Émancipation personnelle : comment commence une libération

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émancipation du mâle

L’essence et la mission de la Pilule Rouge résident dans l’espoir de réaliser une émancipation de l’individu et, à terme, une libération, puis une réparation de la société. Le fait, pour un homme sous Pilule Rouge, d’accéder à une vision du monde plus juste et plus en accord avec le réel peut certes être déjà considérée comme une fin en soi, et il est vrai que sur le plan de la satisfaction intellectuelle, il s’agit d’une avancée majeure. Mais, in fine, une telle vision n’est qu’un outil, destiné à vous séparer d’une part de vos chaînes.  Et cette émancipation, peut elle-même n’être vue que comme une simple étape vers quelque chose de plus grand et de bien plus ambitieux : la réparation du monde.

Tout commence en vous-même

C’est au plus profond de votre être que débute le processus. Admettre les principes Pilule Rouge n’est qu’une étape. Et elle n’est même pas obligatoire dans son intégralité. Vous pouvez parfaitement ne pas adhérer à tout. C’est votre droit le plus strict. Les idées que nous présentons ici, et celles que bien d’autres présentent, ne sont pas des dogmes stricts, encore moins des préceptes religieux. Bien entendu, vous trouverez, comme dans tout mouvement idéologique, des fanatiques et des imbéciles (ce sont souvent les mêmes) pour vous dire qu’ils ont tout compris, absolument tout, que leur système et lui seul permet de tout résoudre, de tout faire fonctionner. Ces esprits étroits ne font en général de mal qu’à eux-mêmes et à ceux qui les croient mais ils sont néanmoins à éviter.  De toute manière, quels que soient la pertinence et l’intérêt des arguments et des concepts que vous rencontrerez, aucun ne devrait être adopté sans une sérieuse analyse critique de votre part. Nietzsche disait que le bon maître est celui qui apprend à ses disciples à se détacher de lui. Rien n’est plus vrai. Adhérer à la pensée Pilule Rouge, ça n’est donc pas penser exactement comme on vous propose de le faire ici, mais bien penser à partir de ces concepts, en vous appuyant sur eux pour construire votre propre idée et votre propre voie. C’est penser après eux.

Idiosyncrasie, limites et entraves : prendre la mesure d’une émancipation possible

La première étape vers une émancipation personnelle réside dans la prise de conscience de son idiosyncrasie, de ses limites et des ses entraves.

Si vous ne savez pas ce qu’est l’idiosyncrasie, je vous encourage vivement à lire l’article qui y est consacré. Car c’est de votre idiosyncrasie que tout part : c’est elle qui définit ce qui vous est facile et ce qui vous est plus difficile, ce qui vous est envisageable et ce qui ne l’est pas. D’un point de vue stoïcien, elle est tout ce qui, dans votre être, ne dépend pas de votre volonté. Régis Debray définit le réel comme « ce qui résiste à ma volonté ». La définition est belle, et permet de résumer l’idiosyncrasie en une formule lapidaire ; elle est la réalité de votre existence. Un stoïcien dirait sans doute qu’elle est votre fatum. La prise de conscience de cette réalité est essentielle : c’est en effet en la comprenant que vous prenez conscience de l’étendue réelle de votre liberté.

Car la liberté, la liberté réelle, ça n’est pas faire tout ce que l’on veut, quand on le veut, comme on le veut : ceci, c’est la licence. La liberté réelle, c’est être capable de consentir au réel. Parce qu’on est conscient du fait qu’on n’a pas le choix. Et que croire le contraire, revient à se condamner à passer sa vie à courir après des chimères.  Et ce n’est qu’en évacuant de son esprit ces chimères, ou, tout au moins, en les cantonnant au domaine des rêves inaccessibles, que l’on peut se fixer des objectifs réels et des ambitions atteignables. Se réaliser, c’est d’abord vivre en accord avec ce que l’on est : aller au bout de soi-même, plutôt que d’espérer vivre la vie d’un autre.

Une fois ces objectifs déterminés, ne reste plus qu’à établir la liste des entraves qui vous empêchent de les atteindre. Ces entraves peuvent être de deux natures : les problèmes et les aléas. Les problèmes, c’est ce que vous pouvez résoudre. S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème. Les aléas, c’est ce à quoi vous ne pouvez rien. Faire la distinction entre les deux est important : en effet, il n’est que trop courant de voir des hommes se heurter aux aléas, s’épuisant et se détruisant même parfois dans le processus. Or lutter contre les aléas est inutile et vain : il faut apprendre à vivre avec eux, malgré eux. A louvoyer entre eux. Tout ce qui est du domaine de votre passé relève de l’aléa : vous ne pouvez plus rien y faire. Le regretter est inutile. Vous ne le changerez pas. Tout ce dont vous pouvez décider, c’est que faire du temps qui vous est imparti, pour paraphraser Gandalf.

Problèmes et aléas

Il peut être long et complexe de faire la différence entre ses problèmes et ses aléas, parce que bien souvent nous nous aveuglons, par lâcheté ou par manque de discernement. Par manque de discernement, nous croyons pouvoir agir sur les autres et sur le monde d’une manière à résoudre certains soucis sur lesquels, en réalité, nous n’avons pas de prise, prenant donc pour des problèmes ce qui, en réalité, est un aléa. Par lâcheté, et parce que le prix à payer pour le résoudre nous semble trop élevé, nous prenons également souvent pour un aléa ce qui n’est qu’un simple problème.

Un exemple typique de manque de discernement, chez beaucoup d’hommes avalant la Pilule Rouge, est le rapport aux femmes : beaucoup, en réalisant leur véritable nature, en viennent à la colère ou à la misogynie, estimant à juste titre avoir été trompés des années durant. C’est qu’ils n’ont pas encore fait le deuil du monde ancien, et qu’une part d’eux-mêmes espère encore inconsciemment, et de manière puérile, qu’en se mettant en colère, en gueulant un bon coup, ils pourraient remettre les choses dans l’ordre. Illusion et inutile perte d’énergie. Vous ne changerez ni votre femme, ni les autres. Vous pouvez éventuellement changer de femme, dans l’espoir d’en trouver une meilleure. Ou vous pouvez accepter le réel tel qu’il est, et faire avec.

Toujours dans le rapport aux femmes, un exemple courant de lâcheté est le fait, par peur d’une éventuelle solitude, de maintenir l’existence d’un couple dysfonctionnel et qu’on ne parvient pas à réparer. Mieux vaut, pourtant, être seul que mal accompagné, et se contenter de résoudre ses propres problèmes, et non pas également ceux d’une compagne qu’on ne supporte plus et ceux du couple en prime.

La lâcheté, c’est aussi ce penchant qui nous amène à la paresse intellectuelle, à demeurer, par habitude ou par peur de l’inconnu, dans les sillons déjà tracés. C’est se voiler la face devant ses propres échecs et ses propres manquements, en les déclarant inévitables, en en faisant des aléas. Pourtant, rien de ce qui dépend de notre volonté n’est un aléa. Et le courage consiste, bien souvent, à avoir le cran de se regarder en face et de reconnaître ses propres fautes. Il est certes nécessaire de s’aimer soi-même ; mais si cet amour peut être un peu vache et non dénué de nuances et de critiques, il n’en devient que plus sincère et plus vrai.

émancipation de l'homme et réparation du monde

C’est par la libération de chaque homme, de chaque âme, que l’on répare le monde, pas à pas, patiemment.

Se libérer de ses chaînes, aller vers davantage de liberté, par le biais de la Pilule Rouge, est donc possible. Mais on n’est pas dans Matrix : le procédé n’est ni automatique, ni immédiat, et ne confère aucun super-pouvoir. Tout au plus la prise de la Pilule Rouge peut-elle enclencher le processus. Mais elle ne remplace aucunement le travail intérieur que vous devrez faire. On peut vous montrer la voie. On peut vous suggérer des méthodes. Mais le vrai boulot, c’est à vous de le faire. Et c’est tant mieux. Car sculpter votre propre existence, en conscience et sans vous bercer d’illusion, est le meilleur moyen de vous découvrir, de vous explorer, de vous améliorer, de conquérir votre potentiel. Et, ce faisant, de commencer la réparation du monde. Devenir un être sain, tant intellectuellement que physiquement, moralement, voire spirituellement, est le meilleur moyen d’exercer en retour une influence positive sur votre entourage. Parce que vous faites partie du monde, vous réparer vous-même, c’est déjà commencer à améliorer le réel.

Illustrations : Igor Ovsyannykov Brunel Johnson

Julien
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