Harcèlement : quand Dieu se rit de Caroline de Haas (et des autres)

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Le harcèlement de rue existe ... et il est intégralement de la faute des féministes

Dieu se rit des hommes qui pleurent les effets dont ils chérissent les causes
Bossuet

On nous avait pourtant promis, juré, craché, que les lois de circonstances, destinées uniquement à répondre à l’actualité et à l’émotion populaire (orchestrée, cela va sans dire, par médias et lobbies), c’était fini. Las. Fin mars 2018, un projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles (c’est à dire, entre autres, contre le harcèlement de rue) va être présenté en Conseil des Ministres. Encore un. Comme si l’arsenal législatif actuel ne suffisait déjà pas à assurer la sécurité de nos concitoyens. Cette énième loi, supposée permettre aux policiers de sanctionner d’une amende immédiate les harcèlements ou tentatives de harcèlement de rue, sera bien entendu inappliquée, puisque inapplicable. Les flagrants délits sont rares, quand un flic est présent à quelques mètres. Et même dans l’hypothèse où la chose serait possible, les stages de sensibilisation voulus par Marlène Schiappa risquent fort de faire pouffer de rire les harceleurs. Car à quoi s’agit-il de les sensibiliser ? Au fait que leur comportement est indésirable ? Ils le savent, et s’en cognent.

Au-delà de l’aspect anecdotique (car cette idée de loi n’est rien d’autre qu’une anecdote, qui sera oubliée d’ici quelque temps), le problème du harcèlement de rue demeure. Et il s’agit d’un problème véritable, entraînant des souffrances réelles. Une analyse du phénomène en mode Pilule Rouge révèle néanmoins qu’il s’agit, dans l’analyse qui en est généralement faite par la doxa féministe, d’une forme de hamstérisation collective…

Identité des harceleurs

Le harceleur de rue typique (on parle ici de harcèlement véritable, pas juste de drague, mais effectuée par un pauvre) n’est ni un ours, ni un requin : c’est typiquement un mâle oméga, c’est-à-dire un homme tout en bas de la hiérarchie sexuelle : à la fois jeune, pauvre, mal élevé, ne maîtrisant que peu ou mal les critères de sociabilité acceptés (donc inculte), intellectuellement limité (sans quoi il ne harcèlerait pas et emploierait son énergie à sortir de sa condition) et dont l’accès aux femmes est rendu difficile par ces différents éléments. Bien que ces critères sur-qualifient certaines populations (milieu social défavorisé, inculture, éducation moins que minimale, mode de sociabilité différent de celui de la population occidentale dans son ensemble, intellect au ras des pâquerettes : on a là un portrait craché de la partie la moins brillante de la « jeunesse des quartiers »), on peut trouver des harceleurs de toutes origines. Certains se plaisent à ajouter « de tous milieux ». C’est faux. Ou, en tout cas, très imparfaitement vrai. Tout comme le viol, par exemple, certes, le harcèlement peut être pratiqué par à peu près n’importe quel homme normalement doté par la nature, et, à ce titre, touche effectivement tous les milieux sociaux. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il les touche tous de la même manière, ni avec le même impact. Le mâle harceleur reste d’abord et avant tout celui dont l’accès aux femmes est problématique, en particulier parce qu’il n’en a pas les moyens. Car même quand on n’a pas recours à la prostitution, pour rencontrer et séduire des femmes, il faut payer. Payer des verres ou des repas, un loyer ou une chambre d’hôtel, un cadeau pour elle ou une jolie tenue pour soi. Payer, dans tous les cas. Le prolétaire économique est aussi, généralement, un prolétaire sexuel. Et le harcèlement n’est, bien souvent, rien d’autre que la méthode de drague de l’homme tout en bas de l’échelle de la séduction; aborder des filles dans la rue ou les transports en commun ( et les aborder maladroitement, brutalement, parce qu’on n’a pas les moyens intellectuels de faire autre chose) est la dernière forme gratuite de contact avec des femmes, et la seule qu’il reste à un jeune homme qui ne peut ni offrir des verres, ni se payer un abonnement sur AdopteUnMec, ni s’offrir une entrée en boîte de nuit et devra, bien souvent, se contenter le samedi soir d’une triste branlette devant Youporn, après avoir vu ses jolies voisines, sapées comme des call girls à paillettes, partir en boîte de nuit se faire offrir des verres par des mecs plus riches que lui, parce que, pour elles, l’entrée est gratuite. La frustration, le manque de structure intellectuelle, l’absence de maîtrise de lui-même et de valeurs viriles positives contribuent à faire de ce jeune homme un harceleur potentiel.

Des mâles au bas de l’échelle sociale et culturelle, il y en a toujours eu. Des membres de la Cour des Miracles aux Apaches, en passant par les caïmans des grands chemins sous Henri III ou encore le « royaume de truanderie » cher à Villon et chanté par Brassens, l’histoire de France fourmille de récits de ghettos, de losers, de personnes rejetées à l’écart de la société et formant, entre eux, des contre-sociétés qui à la fois haïssent et envient la société officielle. Il n’y a là rien de nouveau. Ni sous le soleil, ni sous les néons du métro.

 

Des prédateurs, des violeurs, des harceleurs, il y en aura toujours. L’éducation peut limiter leur nombre, certes. Mais pas le ramener à zéro. Il restera toujours, au fond de la nature humaine, des racines de violence et de ruine, des bribes de notre barbarie originelle. Rien de nouveau, non plus, dans le fait que des mâles frustrés se livrent au harcèlement sur les femelles qui passent et leur semblent disponibles. Qui a déjà observé une basse-cour, dans laquelle le coq dominant écarte les jeunes coqs de ses femelles, et où ceux-ci tentent de leur sauter dessus dès que le vieux mâle a le dos tourné, sait que ces comportements ne sont ni nouveaux, ni originaux.

Un nouveau harcèlement ou une nouvelle société ?

Pourtant, quelque chose semble avoir changé. Et ce qui a changé, ça n’est pas le harcèlement lui-même, mais bien ses conséquences, et le regard qui est porté sur lui.

Une société de fragilité

La société contemporaine est une société de personnes fragiles : l’opinion que les autres expriment à notre égard nous touche profondément (surtout si nous sommes des Jeunes Filles). Parce que les êtres sont désormais dénués de colonne vertébrale, d’un ego solide et sain, d’un sur-Moi structuré, ils se livrent, pieds et poings liés, aux opinions des autres. Ils s’estiment blessés d’un mot, d’un regard, d’une simple attitude. Cela, d’ailleurs, ne touche pas que les femmes : le zyva qui se sent agressé par le regard que l’on pose sur lui n’est ni moins ridiculement fragile, ni plus viril intérieurement que la jeune femme qu’un sifflement indispose. Tous ces êtres fondamentalement incomplets, débiles (au sens précis du terme), incapables de se construire une forteresse intérieure, et que le regard que portent sur eux l’ensemble des autres blesse, ne sont rien d’autre que des enfants dans des corps d’adultes ; ces personnalité immatures et dysfonctionnelles, aveuglées par leur narcissisme, constituent néanmoins une part considérable de nos contemporains.

Une société déresponsabilisée

Dans le même temps, l’être humain occidental et moderne, s’il se nourrit du regard des autres, ne supporte pas d’avoir à assumer les conséquences de ses actes. Regardez-moi, likez moi, kiffez mes photos, partagez mes moindres avis sur l’état du monde, considérez-moi, aimez-moi … mais, surtout, ne me critiquez jamais. Ne me contredisez pas : mon petit ego ne pourrait le supporter. Surtout, ne soyez jamais méchant avec moi. J’ai le droit de dire ce que je veux, sinon c’est de la censure et c’est méchant, mais les autres doivent prendre garde à leurs propos, pour ne pas me heurter. Cette logique nombrilocentrée est exactement la même que celle d’une Caroline de Haas, qui, après avoir insulté l’ensemble des hommes, s’étonne douloureusement que certains réagissent à ses commentaires par l’insulte ou la violence verbale. Et qui, par mauvaise foi ou par bêtise, semble ne pas comprendre en quoi elle a été insultante, puis menace de porter plainte lorsqu’un homme déclare avoir eu « envie de la gifler ». Comme si l’envie était la même chose que l’acte. Comme si le mot et la chose étaient confondus en un seul et même fait. Pensée magique.

La Jeune Fille veut pouvoir s’habiller comme une prostituée, mais que cela ne soit remarqué que par le Prince Charmant qu’elle convoite. Elle veut pouvoir s’exhiber demi-nue sur médias sociaux, mais pas que ses voisins la voient, ni pensent à mal. Elle veut pouvoir tourner pour Jacquie et Michel, mais pas que son employeur puisse voir la vidéo ni n’estime que cela porte préjudice à son image. Elle veut être autorisée à dire ce qu’elle veut, y compris en se montrant insultante, mais pas qu’on lui réponde. Elle veut aller manifester en tête d’un cortège quelconque mais s’insurge si sa photo se retrouve en Une dans la presse locale. Parce qu’elle ne fait pas la différence entre liberté individuelle et licence, parce que son solipsisme la pousse à ne considérer le monde que du point de vue de son propre intérêt, de ses propres ressentis ou de ses propres envies, elle estime qu’il est anormal que ses attitudes appellent des réactions, et va jusqu’à considérer comme des crimes le seul fait de la critiquer. Elle oublie, tout simplement, que le réel existe. Que nous vivons en société. Que rien de ce que l’on dit ou fait dans l’espace public n’est privé. Le point commun entre Caroline de Haas, la hardeuse amatrice, la jeune fille du quotidien et la racaille qui tout à la fois crache sur le pays qui l’accueille et s’étonne que celui-ci ne l’aime pas en retour, c’est l’absence de cohérence; l’absence d’acceptation du fait que nos actes ont des conséquences.

Femmes féministes irresponsables

Si l’eau est trop chaude ou trop froide, s’il y a des méduses ou des requins, si un mec lui regarde les fesses sur la plage … dans tous les cas, ce sera de la faute du patriarcat.

Bien évidemment, cela n’excuse en rien le harcèlement, qui est un délit et doit être considéré comme tel. Mais on gagnerait très certainement beaucoup à enseigner aux jeunes femmes les bases de la logique : cause et conséquence. Il ne s’agit pas de les encourager au port de la burka. Seulement de leur faire éviter de se mettre elles-mêmes en danger. Car crier au scandale quand le malheur arrive, cela, peut, certes, être éventuellement efficace pour alerter l’opinion. Mais éviter que le malheur n’arrive reste tout de même préférable. Et on n’évite pas le malheur en niant le réel.

La campagne d’affichage de la RATP dit très bien cela, sans le vouloir : elle présente en effet des femmes qui se trouvent dans des environnements de toute évidence dangereux et font comme si de rien n’était. Perdues dans leur bulle, elles ignorent l’existence du monde extérieur. Et s’étonnent de s’en retrouver victimes. Pourtant, si l’environnement est aussi dangereux que ces campagnes le prétendent, ne pas faire preuve d’un minimum d’attention, de prudence, de sang-froid et de préparation revient à s’exposer soi-même à la voracité des prédateurs. Et donc s’en faire complice.

Une société dévirilisée

Mais la principale raison pour laquelle existe un harcèlement de rue, et pour laquelle celui-ci se fait de plus en plus problématique, c’est tout simplement la dévirilisation de la société en général, et des hommes en particulier. Au sein d’une société où les valeurs masculines de protection des plus faibles, d’honneur et de responsabilité collective existeraient encore, des comportements aussi intolérables seraient impossibles dans les lieux publics. Non parce que les harceleurs partageraient de telles valeurs : la plupart ne sont pas intellectuellement équipés pour cela. Mais parce que la plupart des hommes présents ne les laisseraient tout simplement pas faire ; et ceux qui souhaiteraient intervenir sauraient pertinemment pouvoir faire confiance aux autres hommes présents aux alentours afin de faire taire le fâcheux, le faire sortir du wagon, voire, dans les cas extrêmes, faire en sorte qu’il reparte en ramassant ses dents avec ses doigts cassés. Oui mais voilà : l’homme qui s’entretient physiquement, qui est capable de physiquement défendre sa compagne (ou même toute femme en danger aux alentours) et qui a le courage de le faire … celui-là est désormais, aux yeux d’une bonne partie de la société, un machiste rétrograde, tenant d’une virilité toxique, et très certainement un fasciste. Bref : un sale con.

Les féministes sont la cause des harcèlements

Le problème, pour Marie-Cindy, c’est que quand elle aura fini de castrer tous ces sales mâles machistes conservateurs et patriarcaux qui l’entourent, il ne restera plus personne pour la défendre des prédateurs.

La dévirilisation de l’homme occidental, désormais voulu doux, poli, faible, incapable de la moindre violence, est en réalité la cause première du harcèlement de rue. Le féminisme dominant a cru en effet, à tort, que la meilleure manière de protéger les femmes et de leur assurer une certaine tranquillité était de castrer les hommes. Il s’agit là d’une vision naïve et idéalisée du monde. La meilleure protection des femmes, face à la violence masculine, ça n’est pas la destruction de la virilité de leurs frères, de leurs pères, ni de leurs maris. C’est, au contraire, la formation de ces frères, de ces pères, de ces maris, à une forme de virilité cohérente et à une manière saine de canaliser leur propre violence intérieure. C’est l’apprentissage du courage, des valeurs viriles, des principes moraux et également, si nécessaire, du combat. Pour reprendre les métaphores animales de la récente campagne : si vous vous promenez au milieu des loups, mieux vaut être accompagnée d’un mastif courageux et prêt à en découdre que d’un joli petit bichon. Le premier vous sauvera la vie (peut-être au prix de la sienne) ; le second se fera bouffer, avant que vous ne soyez vous-même dévorée. Pourquoi le prédateur se priverait-il d’agir, puisqu’il sait que plus personne ne s’opposera à lui ? Que la femme qu’il convoite en est physiquement incapable, et les hommes aux alentours, lâches et mentalement castrés ?

A bien des égards, le harcèlement de rue et les agressions dont se plaignent aujourd’hui les mouvances féministes ne sont rien d’autre que le résultat logique de décennies de leur propre action sur la société.  Ces mouvances ont voulu une société moins virile. Elles l’ont. Et ça n’est pas beau à voir. Les hommes que leur propagande touche, et sur qui elles crachent le plus, sont justement ceux qui pourraient les protéger. Les actes indésirables dont elles se plaignent ne sont rien d’autre que des effets, dont elles-mêmes sont les causes. 

Illustrations : Francisco Moreno Sharon McCutcheon Maxwell Gifted

Martial
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