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Après le précédent Autodafé, dans lequel nous avons dit beaucoup de bien de beaucoup de livres, nous avions besoin de nous rattraper. Il nous fallait du bon, du gros, du gras. Et nous l’avons trouvé : Sexe, mensonge et banlieues chaudes, qui se présente comme une comédie pornographique, est une oeuvre de Marie Minelli, alias Marlène Schiappa dans le civil.

Il ne s’agit pas ici de juger du passé littéraire de Marlène Schiappa / Marie Minelli : elle peut bien écrire ou avoir écrit ce que bon lui semble. Mais l’ouvrage nous semble intéressant en cela qu’il témoigne d’une partie de son propre imaginaire.

En théorie, il s’agit d’un amusement léger, façon roman de plage … quelque chose qu’on peut lire entre un article de Marie-Claire et un passage sur Terra Femina, sans que ça fasse mal à la tête. On reste dans le même monde, léger, futile, inutile et vain, mais pas prise de tête.

Mais justement : n’y a-t-il pas plus à voir et à lire dans cet ouvrage ? Ne peut-on y voir quelque chose quant à l’image que l’auteur a d’elle-même, du désir féminin, du monde féminin en général ? Après tout, l’ouvrage est destiné à un public de filles, et la manière dont on s’adresse à son public en dit beaucoup sur l’image que l’on s’en fait, les a priori que l’on a à son égard. Ce que Marie Minelli donne à lire à son public, c’est ce qu’elle juge potentiellement capable de lui plaire … et le moins qu’on puisse dire, c’est que Marie Minelli a, du public féminin, une idée plutôt basse.

Si l’on met cela en parallèle avec son soutien aux Monologues du Vagin (pour les raisons évoquées dans l’Autodafé qui y est consacré), force est de constater que cela donne du personnage, et surtout de sa vision du monde, et en particulier de la sexualité, un portrait pour le moins étrange, pour ne pas dire franchement inquiétant. Bref : il y a plus dans cet ouvrage que le simple contenu d’un roman de plage ou de hall de gare, et il nous dit, sur Marie Minelli, pas mal de choses dont elle n’a même pas forcément elle-même conscience.

La présentation qu’elle fait des “banlieues chaudes”, en particulier, en dit long sur sa vision de la société. Une vision lissée, sans nuances, sans réelle différence entre les êtres. Dans le monde de Marie Minelli, on peut passer vingt pages à établir son héroïne comme une bourgeoise juive huppée, pour, ensuite, la faire tomber amoureuse d’un maghrébin de Saint-Denis, sans qu’au final leurs différences sociales, culturelles, religieuses, ne donneront lieu à aucun conflit, à aucun problème, ni d’un côté, ni d’un autre. Comme si ces différence ne relevaient que de l’esthétique des personnages. Comme si rien des déterminants de l’individu ne comptaient. Comme s’il suffisait d’avoir des rapports sexuels pour aplanir, d’un coup de baguette magique, toutes les difficultés, toutes les incompréhensions.

Marie Minelli nous dit aussi qu’une nana qui, en robe de cocktail, se promène seule et paumée en pleine nuit, au milieu d’un quartier “sensible”, ne risque rien d’autre que de se faire offrir un kebab par des gens trop sympas (c’est ce qui arrive effectivement à l’héroïne). Qu’il existe des gens pour qui Najat Vallaud-Belkacem est un modèle. Ou encore que n’existent jamais, dans les fameuses “banlieues chaudes”, aucune tension entre religieux et non religieux, que tout le monde est toujours hyper tolérant et hyper gentil avec tout le monde. Du Bisounours pur sucre.

Mais il ne faut pas se leurrer : derrière cet angélisme apparent et cette tolérance de façade, se cache une vraie négation des problèmes sociaux réels. Et derrière ce multiculturalisme célébré, un racisme véritable : en dehors de la couleur de peau et de l’exotisme de surface, les personnages de banlieue n’ont, chez Marie Minelli, rien qui les distingue : ni caractère (aucun n’a de personnalité propre ni définie), ni intérêts spécifiques, ni profondeur, ni même de nom ou de famille; même du beau Djalil, on ne connaîtra que le prénom, et l’odeur de son pénis. Rien de plus.

Mais comment, au juste, s’en étonner, quand ce qui caractérise et décrit le plus les autres personnages, ce sont leurs goûts en matière d’accessoires et de vêtements de luxe ?

Le monde de Marie Minelli, au final, est triste. Triste parce que sans profondeur ni identité, sans âme ni verticalité. On consomme et on se consomme, et on tente péniblement, derrière des scènes de sexe sans intérêt ni enjeu, sans transgression, de cacher la seule chose importante, la seule préoccupation, la seule excitation réelle de l’auteur, la seule question qui la taraude : Dior ou Gucci ?

Version téléchargeable ici.

 

Martial
Martial
Martial ayant appris à tirer à l'école des Stormtroopers impériaux, il a fini par prendre conscience que la carrière militaire n'était pas pour lui. Depuis, il diffuse sur Internet sa haine et sa frustration à l'encontre de ces p*** de rebelles et de l'incompétence des ingénieurs de l'Empire. Actuellement, il dirige Neo-Masculin, collabore à École Major et participe au Bistrot des Gentilshommes

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