Nous vivons dans une société de l’action immédiate, au sein de laquelle toute pause tend à être mal vue. La réflexion, l’introspection, le fait de prendre le temps de revenir sur soi, sont souvent vus comme des marques d’indécision, et non d’intelligence. De même, la sieste tend à être considérée comme un signe de paresse, et non comme la marque d’une saine gestion de son énergie, ni d’une optimisation de ses temps de repos. Ces reproches à l’égard des pratiquants de la sieste sont pourtant déplacés. Car bien pratiquée, la sieste peut être un puissant outil de récupération, de maîtrise de son repos et même d’amélioration de sa santé, de sa productivité et de ses capacités cognitives. Churchill, Napoléon, Salvador Dali … les exemples de “siesteurs” célèbres et brillants ne manquent pas.

Le terme “sieste” vient du latin sexta, la sixième, qui désignait la sixième heure après le lever du soleil (donc les alentours de midi). Dans la Rome antique, en effet, il était coutumier de dormir entre 12h00 et 15h00, comme c’est encore le cas dans pas mal d’endroits de la Méditerranée, afin d’éviter d’être actif durant les heures les plus chaudes de la journée. Il n’est d’ailleurs pas du tout certain que notre rythme de sommeil habituel, impliquant un seul bloc continu de huit heures, soit ce qui nous est de plus naturel : il est en effet plus que probable que nos lointains ancêtres dormaient par blocs plus restreints, ne serait-ce que pour qu’une partie du groupe effectue des veilles régulières. Le besoin de repos réguliers même en dehors des heures de nuit est d’ailleurs relativement présent en nous : nous le ressentons quotidiennement, avec le “coup de barre” de la mi-journée, après le repas de midi, que généralement nous compensons par un grand coup de caféine. Nous sommes également nombreux, si nous n’avons pas une nuit assez longue, à traîner un manque de sommeil (et donc des occasions supplémentaires de stress, d’imprécision, de difficultés diverses) des jours durant, avant de pouvoir enfin profiter du week-end pour le rattraper.

Dans bien des cas, une bonne petite sieste peut être la solution.

Les stades du sommeil

Bien qu’un peu de repos ne fasse jamais de mal, il est bon de comprendre comment fonctionne notre sommeil, afin d’optimiser sa sieste.

Le premier stade du sommeil (endormissement) dure entre 2 et 5 minutes. C’est une phase de transition depuis l’état de veille, en général, et une période dans laquelle le sommeil est léger. Vos pensées deviennent plus lentes et moins claires, votre respiration moins rapide. Il s’agit d’une phase durant laquelle vous êtes également plus en phase avec votre inconscient qu’à l’ordinaire, d’où, en général, la survenue d’idées plus créatives que la normale, par exemple.

Les étapes suivantes fonctionnent par cycle. Chaque cycle dure environ 90 minutes, et comprend plusieurs phases successives :

  • Une phase de sommeil léger, dans laquelle le corps se détend et le cerveau récupère.
  • Une phase de sommeil profond, dans laquelle on a du mal à se réveiller et qui permet une récupération en profondeur
  • Une phase de sommeil paradoxal (rêve), durant laquelle votre cerveau effectue une sorte de reboot, assimile les connaissances récentes, etc.

Au-delà de 20 à 30 minutes de sommeil, le dormeur se retrouve dans un état d’inertie, qui ne s’achève qu’à la fin d’un cycle complet : c’est la raison pour laquelle, quand on dort plus de 20 minutes mais moins de 90 minutes, on se réveille souvent groggy, un peu zombie, parfois même plus fatigué qu’au coucher.

Sieste paresseux

On se représente souvent le pratiquant de la sieste comme paresseux. Et c’est un tort

Les pouvoirs de la sieste

Une sieste efficace n’a pas besoin d’être longue : dans bien des cas, 10 minutes peuvent être largement suffisantes (c’est en tout cas ce que recommande une étude parue en 2006). Et cela vous assure des bénéfices certains :

  • Une amélioration de vos capacités d’apprentissage : une sieste peut largement améliorer votre capacité de mémorisation, de rétention de l’information et d’apprentissage en général. En période de révision ou de bachotage, de petites siestes régulières peuvent vous permettre de considérablement augmenter vos performances.
  • Une augmentation de vos capacités d’attention : on estime qu’une sieste de vingt minutes vous confère autant d’énergie que 200mg de caféine. Par ailleurs, un esprit et un corps plus reposés sont généralement plus alertes et plus à même d’accomplir des tâches exigeantes sur le plan intellectuel. Une pause conséquente, avec sieste, effectuée à la mi-journée vous assure un après-midi aussi productif que votre matinée, au lieu du lent déclin qui est le plus souvent observé.
  • Il n’y a pas que le travail dans la vie : une courte sieste après votre période de travail, et avant votre période de loisirs, vous assure de profiter de celle-ci au maximum. Plus alerte, plus vif et moins stressé, vous serez également plus performant, quelle que soit votre activité.
  • Un remède aux méfaits de l’insomnie : l’insomnie touche environ une personne sur cinq, avec des méfaits variables selon l’âge, l’état de santé et la gravité du manque de sommeil. Mais il est possible, au moins en partie, de réparer ses dégâts par de petites siestes dans la journée. En effet, ce n’est pas parce que vous avez du mal à dormir la nuit que vous aurez nécessairement du mal à vous endormir en cours de journée.
  • Une aide à la prévention des troubles liés au stress : la sieste ne fait pas que vous reposer; elle vous relaxe également et vous permet de limiter les effets du stress sur votre organisme.
  • Un “siesteur” expérimenté développe, avec le temps, un super-pouvoir : celui de s’endormir à peu près n’importe où, en n’importe quelle circonstance. Quand il s’agit de passer le temps et de s’évader d’une interminable conversation entre collègues au cours d’un trajet professionnel, un tel super-pouvoir n’a pas de prix.

La sieste dont vous avez besoin

Idéalement, pour vous offrir tous ses avantages, une sieste devrait durer environ 90 minutes et se dérouler après midi et avant 15h00. C’est en effet à cette période de la journée, et avec cette durée-là, que vous bénéficierez à la fois de tous les avantages du sommeil et d’un bon équilibre entre vos périodes de veille. Pour la plupart des gens qui travaillent, cependant, prendre une heure et demi, en pleins horaires de travail, pour couper sa journée par une sieste, ça n’est tout simplement pas possible. Ce qui est possible, en revanche, c’est de définir la durée de votre sieste selon vos besoins du moment.

  • Si vous êtes étudiant et en pleine période de révisions, faites une sieste de 90 minutes après une grosse session de travail : cela vous reposera, mais, surtout, renforcera votre apprentissage et vous permettra de mieux assimiler les connaissances.
  • Si vous êtes dans une période de stress et avez besoin de relâcher un peu de pression, prévoyez une sieste d’au moins une heure, en fin d’après-midi. Du moment que la sieste se termine au moins trois heures avant que vous n’alliez vous coucher pour la nuit, cela ne devrait pas affecter le temps ni la qualité de votre sommeil nocturne.
  • Si vous avez besoin d’endurance, parce que vous savez, par exemple, que vous allez travailler tard ce soir, ou devez rester d’astreinte, essayez de faire une sieste de 20 minutes, 7 à 9 heures après votre réveil.
  • Si vous avez besoin d’augmenter votre créativité, il vous faut offrir à votre cerveau un peu de sommeil paradoxal. Vous avez donc besoin d’une sieste d’une heure et demi environ, de préférence faite avant 15h00.
  • Si vous savez que vous allez devoir faire nuit blanche et n’avez pas envie de tourner au Guronzan ni au RedBull, une sieste préventive peut vous aider. Bien entendu, elle ne fera pas de miracles, mais elle vous permettra de conserver votre endurance et vos capacités mentales pendant plus longtemps. Là encore, 90 minutes de sieste, dans les 8 heures qui précèdent le début de votre nuit blanche, peut considérablement vous aider.
  • Si vous avez besoin d’un boost immédiat, tentez de combiner la sieste avec la caféine. Non, ça n’est pas antinomique : un café absorbé maintenant ne générera tous ses effets en vous que d’ici 20 à 30 minutes. C’est tout à fait suffisant pour une petite sieste. Dès que vous avez fini votre tasse, allez vous allonger pour une vingtaine de minutes. C’est sans doute la solution idéale pour qui travaille dans un bureau.
  • Si vraiment rien n’est possible, sachez que les premiers bienfaits (détente, amélioration de la mémorisation) arrivent au bout de 6 minutes de sommeil en moyenne. Si vous parvenez à ne siester que 10 minutes, ce sera déjà bénéfique pour votre santé, votre esprit et votre bien-être en général.

Trouver le temps

Il y a fort à parier que si on vous trouve endormi à votre bureau, le respect de vos collègues et de vos supérieurs à votre égard risque de décroître considérablement. Si vous prenez vingt minutes pour faire un peu de sport, vous serez vu comme actif. Mais si vous prenez le même temps pour recharger vos batteries, on vous considérera facilement comme faible ou paresseux. C’est parfaitement stupide mais c’est comme ça. Les pauses de mi-journée, cependant, sont là pour ça : généralement, vous avez une heure devant vous. Vous pouvez parfaitement manger en une demi-heure, puis vous allonger dans votre voiture, fermer les yeux en étant assis/avachi sur le banc d’un square, ou encore, si vous avez un bureau qui ferme à clef, vous accorder un petit roupillon sur un fauteuil ou un sofa. Dans tous les cas, vous y gagnerez beaucoup plus qu’à passer la demi-heure en question à écouter vos collègues parler de la dernière émission de télé à la mode ou du scandale sexuel du jour.
Et puis … imaginez … dix ou vingt minutes … seul. Sans un bruit. Sans personne pour pépier autour de vous. Sans téléphone qui bippe. Sans vous soucier de vos alertes Facebook. Est-ce que ça ne commencerait pas un peu à ressembler au bonheur ?