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maitre,
Penser sans n’être qu’un penseur ;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;
Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Oui, c’est non seulement beau comme l’Antique, mais ça pourrait être l’hymne des néo-masculinistes et des MGTOW. L’homme qui obéit à de tels préceptes est certes un idéal, un but vers lequel tendre bien plus qu’un état réel et permanent. Il n’empêche : les mots de Kipling tracent la voie d’une virilité calme, apaisée, sûre d’elle et sereine. Y ajouter les quelques pauvres paroles de la campagne équivaut à écrire que la République Française est une et indivisible et produit du vin rouge, ou encore que les Hommes naissent libres et égaux en droits et portent des chaussettes. C’est joindre l’anecdotique au fondamental.

On notera également que la campagne ne prétend pas, par exemple, qu’il faille encourager les jeunes gens à prendre la défense de tout être humain, ni même de tout être humain qui le mérite. Elle n’encourage pas à la fraternité universelle, ni à la décence commune. Elle encourage au principe de male disposability (c’est-à-dire de mise des hommes au service des femmes) et de définition par les femmes de ce qu’est ou n’est pas un homme. Sachant que l’un des combats féministes consiste à combattre l’idée que les hommes puissent définir ce qui est ou n’est pas féminin, le parallèle ne manque pas de piquant. Cela montre, à tout le moins, que le combat n’est pas un combat pour l’égalité, mais bel et bien une question de suprématie.

Ce que la campagne de la Fondation des Femmes oublie enfin, ou du moins feint d’oublier, c’est que la violence, la perte de repères moraux et idéologiques, ne sont pas des excès de virilité, mais bien le signe de lacunes en la matière. Et ces lacunes, chez bien des jeunes hommes, ont une cause commune : l’absence ou la démission des pères. Se plaindre du manque de maîtrise d’eux-mêmes, de sociabilité, de courtoisie, de certains jeunes gens, quand on incarne des mouvements qui, au cours des dernières décennies, ont tout fait pour éradiquer les pères, c’est, pour paraphraser Bossuet, pleurer les effets dont on chérit les causes.

Poésie de mirliton

Alors bon … puisqu’on est en droit d’expliquer à l’autre sexe ce qu’il doit faire, comment il doit se comporter et penser, et puisqu’on peut massacrer Kipling, je me suis permis de le faire également, et vous propose aujourd’hui ces vers de mirliton. Oui, car, à l’inverse de la Fondation, il m’a semblé utile de respecter les rimes et la rythmique : quand on plagie un poème, ça peut aider. Ces deux poèmes sont dédiés à ma fille.

Tu seras une femme, ma fille

Si tu sais au devoir associer la vertu,
Cultiver ta beauté sans qu’elle soit tout pour toi,
Ne jamais te montrer à demi dévêtue,
Ni pour gagner un bien, ni pour gruger la loi ;
Si tu choisis ton homme pour sa morale, son cœur,
Sa force, sa sagesse et sa virilité,
Et non pour obéir à un caprice trompeur,
Aux conseils de copines toutes en futilité,
Ni aux modes, aux rumeurs, aux légendes idiotes
Que colportent les blogs et journaux féminins ;
Si tu as de l’amour l’opinion la plus haute
Mais sais qu’il se ménage et qu’on l’entretient ;
Si tu sais reconnaître ce qu’à toi-même tu dois
Et ne jamais blâmer pour tes propres erreurs
Ceux qui, sans rien t’ôter, ont fait bien mieux que toi ;
Si tu sais rechercher des instants de bonheur,
Plutôt que de plaisir ou de vulgaire joie ;
Si tu es humble et modeste, élégante et jolie,
Que tu sais ta valeur mais ne la monnayes pas
Pour des envies d’un jour, des rires, des folies,
Des débauches d’un soir, parce que « ça ne compte pas »,
Des promesses en toc, de puériles fantaisies ;
Si tu comprends que dort, là, tout au fond de toi,
La même force que celle de Sarah et Marie,
La puissance de vie, et cette ardente flamme
Qu’on ne loue, qu’on ne vend, et profane encore moins,
Et qui fait de ton être un maillon de la trame
Ancestrale et qui va d’hier jusqu’à demain ;
Alors le vrai bonheur, la douceur et la paix
Seront à tout jamais tes serviteurs dociles,
Et, ce qui vaut mieux que les plus hauts palais,
Tu seras une femme, ma fille.

Tu seras une femme moderne, forte, libre et indépendante.

Tu seras une femme moderne, ma fille

Si tu sais que l’on peut résoudre bien des choses
En branlant le bon mec ou juste en souriant
Au petit con frustré qui prendra fait et cause
Pour toi s’il croit pouvoir te tirer en passant ;
Si tu n’existes plus dès qu’on ne bande pour toi,
Et que ta seule présence est un bien si précieux,
Qu’il faille payer encore, toujours, telle est ta loi
Pour le douteux bonheur du flot fastidieux
Des idées à la mode et sottises communes
Que tu crois être tiennes et fascinantes à ouïr,
Pour qui bien des crétins dépenseront leurs thunes
En bars ou en restaus, pressés de te séduire ;
Si tu sais que le monde te doit tout le succès
Dont tu rêves, quels que soient tes efforts, tes mérites,
Et que tu peux prétendre que sont iniquités
Tes erreurs, tes échecs, et tout ce qui t’irrites ;
Si tu tonds tes cheveux ou les teints en couleurs
Qui ne vont qu’aux pétasses, et encore, en mangas,
Mais que tu trouves injustes, grossiers et oppresseurs
Tous ceux qui en tirent quelque opinion quant à toi ;
Si tu fais de ton sexe ton unique valeur
Et tout ce que tu apportes dans une relation,
Puis te plains de ne tomber que sur des cavaleurs,
Et qui jamais ne voient le cœur sous le jupon ;
Si tu pleures et tu cries, et craches et vitupères,
Et déplores qu’aucun ne veuille te faire d’enfant,
Alors que tu as castré leur envie d’être père,
Et que l’on n’est pas père avec qui est enfant ;
Alors l’aigreur, la misère et la dépression
Seront à tout jamais tes compagnons fidèles
Et, ce que tu mérites, que tu le veuilles ou non :
Tu seras une femme moderne, ma fille.

Bon, voilà pour ce petit billet d’humeur. Demain, promis, on repart sur un vrai article sérieux.

Illustrations : Christian Blankenship Kyle Broad

Martial
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