Après la Pilule Rouge #7 : premiers éléments pour la reconstruction d’une morale virile

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réflexion morale

Si vous avez assimilé la Pilule Rouge, vous savez désormais que vous vivez désormais dans monde où les comportements des uns et des autres sont majoritairement guidés par leurs intérêts, notamment sexuels. Un monde où la plupart des gens prétendent avoir une morale alors qu’ils n’en ont en réalité aucune. Un monde où, d’ailleurs, le gynocentrisme et la Matrice ont tout fait, et continuent à tout faire, pour détruire ce qu’il reste de morale commune, parce que cette morale est perçue comme une entrave aux libertés individuelles. Dans un tel monde, la reconstruction, à la fois individuelle et collective, d’une morale virile solide et saine, est un impératif absolu. Voici quelques suggestions et premières pistes de réflexion dans la construction de votre propre morale.

Pourquoi avoir besoin d’une morale ?

Nous n’entrerons pas ici dans des débats sur la différence entre l’éthique et la morale : ils sont intéressants mais ça n’est pas le sujet de cet article. Ce qui nous intéresse, pour l’heure, c’est la question de la morale virile, et pourquoi on en aurait besoin. La réponse est à la fois simple et complexe : pour être un homme. Un homme, ça s’empêche, disait le père d’Albert Camus, et cette phrase est sans doute l’une des maximes viriles les plus importantes qui soient. Résister à ses pulsions, à ses envies, à ses désirs, et y résister au nom de quelque chose de plus grand, au nom d’une morale et de principes supérieurs, c’est en effet ce qui distingue l’homme du simple mâle, l’humain des autres grands singes.

Et cette morale se doit d’être plus exigeante que ne l’est la loi : si on se contente de suivre les règles communes, on n’est pas moral ; on est juste obéissant aux règles. C’est-à-dire qu’on ne se distingue pas de la masse. Si, au contraire, on s’impose à soi-même des principes plus rigoureux que ne le sont les règles communes, on se prouve (et on prouve aux autres) sa valeur morale.

On sait qu’on agit de manière morale quand le code que l’on s’impose à soi-même vont à l’encontre de nos envies ou de nos intérêts et qu’on le suit tout de même.

Une réalité statique

Le premier et le plus essentiel des éléments pour construire une morale solide et virile est de reconnaître ce fait simple : le réel existe. Et il existe indépendamment de moi-même. L’univers est indifférent à mon sort. Il n’était pas incomplet avant ma venue au monde et il continuera son existence après mon trépas.

Cela semble évident. Et certes, ça l’est. Mais faire d’une telle considération la base de sa morale propre, c’est déjà énorme : cela, en particulier, vous protège du solipsisme. Cela vous renvoie à vos propres responsabilités en ce monde. Cela vous rappelle que le monde existe et que vous n’y pouvez rien, que le seul choix que vous puissiez faire, c’est de savoir comment vous allez interagir avec ce monde.

Trouver que le monde est vil et sale, c’est possible. Mais c’est le seul monde dont nous disposions. Nous sommes condamnés à vivre dans l’univers tel qu’il est, avec des humains tels qu’ils sont, et non tels qu’on aimerait qu’ils puissent être. Hurler, trouver ça dégueulasse et oppressif, déclarer que c’est de la faute d’Untel ou d’Untel … tout cela, bien souvent, ne constitue qu’une excuse pour ne pas agir soi-même et une forme d’apitoiement sur son propre sort.

Admettre que la réalité est ce qu’elle est et ne dépend pas de l’opinion qu’on en a est également un excellent moyen de vous prémunir des idéologies constructivistes, qui prétendent que ce qui compte, c’est l’idée qu’on se fait des choses et non les choses elles-mêmes (le cas, notamment de l’idéologie trans). Bref : c’est une base à la fois indispensable et très robuste.

Accepter de ne pas avoir d’opinion

Le narcissisme contemporain est tel qu’on attend de tous et de chacun une opinion ferme et tranchée sur à peu près tous les sujets. Ainsi, la Jeune Fille a-t-elle tendance à se passionner pour les causes les plus diverses, et bien souvent les plus absurdes. Et elle se sent obligée, quand on lui pose une question concernant tel ou tel élément d’actualité, d’avoir une idée sur le sujet : savoir où sont les gentils, où sont les méchants, qui est à plaindre et qui est à punir. Toutes choses qui, d’ailleurs, sont le reflet de sa propre stupidité : quiconque pense qu’un conflit complexe peut comporter un camp du Bien et un camp du Mal après avoir dépassé l’adolescence est un imbécile (les conflits en Terre du Milieu ne comptent pas).

Quelques-unes des phrases les plus essentielles à retenir pour la construction d’une authentique morale virile, au contraire, sont :

  • Je ne suis pas assez informé sur ce sujet pour me faire une opinion.
  • Cela ne me regarde pas.
  • Ce que j’en pense ? Rien.
  • Je n’en sais rien, et pour être franc, je m’en fous.

L’homme de raison, en effet, sait qu’un monde sans conflit, sans drame, sans opposition, est impossible. Il sait également que les êtres humains trouvent toujours d’excellentes raisons pour foutre sur la gueule de leur voisin. Il sait que la petitesse, la lâcheté, la cruauté, la vulgarité, le goût du sang et du lucre, et bien d’autres tares, font partie de la nature humaine et que, dès lors, il n’est pas étonnant que ces traits se manifestent régulièrement et partout. Il sait que tant qu’il y aura des intérêts contradictoires, il y aura des conflits, tant entre les individus qu’entre les groupes ou les nations.

Il sait, enfin, que quoi qu’une Jeune Fille ait pu comprendre de ce qu’elle a entendu, vu ou lu (superficiellement, en général) dans les médias, c’est très certainement à cent lieues des vérités du terrain. Dans tous les cas, donc, s’abstenir de juger, accepter de ne pas avoir d’opinion, et, surtout, de ne pas encombrer son esprit de ce genre de choses est non seulement une attitude prudente, mais également la seule attitude honnête qu’il soit possible d’adopter dans la plupart des cas. Seuls les êtres pourvus de Hamsters, face à une information partielle (et elle l’est toujours), imaginent et brodent, pour tout de même se faire une opinion qui soit, à leurs yeux du moins, morale. Pur virtue signaling. L’être viril accepte, au contraire, d’embrasser l’incertitude et les limites de sa propre capacité de juger.

Bien entendu, ce qui est valable pour des conflits lointains l’est également pour les disputes au travail, le divorce de la voisine, la vie sexuelle de telle ou telle star, et toutes les autres inquiétudes sans cause réelle qui occupent l’esprit d’une multitude d’imbéciles, mobilisant au passage les quelques capacités intellectuelles qui leur restent.

Centrer sa morale sur soi

Il fut un temps où existait une morale publique : un certain consensus concernant ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, ce qui est moral et ce qui ne l’est pas. Ce consensus ayant disparu, il revient désormais à chacun de construire son propre sens de la morale.

Pour l’homme souhaitant adhérer à une pensée virile, il convient de centrer sa morale sur lui-même. Cela ne veut pas dire être nécessairement égoïste. Mais cela veut dire ne pas faire confiance aux autres pour ce qui est de fixer les limites de l’acceptable et de l’inacceptable.

Centrer sa morale sur soi-même, cela veut dire la baser essentiellement sur les actes conscients et volontaires, exécutés par soi et affectant directement ou indirectement les autres. Ce sont ces actes et ces actes seuls que votre morale doit juger.

Evident, là encore ? Certes. Mais cela implique une conséquence qui, de nos jours, n’est pas si évidente : un refus absolu de prendre sur votre dos les actes de personnes tierces avec lesquelles vous n’avez pas de lien direct. En termes plus clairs : vous êtes innocent des actes de vos ancêtres, de vos frères, de vos cousins, de gens que vous ne connaissez pas mais qui partagent votre couleur de peau, votre sexe ou votre religion. Si, à un niveau collectif, on peut avoir une idée plus ou moins flatteuse des comportements de tel ou tel groupe, à un niveau individuel on juge un individu à ses actes et exclusivement à ses actes. L’origine, les opinions, le style personnel ou autres éléments descriptifs de l’individu ne doivent pas être suffisants pour le juger en bien ou en mal ; ils ne doivent pas non plus l’excuser pour ses mauvais comportements.

On n’est pas responsable de ce qu’on est mais on est responsable de ce qu’on fait.

Une autre conséquence d’une morale basée sur soi-même est, et cela rejoint le point précédent, le fait de refuser de juger de faits qui ne nous atteignent pas : ainsi peut-on, par exemple, avoir une opinion sur telle ou telle pratique religieuse lorsqu’elle existe dans la société où nous vivons. On peut même la condamner, pour diverses raisons. En revanche, la même pratique, existant au bout du monde, dans un autre pays, ne nous concerne que de très loin et n’affecte pas notre vie, ni celle de notre groupe social. Pourquoi, dès lors, s’en préoccuper ? Au nom de quoi nous permettrions-nous de la juger ?  

Respect de l’autre

Le respect de l’autre implique, notamment, le fait de comprendre et d’accepter ses limites. C’est, en particulier dans les rapports de l’homme sous Pilule Rouge aux femmes, ce qui doit le garder de toute haine ou de toute misogynie. Car haïr les femmes parce que beaucoup d’entre elles sont irrationnelles, changeantes, hypergames, manipulatrices ou autres, cela revient, tout simplement, à les haïr parce que ce sont des femmes. C’est absurde.

Si beaucoup d’hommes en arrivent là après la Pilule Rouge, c’est tout simplement qu’ils n’ont pas fait le deuil des contes et légendes, des mensonges sans nombre, qui leur ont été racontés sur les femmes durant leur jeunesse. Quand ils se rendent compte que rien de tout cela n’existe, ils en veulent aux femmes. C’est exactement comme si, en se rendant compte que les licornes n’existent pas, ils en venaient à haïr les chevaux, au motif que ceux-ci ne sont pas des licornes.

Le respect de l’autre implique donc la compréhension de l’idiosyncrasie de chacun et le fait de ne pas exiger d’autrui plus qu’il ne peut offrir. Mais cela va plus loin. Adhérer à une notion de respect de l’autre, c’est accepter l’idée que l’autre est un être autonome et pleinement formé, que je ne vais pas changer. Il est tel qu’il est. Il n’est pas un « projet » que je pourrais espérer modifier au fil du temps. J’ai à le juger à ses actes, ainsi qu’à l’influence qu’il a sur mon existence.

Ce qui implique, dans tout rapport à autrui, deux questions :

  • Suis-je obligé de fréquenter cette personne ?
  • Sa fréquentation m’apporte-t-elle quelque chose ? M’est-elle agréable ?

Cela nous amène donc à 4 cas possibles :

  • Fréquentation obligatoire et désagréable (exemple : collègue de bureau pénible, vieille tante acariâtre) : limiter les interactions au strict minimum, rendre ces interactions les moins pénibles possibles pour tout le monde, notamment par la courtoisie et les bonnes manières.
  • Pas obligatoire et désagréable (exemple : la nana qui vous a friendzoné ; un vieux pote que vous trouvez désormais pénible) : rompre tout lien avec la personne, disparaître de sa vie, la faire disparaître de la vôtre
  • Obligatoire et agréable : faire en sorte que la fréquentation reste agréable aux deux, en entretenant l’amitié, en se montrant courtois, etc.
  • Pas obligatoire et agréable : faites comme bon vous semble !

Dans cette optique, continuer à maintenir un lien relationnel avec une personne dont la fréquentation n’est pas obligatoire et désagréable est irrespectueux pour elle et pour vous. Pour elle, parce que vous espérez qu’elle change, et donc ne la respectez pas en tant que personne ; pour vous, parce que cette fréquentation vous insulte au quotidien.

Respect de soi

Tu aimeras ton prochain comme toi-même, enseignent la Torah et les Évangiles. Ce qui signifie qu’on ne peut aimer ni respecter l’autre qu’à la mesure de l’amour et du respect que l’on a pour soi. Se respecter soi-même, c’est se poser en égal des autres : ni au-dessous, ni en dessous. Partir du principe que ses propres envies, ses propres intérêts et ses propres plaisirs ont exactement autant de valeur que ceux des autres, ce qui signifie que certes, on donnera parfois la priorité à un autre. Mais seulement parfois.

C’est aussi avoir ses priorités en ordre. Vous ne pouvez agir en faveur des autres que si vous êtes en état de le faire. Aussi votre corps, votre esprit et vos capacités professionnelles doivent-ils se trouver en bonne place dans votre liste de priorités. Mais pas seulement. Votre personne n’est pas limitée à ce que votre corps peut faire, à ce que votre esprit peut ingurgiter, ni à ce que votre portefeuille peut acheter. Se respecter, c’est aussi pratiquer une forme d’hygiène : de même qu’on refuse d’absorber, donc d’intégrer à son corps, certaines substances malsaines (et quand on parle de substances malsaines et de poisons, ne pensez pas immédiatement au tabac ou à l’alcool : ils sont certes à limiter mais la malbouffe l’est tout autant, si ce n’est davantage ; se nourrir de plats industriels préparés, de burgers de grandes chaînes ou de kebabs-frites est une insulte à son propre corps et une conduite suicidaire, bien pire que de se griller quotidiennement deux ou trois cigarettes), on se doit de refuser de s’exposer à certaines personnes ou médias toxiques. Un être toxique n’est pas forcément mal intentionné. Mais il vous fait du mal.

Ce peut être le cas d’un certain nombre de relations non obligatoires et agréables par ailleurs, mais qui, sur le long terme, ruinent votre potentiel, détruisent votre moral et massacrent votre confiance en vous-même. C’est aussi le cas de plus de 90% des émissions de télévision et de radio, programmes d’abrutissement généralisé destinés à fabriquer des crétins. Vous exposer à de telles choses est une insulte à votre esprit, autant que le kebab du coin de la rue est une insulte à votre corps. A ce titre, il n’est pas exagéré de considérer le fait de vous y exposer comme un manquement à la morale.

Le respect de soi, en effet, implique de ne laisser personne d’autre que vous-même  définir ce que vous devriez penser, ce que vous devriez considérer comme bon pour vous-même, acceptable, souhaitable. Pas même le texte que vous êtes en train de lire, et qui ne doit être considéré que comme le début d’une réflexion de votre part, et non comme un dogme à suivre.

Vous respecter vous-même, c’est faire en sorte que pas un jour ne passe qui ne vous rende meilleur. Pas un jour sans que vous ne vous soyez entraîné physiquement ; sans que vous ayez lu quelque chose qui vous grandisse ou vous fasse réfléchir ; sans que vous ayez appris quelque chose ; sans que vous ayez créé ou écrit quelque chose. Pas un jour qui ne soit une progression.

Vous respecter vous-même, c’est décider de votre chemin et avancer sur ce chemin, obstinément, pas à pas, parfois avec lenteur, parfois avec peine, mais sans jamais renoncer. C’est sculpter, jour après jour, votre propre statue.  

Illustration : Felipe P. Lima Rizo

Martial
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