Harcèlement de rue: comprendre le phénomène en mode Pilule Rouge

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Le harcèlement de rue est un phénomène qui n’est que trop réel et trop courant. Il concerne un grand nombre de femmes et est d’autant plus problématique pour les hommes qu’il amène à confondre drague de rue et agression verbale. Qu’on se le dise : la drague de rue n’a rien en commun avec le harcèlement. Il me semble néanmoins utile de prendre un petit moment pour examiner le harcèlement de rue, et tenter de le définir en termes de Pilule Rouge…

En abordant ce thème, je sais déjà que je vais en décevoir certains : en effet, c’est l’un des rares sujets sur lesquels je pense sincèrement que les féministes ont raison de se plaindre et qu’il ne s’agit ni d’exploitation politique d’un fait bénin, ni de misandrie, mais bien de la dénonciation d’un problème réel. C’est suffisamment rare pour être souligné. J’ai bien conscience que pour certains, tout ce qui vient des milieux féministes porte la marque de l’hystérie, et force est de constater que la plupart du temps, ils ont raison. La plupart du temps seulement : en ce cas précis, leurs plaintes sont pleinement justifiées. C’est d’ailleurs sans doute pour cela que certaines féminhystériques se sont retirées de ce combat : bien trop sain, trop rationnel et trop naturel pour elles. Allez donc jeter un coup d’oeil à cette merveille (qui se résume, en gros, à : C’est mal de pénaliser le harcèlement de rue, parce que certaines minorités ethniques pourraient être plus visées par des plaintes que d’autres, et du coup, on s’en apercevrait qu’elles posent à ce niveau plus de problèmes que d’autres, et ce serait raciste). 

Définir le harcèlement de rue

Le harcèlement de rue, c’est le fait qu’une femme se voie proposer de manière régulière, insistante et généralement agressive des relations sexuelles par des hommes dont elle ne veut pas. Prenons la définition qu’en donne l’association Stop harcèlement de rue (que l’on peut à juste titre supposer experte en la matière) :

Le harcèlement de rue, ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeler verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Vous savez, les sifflements, les commentaires sexistes, les interpellations ou insultes, voire les attouchements… Ces comportements touchent les femmes et les personnes LGBT dans la rue, les bars, les transports et les espaces publics. Leurs répétitions ou leur violence génèrent un environnement hostile à ces personnes et portent une atteinte inacceptable à leur dignité et à leur liberté. Ce n’est pas de l’humour, ce ne sont pas des compliments, et ce n’est certainement pas de la drague ! Nombre de femmes apprennent à baisser la tête, ne pas répondre, changer de trottoir ou s’habiller différemment. Bref, elles se sentent moins en sécurité, moins autonomes. Par crainte, elles deviennent moins ouvertes aux vraies rencontres, moins enclines à aller draguer ou à se laisser draguer. Et c’est bien dommage. La drague et le harcèlement de rue ne sont pas la même chose et il est anormal de les confondre. La drague se construit à deux, là où le harcèlement est la responsabilité d’un individu qui ignore volontairement l’absence de consentement de son interlocuteur.

Cette définition est intéressante et nous partirons d’elle pour essayer de décrypter le phénomène et d’y apporter une vision Pilule Rouge, c’est-à-dire une vision dénuée de tout jugement de valeur mais illustrant quels sont les principes qui sont à l’œuvre ici. La situation typique de harcèlement de rue, c’est donc :

  • Une fille qui passe
  • Un homme qui essaie d’attirer son attention (généralement du genre « Eh mam’zelle ! Eh ! »)
  • La fille qui l’ignore / passe sans s’arrêter
  • L’homme qui s’énerve l’insulte ou la menace (« Eh salope ! Eh ! Tu vas répondre, connasse ? »)
  • La fille qui serre les fesses et tente de passer son chemin le plus vite possible

Bon, ce mec est un connard, c’est entendu. Mais examinons la situation au vu de ce que nous savons de la réalité du Marché Sexuel…

Le harcèlement de rue est le fait de connards

Harcèlement de rue : un problème bien réel

Le harcèlement de rue vu au travers du Marché Sexuel

Le premier constat, c’est que le harceleur a nécessairement une VMS très basse. Pourquoi ? Parce que si ça n’était pas le cas, ça ne serait pas du harcèlement. En effet :

  • Les compétences sociales et intellectuelles de base (savoir parler et non pas grogner, savoir aborder une femme sans lui faire peur, ne pas cracher par terre, parler avec un minimum de politesse, se laver au moins une fois de temps en temps, avoir un QI supérieur à 65, etc.) font partie des choses qui augmentent la VMS d’un homme. Plus exactement : leur manque la fait baisser terriblement. Donc le seul fait qu’il harcèle indique déjà une VMS basse, vraisemblablement due à un intellect de chimpanzé. Bien entendu, son attitude la fait baisser plus encore.
  • S’il se comportait tout de même en néanderthalien MAIS qu’il disposait par ailleurs d’atouts notables (signes extérieurs de richesse, apparence à tomber par terre, beau costume, fait d’avoir été vu à la télé, etc.), il n’aurait pas besoin de harceler : sa VMS serait alors assez élevée pour attirer pas mal de femmes. OK, pas les plus brillantes (plutôt le genre pouffiasse à rappeur) mais assez pour qu’il ne soit pas dans une telle misère sexuelle qu’il en soit réduit à s’abreuver de porno huit heures par jour et à siffler des gonzesses dans la rue en s’imaginant que ça marche comme sur Youporn et qu’on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher. Sauf que le coup du malentendu, c’est bon pour les mâles béta, voire lambda, que sur une erreur de jugement une femme peut prendre, au moins l’espace d’un soir, pour un vrai alpha. Quand on est un oméga, ce genre de chose n’arrive pas. Jamais.

Or le harceleur de rue est bien un mâle oméga. Inconsciemment, il sait qu’il est tout en bas de l’échelle du marché sexuel : c’est un sous-prolétaire des rapports de séduction, qui regarde ce qu’il ne peut pas avoir. Il se sait, au fond, incapable de séduire : il se place hors des codes et des cadres qui lui permettraient d’accéder aux femmes sans avoir à les payer, il se sait méprisé et craint d’elles, mais en aucun cas désirable. Face à ce genre de constat, il peut y avoir plusieurs attitudes :

  • Un être mûr et sain, en ce genre de cas, choisit la voie de l’amélioration personnelle : il comprend que le monde ne lui doit rien et que c’est à lui de mériter ce qu’il souhaite. Il va donc commencer à tout faire pour augmenter sa VMS.
  • Un être moyen ou, plus souvent encore, un être mûr et sain mais fatigué pourrait tomber dans la dépression, penser que décidément le monde est trop dur et trop injuste, et se refermer sur lui-même, ou encore tomber dans le cynisme en se disant que décidément, les femmes sont bien méchantes. C’est le cas typique des hommes qui, ayant réalisé la vraie nature des femmes, et que cette nature n’est pas celle des pures princesses qu’ils imaginaient, préfèrent renoncer à tout contact avec elles plutôt que d’accepter la cruauté du monde féminin. Le mouvement MGTOW par exemple recrute une partie de ses membres (pas tous, loin de là) au sein de ces hommes déçus.
  • Un être immature et malsain retournera sa frustration contre l’objet de son désir. C’est toute l’histoire du Renard et des raisins : il sait qu’il ne peut avoir ce qu’il désire, il en devient aigri et il en vient à détester et mépriser ce qu’il désirait un instant auparavant. C’est également la même chose que Phèdre: « Je te veux. Mais comme tu ne veux pas de moi, j’aimerais te détruire. » D’autre part, ce même être immature et malsain crève d’envie d’exister quand même, un peu, un tout petit peu, dans les yeux de l’objet de son désir. Il se dit que puisqu’il ne peut pas la séduire, il peut au moins la choquer : comme ça, elle se souviendra au moins un peu de lui. Il y a des scènes dans Gros Dégueulasse, de Reiser, qui ne parlent pas d’autre chose.

 

Un neg mal compris

Le type qui pratique le harcèlement de rue reproduit, à certains égards, une technique de drague tout à fait authentique et fonctionnelle, qu’on appelle le neg. Pour faire court parce que ce n’est pas le sujet du présent article : le neg consiste, normalement par des moyens subtils et de fines suggestions, à amener une fille à revoir à la baisse sa propre VMS, par exemple en lui faisant comprendre qu’on n’est pas impressionné par sa beauté, ni ses qualités intellectuelles, ni, en fait, quoi que ce soit qu’elle met en avant. Cela peut être efficace dans certains cas et c’est une façon de faire pencher la balance transactionnelle en votre faveur. Rappelons que dans le contexte de la séduction, les deux protagonistes comparent la Valeur sur le Marché Sexuel qu’ils pensent avoir : s’ils estiment que l’autre a une VMS supérieure ou égale à la leur, la relation (sexuelle ou de couple) peut avoir lieu. Habituellement, les hommes, par toutes sortes de techniques, cherchent à se valoriser, et donc à augmenter la VMS perçue par leur interlocutrice. Dans le cas du neg, c’est l’inverse : ils cherchent à maintenir leur niveau de VMS, tout en poussant la femme à penser que la sienne est plus basse. Attention : il n’est pas question, dans le cadre d’un neg, d’insulter ni de maltraiter. On est plutôt dans la manipulation subtile.

Il n’empêche que l’attitude agressive du harceleur est aussi une forme de neg, maladroite, mal faite, mais qui correspond néanmoins aux réalités des rapports de séduction, en effet :

  • En se montrant insultant, il espère rabaisser l’estime d’elle-même qu’a la jeune femme.
  • Plus encore : le seul fait de lui proposer un rapport de séduction est déjà un neg, puisque la femme est confrontée au fait qu’un homme à la VMS abyssalement basse s’estime capable de faire affaire avec elle. C’est exactement comme si vous vendiez une voiture que vous estimez luxueuse et que toute une série de mecs se pointe et vous en propose cinq euros, un paquet de clopes et un demi sandwich : la première fois, vous vous marrez; la deuxième, vous hochez la tête en grognant; la troisième, vous trouvez ça lourd; la quatrième, vous avez envie de lui mettre votre poing sur la gueule.

Les bonnes excuses

Certains harceleurs (ceux qui sont capables d’émettre quelques phrases intelligibles sans trop se baver sur les chaussures : autant dire que là, on parle de la crème de la crème) émettent des critiques ou des plaintes quand on les informe que leur attitude est anormale. Parmi ces critiques, on retrouve généralement :

C’est dégueulasse ! Si j’étais Brad Pitt, elle me parlerait !
C’est absolument vrai. Mais si tu étais Brad Pitt, tu serais à la fois beau, riche, célèbre et bien élevé. Donc les choses ne seraient certainement pas les mêmes pour toi et tu n’aurais pas besoin de faire suer les filles dans la rue. Célèbre et riche … bon … peut-être que ce ne sera pas possible pour toi (quoique … on ne sait jamais). Mais beau et bien élevé, tu peux le devenir. Cela va te demander du boulot mais c’est très possible. Et tu verras que déjà, si tu t’habilles comme un homme et pas comme un bouffon, que tu parles comme un homme et pas comme une bête et que tu ressembles à quelque chose, tu pourras draguer comme un homme.

C’est dégueulasse ! Sûr qu’elle est raciste/lesbienne/autre !
Possible. Mais si c’est le cas, tu n’as aucune chance de toute façon. Donc pourquoi l’emmerder ? Tu t’énerves, tu l’ennuies et ça ne la fera pas changer d’avis. Mieux vaut garder ton énergie pour aborder convenablement des femmes avec lesquelles tu as tes chances, non ?

Non mais en fait elles aiment ça, ça les flatte.
Non. Cela les flatterait si ta VMS était supérieure à la leur. Effectivement, quand on est une jeune fille normale, se faire draguer par un mec qu’on trouve admirable et désirable, c’est flatteur. Du point de vue du marché sexuel, elles ont l’impression de faire une bonne affaire.  Se faire aborder par un gros con, c’est juste lourd. Et quand c’est le trentième de la journée, c’est insupportable. Il faut bien comprendre que si tu l’approches, c’est que tu estimes que ta VMS vaut au moins la sienne, puisque tu penses qu’elle pourrait être intéressée par la transaction. Or ça n’est pas le cas

 

Tout ça pour en venir à quoi ?

Bon, maintenant que tout cela est posé, qu’est-ce qu’on en fait ? Qu’est-ce que le phénomène du harcèlement de rue nous apprend, et quels enseignements peut-on en tirer, du point de vue de la Pilule Rouge ? Car dire du harceleur qu’il est un connard, comme je l’ai fait plus haut, ne suffit pas. Plusieurs points sont à mon avis à retenir :

  • En matière de séduction, les actes comptent. Mais finalement moins que la VMS perçue. C’est typiquement ce qu’il se passe dans les diverses « expériences » de drague avec voiture de luxe. Le type est direct, grossier, s’y prend comme un manche, mais il emballe, parce que, du fait de son accessoire coûteux, sa Valeur sur le Marché Sexuel est boostée, car on le pense riche. S’il avait fait la même chose avec une Clio pourrie, ce serait certainement perçu comme du harcèlement. Un prolétaire sur le plan du fric est aussi un prolétaire sur le plan du sexe.
  • Comme (presque) toujours, la solution, pour l’homme, tient à une chose et une seule : l’amélioration de son potentiel. Qu’il s’agisse de son potentiel physique, financier, culturel, comportemental ou autre : plus vous vous améliorerez, mieux vous draguerez, dans tous les cas. Et cela vous préservera du risque de tomber un jour dans le statut d’oméga.
  • La limite entre harcèlement et drague lourde est avant tout contextuelle et dépend de la perception que la femme ciblée en a. Mais afin d’éviter tout risque de se retrouver dans la catégorie « harceleur », le mieux est encore de s’abstenir : la rue peut être un merveilleux terrain de drague mais certainement pas en s’y prenant de la sorte. 

Mais il y a plus, bien plus. Car le harcèlement de rue, s’il est un mal pour les femmes, est un symptôme pour les hommes. Le symptôme d’un vice majeur dans la psyché du harceleur : celui qui s’y livre n’est pas un homme abouti et ne le sera peut-être jamais. C’est un petit garçon malade et frustré, qui préfère cracher sur ce qu’il désire plutôt que de faire ce qu’il faut pour l’obtenir. Ce n’est pas nécessairement définitif : il peut encore grandir dans sa tête. Mais cela indique clairement qu’il est mal barré. S’il ne se reprend pas rapidement, ce genre d’individu ne deviendra jamais pleinement adulte : il continuera, des années durant, à croire que le monde lui doit quelque chose, qu’il n’a besoin ni de travail, ni de volonté, pour parvenir à ce qu’il souhaite. On est dès lors en droit de s’interroger quant au bien-fondé d’une société qui crée autant d’individus déficients, émotionnellement et psychologiquement débiles, frustrés et inachevés mentalement à un tel point. Des individus ignorant à ce point la vertu virile. Car finalement, tout part de là, tout y revient : cultiver la vertu virile, c’est cultiver l’homme véritable. Celui qui acquiert et conserve la vertu virile ne s’abaissera jamais jusqu’au harcèlement de rue. Il vaudra toujours mieux que cela, et sera reconnu comme tel.

Reste que le harcèlement de rue, outre qu’il nuit aux femmes, nuit également aux hommes : il jette le discrédit sur la drague et projette sur elle une image brutale, superficielle et minable. C’est pourquoi, mes bien chers frères, je pense que vous en conviendrez avec moi : il faut considérer le harceleur, au même titre que le Chevalier Blanc, comme un être nuisible et vil. Mais surtout comme le résultat logique d’une société aussi inégalitaire sur le plan sexuel qu’elle l’est sur le plan financier. Le harceleur de rue, ce n’est que le pendant sexuel du clodo qui pratique une manche agressive et insultante. On peut le plaindre, on peut le comprendre, mais pas au point de lui pardonner ses méthodes.

Antoine
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