0

L’idée de l’hypergamie est tellement commune et acceptée dans l’androsphère qu’elle est presque devenue un meme : « 50 Shades of Gray n’est considéré comme sexy et romantique que parce que le protagoniste masculin est un millionnaire. S’il était au RSA, l’histoire serait considérée comme sordide, voire criminelle. » Cette affirmation a de quoi séduire : elle correspond en effet bien aux données Pilule Rouge concernant l’hypergamie féminine en général. Mais est-ce bien le cas, et surtout, peut-on le vérifier ? La réponse est oui.

Hypergamie et théorie du marché sexuel

La théorie du marché sexuel prédit que les relations de séduction entre mâles et femelles peuvent être considérées comme un vaste marché, au sein duquel les femelles tentent d’échanger leur sexualité contre les ressources que leur proposent les mâles qui les convoitent. Ces ressources peuvent être financières, matérielles, symboliques ou même dans certains cas imaginaires mais il y a toujours transaction. Afin de conserver une haute valeur à ce qu’elles proposent, les femmes sont, dans ce contexte, encouragées à restreindre l’accès à la sexualité des hommes : en se rendant difficiles à séduire, en supprimant les possibilités alternatives (recours à la prostitution interdit, tourisme sexuel montré du doigt même quand il n’est pas sanctionné, etc.), elles créent une pénurie, qui, en retour, fait monter les cours du marché. D’où également le fait qu’elles tendent à mépriser les « filles faciles », coupables à leurs yeux de casser le marché. Dans le même temps, cette volonté de faire monter les enchères les amène à considérer (ou à prétendre qu’elles considèrent) une relation sexuelle comme une chose significative, importante à leurs yeux … bref, quelque chose de spécial. Cet emballage sentimental a ici le même rôle que l’emballage brillant d’un cadeau : y ajouter une part de mystère, qui en augmente la valeur affective artificiellement.

marché sexuel et hypergamie

Le principe du marché sexuel est simple : tout cela a un prix, et s’échange contre des ressources et des valeurs, réelles, sociales ou symboliques.

Cette théorie explique d’ailleurs également pourquoi ce sont surtout des femmes qui courent le risque d’être violées, et surtout des hommes qui courent le risque d’être manipulés et entraînés contre leur gré dans une relation qu’ils ne veulent pas. En effet, du point de vue de la théorie du marché sexuel, ces deux actes sont identiques ou presque, puisqu’il s’agit, dans les deux cas, d’obtenir par la force ou la ruse de l’autre ce que la transaction normalement admise ne permet pas d’obtenir.

La théorie fonctionne très bien et est et largement utilisée dans le cadre de la compréhension des relations de séduction en psychologie et psychologie évolutive; mais tant que le phénomène n’est pas observé directement, cela ne reste qu’une belle théorie.

Et justement, observé, il l’a été.

L’expérience de Vohs : le juste prix des choses

En 2013, Kathleen Vohs, Jaidep Senhupta et Danrren Dahl, de la Carlson School of Management (université du Minnesota), ont mis au point une expérience permettant de tester et d’observer cette théorie dans la réalité.

Ils rassemblèrent un grand nombre de cobayes (des femmes de tous âges et milieux sociaux) et les divisèrent en quatre groupes distincts. Chaque groupe fut soumis à une ou plusieurs publicités…

  • Les femmes du groupe A étaient soumises à des publicités pour un produit quelconque. Les publicités avaient un fort caractère sexuel.
  • Les femmes du groupe B étaient soumises à des publicités pour un produit quelconque. Les publicités n’avaient pas de caractère sexuel.
  • Les femmes du groupe C étaient soumises à des publicités pour un produit de luxe. Les publicités avaient un fort caractère sexuel.
  • Les femmes du groupe D étaient soumises à des publicités pour un produit de luxe. Les publicités n’avaient pas de caractère sexuel.

Toute la question était donc : aurait-on des réactions différentes ou non en fonction du degré de sexualisation du produit ? Et la réponse a été sans ambigüité :

Les publicités du groupe A ont été majoritairement jugées vulgaires et déplacées, alors que celles du groupe B ne recevaient pas de réaction particulière.

A l’inverse, les publicités du groupe C étaient jugées sexy, provoquantes, excitantes, appropriées … bien plus que celles du groupe D.

Pourtant, les publicités présentaient la même situation : mêmes hommes, mêmes femmes, seuls les produits présentés à la fin de la publicité changeaient d’un groupe à l’autre. Mais un fort sentiment de vulgarité, voire de misogynie, s’est exprimé parmi les cobayes du groupe A, alors que celles du groupe C avaient une impression de promotion, de respect des clientes, et ainsi de suite.

En d’autres termes : les cobayes trouvaient que voir une femme consentir à un acte sexuel en échange de la promesse ou de la possibilité d’obtention d’un produit cheap (type paquet de chips ou stylo) était grossier, mais que voir cette même femme, dans la même situation, pour l’obtention d’un objet de luxe (bijou, voiture, parfum…) était justifié et valorisant. Pour elles, l’aspect prostitutionnel de l’acte n’était majoritairement considéré comme répugnant que quand il n’était pas payé assez cher.

hypergamie et marché sexuel

Pour un homme, le prolétariat économique équivaut généralement à un prolétariat sexuel également.

L’expérience de Ponseti : une attirance contextuelle

En 2018, l’équipe de Jorge Ponseti, Kim Dänhnke et Leona Fichermeier, de l’Institut de Psychiatrie et de Sexologie de Kiel (Allemagne), publièrent les résultats d’une autre étude, qui corroborait totalement celle de Vohs.

Les sujets testés étaient aussi bien des hommes que des femmes. Ils étaient divisés, comme souvent, en deux groupes : un groupe-test et un groupe-témoin.

L’équipe de Ponseti avait préparé 84 images, divisées en quatre jeux différents, et présentant diverses personnes, toutes du sexe opposé à celui du cobaye :

  • Un jeu d’images présentant une personne dans un environnement riche (belle maison, belle voiture, etc.)
  • Un jeu d’images présentant une personne dans un environnement pauvre (taudis, veille bagnole déglinguée, etc.)
  • Un jeu d’images présentant une personne dans une situation humainement « positive » (soin aux enfants, dialogue, coopération…)
  • Un jeu d’images présentant une personne dans une situation humainement « négative » (conflit, dispute…).

A ces 84 images de base, furent ajoutées autant d’images diverses (paysages, animaux, etc.), ainsi que 15 images érotiques dans lesquelles on avait eu soin de dissimuler tout élément pouvant donner un indice quant à l’identité des participants, leur milieu social ou autre.

L’expérience consistait donc à montrer au cobaye des séries de photos thématiques (richesse, pauvreté, paysages, colère, collaboration…), puis de les confronter à une image érotique et de mesurer, alors, leur réponse à celle-ci : leurs stimuli sexuels étaient-ils ou non influencés par les images qui précédaient (sachant bien que, si on vous montre le portrait de quelqu’un, puis une image érotique dans laquelle le visage est absent, vous avez toujours tendance à vous imaginer qu’il s’agit de la personne que vous venez de voir) ?

homme et seduction hypergamie

Il n’y a que les hommes gays pour trouver ce genre d’individu absolument irrésistible…

Là encore, le résultat a été sans appel : la majorité des hommes n’étaient pas affectés par le fait qu’une femme soit présentée dans un contexte riche ou pauvre. Son physique était et restait leur raison principale pour se sentir attirés par elle ou non.

En revanche, face à la même image érotique finale, les femmes se montraient beaucoup plus réceptives quand les images qui précédaient indiquaient une abondance de ressources.

Homme riche hypergamie

… pour une majorité de femmes, ceci est bien plus séduisant.

Le fait de présenter des femmes dans un environnement humain conflictuel n’affectait que légèrement l’attirance des hommes. Alors que le fait de présenter des hommes dans un environnement humain harmonieux affectait positivement l’attirance des femmes, surtout s’ils étaient présentés prenant soin d’enfants.

De cette expérience, l’équipe de Ponseti a conclu que l’attirance sexuelle masculine était plus spontanée et plus liée aux stimuli immédiats, alors que l’attirance sexuelle féminine était plus contextuelle.

Tout ça pour en venir à quoi ?

A ceci, qui est très simple et évident mais que le contexte idéologique actuel voudrait bien gommer, au profit d’un égalitarisme abstrait : nous sommes avant tout des corps. Et les corps féminins et les corps masculins ne réagissent pas de la même manière. Ils ne conçoivent ni le désir, ni l’attirance, ni l’amour, de la même façon. Et leurs critères de choix ne sont pas les mêmes. L’hypergamie n’est pas un mythe de l’androsphère, mais bel et bien une réalité observée. Sur le marché de la séduction, c’est bien son corps qui fait le succès d’une femme. Mais même si la beauté du corps ne gâche rien et peut également contribuer à la réussite, c’est bien le statut social, patrimonial et financier qui est le meilleur atout-séduction d’un homme.

Études et références :

Illustrations : Anderson Guerra, Valeria Boltneva, VINICIUS COSTA, mentatdgt

 

Martial
Martial
Martial ayant appris à tirer à l'école des Stormtroopers impériaux, il a fini par prendre conscience que la carrière militaire n'était pas pour lui. Depuis, il diffuse sur Internet sa haine et sa frustration à l'encontre de ces p*** de rebelles et de l'incompétence des ingénieurs de l'Empire. Actuellement, il dirige Neo-Masculin, collabore à École Major et participe au Bistrot des Gentilshommes

Ulysse, Achille et le Lotos : plaisir et leurres du bonheur

Article précédent

TEST : quel oppresseur êtes-vous ?

Article suivant

Plus d'articles Études

Sur les mêmes sujets