Le destin du mâle béta, ou le sacrifice du gentil

Share:
Le mâle béta se fait toujours avoir

La méthode par laquelle les femmes choisissent les hommes est restée, grosso modo, la même depuis des millénaires. Cette méthode répond à un impératif biologique : la nécessité de se reproduire, ce qui est la finalité de tout être humain (et de tout animal et tout végétal également). L’intérêt de la femelle de l’espèce est de se reproduire avec le meilleur mâle possible. Par meilleur mâle, cependant, on peut entendre deux choses différentes : celui avec les meilleurs gènes ou celui qui sera capable d’assurer à la femelle et à sa descendance les meilleures conditions de vie et de sécurité. En d’autres termes : le plus bel étalon ou le meilleur père et mari possible. Le choix est difficile, car les qualités de l’un et de l’autre se retrouvent rarement en même temps chez un seul individu.

Il y a dans la nature deux stratégies reproductives opposées : les stratégies r et les stratégies K. Une stratégie r consiste, comme les lapins, à faire un très grand nombre de descendants et à investir assez peu de temps et d’énergie pour les éduquer et les protéger : dans le lot, il y en aura bien quelques-uns qui s’en sortiront. Une stratégie K, au contraire, consiste à faire peu de descendants, mais à prendre beaucoup de temps et de ressources pour les éduquer et les protéger, de façon à s’assurer qu’ils arrivent tous ou presque à l’âge adulte. L’espèce humaine a une forte tendance vers la stratégie K mais avec des variations selon les sociétés : ainsi, les sociétés occidentales actuelles sont extrêmement K (on fait peu d’enfants mais ils sont considérés comme très précieux, et sont l’objet de beaucoup de soins, d’une éducation soignée, on est attentif au moindre de leurs bobos, etc.), tandis qu’un grand nombre de sociétés africaines, par exemple, tout en restant plutôt K, tendent davantage vers le r (on fait beaucoup d’enfants mais on s’investit moins en eux ; beaucoup d’entre eux meurent en bas âge, parfois même on ne leur donne un nom définitif que quand ils ont déjà cinq ou six ans, et ainsi de suite). Ces stratégies différenciées n’indiquent d’ailleurs nullement une supériorité morale de l’une ou de l’autre tendance, mais seulement une adaptation aux réalités du terrain.

Comme on l’a déjà vu précédemment, la stratégie reproductive des femelles est nécessairement une stratégie de qualité, tandis que l’intérêt génétique des mâles est plutôt d’avoir une stratégie de quantité. Cela ne veut pas dire que le mâle est dénué de critères qualitatifs dans le choix de ses partenaires. Mais comme il s’investit beaucoup moins dans la reproduction, il peut être moins difficile. On pourrait, dans une certaine mesure, considérer que les mâles tendent vers les stratégies r (c’est surtout vrai pour le mâle alpha, moins pour le mâle béta), tandis que les femelles ont plus intérêt aux stratégies K. On en déduira donc, entre autres, que les sociétés occidentales, très axées K, tendent à favoriser les intérêts reproductifs des femelles, au détriment des intérêts des mâles. 

 

La castration du mâle

L’intérêt de la femelle est en effet, une fois la reproduction effectuée, de castrer le mâle (pas forcément physiquement), de manière à ce qu’il concentre ses ressources et son énergie exclusivement sur la protection et l’éducation de ses petits à elle. D’où il ressort cette vérité simple et universelle : pour toute femme satisfaite de son couple, il y a un homme frustré (un mâle béta qui n’a pas réussi à être alpha). Car pour assurer une éducation de qualité et la protection, notamment affective, de sa propre descendance, l’homme doit sacrifier ses capacités reproductives. Derrière chaque papa comblé, il y a un homme qui a renoncé à ses instincts les plus naturels et les plus basiques. Ce sacrifice n’est toutefois pas un mal en soi : si le mâle le fait, c’est parce qu’il sait que cela permet à sa descendance de bénéficier des meilleures conditions d’éducation possibles. Mais il ne le fait que sur injonction, directe ou indirecte, de la femelle. En clair : s’il ne va pas voir ailleurs si l’herbe est plus verte et les chattes plus tendres, alors que tout l’y pousse, c’est pour ne pas avoir à divorcer et ne pas imposer à ses gosses une enfance ballottée entre deux parents désunis.

Le couple monogame sert donc surtout les intérêts de la femelle. Son rôle premier est de brider la sexualité du mâle. En échange de cette acceptation de limiter ses propres instincts, le mâle reçoit une certaine sécurité : la fidélité monogamique lui assure en effet que la descendance qu’il élèvera sera bien la sienne. Pour un mâle apte à séduire beaucoup de femelles (un mâle alpha, donc), c’est un sacrifice important. Pour un mâle d’une qualité inférieure (un mâle béta, lambda ou oméga), c’est au contraire un assez important avantage et même plutôt une bonne affaire, puisqu’il s’assure ainsi qu’il aura une descendance et qu’il aura accès, sexuellement parlant, à une femelle.

 

Le dilemme de la femelle

Le problème principal de la femelle dans le choix de son partenaire est, comme on l’a vu, le dilemme « bon reproducteur ou bon mari ? ». En effet, les traits de l’un et de l’autre sont souvent en contradiction.

Le bon reproducteur, c’est le mâle alpha typique : fort, disposant d’un taux élevé de testostérone, il a un comportement dominateur, et parfois même à la limite de la violence. Le bon mari, lui, est plus souvent un mâle béta : il a des revenus confortables, est gentil, est à l’écoute, est capable de la soutenir moralement et saura bien éduquer ses enfants. Bien sûr, le bon mari représente normalement le choix rationnel que n’importe quelle femme devrait faire. Mais l’attirance n’a rien de rationnel.

Les femmes aiment les bétas friqués

A 18 ans, elle vous rejetait. A 35 ans et maintenant que vous avez un bon boulot, elle vous trouve du charme. Pas de doute : vous êtes un béta à ses yeux.

Le sacrifice du mâle béta

Certaines femelles (en fait, de plus en plus) parviennent à gagner sur les deux tableaux, en usant d’une stratégie simple : dans un premier temps, elles se font engrosser (souvent plusieurs fois de suite) par un bon reproducteur. Puis, quand celui-ci a rempli sa fonction, elles se rendent soudainement compte que c’est un connard et qu’elles ne l’aiment plus. Ou alors elles trouvent une bonne raison de le quitter, quand elles le découvrent volage (alors qu’il l’a sans doute toujours été), buveur (il buvait déjà quand elle l’a rencontré), brutal (il l’était déjà avant même la première grossesse), etc. Tout semble donc fonctionner comme si elles ouvraient soudain les yeux. Et c’est réellement ce qui se passe pour elles à un niveau conscient. Au niveau de l’inconscient, c’est tout autre chose : elles ont compris que leur bon reproducteur ne leur sert plus à rien, maintenant qu’elles ont été suffisamment fécondées par lui, et qu’elles ont désormais besoin d’autre chose. Elles cherchent alors un bon mari, que bien souvent elles trouvent au bout du compte (les Chevaliers Blancs ne manquent pas, ils sont légion sur les sites de rencontres). Bingo : elles ont tout gagné. Elles ont eu la descendance d’un mâle supérieur sur le plan physique, et cette descendance sera élevée par un mâle supérieur sur le plan social. Au passage, cette stratégie a fait deux malheureux : le premier, c’est le père biologique, qui sera plus ou moins privé de ses gosses; le second, c’est le père social, qui élèvera des enfants qui ne sont pas les siens et devra le plus souvent accepter le fait qu’elle n’en veut pas d’autres. Mais bon, ce sont des hommes : leur bonheur ne compte pas, dans la logique de l’impératif féminin.

De fait, cette stratégie revient à priver de descendance les mâles béta. Exactement comme l’Occident médiéval stérilisait ses intellectuels en en faisant des moines, l’Occident actuel stérilise une partie de ses hommes en les amenant à prendre soin d’une descendance qui n’est pas la leur.

Bien sûr, beaucoup d’hommes voient, peu ou prou, ce qui se passe réellement dans cette stratégie : ils ont conscience que quelque chose ne tourne pas rond, sans pour autant bien réaliser ce qu’il se passe au juste. Ils ne réalisent pas que ce qui est en train de se passer, c’est tout simplement, comme l’écrivait Houellebecq, une extension du domaine de la lutte des classes au domaine sexuel et reproductif. Si vous appartenez à la « bourgeoisie » des mâles, vous pourrez vous reproduire plusieurs fois, avec plusieurs partenaires différentes, et sans vous soucier des conséquences, puisque d’autres se chargeront du fardeau à votre place. Si vous appartenez au prolétariat (mâle béta, donc), c’est à dire à la majorité, vous n’aurez pas ou moins d’enfants et serez l’esclave d’une femelle ayant porté les enfants d’un autre : en échange d’un peu de tendresse et d’un rapport sexuel de temps en temps, vous consacrerez votre temps, vos ressources et votre énergie à soutenir, directement ou indirectement, les rejetons d’un alpha.

 

Un cercle vicieux

Le paradoxe de notre société, qui se veut des plus avancées, est que, par son libéralisme sexuel, elle revient, en pratique, en arrière. Le mâle dominant y a accès à la plupart des femelles, le mâle béta dominé fait ceinture. La horde primitive, du temps des cavernes, ne fonctionnait pas autrement.

Les femelles, se croyant libres de leur choix et de leur corps, ne sont en réalité libres que de suivre leurs instincts les plus primaires. Ce type de système tend à s’auto-renforcer : en effet, comme il crée une frustration importante chez beaucoup d’hommes, il en réduit un nombre assez significatif à la misère sexuelle et affective, ce qui a pour effet de les rendre prêts à accepter, faute de mieux, comme partenaire de vie une mère célibataire ne voulant plus d’autres enfants. D’autre part, ce système renforce la mère dans son comportement : elle sait qu’elle n’a pas besoin de faire de bons choix de partenaires, ni de veiller à ce que l’homme qu’elle choisit soit effectivement de bonne qualité, puisqu’elle sait qu’elle trouvera toujours un couillon pour payer.

Martial
Share:
%d blogueurs aiment cette page :