Il faut 500 millions d’euros pour lutter contre les violences conjugales !

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violences conjugales

Un rapport récent prétend qu’avec 500 millions d’euros de plus, il serait possible de venir à bout des violences conjugales. J’ai découvert le rapport en question après un tweet d’Hélène Bidard, adjointe PCF à la mairie de Paris, que m’avait partagé un auditeur.

Dans une élégante prétérition, on ne fera pas remarquer à Hélène Bidard que le mot personnel désigne l’ensemble des individus travaillant pour une entreprise, et ne s’accorde ni au féminin ni au pluriel, au grand dam de l’écriture prétendue « inclusive ».

 

De l’argent contre les violences ?

Comment va-t-on éradiquer les violences contre les femmes ? La réponse se trouve dans un copieux rapport intitulé « Où est l’argent contre les violences faites aux femmes ? »

Vous noterez comme moi la légère variation sémantique de « violences conjugales » à violences faite aux femmes » qui permet d’omettre les hommes victimes de telles violences (30% des cas tout de même).

Le but de l’étude ne semble déjà que partiellement en accord avec son titre. On ne lutte pas contre les violences mais pour permettre aux femmes d’en sortir. Nuance qui aura aussi échappé à Hélène Bidard.

Pour un rapport budgétaire, on pourra s’étonner de l’extrême concision de la section chiffrant le besoin. Environ 5 pages (en enlevant les encarts explicatifs) sur un rapport en totalisant 68.

Les chiffres sont calculés suivant une hypothèse basse (96 800 femmes ayant déposé plainte en police ou gendarmerie pour violence conjugales) et une hypothèse haute (225 000 femmes, estimation INSEE).

Dans le cadre de l’hypothèse basse, les dépenses proposées sont donc les suivantes :

  • Campagne d’information – 10 M€
  • Accompagnement par des associations – 193,6M€
  • Ligne téléphonique (existante) – 3,5M€
  • Formation policiers, gendarmes, médecins, commissaires – 33,1M€
  • Hébergement d’urgence (17% des victimes, pour 9 mois en moyenne) – 193,2M€
  • Téléphone grave danger (1500 appareils) – 1,4M€
  • Formation des magistrats et avocats – 0,1M€
  • Aide juridictionnelle – 0,9M€
  • Soins psycho-traumatiques – 24,2M€
  • Recherche et développement – 46M€

Que reprocher à ce rapport ?

Que le ministère de l’égalité ne s’occupe que des violences conjugales qui concernent les femmes en ignorant délibérément les hommes (toujours aucune ligne téléphonique et aucun centre d’accueil pour eux) ?  Après tout, le secret est éventé, ce ministère n’a aucune prétention à l’égalité. Qu’il est écrit dans ce bégayant langage qui se veut inclusif au risque de causer des palpitations rétiniennes aux lecteurs ? On changera bientôt de mode, pour inclure d’autres minorités par exemple. Qu’il cherche à trouver des solutions aux problèmes de violences conjugales ? Non, de ce côté-là, nous espérons tous que les violences conjugales disparaissent.

En revanche, pour officiel qu’il soit, ce rapport est critiquable à plusieurs égards.

  •  On peut se demander en quoi l’attribution de près de 200 millions d’euros à des associations va réellement changer les choses. L’estimation résulte d’un « entretien avec les associations » qui estiment que la moitié des victimes ont besoin d’un « accompagnement » pour un coût unitaire de 4000€ par victime. Oui 4000€, vous avez bien lu. Un chiffre parachuté dans le rapport, qui pourrait se doubler d’une petite explication.
  • On peut légitimement s’interroger sur le besoin en formation des policiers, gendarmes, commissaires de police, professionnels de santé et magistrats qui se confrontent à des cas de violences conjugales au quotidien. Que vont-ils apprendre exactement dans cette formation estimée à 1260€ qu’ils ne savent pas déjà et qui ne serait pas transmissible sous la forme d’une note interne ?
  • L’hébergement d’urgence pour une durée moyenne de 9 mois. Peut-on encore parler d’urgence pour 9 mois d’hébergement ? Obtenir un hébergement pour quelques semaines le temps de se reloger est une chose, y passer 9 mois en est une autre, et dans ce cas on sort du cadre de l’urgence.
  • Un budget de recherche et développement de 46M€, montant qui correspond à 10% du budget prévu. Déjà pourquoi 10%, pourquoi pas 5% ou pas 20% ? 10% serait-il un nombre magique ? Et ensuite pour rechercher et développer quoi ?
  • « Il est donc urgent de prévoir un financement dédié aux initiatives développées sur le long terme par les associations, fondations et autres acteur.rice.s. (sic) C’est pourquoi, il est proposé dans le présent rapport d’investir 10% du budget du parcours (460,0 millions en hypothèse basse ; 1 005,7 millions en hypothèse haute) pour la recherche et les innovations en matière de lutte contre les violences et d’accompagnement. Cet investissement pourra permettre d’améliorer la prise en charge de chaque femme et de faciliter la sortie des violences tout en favorisant la réinsertion. Sur le long terme, ces innovations permettront de réduire les violences faites aux femmes. »

Enlevez-les flonflons, les formules grandiloquentes, et vous obtenez une tautologie grand cru. Bref : on va verser 46 millions, on ne sait pas bien pourquoi mais promis juré, ce sera innovant et ça réduira les violences faites aux femmes.

En conclusion, beaucoup des chiffres du rapport ne relèvent que de la discussion avec des associations qui ont tout intérêt à gonfler la note. Certaines des mesures proposées relèvent du flou artistique (recherche et développement) et les formations réclamées à tout bout de champ semblent relever d’une approche mercantile. Les femmes victimes de violences conjugales ne sont-elles donc qu’un « business » comme un autre pour des officines féministes vendant des formations ? Officines comme Les expertes (lié au groupe EGAE qui vend des formations contre le sexisme), où travaille Claire Guiraud, co-auteur de ce rapport ? Ce serait faire bien peu de cas des souffrances humaines.

Au bout du compte, en investissant 506M€ par an ou 1100M€ par an, les conditions de sortie des violences conjugales s’amélioreront peut-être mais le nombre des victimes restera inchangé. Tristement, ce rapport ne planche que sur des remèdes à apporter aux violences conjugales, sans jamais s’intéresser à leurs causes. 

Mos Majorum
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