Féminisme : menaces sur la recherche

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Note du taulier : Suite à l’article récent consacré à l’appel des 440 historiennes, et traitant de la recherche en général, Mos Majorum, lui-même chercheur en physique, nous a confié plusieurs réactions, en complément de l’article en question, et qui illustrent les menaces que le féminisme militant font peser sur la recherche et la production académique en général. Une note sur le Prix Nobel de Physique attribué à Donna Strickland, un témoignage sur le fonctionnement interne du monde de la recherche, et pour finir la traduction d’une vidéo qui vaut son pesant d’or. Bonne lecture !

Martial

Prix Nobel de Physique

Bien entendu, tout le monde a célébré la remise d’un prix Nobel de Physique 2018 à une femme : Donna Strickland, associée à Gérard Mourou et à Arthur Ashkin. Certains journaux ont consacré plus de temps à parler de la chercheuse que de sa contribution scientifique. Voir par exemple cet article de Futura Sciences.

Et malheureusement, quand on regarde dans le détail, on peut raisonnablement se demander si elle n’a pas obtenu une médaille en chocolat. Son papier de recherche de 1985 a été co-écrit par Mourou. A l’époque, Strickland commençait une thèse de physique sous la direction de Mourou (thèse publiée 4 ans plus tard, donc elle était vraiment au début de sa thèse). Dans une interview, Mourou explique qu’il a eu l’idée pendant des vacances au ski. Il travaillait sur des lasers à pulse court depuis déjà quelques années et avait une connaissance approfondie du domaine. Strickland était issue de Rochester (une bonne université pour l’optique aux USA) mais sa contribution se limite au plus à avoir bien mis en œuvre une expérience sous la direction de Mourou. En fait, elle a été l’assistante, la petite main de Mourou plutôt qu’une chercheuse brillante.  Et la suite de sa carrière ne laisse pas vraiment de doute sur le sujet.

hommes femmes recherche

Un prix Nobel ne récompense pas une découverte en particulier, mais l’ensemble d’une carrière. Les femmes étant arrivées plus tardivement que les hommes dans le monde de la recherche, il n’y a rien d’étonnant à ce que la plupart des chercheurs en fin de carrière, en mesure de recevoir un Nobel, soient des hommes.

Une rapide comparaison des publications scientifiques des deux chercheurs montrent un clair avantage pour Mourou. 1095 publications pour Gérard Mourou contre 94 pour Donna Strickland (11 fois plus !). Depuis 2013, 12423 citations pour Mourou, 9997 pour Ahskin, contre 2221 pour Strickland. Les deux papiers publiés avec Mourou pendant sa thèse représentent à eux seuls les deux tiers des citations de Strickland et pour les autres, elle n’est jamais « premier auteur » (dans les publications paraissant dans les revues académiques à comité de lecture, quand plusieurs co-auteurs sont cités, le premier est habituellement celui qui a fait le gros du travail et rédigé la plupart du contenu. Les autres auteurs sont cités par ordre d’importance de leur contribution à l’article. Le dernier est en général un chercheur senior, ayant coordonné le travail : superviseur, responsable de labo, directeur de thèse, etc. ). Bref : les chiffres parlent d’eux-même.

Et qu’en pense le comité Nobel ? L’article de Futura Sciences donne quelques précisions :

« C’est une déception, quand on prend du recul, de voir que davantage de femmes n’aient pas été primées », reconnaît le secrétaire perpétuel de l’Académie royale des sciences à Stockholm, compétente pour les prix de physique, chimie et économie. Göran Hansson l’assure : « Il n’y a pas de chauvinisme masculin substantiel dans les comités » de sélection Nobel, dont quatre (médecine, chimie, paix, littérature) sont présidés par des femmes. Pour lui, si les lauréates sont si rares, c’est d’abord parce que les portes des laboratoires leur sont longtemps restées fermées. Un effet pyramide confirmé par la physicienne Anne L’Huillier, membre de l’Académie royale des sciences, qui siégea au comité Nobel en 2010. « C’est complètement évident, surtout pour les matières “dures”, moins pour les sciences de la vie », avance-t-elle.

Strickland nobel usurpé

Le premier souci du Comité Nobel semble bien avoir été la nomination d’une femme, et non la reconnaissance de l’excellence académique.

Biaisons la recherche !

D’après mon expérience personnelle on assiste à la mise en place de biais dans le monde de la recherche scientifique. C’est principalement visible dans les conférences où les chercheurs se retrouvent pour partager leurs travaux. Toute conférence aux Etats-Unis commence par un clair avertissement qu’aucun comportement sexiste ne sera toléré. Une discussion avec un organisateur de conférence au cours de l’été m’a permis de me rendre compte que la parité était imposée parmi les présentateurs. L’organisateur avait dû équilibrer ses présentations 50-50 entre hommes et femmes dans un domaine où il y a plutôt 80% d’hommes. Il avait eu du mal mais il y était arrivé parce que c’était dans son contrat.

Les conséquences ? La première, évidente, c’est que le niveau des présentations était très variable : chez les hommes, il n’y avait que des pointures du domaine (les places étaient chères). Parmi les femmes, en revanche, beaucoup d’étudiantes en thèse ou en début de post-doctorat qui n’avaient objectivement pas grand-chose à montrer au public (la plupart des présentateurs masculins du même âge n’auraient pas eu beaucoup plus à montrer).

La deuxième conséquence, moins évidente, c’est que les femmes qui ont présenté n’étaient pas toutes spécialisées dans le domaine de la conférence (la physique ici). On est allé chercher des biologistes (domaine où il y a une majorité de femmes) dès que leur travail touchait même vaguement à la physique. On a donc eu des présentations de biologie pure (le fonctionnement de certains éléments du cerveau) là où l’objectif était la physique (la technologie d’imagerie IRM). Pas forcément inintéressant, mais juste hors-sujet.

La troisième conséquence, et c’est de loin la plus grave, c’est que ces critères de sélection privent certains chercheurs d’audience et de publications (ces papiers de recherche sont publiés en tant que « proceedings » à la fin de la conférence). On augmente ainsi artificiellement le nombre de papiers publiés par des chercheuses en étant moins regardant sur la qualité de leur travail ou la pertinence de leur contribution et on empêche des chercheurs compétents de faire connaître leur recherche.

Femme dans la recherche scientifique

La proportion d’hommes et de femmes parmi les chercheurs n’est pas la même dans tous les domaines. Dans un domaine très masculin, comme la physique, les mathématiques ou la chimie, forcer une parité 50/50 revient donc à privilégier des chercheuses médiocres, au détriment de chercheurs méritants. Et à discréditer les chercheuses compétentes.

On crée aussi de plus en plus d’événements non-mixtes. Des ateliers pour les femmes. Des heures de réflexion sur la place des femmes dans la science. Du networking pour les femmes. C’est à la fois affligeant et consternant. Parce que ce n’est pas le rôle d’une conférence scientifique. On se trompe d’objectif. Une conférence de physique doit parler de physique, de recherche et de résultats, pas de la sociologie des chercheurs. Que l’inventeur soit un homme, une femme, un trans n’a pas d’importance. Parce qu’en science, la personnalité du chercheur n’a pas d’importance. On veut des résultats et des contributions scientifiques.

Il y a de plus en plus de revendications pour tout changer et être « inclusif ». Certaines de mes collègues militent pour que les séances de questions/réponses à la fin des présentations soient faites par écrit plutôt qu’à main levée. Pourquoi ? « parce que les femmes sont plus timides que les hommes, on n’ose pas prendre la parole pour poser une question mais si c’était écrit, on aurait sûrement des questions pertinentes à poser ». Bref : au lieu d’encourager les chercheuses à s’adapter au monde de la recherche, il faudrait que le monde de la recherche s’adapte aux chercheuses.

Scandale dans les études féministes

Un groupe de recherche a cherché à vérifier le sérieux des journaux scientifiques en études de genre et ethnique. Leurs résultats ont un parfum de scandale…

Sources et références ici.

Biais en faveur des chercheuses au détriment des chercheurs, articles fantaisistes acceptés dans des revues considérées comme sérieuses, prix remis à des personnalités ne les méritant pas au seul motif que ce sont des femmes … le féminisme militant est bel et bien une menace pour la recherche scientifique. 

Illustrations : DxL Ani Kolleshi Louis Reed

Mos Majorum
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