Idées reçues : cinq mensonges qu’on vous répète encore et encore

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Idées reçues et moutons de panurge

Les idées reçues, ce sont ces principes qui semblent tellement évidents, tellement entrés dans les mentalités, qu’on ne songe jamais à les remettre en question. Les idées reçues font partie de l’architecture mentale de la Matrice dans laquelle nous sommes tous enfermés. Refuser la Pilule Bleue et gober la Pilule Rouge, cela implique qu’il faut apprendre à repérer ces idées reçues, à prendre le temps de réfléchir à leur sujet, puis de les accepter (car ce n’est pas parce qu’une idée est reçue qu’elle est nécessairement fausse) ou de les rejeter mais dans un cas comme dans l’autre de le faire en conscience, et non par la soumission au récit dominant. Voici, pour commencer, cinq idées reçues particulièrement vicieuses. Et il est probable qu’une bonne partie des hommes contemporains n’ont encore jamais songé à les remettre en question. 

 

Idée reçue #1 : La violence ne résout jamais rien

De toutes les idées reçues, c’est sans doute la plus largement diffusée. L’idée que la violence ne résout jamais rien est tout simplement une contre-vérité : certes, la violence ne permet pas de tout résoudre ; il y a en effet des situations face auxquelles elle n’arrangera rien. Mais il y a également un grand nombre de situations face auxquelles une saine dose de violence peut être la seule solution possible. La meilleure défense, quand on est confronté à des ennemis violents, ce n’est ni de tendre la joue gauche, ni de les aimer en retour, ni de planter des bougies et des fleurs, ni de leur hurler qu’ils n’auront pas notre haine. La meilleure défense consiste à les vaincre, purement et simplement, de préférence en en tuant le plus possible.

Si vous avez huit ans et que le sale gosse de votre classe vous brutalise à la récré, ne vous attendez pas à ce qu’il stoppe parce que vous vous montrez gentil à son égard. Il s’arrêtera le jour où vous lui aurez cassé la gueule. Si vous ne le faites pas, vous risquez de rester éternellement sa victime.

Il en va de même à l’âge adulte : un prédateur est et reste un être dangereux et il y a du prédateur en chaque homme. Combien sont ceux qui sont réellement vertueux ? Et par réellement vertueux, il faut comprendre : qui ne commettraient ni crime ni violence même en étant certains qu’ils ne courent pas le risque d’être arrêtés, jugés et condamnés pour cela ? Peu, très peu. Or le fait d’arrêter, d’interroger, de juger, d’emprisonner ou d’exécuter une personne, c’est bel et bien une forme de violence.

En réalité, il y a toujours une certaine quantité de violence dans une société. Soit cette violence est le monopole de l’État (police, armée, justice, prisons…) et la paix civile règne, soit elle échappe à l’État, et en ce cas ce sont les particuliers qui s’en emparent : criminels, délinquants, mais aussi milices d’autodéfense, sociétés de sécurité, etc. Mais en aucun cas on ne peut s’en débarrasser.

Idée reçue #2 : La guerre est une anomalie, la paix est l’état naturel des choses

Corollaire du précédent mensonge, celui-ci n’est que rarement proféré en tant que tel. Il n’en demeure pas moins prégnant dans nombre de nos considérations sur le monde et sur les rapports géopolitiques ou diplomatiques. Prisonniers de nos idées reçues, nous tendons en effet à considérer que l’état de base du monde, c’est la paix ; la guerre est une anomalie, qui survient quand on n’a pas réussi à maintenir la paix, et à laquelle il faut mettre fin au plus vite. Pourtant, ce point de vue n’a pas toujours été celui de l’Occident. Encore aujourd’hui, de nombreuses cultures ne partagent pas cette idée.

Pour nos ancêtres romains et grecs, la paix n’était pas naturelle. Si vis pacem para bellum : les hommes de l’antiquité considéraient le conflit comme l’essence-même du rapport entre les êtres, entre les cités, entre les États. La paix, pour eux, était ce que le vainqueur impose au vaincu : elle était le résultat de la guerre, son but et sa conclusion. Bien entendu, la paix était souhaitée : personne ne souhaite une guerre perpétuelle. Mais on avait encore conscience du fait que la paix ne peut s’obtenir qu’à la pointe de l’épée.

Il convient à cet égard de se souvenir que pour Héraclite, par exemple, Polemos (le conflit) est le principe du mouvement et l’origine de toutes choses. On peut expliquer cela de manière très simple : on ne se définit que par opposition aux autres, que par différenciation entre le Moi et le non-Moi. Or cette différenciation s’accompagne nécessairement d’un minimum d’opposition. Et ceci est valable pour les individus comme pour les sociétés. Refuser de penser le conflit, c’est refuser de penser l’affirmation de soi. Or le jour où votre corps en vient à ne plus faire la différence entre votre Moi et votre non-Moi, c’est-à-dire entre ce qui sert à la survie de votre individu et le reste, cela s’appelle une immunodépression. On en meurt.

Idées reçues et moutons

Beaucoup d’hommes ne remettent jamais en question leurs idées reçues et sont parfaitement heureux d’être des moutons.

Idée reçue #3 : L’argent ne fait pas le bonheur

Ce mensonge-ci est très pratique pour tenir en laisse les pauvres. Alors que d’autres idées reçues sont de francs mensonges, celle-ci est d’autant plus terrible qu’elle est, au moins en partie, vraie : il ne suffit pas d’être riche pour être heureux, en effet. Mais l’interprétation qui est donnée de cet adage pose problème. Car si l’argent ne rend effectivement pas heureux, le manque d’argent, lui, garantit le malheur. Car sauf à être un grand mystique contemplatif, il est très difficile d’être heureux si on n’a rien à manger, si on a froid, si on est sans abri. L’argent, ou, tout au moins, assez d’argent pour vivre convenablement et assurer ses besoins matériels minimaux, est donc une condition suffisante au bonheur, même s’il n’en est pas la condition nécessaire (pour un topo sur les notions de condition nécessaire et de condition suffisante, voir l’article consacré à l’affirmation du conséquent).

Afin de ne pas perpétuer le mensonge, il conviendrait donc d’exprimer le proverbe ainsi : l’argent ne fait pas la totalité du bonheur, il ne fait qu’en garantir la possibilité. C’est déjà loin d’être négligeable.

Idée reçue #4 : La diversité est une richesse

Ce mensonge-ci n’en est pas vraiment un. C’est plutôt une affirmation infondée. Ce n’est d’ailleurs pas la seule dans l’idéologie mièvre et bienveillante qui domine actuellement, et au sein de laquelle les idées reçues sont légion. Cette idée-ci part du principe qu’il faudrait plein de gens très différents (ethniquement, culturellement, religieusement…) pour faire une vraie chouette société. Le problème, ici, est plutôt d’ordre logique, et ce pour plusieurs raisons :

  • Si vous n’êtes pas raciste et croyez que tous les hommes sont exactement les mêmes et interchangeables, alors vous devez considérer que la diversité n’a aucun sens et n’apporte rien : dans votre vision du monde, tous les hommes se valant en tous points, la diversité ne saurait être qu’une considération neutre, sans valeur intrinsèque.
  • Si vous n’êtes pas raciste mais pensez que les individus sont largement déterminés par leur culture, laquelle influence considérablement leur mode de vie, leur manière de voir le monde et leur façon de se comporter, vous devez reconnaître que la cohabitation de cultures très différentes est souvent problématique et finit généralement par se traduire par des conflits à plus ou moins grande échelle. Or pour qu’il y ait diversité, il faut bien que ces cultures soient très différentes : si elles le sont peu, elles finissent pas se mêler et n’en former qu’une seule, et en ce cas, il n’y a plus de diversité. En ce cas, donc, la diversité est soit une donnée neutre vouée à disparaître avec le temps, soit un problème.
  • Si vous n’êtes toujours pas raciste mais pensez que les nouveaux venus sont appelés à s’intégrer à la culture d’accueil, alors vous n’êtes pas pour la diversité, puisque justement vous souhaitez la disparition des différences culturelles entre les différents groupes, ou tout au moins leur réduction à un aspect purement anecdotique (un accent, quelques recettes de cuisine, un élément vestimentaire…).
  • Si vous êtes racialiste et pensez que certes, tous les hommes sont égaux en dignité et devant la loi mais que chaque race a ses propres génies, qu’il convient de préserver, alors il vous faut considérer la diversité (qui entraîne nécessairement le métissage) comme un vice à corriger.
  • Si vous êtes raciste et pensez que votre race doit être protégée, la diversité est également un vice.
  • Enfin, si vous vous en tenez aux faits et n’émettez pas d’opinion particulière en la matière, vous pouvez vous contenter de constater que l’idée selon laquelle la diversité serait une richesse ne repose absolument sur rien de démontré, ni de concret : uniquement sur des a priori. Il est amusant de constater que ces mêmes a priori dénoncent en revanche le colonialisme comme mauvais : ainsi, quand des Occidentaux vont s’installer dans d’autres pays sans l’accord de leurs populations locales, c’est du colonialisme et c’est mal. Mais quand des non-Occidentaux viennent s’installer en Occident sans l’accord des populations locales, c’est de la diversité et c’est bien. Il y a bien là une double éthique raciste. Ce qui est problématique quand on fait l’éloge de la diversité.

Le problème, avec ce genre d’idées reçues, n’est donc pas tant qu’elles sont stricto sensu mensongères, mais bien plutôt qu’elles relèvent de l’improuvé, de l’indémontré, de la pure idéologie. C’est une croyance, et en tant que croyance elle n’a rien de mauvais en elle-même. Mais ce qui est affirmé sans preuve peut être également rejeté sans preuve. 

Idées reçues #5 : Il ne faut pas généraliser

Autre tarte à la crème éternelle : la fameuse phrase : Il ne faut pas généraliser. C’est en réalité parfaitement stupide. Il faut généraliser. C’est même la seule manière d’acquérir un savoir. Contrairement à ce qu’affirment de telles idées reçues, la généralisation est la marque de la connaissance, non de l’ignorance.

Quand vous observez le réel et remarquez une répétition des mêmes processus, des causes identiques entraînant des conséquences identiques (par exemple : à chaque fois que vous lâchez votre stylo, il tombe par terre), vous en déduisez une loi générale. Et cette loi générale vous sert de guide cognitif tant qu’elle n’est pas contredite par de nouveaux faits (le jour où vous lâchez votre stylo en l’air et constatez qu’il flotte à un mètre du sol, vous pouvez estimer que la loi générale de la gravitation est mise en défaut et que vous devez la réviser). Toute la pensée scientifique est fondée sur la généralisation. Si on ne généralisait pas, il faudrait en permanence réitérer les expériences de base : s’assurer que les stylos tombent encore, que les oiseaux volent encore, que la Lune affecte toujours les marées et que Macron est toujours un petit roquet prétentieux et méprisant, au lieu de considérer ces faits comme acquis et constituant des règles générales sur lesquelles on peut s’appuyer pour fonder une vision du monde réaliste et cohérente. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas savoir modifier les lois générales quand on se rend compte qu’elles entrent en contradiction avec le réel, bien entendu.

En conclusion

Il en va des idées reçues comme de toute autre forme de pensée : ce n’est pas parce qu’une majorité de la population y croit qu’elles sont vraies. Pour l’homme qui se souhaite rationnel et détaché des prisons idéologiques imposées, examiner posément et sans complexe tout ce à quoi il adhère sans trop savoir pourquoi est une nécessité impérieuse. Cela nous assure de ne pas tomber trop vite, ni trop souvent, dans la paresse intellectuelle, et donc la bêtise.  

Martial
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