Affirmation du conséquent : un sophisme courant

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L’affirmation du conséquent est un sophisme, c’est à dire un mensonge logique, bien enrobé, bien présenté, mais un mensonge tout de même. Les sophismes et autres raisonnements fallacieux sont l’un des écueils auxquels se heurte très souvent la pensée. Il s’agit de modes des raisonnements biaisés, destinés à tromper. Celui qui veut maintenir une certaine hygiène intellectuelle doit apprendre à penser droit, juste, et à se méfier de cette fausse logique.

 

Condition nécessaire et condition suffisante

Avant d’examiner le sophisme en détail, il nous est nécessaire de faire un peu de logique formelle. En logique, on différencie les conditions nécessaires et les conditions suffisantes.

Pour comprendre facilement cela, prenons une suite logique simple : Il faut avoir obtenu le code pour avoir le permis de conduire. Notre suite logique est composée de deux éléments :

  • une condition (l’obtention du code)
  • une conclusion (l’obtention du permis)

Il s’agit bien d’une condition : si Machin me dit qu’il n’a pas eu son code, je sais qu’il n’a pas son permis.

On parle de condition nécessaire lorsque, pour que la condition soit vraie, la conclusion doit être vraie. C’est le cas dans notre exemple : si quelqu’un a le permis, on peut en déduire qu’il a eu le code. Donc si Machin me dit qu’il a eu son permis, je sais qu’il a aussi eu son code.

On parle de condition suffisante quand, pour que la conclusion soit vraie, il suffit que la condition soit vraie. Ce n’est pas le cas ici : on peut très bien avoir le code sans avoir le permis. Donc si Machin me dit qu’il a eu son code, je ne peux pas en déduire qu’il a également eu son permis.

Autre exemple : Il pleut, donc le sol est mouillé. La condition Il pleut n’est ni nécessaire, ni suffisante à la conclusion le sol est mouillé : en effet, il peut très bien pleuvoir sans que le sol soit humide (si le sol se trouve sous une bâche, par exemple), et le sol peut très bien être humide sans qu’il pleuve (si on a arrosé, par exemple).

Un dernier pour la route : Pour avoir ce diplôme, il faut obtenir au moins 10 de moyenne à l’examen. La condition il faut obtenir au moins 10 de moyenne à l’examen est à la fois nécessaire et suffisante à la conclusion avoir le diplôme : en effet, si Machin me dit qu’il a eu le diplôme, je sais que ça signifie qu’il a eu 10 ou plus (condition nécessaire). A l’inverse, s’il me dit qu’il a eu 10 ou plus à l’examen, je peux en déduire qu’il a obtenu le diplôme (condition suffisante).

 

Affirmation du conséquent

Le sophisme dit d’affirmation du conséquent est, d’un point de vue logique, très simple : il consiste à faire croire qu’une condition suffisante est une condition nécessaire. Attention : tous les termes du raisonnement peuvent être vrais tout de même ; ce ne sont pas eux qui sont en cause, mais la manière de les énoncer et de les lier. L’affirmation du conséquent se présente sous la forme suivante :

Si Condition est vraie, alors Conclusion est vraie
Conclusion est vraie
Donc Condition est vraie aussi.

Un exemple, toujours en lien avec le monde scolaire :

  • Les gens bénéficiant d’un enseignement de qualité obtiennent facilement des diplômes.
  • Nous avons 90% de réussite au Bac.
  • Donc l’enseignement français est de grande qualité.

Un autre :

  • Si Dieu a bien créé le monde, alors nous devrions constater un certain ordre, un ensemble de lois dans la Nature.
  • Or nous constatons bien que la physique, la biologie et la chimie obéissent à des lois.
  • Donc Dieu existe et il a bien créé le monde.

Encore une autre :

  • Si ce produit brûleur de graisse fonctionne, vous allez perdre du poids.
  • Vous avez perdu du poids.
  • Donc le produit fonctionne.

Un dernier (qui est le raisonnement sur lequel se basent les détecteurs de mensonge américains) :

  • Si le suspect ment, il va produire une réaction cutanée liée à des sueurs.
  • Le suspect a produit une réaction cutanée.
  • Donc le suspect ment.

 

En examinant avec esprit critique ces quatre propositions, vous vous rendrez facilement compte qu’elles ont une chose en commun : dans les quatre cas, on considère la deuxième partie comme indiquant de façon sûre la validité de la première. Le problème, c’est que ça n’est pas aussi simple dans la réalité : nous pourrions très bien avoir 90% de réussite au Bac ET un enseignement pourri, si l’examen est particulièrement facile ; on peut très bien envisager des lois de la Nature existant SANS un dieu créateur ; pour affirmer que le produit fonctionne, il faut être certain que vous n’avez pas, par exemple, commencé une nouvelle activité sportive durant la même période, ni suivi un régime régulier et efficace ; un suspect peut produire des réactions cutanées simplement parce qu’il est nerveux (et s’il est interrogé par les flics, il a des raisons de l’être).

 

Comme on le voit, l’affirmation du conséquent est un sophisme très courant, présent partout : dans la presse, dans la politique (énormément), dans la publicité…
L’homme qui tient à penser juste et droit doit apprendre à le repérer et à le dénoncer quand il le rencontre. Entraînez-vous et tenez un petit carnet des sophismes de ce genre que vous rencontrez : vous serez étonné, au bout ne serait-ce que d’une semaine, du nombre d’affirmations du conséquent que y trouverez. 

 

Julien
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