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Si l’inaction et le manque d’objectifs dans l’existence peuvent être fatals à un homme, l’excès d’activité peut l’être tout autant. Que vous vous contentiez de travailler ou que vous vous fixiez des buts supplémentaires vous amenant à rogner sur votre temps de repos et de loisir, le risque de burnout n’est jamais complètement absent.

Éloge de l’effort

Tout ce qui a quelque valeur dans l’existence demande des efforts. Tout se paie. Pas forcément en argent : cela peut être en temps, en énergie, en sentiments. Et quand bien même nous pensons ne pas payer, nous payons quand même, ne serait-ce que parce que le temps que nous consacrons à une activité n’est pas consacré à une autre.

Des efforts considérables sont en général nécessaires pour parvenir aux buts que nous nous fixons et ils sont le prix dont nous nous acquittons. Et c’est une très bonne chose : un homme a en général besoin d’avoir une mission, de sentir qu’il a un but dans l’existence, pour avoir l’impression de la vivre pleinement. L’oisiveté et la mollesse ne réussissent pas à l’être humain. Mais il arrive que le prix à payer soit mal estimé, trop élevé, ou que nous nous rendions compte malgré nous que nous ne sommes pas, ou plus, en mesure de le régler en temps et en heure.

En réalité, il est rare qu’au début d’un travail de longue haleine, nous ayons une idée très claire de ce qu’il réclame exactement en termes d’efforts. Et la carrière que nous envisageons d’embrasser, le livre que nous voulons écrire, la forme physique que nous souhaitons atteindre, le jardin que nous voulons entretenir … tout cela exige bien souvent de nous beaucoup plus que ce que nous n’envisagions à l’origine. Règle empirique, simple mais efficace : vous pouvez considérer que le temps et l’énergie qui seront nécessaires pour mener à bien un projet ambitieux sont environ dix fois supérieurs à votre estimation initiale. Et la différence entre succès et échec réside bien souvent dans le fait d’être, ou non, prêt à payer un tel prix.

On peut également estimer que pour réellement maîtriser un sujet (qu’il s’agisse d’un artisanat, d’un art, d’une technique ou autre), il est nécessaire d’y consacrer environ 10 000 heures de travail. C’est-à-dire, grosso modo, à raison de cinq jours par semaine et huit heures de travail par jour, cinq années de sa vie. Et c’est bien normal : le réel ne se plie pas de lui-même à notre volonté, et quiconque prétend pouvoir vous permettre de trouver des raccourcis parmi ces 10 000 heures est généralement un escroc qui a une soi-disant technique-miracle à vous vendre.

Outre le lien entre effort et succès, il est également important de noter que le consentement à des efforts importants et réguliers élève, à certains égards, l’âme. Ce n’est pas sans raison que l’adage classique assure que l’oisiveté est la mère de tous les vices : la vraie liberté consiste le plus souvent non à faire tout ce vers quoi notre cœur nous pousse sur l’instant, mais bien à nous imposer des règles et des obligations plus dures que celles que le réel et la société font peser sur nous.

On peut, enfin, noter que le fait de rester en activité toute sa vie (même non professionnelle et non rémunérée) est l’une clefs principales identifiées par la Brookings Institution et qui permettent de garantir qu’on ne tombera pas ou ne restera pas dans la pauvreté.

Les risques de burnout

Cet éloge de l’activité et de l’effort ne doit toutefois pas faire oublier que oui, le burnout existe bel et bien. Et qu’il est plus courant qu’on ne le croit. Quand on passe des heures et des heures à se consacrer à une activité spécifique, de l’aube à minuit, on finit, tôt ou tard, par craquer. Parce que nous sommes humains, faillibles, et que l’excès de travail tend à nous fragiliser. Il est fréquent que le burnout s’insinue en nous lentement, sans prévenir, et que tout s’écroule d’un seul coup : fatigue intense, parfois même hospitalisation, déprime, anxiétés, troubles physiques et psychologiques. Tout cela nous tombe dessus au même instant. Et le plus souvent, suffit à nous faire craquer.

Il existe heureusement quelques idées, quelques techniques et quelques bonnes pratiques qui aident à éviter d’en arriver là.

Ne pas faire payer à l’entourage le prix de son engagement

Si le résultat de votre engagement est une perte de contact durable avec vos proches, vos amis, votre famille, c’est sans doute que vous vous mettez en danger. A quoi bon réussir dans vos plans si c’est pour vous priver de tout ce qui fait la vie d’un individu ? Nous avons besoin du soutien des autres. Nous avons besoin d’amis, de parents, de convivialité. Ils nous aident aussi à relativiser, à laisser s’échapper un peu la pression, à comprendre que l’objectif qui nous obsède n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie.

Burnout et isolement

Les périodes de travail intense deviennent facilement des périodes d’isolement relationnel. Et ce n’est pas forcément bon. Conserver des liens relationnels sains peut vous aider à ne pas couler.

Il ne faut pas négliger le pouvoir de contagion positive des personnes saines, équilibrées et bienveillantes de votre entourage. De plus, surtout si votre objectif se situe dans le monde professionnel, votre famille constitue sans doute, parmi tous ceux que vous rencontrez au quotidien, les seuls qui ne souhaitent ni vous vendre quelque chose, ni vous acheter vos services à peu de frais, qui ne veulent que votre bien et sont sincères avec vous. Il serait dommage de se priver d’un tel luxe.

Se préparer à toutes les éventualités

Le monde a des règles, mais il peut aussi être injuste. Et il est très possible que, malgré tous vos efforts, vous vous retrouviez face à un échec. Ce n’est pas le scénario le plus probable, si réellement vous vous êtes fixé un objectif atteignable, que vous en avez les capacités et que vous y avez consacré les efforts nécessaires.

Face à un échec, temporaire ou définitif, il est important de se poser les bonnes questions :

  • Temps et efforts nécessaires : ai-je réellement consacré à mon projet le temps dont il avait besoin ? Si non, la solution est bel et bien, au moins dans un premier temps, d’augmenter la charge de travail. Si je ne suis encore parvenu à rien de vraiment concret mais que je me rends compte qu’en réalité, je n’ai consacré à mon projet d’un ou deux milliers d’heures, il n’y a aucune raison de désespérer : je ne suis pas face à une injustice, mais bien face au résultat de mes propres manquements. Et si, malgré cela, je ressens tout de même les effets d’un burnout, il est urgent de remettre en question mon engagement dans ce projet : cela signifie sans doute que je n’ai pas les reins assez solides pour le mener à son terme.
  • Méthode : suis-je certain d’employer les bonnes méthodes, les bonnes techniques ? Si non, il ne sert à rien d’augmenter ma charge de travail. Faire plus, toujours plus, de la même chose, ne peut pas être une solution si cette chose n’est pas appropriée.

Mais quoi qu’il en soit, au final, certains événements échappent à notre contrôle, même quand nous faisons tout ce qu’il faut pour que les choses se passent bien. Et le succès ou l’échec d’une entreprise de longue haleine ne sont que très rarement liés à un événement ponctuel et isolé. Il est bien possible que vous passiez à côté d’une opportunité de vous faciliter les choses ou d’un premier succès : cela ne vous condamne pas pour autant sur le long terme.

burnout et surmenage

Ce n’est pas seulement une question de quantité de travail. Le regard que l’on pose sur son propre travail et la manière dont on l’aborde comptent aussi beaucoup.

Rester généreux

Les périodes de travail intense sont souvent des périodes dans lesquelles on est centré sur soi-même. Et c’est bien normal. Pourtant, aussi contre-intuitif que cela puisse sembler, prendre, dans ces périodes, un peu de temps pour venir en aide aux autres peut réellement faire du bien.

A l’égo, tout d’abord : un peu de bienfaisance peut être un boost réel pour notre propre narcissisme. Et en période de stress et de doute, c’est toujours bon à prendre. Mais cela aide aussi à relativiser : à se dire qu’on n’est pas le centre de l’univers, que d’autres personnes ont d’autres soucis, et parfois bien plus graves. C’est aussi une manière de se prémunir contre le burnout : faire preuve d’humanité, de bienveillance, nous aide à rester connecté aux autres. Et généralement, cela nous fournit également quelques utiles doses d’hormones de récompense.  En période de stress, c’est toujours bon à prendre.

Nul besoin de s’engager dans une ONG : un brin de générosité et de bienveillance à l’égard de ceux qui nous sont immédiatement proches suffit. Aider la vieille voisine à faire ses courses, rédiger le CV du petit cousin, donner un cours gratuit sur son sujet de prédilection … les exemples ne manquent pas de petits bienfaits qui peuvent aussi largement contribuer à se changer les idées.

Ne pas rogner sur son temps de sommeil

Oui, bien entendu, tout le monde a tôt ou tard à affronter l’urgence, et il peut arriver qu’on ait à passer une nuit blanche sur un projet. C’est normal. Ça arrive. Mais si cela devient une habitude, ça signifie que soit notre organisation est mauvaise, soit la charge de travail que nous avons est trop importante (trop importante dans l’absolu ou trop importante pour nous : peu importe, au fond, c’est la même chose).  Réduire son temps de sommeil, ne pas s’accorder le repos nécessaire, ne pas rattraper par une sieste les heures de nuit passées à travailler … autant d’excellents moyens de précipiter un burnout.

Le sport comme antidote au burnout

Si vous avez une pratique sportive régulière, tentez de la conserver en période de travail intense. Et si vous n’en avez pas, c’est une excellente pratique à adopter pour éviter le burnout : en période de grosse charge de travail, ménager un temps hebdomadaire pour de l’effort physique est souvent salutaire; non seulement le sport va vous faire du bien physiquement, mais il va également vous nettoyer l’esprit. Une bonne fatigue physique, après une journée d’intense fatigue intellectuelle et nerveuse, ne peut qu’améliorer votre qualité de sommeil … et donc votre récupération, tant physique que mentale.

Comprendre que c’est un marathon, non un sprint

Le succès après lequel vous courrez, qu’il soit financier, professionnel, sportif, intellectuel ou autre, ne vous attendra sans doute pas. Mais vous n’êtes pas non plus au jour près. Plus exactement : si vous vous trouvez dans une situation où tout ce que vous avez entrepris dépend d’une seule deadline très (trop) serrée, c’est vraisemblablement que vous vous y êtes pris trop tard ou avez mal estimé les délais dès l’origine. Et donc que le projet est déjà mal engagé.

En réalité, si votre entreprise n’ouvre ses portes que dans une semaine, si vos abdos ne sont visibles que dans six mois au lieu de trois, si votre roman n’est terminé que l’an prochain, c’est rarement la fin du monde. Bien entendu, tout remettre à demain est également une mauvaise idée : la procrastination n’a jamais amené personne nulle part. Mais s’imposer des délais trop courts non plus.

Les choses prennent un certain temps, qu’on le veuille ou non. La route vers vos objectifs est un marathon et non un sprint : ce qui est important, c’est de tenir sur la durée et de passer la ligne d’arrivée à la fin. Que vous la passiez premier ou dernier importe, bien entendu. Mais cela importe moins que le fait de la passer. Et il est souvent plus difficile de tenir sur le long terme que de fournir un seul et immense effort à un instant T. Le burnout arrive souvent quand on a trop donné et trop vite, et que l’on s’aperçoit, trop tard, que la course va encore durer longtemps. 

Illustrations : Hutomo Abrianto BRUNO CERVERA Sebastian Herrmann

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