Introduction à la Pilule Rouge : Matrice, Pilule Bleue, Pilule Rouge

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la Matrice est un paradigme

On appelle Matrice l’ensemble de l’architecture intellectuelle, idéologique, politique, spirituelle, psychologique, légale et culturelle formant le système de domination de la société occidentale contemporaine. Bien entendu, personne ou presque ne croit que nous sommes réellement dans une matrice informatique, comme le suggère le film Matrix. En revanche, on utilise un certain nombre d’analogies tirées de ce film, afin de mieux expliciter la nature des choses et des rapports de force.

Il y a toujours une Matrice

Toute société est un système de domination, en cela qu’elle établit des hiérarchies, des inégalités, des groupes dominants et des groupes dominés, et qu’elle répartit, en son sein, les richesses et le pouvoir en fonction de sa logique interne. Toute société, également, a besoin de justifier (y compris à ses propres yeux) son existence et son mode d’organisation par le biais d’un ensemble de lois, de règles implicites, d’idéologies, d’interdits, de totems et de tabous, qui forment la vision que les membres de cette société sont poussés à avoir du monde. Dans le cadre de cette vision, le système de domination apparaît, sinon comme inévitable, du moins comme la moins mauvaise de toutes les solutions possibles, une fois qu’on a éliminé les options inacceptables.

Il y a donc toujours une Matrice : la Matrice, c’est le paradigme définissant le monde tel qu’une société donnée le considère. C’est l’architecture mentale qui semble permettre et générer la société en question (alors même qu’en réalité, elle en est le fruit). On peut dire que la Matrice est à la société ce que le Cadre est à la relation de couple.

La Matrice est un filtre de perception du monde

La Matrice n’est pas le monde. Mais elle conditionne la façon dont vous le percevez.

Anciennes et nouvelle version de la Matrice

Dans d’anciennes versions de la Matrice, le pouvoir était concentré entre les mains d’un chef ou d’une élite. Ce pouvoir était à la fois apparent, physique et direct (potestas) et le pouvoir symbolique, psychologique et indirect (auctoritas). Dans des versions plus récentes, la potestas était entre les mains d’une élite spécialisée (la noblesse sous l’Ancien Régime), tandis que l’auctoritas était entre les mains d’une autre élite, parfois mêlée à la première mais également parfois autonome d’elle (l’Eglise et le clergé).

Dans la version actuelle de la Matrice, la potestas a quasiment disparu de la scène apparente : si le pouvoir physique et direct (armée, police, argent, justice…) existe bien entendu toujours, il est en revanche soumis au pouvoir psychologique et symbolique (principes, valeurs, Droits de l’Homme, etc.). L’élite de la potestas existe toujours mais elle demeure à l’arrière-plan : ce qui occupe le devant de la scène, c’est le nouveau clergé, qui détient l’auctoritas.

Détenir l’auctoritas, c’est être à même de dire le monde et ce qu’il faut en penser : établir des normes morales, dicter des comportements d’un type ou d’un autre, décider de ce qui se fait et de ce qui ne se fait pas, promouvoir tel ou tel mode de pensée.  Les tenants de l’auctoritas sont donc à la fois les programmeurs de la Matrice et la foule de ses agents.

  • Le haut clergé est formé par les médias, les « intellectuels », les « experts », les stars, le système hollywoodien, et ainsi de suite : ils sont ceux qui dominent la scène de la société du spectacle, incarnent et mettent en avant telle ou telle idée, s’assurent qu’elle soit diffusée dans l’opinion. Ils sont ceux qui disent le Bien et le Mal. Ce ne sont pas nécessairement eux qui inventent ces idées mais ce sont eux qui en assurent la diffusion et le succès.
  • Le moyen clergé est constitué d’associations, d’ONG, de fondations, de groupes divers, voire d’individus, qui diffusent ou reprennent les propos du haut clergé. Il leur arrive également, les mouvements ne se faisant pas que dans un seul sens, d’inspirer celui-ci en retour. Le moyen clergé est d’ailleurs l’origine d’un grand nombre des idées de la Matrice, et d’une grande créativité en la matière. Étant placé assez haut dans la hiérarchie pour commencer à profiter du système mais trop bas pour avoir accès aux mêmes privilèges que le haut clergé, le moyen clergé est généralement très agressif dans ses revendications et très ambitieux dans ses objectifs.
  • Le bas clergé, enfin, est constitué de la foule innombrable de celles et de ceux qui adhèrent volontairement et consciemment au système de domination, qui le justifient, qui le défendent, qui en assurent la promotion au quotidien : militants, enseignants, certains thérapeutes, et ainsi de suite. On peut, à un degré ou à un autre, y ajouter une forte proportion de la population féminine occidentale, pour la bonne et simple raison qu’étant bénéficiaire du système de domination, cette population a tout intérêt à y adhérer. La Matrice actuelle se caractérise en effet par un gynocentrisme important, qui permet quasiment à chaque femme de revendiquer pour son propre compte un brin d’auctoritas.

La Matrice n’a pas de maître

Il est important de noter que la Matrice n’est pas un complot : c’est un système, c’est une vision du monde. Si elle a bel et bien des objectifs totalitaires (soumettre l’ensemble du monde et des êtres humains à ses lois et à ses principes), elle n’a pas, en revanche de Parti unique de type Angsoc à sa tête. Chacun des agents de la Matrice est autonome, et est lui-même la cible de la propagande, autant que son auteur. Chacun agit en pensant sincèrement œuvrer pour le plus grand bien de tous (ou, à défaut, pour son propre bien et sa propre image). Ce n’est pas une grande cabale secrète qui régit et met en mouvement la Matrice : certes, les groupes de pression, plus ou moins discrets, existent. Mais ils restent relativement secondaires, si on les compare aux véritables forces à l’œuvre : la naïveté, la bêtise, la paresse intellectuelle, la lâcheté, la cupidité, l’intérêt personnel et le narcissisme de ses agents.

Les femmes sont souvent des agents de la Matrice.

Mister Smith a certainement plus de classe. Mais ces agents-là sont autrement plus efficaces.

La Matrice a des cibles

Comme tous les systèmes de domination totalitaires, la Matrice a pour objectif :

  • d’écraser ce qu’elle estime être ses ennemis de l’intérieur
  • de normaliser la pensée et de formater l’esprit des autres

Dans la version actuelle de la Matrice, l’ennemi de l’intérieur est bien souvent l’homme, surtout s’il est un affreux méchant réactionnaire (c’est-à-dire hétérosexuel et cisgenre ; si en plus il croit en Dieu, c’est un être à abattre d’urgence). Plus généralement, la Matrice désigne comme ennemi tout être n’embrassant pas intégralement le culte du marché et considérant que certaines choses ne sont pas et ne seront jamais à vendre. Toute personne, enfin, ne se pliant pas aux diktats du clergé, est au mieux suspecte, au pire un fasciste qu’il convient de supprimer.

Pilule Bleue

La majorité de la population est et sera toujours sous Pilule Bleue. Cela signifie qu’elle ne verra jamais la trame de la Matrice, qu’elle ne comprendra jamais qu’elle s’inscrit dans un système de domination et qu’elle ne cherchera jamais à remettre en question les dogmes qui lui sont enseignés. Être sous Pilule Bleue est, en fait, l’état par défaut de la plupart des gens : ceux qui n’ont pas encore fait l’effort d’ouvrir les yeux.

Pilule Rouge

On dit qu’une personne a pris la Pilule Rouge quand elle commence à remettre en cause les dogmes et les principes de la Matrice. Peu à peu, la Matrice lui apparaît pour ce qu’elle est et ses rouages deviennent visibles.

Ce sont généralement les hommes qui prennent la Pilule Rouge, beaucoup plus que les femmes. La raison en est simple : comme ils sont les premières victimes de la Matrice, il leur est plus facile, psychologiquement parlant, de la remettre en cause. Pour une femme, renoncer à une vision du monde gynocentrique et personnellement confortable est beaucoup plus difficile : cela exige un degré d’introspection et d’honnêteté intellectuelle bien supérieur à celui qui est exigé d’un homme pour réaliser la même opération. Il n’est donc pas surprenant que les femmes sous Pilule Rouge soient rares : les femmes ne sont pas incapables de prendre la Pilule Rouge, mais la prendre leur coûte beaucoup plus cher qu’aux hommes.

La Matrice est partout

Prendre la Pilule Rouge, ce n’est pas vous garantir le bonheur. C’est seulement vous offrir la possibilité de tenter une évasion.

Pilule Rouge et néomasculinité

L’idée de base qui soutient le mouvement néomasculin est la diffusion de la pensée Pilule Rouge. Au-delà de cette diffusion, cependant, le monde néomasculin ne propose pas de renverser (et surtout pas de manière violente) la Matrice. Il tend, au contraire, à encourager les hommes à se saisir de leur propre liberté et de leur clarté d’esprit reconquise, pour en faire ce que bon leur semble. Certains décident de faire sécession d’avec la Matrice, d’autres d’y demeurer plongés. Mais dans tous les cas, le choix se fait désormais en conscience. Rendre les hommes acteurs, et non plus victimes, de leur destin est déjà un objectif ambitieux. 

 

Julien
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