La solitude

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Craindre la solitude est souvent une erreur

Si l’on en croit les mythes les plus couramment diffusés à l’heure actuelle, il n’y aurait rien de plus terrible ni de plus effrayant, pour un homme, que la solitude : vieillir et mourir seul serait le destin à éviter absolument. Ce genre de croyance n’a aucun fondement en particulier : il s’agit simplement d’un axiome, de quelque chose que chacun admet généralement comme vrai sans qu’il soit utile de le démontrer. Or, de toutes les croyances qui vous retiennent, ce sont certainement les axiomes qu’il est le plus utile d’interroger : pourquoi est-ce que j’adhère à cette croyance ? ai-je de bonnes raisons de le faire, ou ne crois-je cela que par conformisme avec la pensée dominante ? L’homme qui se veut libre dans sa pensée se doit impérativement de se poser ce genre de question.

Il est assez amusant de constater qu’en un siècle, le mythe de l’effrayante solitude a changé de camp : on est passé de la vieille fille qui ne trouvera jamais d’époux (et qui se désespère, désespère ses parents et irrite son curé) à celui du vieil homme qui, n’ayant jamais véritablement été capable d’aimer, se retrouve seul à l’hospice, oublié de tous. Le message subliminal derrière ce mythe est donc passé de Les femmes trop pénibles finissent seules et aigries à l’égoïsme des hommes les perdra.

La peur de la solitude

La solitude n’est pas toujours facile à vivre, ni même à considérer comme possible : la plupart des hommes, ou, tout du moins, des bétas et autres êtres de moindre dimension, ne le sont jamais vraiment ; même s’ils quittent un jour le domicile de leurs parents, ils en demeurent satellites jusqu’au jour où ils se trouvent une épouse qui, à son tour, régentera leur vie : à l’instar des jeunes filles qui, autrefois, passaient de l’autorité de leur père à celle de leur mari, ces hommes passent du contrôle de leur mère à celui de leur femme. Leur vie durant, ces hommes se soumettent à l’impératif relationnel catégorique féminin : ils se font monogames, non (le plus souvent) par envie, ni par goût, mais uniquement par crainte de perdre leur compagne : Si je la trompe, elle me quittera ; si elle me quitte, je me retrouverai seul se disent-ils en leur for intérieur. Et ce seul terme de seul suffit à les terrifier. Il les terrifie à un tel point que si, finalement, ils se font larguer, ils n’ont qu’une seule hâte : retrouver une autre compagne, une autre relation longue, une autre bobonne qui leur dira, une nouvelle fois, que dire, que faire, que penser, à quelle heure rentrer à la maison, comment s’habiller et quand il faut penser à passer un petit coup de fil à leur mère. Ces hommes ne seront jamais des alphas, et c’est normal, puisqu’ils ne seront jamais des hommes : éternels gamins maintenus en enfance par les femmes qui les entourent (et bienheureux d’y être maintenus), ils ne parviendront jamais à la maturité relationnelle.

Pour ces êtres-là, devenir, un jour, un vieillard solitaire, faisant face sans une épaule sur laquelle s’appuyer à l’angoisse de la dégénérescence physique et de la mort, est une crainte réelle. Réelle mais dénuée de fondement. Il n’est, en effet, pas nécessaire de craindre ce qui est inévitable : vous mourrez seul. Vous êtes né seul, vous vivez seul, vous souffrez seul, vous mourrez seul. Entretemps, vous aurez eu l’impression, fugace et illusoire, de côtoyer tant soit peu certaines personnes, d’en comprendre certaines autres. Mais au fond, vous êtes et resterez toujours seul, et le fait d’être ou de ne pas être en couple n’y change rien. Hors couple, votre solitude sera seulement plus évidente et plus nette. Mais dans le couple, elle sera souvent niée, ridiculisée ou même dénoncée comme un manque d’amour : Comment peux-tu prétendre que tu es seul ? Je suis là, moi !
Comme si la présence physique pouvait éclipser la solitude ontologique…

 

Interlude : la solitude, vue par un béta

Une mythologie confortable

Pour autant, comment expliquer qu’autant d’hommes non seulement croient au mythe de l’horrible solitude, mais le colportent et l’entretiennent ? Sont-ils donc psychologiquement féminisés ? Oui, en partie, en effet : ils ont à ce point accepté et intégré la vision féminine du monde qu’ils en oublient le Principe de Robert Stephen Briffault : C’est la femelle, non le mâle, qui détermine les conditions d’existence d’une famille animale. Si la femelle ne peut obtenir aucun bénéfice d’une association avec le mâle, alors il n’y a pas d’association.

Ce principe est vrai dans la nature. Il l’est aussi dans la société humaine. Le couple monogame est une institution créée exclusivement au bénéfice de la femelle de l’espèce. Sa prédominance dans nos sociétés est d’ailleurs une preuve que ces sociétés ne sont pas patriarcales, sans quoi la polygamie (officielle ou officieuse) y serait la norme. Le rôle du mythe du vieillard solitaire est donc très précis : il permet de faire peur aux hommes, afin qu’ils se plient aux impératifs des intérêts féminins.

 

Empêcher le pic à tout prix

Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que ce mythe commence généralement à être balancés à la face des hommes vers l’âge où ils atteignent le pic de leur Valeur sur le Marché Sexuel : aux alentours de 40 ans. Il s’agit donc, au moment de leur vie où ils se trouvent plus puissants que les femmes en termes de séduction et où ils pourraient être tentés de faire usage de cette puissance, de leur en couper toute envie. C’est d’ailleurs ce même type de narration qui permet de se moquer impunément des quelques hommes qui ne cèdent pas à l’impératif et profitent pleinement du capital séduction élevé de la tranche 40-50 ans : on parle de vieux beaux, de crise de la quarantaine ou de la cinquantaine, et ainsi de suite.

Mais avoir un esprit dévirilisé n’est pas la seule explication à l’adhésion de tant d’hommes à ce mythe : il y a aussi un autre fait, bien plus simple. Ce sont des lâches. Ayant entr’aperçu quelques fragments de la Pilule Rouge et deviné plus ou moins confusément quelques lambeaux de la réalité des choses, ils sont soudain pris de crainte. Refusant de regarder le réel en face, ils préfèrent se réfugier dans les mensonges confortables et se servent de mythes de ce genre comme d’une excellente raison pour ne pas agir, pour ne rien changer, pour ne surtout pas remettre en question ce qu’ils croient être le réel. Cela leur permet, en leur for intérieur, de se dire : Ce n’est pas moi qui suis lâche ; en fait, je n’ai pas le choix.
Et cette même lâcheté va les amener à accepter un mariage qu’au fond ils ne souhaitent pas vraiment, avec une femme qui au fond ne correspond pas vraiment à ce qu’ils souhaitent ou espèrent. Tout ça pour avoir, de temps en temps, l’impression de ne pas être complètement seul. Mais de leur point de vue, ça vaut le coup : tout, plutôt que d’avoir à regarder la vérité dans les yeux.

Comme on peut le voir, le mythe de la solitude dans le grand âge correspond à une inversion des valeurs et des aspirations masculines, et ce à plusieurs égards :

  • On considère comme naturel, universel et étendu à tous les humains le désir, pourtant à la base exclusivement féminin, de fonder un foyer monogame et fixe. Le mâle est donc prié de sacrifier sa propre liberté, son propre pouvoir et ses propres désirs.
  • On prétend qu’est mûr et raisonnable le mâle dévirilisé, passant des mains de sa mère à celles de son épouse, tout en présentant comme irresponsable et immature celui qui, conscient de la réalité de son pouvoir de séduction, agit conformément à ses intérêts.
  • On confirme dans leurs illusions de rationalité les hommes en réalité trop lâches pour se confronter à la réalité.

Ce mythe de l’effrayante solitude a un autre effet : il permet en effet à un certain nombre de personnes de se comporter à peu près comme elles l’entendent, sachant leur conjoint trop lâche ou trop paresseux pour aller voir ailleurs si l’herbe y est plus verte. Bref : le mythe de la solitude masculine, c’est l’arme préférée des emmerdeuses. 

 

Conclusion

Il ne s’agit pas de prétendre que l’idée de construire un couple harmonieux et une famille aimante, de vieillir et de mourir côte à côte n’est pas un projet de vie acceptable. C’est un projet tout à fait recevable et qui ne manque pas de noblesse. En revanche, cela n’a pas à être le projet de tous et de chacun et il n’y a aucune honte à envisager un chemin différent. De plus, on est là devant un cas typique de certains raisonnements sophistiques : une affirmation vraie peut très bien être défendue avec de mauvais arguments. Et en l’occurrence, l’argument de l’horrible solitude du vieillard est mauvais.

Vous avez le droit de souhaiter construire un couple stable et de longue durée. Mais vous ne devez pas le construire par peur. Vous ne devez pas croire qu’il y a une femme et une seule qui puisse vous convenir et que vous allez la rencontrer avant vos 25 ans. Vous ne devez pas croire qu’il est adulte, raisonnable et responsable de se marier jeune quand on n’en a pas le souhait. Vous ne devez pas croire qu’il est immature et puéril de ne pas se contenter d’une compagne de troisième catégorie alors que l’horloge tourne. Vous devez vous souvenir que le temps ne s’écoule pas de la même manière pour les hommes et pour les femmes : ce n’est pas vous qui êtes pressé, ce sont elles. Quand elles atteindront la ménopause (c’est-à-dire, de manière très prosaïque, leur date d’inutilité, sur le plan matrimonial), vous serez au sommet de votre VMS.

Et surtout, ne croyez en aucun cas que la solitude est inévitable, ni à craindre : un homme sûr de lui-même, intelligent, compétent et viril (tant intellectuellement que physiquement) n’est jamais seul : non seulement il sait bien s’entendre avec lui-même mais il attire nécessairement des amis, des amantes (souvent bien plus jeunes que lui), des intérêts divers. Devenez l’homme que vous pourriez être ; tuez le béta, éveillez l’alpha en vous, et vous n’aurez jamais à craindre la solitude.

 

 

Antoine
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