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Il était autrefois relativement commun, pour un homme, du moins dans les milieux favorisés, de ne se marier qu’après trente-cinq, voire quarante ans. Ce n’était pas complètement par hasard. Il n’est en effet que trop courant, aujourd’hui, de voir se marier (ou se mettre en couple stable, ce qui revient à la même chose) des hommes qui n’ont pas encore ne serait-ce que commencé à exprimer leur potentiel. Comme s’ils avaient intégré, en eux-mêmes, une forme d’urgence à se caser, à s’impliquer le plus rapidement possible dans un couple, alors même que cela va à l’encontre de leurs propres intérêts.

Compte tenu des cycles d’évolution de la Valeur sur le Marché Sexuel et de la Valeur sur le Marché Relationnel des hommes et des femmes, c’est autour de 25 ans que les chances d’une femme de dénicher le meilleur partenaire possible sont optimales : elle est alors au sommet de sa puissance de séduction et, d’autre part, commence, d’un point de vue intellectuel, à sortir de l’enfance. Les années qui suivront augmenteront son expérience, certes, mais pas au point de rattraper la perte de sa fraîcheur et de sa beauté juvénile. C’est donc vers 25 ans, ou, pour les plus chanceuses et les mieux conservées, jusqu’à 30 ans, qu’elle dispose de toutes les armes, de toute la puissance, de toutes ses chances pour se caser avec l’homme de ses rêves. Au-delà, certes rien n’est impossible, mais, les statistiques jouant en sa défaveur, chaque année sera plus dure que la précédente.

Questions de cycles

Rien de tel, en revanche, pour un homme : vers 25 ans, il commence à peine à gravir les échelons. Sa carrière débute (et encore … il y a fort à parier que dans le milieu professionnel, on le prenne encore pour un gamin), son expérience de vie est limitée, sa connaissance du monde en général et des femmes en particulier est quasiment nulle. Du point de vue de la VMS comme de la VMR, il commence tout juste à escalader la longue courbe qui, vers 35 ans, le mènera à son plateau optimal.

Dans de telles conditions, la création d’un couple stable quand les deux partenaires ont 25 ans environ est exclusivement au bénéfice de la femme : celle-ci, en effet, achète avec une VMS/VMR désormais déclinante la Valeur désormais montante d’un partenaire. Si le deal peut sembler équitable sur l’instant, il le sera, en réalité, de moins en moins au fil des années : chaque mois qui passe le rendra plus déséquilibré et plus en défaveur de l’homme. Et de ce déséquilibre naîtront bien des crises, à commencer par le fameux démon de midi.

On notera d’ailleurs que, gynocentrisme aidant là encore, il est généralement bien accepté, pour une femme, de quitter un homme qui, en vieillissant, n’a pas réalisé son potentiel économique : le brillant jeune homme de 25 ans qui n’a pas, à 35 ans, la belle carrière qui semblait lui être promise pourra, bien souvent, être abandonné sans regret. A l’inverse, l’homme qui, dix ans après le mariage, quitte sa femme parce qu’elle a grossi, qu’elle est devenue moins agréable, bref : qu’elle a perdu de sa VMS et VMR, cet homme-là sera généralement considéré comme le dernier des salauds, des sans-cœur.

dînette

Se blottir trop tôt dans un certain confort conjugal est le plus sûr moyen, pour nombre d’hommes, d’accumuler des frustrations qu’il conserveront leur vie durant.

La dînette, ou comment meurent les rêves

Il est également toujours saisissant de constater combien de jeunes hommes, entre 20 et 25 ans, sont prêts à dévorer le monde, à lutter, à conquérir ce qu’ils souhaitent, et ce dans tous les domaines … sauf le domaine sentimental. Dans ce domaine-là, ils semblent n’avoir rien de plus pressé que de se caser, le plus rapidement et le plus sûrement possible : se sortir de la compétition et du Marché Sexuel leur semble être le plus sûr moyen de pouvoir concentrer leurs efforts sur leur carrière ou autres sujets d’intérêt à leurs yeux par la suite. Or c’est tout le contraire.

Dans bien des cas, en effet, c’est le fait d’être en couple stable qui les empêchera de réaliser leurs ambitions : loin d’être un soutien, le couple va être leur boulet. Non seulement parce qu’il faudra investir, et dépenser bien plus qu’il ne l’aurait souhaité (il convient de se souvenir que les femmes contrôlent 80% des dépenses des ménages en moyenne ; ces magnifiques nouveaux rideaux, qui vous semblent inutiles et dont la valeur serait selon vous mieux employée ailleurs seront bel et bien achetés, et avec votre argent), mais aussi parce que, pour saisir certaines opportunités, la flexibilité est souvent nécessaire : pouvoir se déplacer, passer plusieurs jours de travail loin du foyer, aller prendre un poste dans une autre ville, travailler tard, faire une croix sur certains week-ends. Idem, d’ailleurs, pour les autres activités, de type passions ou hobbies : n’espérez pas pouvoir consacrer trois samedis par mois à vos tournois d’échecs, de kick-boxing ou de handball, si des week-ends chez belle-maman ou des sorties en couple s’invitent dans votre agenda.

Bien évidemment, de tels sacrifices, qu’il s’agisse de hobbies ou de carrière, sont nécessaires dans une vie : on en fait toujours, tôt ou tard, ne serait-ce que parce qu’on fait des choix. On est fatalement amené à renoncer à certaines choses pour en obtenir d’autres, c’est dans l’ordre du monde. Quand on forme une famille, en particulier, on a besoin de temps à consacrer à sa compagne et à ses enfants. Mais justement : pour que ces sacrifices ne soient pas trop douloureux, pour que l’on n’ait pas le sentiment d’être privé de son existence, mieux vaut, avant d’y consentir, avoir un peu vécu. Il est important de réaliser que ces sacrifices seront faits, dans l’intérêt du couple, que vous ayez ou non des enfants. Et qu’en réalité, vous bénéficierez d’autant plus d’opportunités dans votre existence que vous aurez su rester plus longtemps dénué de toute attache et de tout engagement.

Quoi que vous souhaitiez être dans votre vie, cela vous demandera énormément de temps, et le couple, avec ou sans enfants, vous dévorera la plupart de ce temps. L’instant où vous vous mettez en couple est l’instant où vous renoncez à la plupart de vos rêves et de vos ambitions. Si vous souhaitez avoir des enfants, cet instant arrivera tôt ou tard, et il n’y a aucune raison de le redouter : c’est le prix à payer pour avoir une descendance. Mais si vous ne souhaitez pas avoir d’enfants, ou si vous ne souhaitez pas en avoir avec cette fille-là, vous n’avez aucun intérêt objectif à former avec elle un couple stable et durable.

Ce couple-boulet, ce couple sans enfants qui dure et dure des années, et tue peu à peu vos rêves, votre créativité, votre ambition et votre physique, c’est ce que dans l’androsphère on appelle la dînette : le fait, pour des jeunes gens, de jouer à papa-maman, de s’installer dans un petit meublé, de se lier pieds et poings l’un à l’autre. De profiter de la vie à deux sans pour autant produire une descendance. Une manière sûre et efficace de faire mutuellement le malheur de chacun.

Dînette en couple

Bien entendu, la dînette peut être très agréable : ce ne serait pas un piège, si elle ne l’était pas.

Fuir la dînette

Prendre le temps de devenir l’homme que l’on voudrait être, de réaliser ses ambitions, de concrétiser ses rêves, ce n’est pas perdre son temps : c’est l’investir. Et en termes relationnels, c’est accepter de se passer de liaisons peu satisfaisantes, pour espérer obtenir, plus tard, des relations de bien meilleure qualité. Et les contraintes géographiques, émotionnelles, financières et temporelles impliquées dans la création et le maintien d’une relation monogame quotidienne font de ce type de relation, pour les hommes les plus jeunes, un luxe qu’ils peuvent rarement se permettre, sauf à se condamner à perdre les années les plus fécondes et les plus utiles de leur existence.

A 25 ans, vous n’êtes certes pas au sommet de votre existence. Mais vous êtes dans la période de votre vie où vous disposez de la plus grande influence sur votre propre direction. Tous les chemins vous sont accessibles, un grand nombre de portes vous sont ouvertes. Vous n’avez qu’à faire votre choix. Et choisir de vous enchaîner un boulet au pied est sans doute le moins bon que vous puissiez faire.

Les faits sont là : avant 35 ou, au grand minimum, 30 ans, un homme contemporain n’a aucun intérêt à former un couple sexuellement et émotionnellement exclusif et monogame. Et il ne s’agit pas seulement ici de carrière et d’argent : plus il gagne en maturité et en expérience, en compétences et en connaissance du monde, mieux il juge également du caractère d’autrui, et moins il se laisse berner par les apparences les plus immédiates. Mieux, donc, il est à même de faire le choix d’une compagne de qualité. Un homme de 35 ans au succès professionnel et personnel ne serait-ce que moyen a de quoi faire envie à nombre de ses semblables; il possède en effet ce qu’ils ont pour la plupart perdu : le temps et la liberté. Sans compter que le temps, justement, dont il a disposé jusqu’ici, s’il a été employé à autre chose qu’aux jeux vidéo et au porno, lui a permis de développer bien des compétences et d’acquérir bien des savoirs. En bref : du point de vue du pouvoir sur sa propre existence, de ses capacités de choix et de sélection d’une compagne (y compris d’une compagne de dix ans plus jeune que lui, ce qui, pour la construction d’un Cadre solide, est plutôt à conseiller), il est au sommet de sa puissance. Le pouvoir réel réside dans le contrôle que l’on a de sa propre existence. Et un homme de ce type dispose de beaucoup de pouvoir.

Illustrations : Roberto Nickson Soroush Karimi rawpixel

Martial
Martial
Martial ayant appris à tirer à l'école des Stormtroopers impériaux, il a fini par prendre conscience que la carrière militaire n'était pas pour lui. Depuis, il diffuse sur Internet sa haine et sa frustration à l'encontre de ces p*** de rebelles et de l'incompétence des ingénieurs de l'Empire. Actuellement, il dirige Neo-Masculin, collabore à École Major et participe au Café des Hommes.

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