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En guise de préambule à cet article, disons-le tout de go : nous ne nous faisons aucunement les avocats ni les défenseurs de Yann Moix dans le cadre de la récente polémique qui le concerne. Si nous en parlons c’est parce que cette intrigante polémique révèle beaucoup de la bien-pensance moderne et des tabous d’une société. Sous ce prisme, la cabale contre Yann Moix inquiète.

Bref rappel des faits pour ceux qui n’auraient pas suivi le feuilleton

Yann Moix en promotion de son livre Rompre donne une longue interview chez Marie-Claire dont un extrait va particulièrement choquer certaines lectrices. Extrait de l’entretien :

  • Ça veut dire que vous pourriez aimer une femme de 50 ans ?
  • Ah non, il ne faut pas exagérer ! Ça, ce n’est pas possible.
  • Vous vous rendez compte que c’est horrible pour les femmes ?
  • Je vous dis la vérité. A 50 ans, je suis incapable d’aimer une femme de 50 ans.
    (…)
    Je trouve ça trop vieux. Quand j’en aurai 60, j’en serai capable. 50 ans me paraîtra alors jeune.
  • Ça vous dégoûte physiquement ?
  • Non, ça ne me dégoûte pas. Mais ça ne me concerne pas, ça ne me viendrait pas à l’idée. Elles sont invisibles. Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout. Point. Je ne vais pas vous mentir. Un corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire. Le corps d’une femme de 50 ans n’est pas extraordinaire du tout. Mais je ne suis pas dans la pathologie des mecs qui ne peuvent tomber amoureux que d’une femme de 25. J’en suis capable pour une femme de 40.

Scandale ! Aussitôt une nuée de commentaires s’est abattu sur Yann Moix : « triste sire » pour Mona Chollet, « Wesh, gros, nous les quinquas on a pas non plus envie de ton micro kiki, la bonne année a toi » pour Valérie Damidot ou le mot de Cambronne pour Mathieu Kassovitz. Yann Moix a aussi reçu quelques photos dénudées, dont celle de la journaliste Colombe Schneck accompagnée de critiques.

Yann Moix et Colombe Schneck

Colombe Schneck a trouvé pertinent, alors que personne ne lui avait rien demandé, de montrer ses fesses à la France entière. A croire qu’elle n’attendait qu’une occasion de le faire.

Face à la fronde, Yann Moix a amendé sa position pour expliquer que des traumatismes personnels l’empêchaient de sortir avec des femmes de son âge et que tout cela ne relevait après tout que du goût personnel.

Pourquoi une polémique ?

Au fond, le propos de Yann Moix n’a rien de surprenant. N’importe quelle femme de 50 ans sait pertinemment qu’elle attire moins le chaland qu’une femme de trente ans sa cadette. Il faudrait vivre dans un microcosme détaché de toute réalité pour ne pas s’en apercevoir. Pour preuve, même Marie-Claire l’avait noté dans un article. Pour les plus dubitatifs, sachez que la chose est d’ailleurs établie depuis longtemps dans le milieu scientifique comme nous allons le voir.

Les hommes sont plus sensibles que les femmes à la beauté physique de leur partenaire, la chose est attestée dans de nombreux pays (Sex differences in human mate preferences: Evolutionary hypotheses tested in 37 cultures – voir en fin d’article pour toutes les références à des études scientifiques). Ils le sont d’autant plus que la relation est courte (Sex Similarities and Differences in Preferences for Short-Term Mates: What, Whether, and Why.). Certains scientifiques expliquent la recherche de jeunesse et de beauté par une quête de fertilité (Human sexual selection). Aussi, de nombreux éléments associés à l’attirance des femmes sont liés à la jeunesse (la hauteur de la voix par exemple : voir Vocal and visual attractiveness are related in women). Enfin, les femmes savent utiliser certains de ces signaux pour tromper les hommes en conservant une forme de néoténie (le maquillage, pour ne citer que lui, voir Do cosmetics enhance female Caucasian facial attractiveness).

Graphes représentant les préférences d’âge, issus de l’étude “Age preferences in mates reflects sex difference in human reproductive strategy”. En gros : la tendance principale est qu’une femme de 35 ans aime les hommes entre 30 et 48 ans. Alors qu’un homme de 35 ans aime les femmes entre 21 et 40 ans.

 

Comme nous l’avons vu, les propos de Yann Moix pour maladroits qu’ils puissent paraître dans la forme sont tout à fait représentatifs de l’opinion masculine majoritaire et pourraient partiellement s’expliquer par de la psychologie évolutionniste (les femmes jeunes sont les plus fertiles, c’est un fait).

La rhétorique de la critique

La critique de ce genre de propos est si familière de ce siècle, qu’on pourrait presque recopier les déclarations d’une polémique à l’autre. Deux choses pourtant amusent :

Premièrement, le groupe démographique qui a choisi de répondre à la phrase de Yann Moix. Les dames qui se sont dites choquées et outrées sont toutes proches des 50 ans. 46 ans pour Mona Chollet, 52 pour Colombe Schneck, 53 pour Valérie Damidot. On ne verrait pas une plantureuse actrice de cinéma dans la gloire de ses jeunes années s’épancher sur le sujet. Instinctivement et d’expérience, elle saurait en effet que le mot de Moix, bien que cru, est absolument vrai.

Deuxièmement, la critique d’où qu’elle vienne, relève toujours de l’attaque personnelle. On ne débat pas du fond, pas de la forme, mais de l’homme. On aurait pu jeter, comme votre serviteur, un œil en direction de l’abondante littérature scientifique sur le sujet. On aurait pu à défaut constater que la publicité sur papier glacé était surtout constituée de femmes de 20 à 30 ans, et très rarement de femmes de cinquante (hormis les assurances maladies, contrats d’obsèques et autres sujets officiellement destinés à une cible plus âgée). On aurait pu s’attarder sur la forme du propos mais finalement le plus simple, l’argument ultime schopenhauerien c’est de critiquer la personne, de lui dire qu’elle ne vaut rien.

Les « excuses » de Yann Moix entre ruse et constat d’échec

Suite à la salve de critiques, Yann Moix a tenu une forme de mea culpa explicatif. En quelques minutes, il a ainsi réussi à habilement attribuer ses déclarations à ses traumatismes personnels. Le traumatisme personnel étant une excuse socialement acceptable pour une opinion qui ne serait pas moralement acceptable. Tout le génie du traumatisme, c’est qu’il permet de passer du bourreau à la victime en un seul mot. C’est l’excuse ultime à tout.
La grossophobie ? Mon ancienne anorexie m’empêche de sortir avec des femmes en surpoids.
Le jeunisme ? J’éprouve une grande anxiété à la vue de femmes de mon âge, parce que je réalise mon propre vieillissement.
La préférence pour les femmes séduisantes ? Un traumatisme avec une ex petite-amie peu flattée me provoque du stress à la vue des laiderons.
La préférence pour les gros seins ? Les restes d’une peur du manque, un traumatisme de naissance…

Ne cherchez pas : le traumatisme est une panacée universelle qui permet de s’excuser sans vraiment s’excuser, ou plutôt d’excuser sa nature quand elle déplaît. Là où l’utilisation de cette stratégie est dangereuse c’est qu’elle finit par attribuer à l’individu ce qui relève du groupe. Yann Moix est parfaitement représentatif des hommes de son âge sur ce point, qu’il se rassure. Mais voilà : il en vient presque à s’excuser de désirer des femmes jeunes.

Yann Moix et les hystériques

Quand le réel vous renvoie quelque chose qui vous déplaît, les personnes sensées font avec. Les hystériques, elles, traitent de salaud celui qui a osé dire le réel.

L’espoir fou de faire taire la réalité

La polémique qui entoure Yann Moix est inquiétante. Elle relève d’une attaque de plus en plus répandue contre le droit de cité du réel. Le réel qui n’est pas moralement acceptable est nié, rejeté, légiféré, à défaut d’être remplacé par une nouvelle réalité plus égalitaire. Ironie suprême : la société, de plus en plus dépravée (qu’on pense que Monsieur Moix s’est vu envoyer de nombreuses photos de fesses), prétend censurer Yann Moix au nom de la pudeur. Il n’aurait pas dû dire cela, Marie-Claire n’aurait pas dû le publier. Et pourquoi donc ? Pour garantir la paix d’esprit de la lectrice moyenne de Marie-Claire, dont l’âge se rapproche sensiblement de la fameuse cinquantaine ? Cette lectrice, est-ce choquant qu’on puisse effrontément affirmer ne pas la désirer ?

A force de vouloir changer le réel par le langage (espoir fou du post-modernisme), à force de célébrer la beauté de chaque femme par-delà son âge, à force de censure et d’auto-censure, nous voici arrivés au bout du chemin : les femmes jeunes resteront, malgré toutes les gesticulations médiatiques, plus désirables que leurs aînées. En dépit des mensonges d’une certaine presse occupée à flatter son lectorat dans le sens du poil, le réel ne se pliera pas au verbe. La répétition frénétique d’apologies de la beauté quinquagénaire ne retirera pas la cellulite, les vergetures, les bourrelets, les varices, les peaux d’orange et autres insultes que le temps réserve à la beauté juvénile.

Références & études :

Sex differences in human mate preferences: Evolutionary hypotheses tested in 37 cultures
DM Buss – Behavioral and brain sciences, 1989

Sex Similarities and Differences in Preferences for Short-Term Mates: What, Whether, and Why.
 N. Li and D. Kenrick – Journal of Personality and Social Psychology, 2006

Human sexual selection 
D Puts – Current Opinion in Psychology, 2016

Vocal and visual attractiveness are related in women 
Animal Behaviour – S. Collins and C. Missing, 2003

Age preferences in mates reflects sex difference in human reproductive strategy
D. Kenrick and R. Keefe – Behavioral and brain sciences, 1992

Do cosmetics enhance female Caucasian facial attractiveness
International Journal of Cosmetic Science – R. Mulhern et al., 2003

Illustrations : Christopher Campbell Dollar Gill

Mos Majorum
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Mos Majorum est épris de bon sens et de sagesse antique, qu'il essaye modestement d'appliquer et diffuser au quotidien. Retrouvez Mos Majorum sur sa chaîne Youtube ici.

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