les enseignements de Mélusine

Share:
la sulfureuse Mélusine

Fabuleuse lignée que celle des Lusignan, descendants de Raymondin et de Mélusine. Seigneurs de Lusignan, comtes de La Marche et d’Angoulème, mais aussi de Jaffa et d’Ascalon, rois de Chypre, d’Arménie et surtout de Jérusalem : cette maison est, sans conteste, l’une des plus prestigieuses et des plus glorieuses de la noblesse médiévale française. Et son origine légendaire est une histoire riche en leçons et en interprétations pour l’homme moderne conscient de la réalité des choses…

Elinas et Pressine

Et, a l’approuchier de la fontaine apperceut la tres plus belle dame qu’il eust oncques jour veu
Jean d’Arras – Mélusine

Cette légende, c’est celle des amours de Raymondin, premier comte de Lusignan, et de la fée Mélusine (Mère Lusigne : la mère des Lusignan, tout simplement).  Et elle commence avant même la naissance de ladite Mélusine, en Albion (c’est-à-dire au royaume d’Écosse). Le roi Elinas, lors d’une partie de chasse dans une forêt profonde (c’est-à-dire à la limite entre le monde des mortels et l’Autre Monde, celui des fées, des Tuhata de Dana et autres créatures fantastiques), fait la rencontre près d’une fontaine d’une femme à la voix de miel et à la beauté renversante : la fée (ou sorcière) Pressine. Elinas la demande en mariage. Celle-ci accepte mais émet une condition (un geas, ou interdiction magique, dans le folklore celte) : le roi doit accepter de ne jamais, au grand jamais, la voir lorsqu’elle est en gésine (en train d’accoucher ou peu après avoir accouché, et non durant ses règles, comme certaines traductions fautives le prétendent). Elinas accepte le marché, et ils se marient aussitôt.

Le couple semble heureux, et Pressine est rapidement enceinte. Le royaume prospère. Mais Mathaquas, fils aîné d’Elinas, issu d’un premier mariage, semble méfiant vis-à-vis de sa belle-mère. Quand celle-ci accouche, il encourage Elinas à ne pas respecter l’interdit : après tout, de quel droit un père ne pourrait-il assister à la naissance de son enfant ? Quand Elinas pénètre dans la chambre de Pressine, celle-ci vient de donner le jour à trois filles (Mélior, Mélusine et Palestine), qu’elle est en train de baigner. Mais le geas est brisé, et le couple avec lui. Pressine fuit Albion, et se réfugie dans l’île d’Avalon.

Mélusine et le bain

Comme le sera plus tard Mélusine, Pressine, découverte au bain, est perdue par le bain également.

Sorcières en Avalon

Elle s’en ala atout elles en Avalon, nommé l’Ille Perdue, pour ce que nulz homs, tant y eust esté de foiz, n’y sauroit rassegner, fors par aventure. Et la nourry ses filles jusques en l’aage qu’elles orent XV. ans.
Jean d’Arras – Mélusine

Désespéré, Elinas tombe dans une profonde dépression. Il finit par céder le pouvoir à Mathaquas, qui devient un roi juste et bon, qui prend bien soin de son père vieillissant et attristé.

Pendant ce temps, Pressine élève ses trois filles en Avalon. Elle leur apprend la magie, bien entendu, et les trois sœurs, dont Mélusine semble la plus douée, deviennent de véritables sorcières. Tous les matins, Pressine les mène jusqu’en haut d’une montagne, d’où elles peuvent contempler, au loin, leur pays natal. Et elle leur apprend que leur exil est causé par la fausseté de vostre pere, qui vous et moy a mis en grant miser.

A l’âge de quinze ans, Mélusine et ses sœurs décident de venger leur mère : elles se rendent en Albion, et par sorcellerie, enferment leur vieux père dans une prison magique, située dans les flancs de Brumbloremllion, une montagne sacrée.

Quand elles annoncent ce succès à leur mère, celle-ci se met en rage : en réalité, elle aimait encore Elinas (qui estoit ce ou je prenoye toute la plaisance que j’avoie en ce monde mortel). Et elle lance sur chacune de ses filles une terrible malédiction.

Mélior est condamnée à garder jusqu’à la fin des temps un château en Grande Arménie. Elle y veillera sur un épervier magique, qui sera convoité par maints chevaliers et nobles seigneurs. Tout chevalier se présentant au château devra être traité avec bienveillance et hospitalité par Mélior, qui devra tout faire pour leur plaire. Mais si l’un d’eux tente de poser la main sur elle ou la demande en mariage, seroient infortunez jusques à la IXe lignie et seroient dechaciez de toutes leurs prosperitez.

Palestine est enfermée dans les flancs du mont Canigou, où elle devra veiller sur le trésor de son père. Un chevalier de la lignée d’Elinas s’y rendra un jour : il la délivrera, s’emparera du trésor et s’en servira pour mener une croisade et conquérir la Terre Promise.

Mélusine, enfin, est condamnée à avoir le bas du corps (du nombril en aval) d’un serpent géant tous les samedis. Mais si elle trouve un homme qui veuille bien la prendre pour épouse, à condition de ne jamais la voir le samedi, elle pourra vivre une existence humaine normale, avoir une descendance et mourir naturellement. Sinon, elle demeurera éternelle, immortelle et maudite, tel un fantôme.

Raymondin

Un seigneur breton, à la suite d’une dispute avec le neveu du roi de Bretagne, tue celui-ci en duel. Il fuie le pays et se réfugie en Forez, terre alors sans gouvernement. Il y rencontre une dame, près d’une fontaine (décidément, c’est une habitude) et l’épouse. Ils établissent ensemble un domaine solide et prospère (le comté de Forez) mais une dispute finit par séparer le couple et la dame disparaît soudainement. Le comte de Forez, après plusieurs années à porter le deuil et la peine de cette relation, init par accepter d’épouser une jeune fille du pays, qui lui donnera plusieurs enfants. Le troisième se nomme Raymondin.

Quand Raymondin a quinze ans, il est placé comme écuyer chez le comte de Poitiers. Un jour que son maître et lui chassent en forêt et qu’ils s’éloignent du reste de la troupe, ils ont à affronter un sanglier monstrueux. Le monstre est tué mais au cours du combat, Raymondin a accidentellement blessé le comte à mort. N’osant retourner à Poitiers de crainte d’être accusé de meurtre, il s’enfonce plus en avant dans la forêt.

Mélusine et Raymondin

C’est fou, le nombre de jeunes femmes mystérieuses qu’on rencontre se baignant dans des fontaines au fond des bois…

Il parvient à une clairière qui abrite une fontaine (la Fontaine de Soif). Et dans la fontaine, une dame, nue, en train de se baigner. C’est Mélusine. Raymondin en tombe aussitôt amoureux et la demande immédiatement en mariage. Mélusine, bien entendu, pose sa condition : son mari ne devra jamais chercher à la voir un samedi. Il accepte. Et la malédiction de Mélusine est temporairement levée.

Grâce à sa magie, Mélusine contribue à faire blanchir le jeune Raymondin de la mort du comte. Il obtient même, un peu plus tard, une vaste terre autour de la Fontaine de Soif, qu’il nomme Lusignan. Les pouvoirs de Mélusine lui permettent de construire plusieurs châteaux et églises en Lusignan et de faire prospérer la terre. Ces pouvoirs ont toutefois une limite : elle ne peut construire que si personne ne la regarde. Dès que quelqu’un voit ce qu’elle fait, les travaux cessent. Raison pour laquelle plusieurs de ses ouvrages restent en partie inachevés.

Le couple a dix enfants. Mais les huit premiers portent des marques de féérie : yeux de couleurs différentes, dent de sanglier jaillissant de la bouche, œil unique, oreilles déformées, tâche de naissance : chacun a un petit défaut physique qui témoigne de l’origine surnaturelle de leur mère. Et certains, comme Geoffroy ou le bien-nommé Horrible, ont des pulsions violentes et font preuve d’une brutalité sans borne.

Les années passent. Un jour, le frère de Raymondin lui rend visite en son château de Mervent. C’est un samedi, et il s’étonne de ne pas voir la dame des lieux. Raymondin lui explique qu’il a convenu avec sa femme qu’il ne la verrait jamais le samedi, jour qu’elle passe enfermée dans ses appartements personnels. Le frère se montre très suspicieux, et suggère qu’il y a peut-être là un secret ou un adultère. Après le départ de son invité, Raymondin, en proie au doute, creuse un trou avec la pointe de son épée dans la porte des appartements de sa femme pour en avoir le cœur net. Il la voit, avec sa queue de serpent, s’ébattant dans une grande cuve de marbre…

Raymondin est consterné mais ne dit rien pour le moment. Peut-être préfère-t-il se voiler la face, prétendre qu’il n’a rien vu…

Mais quelque temps plus tard, une dispute entre Geoffroy et Fromont (un autre des enfants de Raymondin et Mélusine) entraîne la mort de ce dernier, dans l’incendie de l’abbaye de Maillezais. Raymondin, fou de rage, se retourne contre Mélusine et accuse sa nature de serpent d’être la cause des tares de ses fils. Comprenant que son secret a été violé, Mélusine se transforme aussitôt en femme-serpent, et disparaît, non sans avoir auparavant prié son époux de veiller sur les deux petits derniers, de pardonner à Geoffroy … et de tuer Horrible, pour qu’il ne commette pas de crimes à l’avenir.

Raymondin, la mort dans l’âme, tuera son fils Horrible, puis, pour expier ce péché, partira en pèlerinage. Pour compléter la tragédie, Geoffroy, pensant venger ses parents, tuera le frère de Raymondin, par qui le malheur est arrivé. Avec le temps, Geoffroy calmera cependant ses ardeurs, et deviendra à son tour un seigneur sage et respecté. Plus tard, il rencontrera un mystérieux chevalier, venu semble-t-il de l’Autre Monde, qui exigera une rançon pour racheter les péchés de ses parents.

Quant à Mélusine, elle est encore là : elle hante les terres de Lusignan, apparaissant parfois brièvement à la mort d’un de ses descendants.

Une légende universelle

Il serait arrivé dans la région qu’on appelle l’Hylaia ; là, il aurait trouvé dans une antre une jeune fille serpent formée de deux natures ; les parties supérieures de son corps, à partir des hanches, étaient d’une femme ; les parties inférieures, d’un reptile. Il la regarda avec étonnement ; puis il lui demanda si elle n’avait pas vu quelque part des cavales vagabondes. Elle répondit que c’était elle-même qui les avait et qu’elle ne lui rendrait pas avant qu’il se fût uni à elle ; et Héraclès se serait uni à elle pour ce prix.
Hérodote – Histoires

En termes d’interprétation, le conte de Mélusine est d’une incroyable richesse. Comme souvent dans les récits médiévaux, on y trouve le même schéma, répété plusieurs fois :

  • Un chevalier se perd en forêt
  • Près d’une fontaine, il rencontre une dame, dont il tombe amoureux. Elle accepte de l’épouser, sous condition.
  • Le couple se marie et connaît la prospérité.
  • La condition posée initialement n’est pas respectée, et la dame disparaît.

Ce schéma, appelé thème de la Fiancée de l’Autre Monde existe dans un très grand nombre de traditions et de cultures, à peu près partout dans le monde. Il pourrait s’agir d’un thème remontant à des temps très anciens, ou encore d’une histoire tellement commune qu’elle a été inventée plusieurs fois, par plusieurs peuples différents.

La présentation systématique des dames près d’une fontaine au fond de la forêt fait fortement penser à une symbolique sexuelle : celle par qui viendra ta descendance se trouve dans une zone humide, au fond d’une forêt inextricable … ce n’est pas sans rappeler un pubis féminin. Toujours dans la symbolique sexuelle : il est probable que le bain dans lequel se trouve Mélusine (ainsi que les fontaines et les dames au bain qui apparaissent plusieurs fois) aient un rapport avec les traditions anciennes de bains de purification, destinés à laver la femme de l’impureté mentruelles (nidah, dans la tradition hébraïque, par exemple : à la fin de la période nidah, afin de pouvoir revenir à la société, la femme doit se purifier au bain sacré du mikveh). Mais cette image de bain renvoie également à l’érotique médiévale : les bains et étuves étaient souvent représentés comme des lieux de plaisir (voire des bordels) et la femme au bain, comme la femme désirable par excellence.

On peut aussi voir ces bains hebdomadaires indispensables comme une forme de répétition du baptême, comme si la nature fondamentalement païenne de Mélusine l’obligeait à répéter l’immersion chrétienne une fois par semaine : sans une répétition régulière des préceptes et une stricte discipline religieuse, elle redevient très vite la sorcière qu’elle n’a jamais cessé d’être. Mélusine est sans doute un avatar tardif d’une Grande Déesse primordiale, à la fois mère et sorcière, amante et inquiétante, qui n’est pas sans rappeler des figures telles que Ceridwenn ou Scàthach. Louis Charpentier y voyait une Mère Lugine : une sorte de parèdre du dieu celte Lug.

La fontaine est aussi le lieu où jaillissent les eaux souterraines : l’endroit où s’opère la magie, où se manifeste l’inconscient. La dame qui apparaît ainsi au fond des bois, dans un lieu habituellement interdit aux mortels, est-elle autre chose que le fantasme du chevalier ? D’autres créatures hantent les eaux et les grottes : dragons, vouivres et serpents géants. Mélusine serait-elle l’un de ces monstres ?

D’autre part, même avec une lecture superficielle, cette légende peut être vue comme un encouragement à plusieurs choses : bien entendu, à respecter sa parole, faute de quoi il pourrait y avoir de fâcheuses conséquences ; mais aussi et surtout : ne pas chercher à tout comprendre ni à tout savoir de son épouse, sans quoi on ne pourra plus l’aimer comme on l’aimait avant. Ce que nous dit, très clairement, le conte de Mélusine, c’est qu’un homme qui ouvre les yeux sur la nature véritable des femmes n’est plus assez naïf pour croire ensuite au grand amour. Le maintien d’un pouvoir de l’épouse sur l’époux exige le maintien d’un certain secret et d’un certain mystère. Mais cela vaut également dans l’autre sens : ce n’est pas le fait que Raymondin découvre qu’elle est serpente qui provoque le départ de Mélusine, mais bien le fait qu’il lui en parle. A bien des égards, on peut y voir un encouragement à respecter la loi du silence.

féminisme et sorcellerie

En filigrane, le mythe de Mélusine évoque un temps où paganisme et christianisme n’avaient pas de frontière clairement définie et où tomber dans la sorcellerie (et donc dans la damnation) était un risque considéré comme bien réel pour les jeunes filles.

Quelques éclats de Pilule Rouge en plus

On lui ôte bien des attraits
En dévoilant trop les secrets

De Mélusine
Georges Brassens

Mais cette interprétation première n’est pas la seule leçon Pilule Rouge que l’on puisse retenir de la légende. Plusieurs épisodes peuvent, pour l’homme de raison d’aujourd’hui, porter des échos intéressants…

  • Durant son exil en Avalon, Pressine monte ses filles contre leur père, puis, quand celles-ci agissent contre lui, les maudit. La fée semble disposer d’un Hamster fort efficace. Elle semble également ne pas réaliser qu’en apprenant ainsi à ses filles à haïr la figure paternelle (et patriarcale) elle les condamne à ne jamais être capables de bonheur conjugal.
  • Plus généralement : des filles qui grandissent sans l’influence paternelle, et sous la seule influence de la mère, deviennent des sorcières. C’est très précisément ce que dit le conte.
  • La malédiction des trois sœurs est intéressante à plus d’un titre. Mélior doit garder sa virginité pour l’éternité, tout en étant objet de convoitise et de désir : elle doit plaire à ceux qui parviennent à son château mais les repousser. Palestine ne peut s’unir qu’à un homme qui délivrera la Terre Sainte (un incroyable héros, donc, d’autant qu’au moment où Jean d’Arras écrit, les États Latins de Terre Sainte sont déjà perdus, l’Ordre du Temple détruit, etc.). Mélusine ne peut espérer être aimée qu’en dissimulant sa nature véritable. Dans les trois cas, la malédiction porte sur le rapport conjugal : hystérie manipulatrice et friendzone systématique pour l’une, hypergamie absolue pour l’autre, mensonge et manipulation pour la troisième. Tout cela n’est pas sans rappeler certaines maximes Pilule Rouge, voulant que des jeunes filles élevées par une mère célibataire et misandre risquent de se trouver, à jamais, dysfonctionnelles sur le plan sentimental. Dans tous les cas, seul un homme exceptionnel pourra éventuellement leur permettre de parvenir au bonheur … et encore : Mélior est condamnée à ne jamais le trouver. On peut ajouter également que, dans la mentalité médiévale, vivre une vie sans mariage ni amour (c’est-à-dire la vie de nombre de nos contemporains) est considéré comme l’une des pires malédictions imaginables : aux yeux de nos ancêtres, nous sommes des damnés.
  • Une mère trop étouffante, et qui dissimule une nature perverse sous des dehors attirants, engendre des enfants monstrueux. Et lorsque cela se produit, c’est la mission du père de corriger les choses (tuer Horrible), faute de quoi le mal va se poursuivre.
  • La rage et la colère de la jeunesse (exemple de Geoffroy) peuvent être canalisées, et utilisées comme énergie positive. Toutefois, rien ne sera résolu tant que l’homme adulte n’aura pas fait la paix avec le passé (payer la rançon pour racheter les péchés antérieurs).
  • Elinas (et sans doute également le père de Raymondin) a commis une erreur : celle de transgresser l’interdit (acquérir une connaissance initiatique, sacrée, un secret réservé aux femmes) et de laisser cette transgression connue. Il n’est pas anodin de constater que, tant que Raymondin n’apprend pas à sa femme qu’il connait sa nature, tout continue normalement. Ce n’est donc pas l’acquisition d’un savoir initiatique traditionnellement interdit aux mâles qui est problématique, mais bien le fait que la femme apprenne qu’il possède désormais ce savoir. Tant que Raymondin sait que sa femme est une serpente, mais que celle-ci ne sait pas qu’il sait, le couple se porte bien. L’erreur de Raymondin est bien d’avoir fait part à sa compagne d’un savoir Pilule Rouge. Pas d’avoir acquis ce savoir.
  • Le pouvoir de Mélusine est grand mais il ne peut jamais s’exercer au grand jour : dès qu’on la voit œuvrer, ses travaux de construction cessent. Comme beaucoup de manipulatrices, elle peut énormément, mais seulement tant que nul ne s’aperçoit de ce qu’elle fait. Elle craint la lumière et la vérité. De plus, elle est incapable de mener à son terme une construction et tous ses travaux, à l’instar de ses enfants, souffrent d’une tare.
  • La légende ne prétend pas que toutes les femmes sont des serpentes : plusieurs des protagonistes masculins (Elinas et le père de Raymondin, en particulier) épousent, après leur histoire d’amour avec la femme-fée, une jeune fille du pays, dont on ne dit pas grand-chose mais qui leur donne une descendance ; une épouse simple et bonne, donc. Et qui l’est, sans doute, parce que son époux ne projette pas de fantasme sur elle. La serpente, c’est donc surtout la femme rêvée, idéalisée, fantasmée. Peut-être même l’échec de la relation initiale est-elle une nécessité pour garantir le succès de la relation suivante : c’est parce qu’il a reçu, au corps défendant de sa compagne, une initiation Pilule Rouge, que le chevalier est ensuite capable de créer un couple heureux.
La magie de Mélusine

La magie de Mélusine est exclusivement nocturne : si elle est vue au grand jour, elle cesse immédiatement.

Comme on peut le voir, ce mythe est d’une incroyable richesse, que le présent article ne fait qu’effleurer. Il comprend plusieurs niveaux d’interprétation et ouvre la voie à une compréhension plus fine du Moyen-Âge et de sa mentalité. Une période loin d’être monolithique, et beaucoup moins simple qu’on ne la présente généralement. Une période dans laquelle la lignée des Rois de Jérusalem, défenseurs de la Terre Sainte et gardiens du tombeau du Christ, pouvait, dans le même temps, se revendiquer d’une ascendance féérique et païenne. Une période, également, durant laquelle légendes et contes transmettaient, déjà, un enseignement que l’on qualifierait aujourd’hui de Pilule Rouge. 

 

 

Texte complet du Mélusine de Jean d’Arras (transcription par écrit de la légende orale, XIVème siècle) : voir ici.

Illustrations : Larm Rmah Ioana Casapu Yash Raut Alex Iby

 

Martial
Share: