L’argument ad hominem : fallacieux mais pas toujours

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Argument ad hominem argument fallacieux

On appelle Ad Hominem un argument qui, au lieu de s’attaquer au raisonnement d’un adversaire (ad rem) s’attaque à l’adversaire lui-même. C’est un argument fallacieux courant, que l’on retrouve fréquemment dans toutes sortes de débats.

Exemples d’arguments ad hominem

Le but est toujours le même : trouver une contradiction entre ce que dit un adversaire et ce qu’il fait, pense ou est par ailleurs.

  • Comment peut-on croire ce que Rousseau écrit sur l’éduction dans l’Emile ? Il a abandonné tous ses enfants !
  • Vous faites l’éloge du végétarisme mais vous-même mangez de la viande…
  • Vous nous parlez de nourriture saine mais vous êtes en surpoids.
  • Votre opinion sur le racisme n’a aucun intérêt : vous êtes Blanc.
  • Vous n’aimez pas Paris ? Mais en ce cas pourquoi y vivez-vous ?
  • Tu votes écolo, certes. Mais tu conduis un diésel…
  • Si tu es MGTOW, c’est juste parce que tu n’as pas de succès auprès des femmes !
  • Vous appelez nos concitoyens à l’effort fiscal, mais celui-ci ne vous coûtera quasiment rien, à vous.
  • Mon adversaire dans cette campagne vient juste de recevoir le soutien de la Manif pour Tous. Est-ce vraiment le genre de personne que vous souhaitez voir arriver aux affaires ? (Ad hominem plus déshonneur par association)

Comme on peut le voir, l’argument ad hominem peut être utilisé dans un grand nombre de situations et de débats et il fait même partie de nombre de nos processus mentaux. Raison de plus pour s’en méfier.

Pourquoi l’argument ad hominem est fallacieux

On peut en effet être tenté d’user et d’abuser de l’ad hominem. On doit cependant être circonspect quand on l’identifie, y compris parmi ses propres pensées. Car il s’agit le plus souvent d’un argument tout à fait fallacieux. En effet, le but d’un débat honnête est de rechercher la vérité, en commun et au moyen d’arguments contradictoires apportés par chacune des parties. Si le débat dans lequel vous vous trouvez est réellement dans cette dynamique, alors l’argument ad hominem n’a aucun intérêt : votre adversaire peut très bien défendre une position intellectuelle sans pour autant la pratiquer.

Bien entendu, tous les débats ne sont pas honnêtes, très loin de là. Reste que l’ad hominem est une arme « sale » : il ne repose pas sur une réponse cohérente et rationnelle à l’argument de l’autre mais sur une tentative de salir l’image de l’adversaire, et de le traiter, indirectement, d’hypocrite. De plus, il risque de changer l’orientation du débat, en le faisant s’éloigner du sujet principal. Ce qui, d’ailleurs, est parfois l’effet recherché.

 

Ce que nous apprend l’ad hominem

Tout le monde peut se retrouver à utiliser un ad hominem, parfois à son corps défendant. Ce n’est pas spécialement glorieux mais ça arrive, et le fait est que c’est généralement un moyen efficace de se garantir un certain succès auprès d’un auditoire naïf ou peu armé intellectuellement : ce type d’auditoire ne se rend généralement pas compte que pour prouver qu’on a raison, il ne suffit pas de démolir un adversaire. Il est intéressant d’observer les gens qui pratiquent l’ad hominem de manière courante, voire en font une manière de penser et de croire. Ce type d’individu a une fâcheuse tendance à se montrer incapable d’user de sa raison en nombre de circonstances, et confond fréquemment le fait d’avoir de la sympathie ou de l’antipathie pour une personne et le fait de reconnaître que cette personne puisse ou non avoir raison.

 

L’argument ad hominem peut parfois être valable

L’argument ad hominem n’est pas toujours hors de propos. C’est particulièrement le cas dans le cadre de la politique, des médias ou de la religion, quand de grands donneurs de leçons peuvent être pris à leur propre piège. Plus généralement, l’argument ad hominem reste valable dès lors qu’est en question la personnalité, la moralité ou la conduite de la personne. Il peut, ainsi, permettre de pointer les contradictions de l’interlocuteur ou son manque d’honnêteté.

Même alors, l’argument ad hominem reste un argument plutôt faible, qu’il vaut mieux éviter quand on a d’autres choses à sa disposition : en attaquant la personne et non l’idée qu’elle défend, on rabaisse en effet le niveau du débat.

Il y a aussi des zones grises, dans lesquelles la justification de l’ad hominem est possible mais discutable. Par exemple, l’argument А у вас негров линчуют (Et vous, vous lynchez des nègres), brandi par l’Union Soviétique durant la Guerre Froide lorsque les États-Unis lui reprochaient des violations des droits de l’Homme, est certainement un mauvais usage de l’argument. Même s’il est effectivement possible de signaler que, toutes choses égales par ailleurs, un système qui réprime des hommes pour ce qu’ils font (l’opposition politique en l’occurrence) peut être jugé préférable à un système qui réprime des hommes pour ce qu’ils sont (la couleur de leur peau), on ne peut pas, en toute honnêteté intellectuelle, mettre sur le même plan des exécutions extrajudiciaires  (et qui, donc, relèvent du domaine criminel, même aux USA et même dans le Sud) avec un système de répression étatique tel que le goulag.

Illustration : Freepik

Julien
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