Affaire Weinstein et prostitution dans la téléréalité : quand les grands médias découvrent l’eau tiède

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Weinstein

Nous ne rédigeons normalement pas d’articles consacrés à l’actualité immédiate mais les nouvelles de ces dernières semaines sont fort intéressantes pour les sujets qui nous préoccupent sur Neo-Masculin. En particulier l’affaire Weinstein et le pseudo-scandale de la prostitution dans la téléréalité.

Revenons d’abord sur l’affaire Weinstein. Les stars hollywoodiennes sont en général les premières à faire la leçon aux Américains (et à travers eux au monde entier) concernant ce qu’il est juste et moral de penser. Mais visiblement, quelques lacunes leur subsistent.  Pour ceux qui auraient raté quelques épisodes, l’affaire Weinstein est assez simple à résumer : Harvey Weinstein, riche et puissant producteur (studio Miramax, entre autres) est accusé par de nombreuses actrices et mannequins d’avoir profité de sa position pour les harceler sexuellement, voire coucher avec elles. Cela fait au moins vingt ans qu’il est coutumier de la chose, et tout le monde à Hollywood le savait (la preuve : il y a quelques années encore, on en blaguait même dans des cérémonies officielles ; c’est donc que dans le milieu, la chose était de notoriété publique).

Weinstein a d’ailleurs, au moins en partie, reconnu les faits. Ce qui ne signifie d’ailleurs pas pour autant que toutes les accusations lancées contre lui sont vraies : s’il n’y a que peu de raisons des douter des premières, chaque nouvelle (et surtout celles se rapportant à des faits très anciens) rend la suivante un peu plus suspecte, comme si un vol de corbeaux s’abattait sur le riche homme d’affaires, chacun exigeant sa livre de chair. Car il ne faut pas s’y tromper : les toutes premières actrices à avoir parlé de l’affaire avaient certainement un certain courage, puisqu’elles risquaient de s’aliéner l’un des hommes les plus influents d’Hollywood et donc de briser leur carrière. Maintenant que le scandale a éclaté publiquement, les suiveuses ne risquent rien, sinon de toucher, à la fin du procès qui ne manquera pas de se produire, ou même en marge de celui-ci, pour qu’elles s’en retirent, un gros chèque de la part du producteur.

L’affaire, par ailleurs, ne manque pas d’ironie : Weinstein fut l’un des plus importants soutiens d’Hillary Clinton et s’est souvent positionné sur des valeurs libérales et féministes par le passé. Certes, ce n’est pas la première fois qu’un homme d’influence dit une chose et en fait une autre mais on ne peut s’empêcher d’y voir une forme de contradiction.

 

Mais l’affaire Weinstein pose tout de même quelques problèmes

Un autre problème, toutefois, est soulevé par cette affaire, et surtout par le retentissement qu’elle a. Bon, que Weinstein soit certainement un gros porc dégueulasse, nul ne semble le nier. Il y aura procès et on verra bien ce qui en sortira. Mais ce qui est très étonnant, c’est que les médias semblent s’en étonner. Comme si on découvrait aujourd’hui seulement l’existence du casting couch. Comme si les journalistes réalisaient seulement à l’occasion de cette affaire que le monde du cinéma, du mannequinat et du show-business dans son intégralité est un monde toxique, décadent, prostitutionnel. Laissons-leur encore dix ou quinze ans et ils nous apprendront, estomaqués, que de la drogue circule dans ces milieux.

Il en va de même avec les « révélations » autour de la télé-réalité, qui dernièrement ont envahi une partie des médias français. Soudain, on semble réaliser que la promotion canapé et la prostitution (ce qui, fondamentalement, est la même chose) sont les moteurs de l’ascension professionnelle d’un certain nombre de jeunes femmes par ailleurs dénuées de cervelle comme de talent et que certaines ne sont sous les feux des projecteurs et dans des draps de soie que parce qu’elles ont sucé les bonnes personnes au bon moment. Scoop. Nul ne s’en doutait, assurément…

Le dernier problème, et non des moindres, réside dans le récit qui est fait de ces diverses pratiques. Or ces récits nous présentent systématiquement les jeunes femmes comme des victimes. Peut-être certaines d’entre-elles le sont-elles réellement. Mais sachant que les pratiques en question étaient connues dans le milieu hollywoodien et certainement pas inconnues non plus dans celui de la télé-réalité, on ne peut qu’estimer que la plupart d’entre elles se sont retrouvées dans ces situations prostitutionnelles de leur plein gré. La contrepartie (une émission, un film, une carrière…) étant trop belle, elles ont accepté le deal. Si les faveurs sexuelles exigées par Weinstein étaient demandées sans violence, elles pouvaient à tout instant refuser et partir (c’est ce qu’a fait Emma de Caunes). Bien entendu, cela aurait nui à leur carrière ; mais il appartient à chacun de déterminer le prix de sa propre morale. En tout état de cause, une femme qui couche pour obtenir ce qu’elle veut n’est certainement pas une victime, et en aucun cas la victime d’un viol.

Si les faveurs sexuelles en question ont été obtenues par la violence, les victimes pouvaient aller porter plainte. Là encore, si la plainte n’aboutissait pas, c’était risqué pour elles, professionnellement. Mais le viol est un crime, au même titre que le meurtre. Si vous êtes témoin d’un crime et ne le dénoncez pas, vous en êtes complice. Et vous l’êtes d’autant plus si vous savez que le criminel est susceptible de recommencer. La question du degré de violence ou de coercition employé par Weinstein pour obtenir ce qu’il souhaitait va sans doute être au cœur des débats à son procès. Car si le viol est un crime, le fait de solliciter une prostituée (ou une femme qu’on prend pour une prostituée) ne relève pas de la même catégorie. Cela peut être puni par la loi (pas partout) mais certainement pas au même niveau qu’une véritable agression. Or c’est bien de cela qu’il s’agit : de prostitution. Une femme qui accepte de coucher avec un homme pour en retirer un avantage financier est une prostituée. Que cet avantage financier se manifeste immédiatement (échange de cash direct) ou plus tard (un rôle dans une grosse production) ne change rien à l’affaire : elle se prostitue. Il n’y a pas d’autre mot pour cela. Ce n’est pas nécessairement répréhensible en soi mais le fait pour une prostituée de coucher avec un client ne saurait être assimilable à un viol. Selon les lieux, les points de vue et les lois, c’est licite ou ça ne l’est pas. En l’occurrence et en ce qui concerne Hollywood : le code pénal californien considère la prostitution comme un délit, tant pour le client que pour la prostituée. Et pourtant, c’est largement pratiqué. Car si Weinstein s’est permis de tels comportements vis-à-vis d’actrices hollywoodiennes, les considérant comme des prostituées, c’est probablement parce qu’il savait que la plupart d’entre elles en sont. 

 

Au final, seul Weinstein sera inquiété

On va certainement relativiser. On va certainement dire que, les pauvres, elles étaient seules dans un environnement corrupteur, elles avaient peur pour leur carrière, elles ne pouvaient pas parler. Mensonge. Elles le pouvaient. On le peut toujours. Si elles ne l’ont pas fait, c’est que les bénéfices qu’elles tiraient de leur silence excédaient leur sens de la morale. On ne s’engage pas dans un milieu aussi corrompu que celui du show-business sans savoir où on va. Et si on estime sa carrière comme plus importante que le fait de laisser courir un criminel, on est bel et bien complice. Mais au final, si Weinstein va être poursuivi, et à juste titre, il est probable qu’aucune des actrices qui l’accusent aujourd’hui ne sera, elle, poursuivie. Ni pour complicité, ni pour non-dénonciation de crime, ni pour prostitution.

Pour ce qui concerne les « révélations » sur la téléréalité, il en va de même : on nous parle de prostitution, d’escorting de luxe, de milliers d’euros offerts à des filles pour accompagner des hommes très fortunés. Mais si, pour percer à la télévision, le talent comptait davantage que les relations, les appuis et les coucheries, une bonne grosse moitié du PAF actuel serait encore dans le bienheureux anonymat d’où on aurait été ravi qu’elle ne sorte jamais. A Paris comme à Hollywood, fric, strass et cul cohabitent allègrement, comme ils l’ont toujours fait.

 

Ce qui ne veut pas dire que le comportement de Weinstein est excusable. Il ne l’est pas et cet homme est certainement un gros porc. C’est entendu. Mais le chœur des vierges effarouchées qui jurent leurs grands dieux que non, personne ne savait, a également quelque chose de profondément répugnant. Quand un type est surnommé The Pig et est connu, de Los Angeles à Cannes, pour ses soirées partouze-coke, on n’a pas affaire à un discret prédateur isolé mais bien à un homme qui profite d’un système qui existe depuis des lustres, et qui a certainement toujours été le même depuis plus d’un siècle. S’il en profite impunément, c’est qu’il le peut, parce que tout le monde trouve ce système normal et habituel. Et si ce système existe, c’est qu’il est entretenu. Par quelques hommes de pouvoir, certes. Mais également par un grand nombre de jeunes femmes ambitieuses, tout à fait prêtes à « faire ce qu’il faut » pour percer. Marilyn Monroe, en son temps, n’avait rien fait d’autre. A son instar, quantité d’actrices, quand elles ne sont pas filles de, doivent davantage leur succès à leur cul qu’à leur talent.  Celles qui mènent leur carrière de la sorte ne sont pas des victimes : elles profitent du système, au même titre que le producteur érotomane.

 

Il est donc profondément injuste de faire retomber sur le seul Weinstein la totalité des maux. Quiconque a déjà lu un roman de James Ellroy ne peut, devant l’affaire Weinstein, que lever un sourcil interloqué et soupirer : OK … rien de neuf sous le soleil, donc…
Weinstein a une bonne tête de coupable, c’est évident. Mais il n’est au final que le bouc émissaire d’un système corrompu, qui espère se racheter un semblant de dignité en coupant son membre le plus visiblement gangrené. A la fin, donc, seul Harvey Weinstein sera mis sur la sellette, et lui seul deviendra un paria. D’autres producteurs viendront, d’autres prostituées perceront par leur biais. Business as usualCe qu’illustre ce scandale, ce n’est pas tellement la corruption d’Hollywood : cela, tout le monde le savait et depuis longtemps. Ce que le scandale Weinstein met en valeur, en revanche, c’est toute l’hypocrisie d’une classe médiatico-cinématographique qui, tout en se nourrissant quotidiennement de fumier, prétend tout à coup découvrir que celui-ci pue. 

Martial
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