Après la Pilule Rouge #8 : de la construction d’un esprit viril

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Cultiver un esprit viril

Il est bien plus facile de dénoncer et de montrer du doigt que de construire. Comme nous l’avons déjà fait dans l’article précédent de cette série, consacré aux bases d’une éthique et d’une morale virile post-moderne, nous essaierons ici de construire, en continuant à examiner quelques éléments pouvant s’insérer dans le code de conduite et de vision du monde d’un homme contemporain cherchant à vivre selon un esprit viril des bases mentales et morales saines et solides.

Esprit viril

Qu’entend-on exactement par des bases mentales et morales saines et solides ? L’habitude de pensée post-moderne nous amène volontiers à relativiser les valeurs et à croire que, celles-ci étant a priori arbitraires, tous les codes moraux se vaudraient, chacun n’étant, en dernière analyse, qu’une opinion comme autre. Et c’est sans doute une erreur. Car si cette attitude est élégante, et permet de passer pour ouvert et tolérant, elle est surtout lâche, et manque de profondeur dans la réflexion. Car un code éthique et moral n’a rien d’un concept purement abstrait. Il s’agit d’une façon de vivre avec les autres et de s’insérer dans la société de ses semblables. Une façon de se penser et de penser le monde. Une manière de sortir du solipsisme, de reconnaître l’existence des autres, et de se placer, à leur égard, à une juste place : ni comme un tyran nombriliste régi par le petit hamster qui lui trotte dans la tête, ni comme un soumis aux ordres des caprices d’autrui. L’homme moral est un être autonome, adulte, et qui agit d’une telle manière que, si chacun faisait comme lui, la société ressemblerait à ce qu’il estime qu’elle devrait ressembler. Bien entendu, cette définition pose plusieurs problèmes :

  • Il ne nous est pas toujours possible d’agir ainsi, ne serait-ce que parce que la loi ne le permet pas toujours, ou que, parfois, le courage nous manque. Aussi faut-il, bien souvent, accepter de pactiser avec le réel, d’aller vers un moins pire quand on ne peut pas aller vers un mieux. C’est décevant, certes. Mais le monde est décevant, l’humain plus encore et notre personne l’est, tôt ou tard, plus que tout.
  • Agir ainsi implique, en certaines occasions, d’agir contre ses intérêts propres. C’est même à cela qu’on sait qu’un homme a un sens moral réel. S’il suffisait, pour être moral, de suivre nos pentes naturelles et nos intérêts égoïstes, tout un chacun serait moral. Or, dans la réalité, c’est le contraire : les êtres réellement moraux sont rares.
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Cultiver un esprit viril est une nécessité pour l’homme souhaitant s’accomplir et accomplir son destin.

Responsabilité

La responsabilité est l’une des différences principales entre un adulte et un enfant. Elle constitue l’une des bases fondamentales d’un esprit viril cohérent. Le principe de responsabilité auquel il est fait référence ici peut se résumer à cela : Je ne suis pas responsable des cartes que j’ai en main mais je suis intégralement responsable de la manière dont je les joue. En d’autres termes : certes, bien des aspects de ma vie n’ont pas été choisis. Certes, je suis conditionné par mon idiosyncrasie. Mais à partir de cela, moi et moi seul agis, construis, fais des choix, en tire les bénéfices ou en assume les conséquences.

La responsabilité implique le fait d’être capable de tirer leçon de ses propres erreurs sans les mettre sur le dos des autres. D’accepter ses échecs sans honte, ses faiblesses sans désespoir, et de considérer sa situation, bonne ou mauvaise, comme, au moins en partie, le résultat de ses choix personnels. Dans le rapport à soi, cela implique le refus de tout sentiment victimaire, et en particulier de ceux liés à la condition masculine (mais pas seulement : les sentiments victimaires ethniques, religieux, régionalistes ou autre sont également à bannir, pour qui veut établir, en lui-même, des bases de saine responsabilité) : rien de mieux, en effet, que de se sentir éternelle victime pour nourrir sa propre paresse, ses propres craintes, ses propres faiblesses.

Être responsable, c’est accepter d’agir et de se penser en adulte. Et c’est beaucoup plus difficile à dire qu’à faire quand tout, dans la société occidentale contemporaine, vous pousse à rester un éternel adolescent. C’est aussi, dans la logique d’un esprit viril et structuré, considérer les autres, qu’ils le revendiquent ou non, comme responsables de leurs actes : c’est refuser l’infantilisation et la culture de l’excuse, et, ce faisant, faire le tri dans ses relations en s’éloignant, autant que faire se peut, de ceux qui cherchent toujours une raison extérieure à leurs malheurs, mais jamais à leurs bonheurs.

Raison

La Raison, telle qu’ici conçue, est celle également promue par les stoïciens. Il s’agit donc à la fois d’une compréhension du monde (culture générale) et d’une bonne approche de la logique, de la rationalité et de la rigueur intellectuelle.

La Raison est une maîtresse exigeante et qui demande du temps et de la patience pour être approchée. Mais c’est elle qui peut vous guider quand tout le reste échoue. Il s’agit d’être en mesure d’émettre, sur une situation, un jugement d’une logique froide et amorale, dénué de tout jugement de valeur et de toute implication émotionnelle.

Il pourrait sembler étrange, dès lors, d’en faire une valeur au sens moral et éthique du terme. De fait, la Raison n’est pas, à proprement parler, une valeur. Mais elle est ce qui permet d’en avoir. Le propre du crétin contemporain (autrement dit : de la Jeune Fille au sens tiqqunien du terme) est en effet d’émettre sur les choses et les faits des jugements que plombent sentiments personnels et virtue signaling. On reconnaît donc le crétin au fait qu’avant de se demander si une chose est vraie ou non, il tente de savoir s’il est intellectuellement confortable de l’accepter. D’où d’innombrables C’est dégueulasse, Vous ne pouvez pas dire ça, Je suis choqué, C’est offensant, et autres invitations à ne pas penser, et ce afin de ne pas froisser son fragile petit ego. L’homme de raison en désaccord avec vous réfute vos arguments et tente de vous convaincre. Le crétin moque, détourne et finit par vous dire que vous êtes un salaud dégueulasse. Et les crétins sont légion. 

La Raison est indispensable à l’homme moral, puisqu’elle lui permet, justement, de savoir où placer sa morale. Là où existent des faits irréfutables ou des déductions solides, les croyances sont inutiles. Or la morale est une forme de croyance. Encore faut-il, bien entendu, être en mesure de connaître ces faits et d’émettre ces déductions. D’où l’absolue nécessité, pour tout homme, de se cultiver et d’aiguiser sa logique.

Repérer ses propres défaillances logiques, ses propres mauvaises fois, ses propres raisonnements circulaires, est d’une importance capitale. Et c’est en général très difficile. Un bon moyen de le faire consiste, de façon régulière (on ne soulignera jamais assez l’importance de l’examen de conscience, de préférence écrit), à remettre en question nos propres processus de pensée, et, en particulier, toute conviction qui serait un peu trop confortable ou valorisante pour nous-même. Sortir, ainsi, de sa zone de confort mental, est l’une des plus saines habitudes qui soient pour un esprit viril. Ne croyez surtout pas que ce genre de doute systématique quant à vos propres convictions vous fragilise en quoi que ce soit. Bien au contraire. Seul le crétin ne doute jamais.

Volonté

La responsabilité est ce qui différencie l’adulte de l’enfant. La Raison est ce qui différencie l’homme de raison du crétin. La volonté, c’est ce qui le distingue de l’animal. Ou du zombie consumériste et sub-humain, ce qui, à tout prendre, est presque la même chose. Indispensable à un esprit viril, la volonté, telle la lumière, se diffracte en plusieurs teintes. On peut en effet considérer que la volonté se compose de trois éléments fondamentaux :

  • La maîtrise de soi, qui est la fondation des vertus viriles, est la volonté appliquée à vos propres pulsions et vos propres troubles intérieurs. Elle est ce qui permet tout le reste.
  • La détermination est la force qui vous permet de déterminer vos objectifs et vos valeurs, de tracer votre chemin de vie. Elle représente le courage de continuer à avancer malgré les obstacles, celui de se relever après une défaite, et ainsi de suite. C’est votre boussole mentale.
  • La discipline, enfin, est ce qui vous permet d’avancer au quotidien. Ce qui vous détourne des vaines tentations, vous ramène à votre but quand vous vous égarez. Elle est la maîtrise de soi, appliquée au quotidien, et l’expression à petite échelle de votre détermination.

Pourquoi considérer la volonté comme une valeur virile ? Parce que c’en est une : un homme dénué de volonté est indigne de la confiance des autres comme de la sienne propre. Il n’est que le jouet de ses passions, de ses envies et de la manipulation d’autrui. La volonté est la condition de l’autonomie.

 

Responsabilité, Raison et volonté. Trois principes simples en apparence. Évidents en apparence. Mais qu’il est si facile d’oublier. Combien de fois par jour y renonçons-nous ? à quand remonte la dernière fois que vous avez réellement exécuté un acte de volonté ou de raison ? la dernière fois que vous avez réellement pris toutes vos responsabilités, sans chercher à en fuir aucune ?
Bien entendu, tout cela n’est qu’une ébauche, de premiers éléments tracés à grands traits, mais qui devraient permettre à tout homme désireux de cultiver un esprit viril de se demander où il se situe entre ces trois pôles, et quels sont ceux, dans sa propre existence, qu’il doit s’employer à renforcer. 

Illustration : chester wade Blake Wheeler

Martial
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