Le Marché Relationnel : une formule du bonheur conjugal

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Le marché relationnel : une formule du bonheur conjugal

La notion de Marché Sexuel est bien connue de tous les lecteurs réguliers de contenus issus de la manosphère. Cette idée consiste, en gros, à considérer que les relations de séduction obéissent à des lois d’offre et de demande, et que chacun s’y intègre en étant porteur d’une certaine Valeur (VMS : Valeur sur le Marché Sexuel), qui est tout à la fois le prix qu’il fixe à lui-même et la monnaie dont il se sert pour payer l’accès à autrui. Il y a relation lorsque les deux personnes concernées estiment faire une bonne affaire, ou, en tout cas, une affaire honnête. Les pratiques de séduction et de drague tiennent, dans ce marché, la place des pratiques de marketing et de marchandage dans les marchés économiques. La mauvaise foi, par laquelle un individu surestime sa propre VMS ou sous-estime celle d’autrui, également.

Bien évidemment, ceci n’est qu’une image. Elle est pratique pour envisager la nature des relations de séduction mais son utilité se limite à cela. Cette image a cependant un avantage : celui de remettre bien des comportements dans un contexte purement matérialiste et objectif, et de permettre d’en faire une analyse froide et dénuée de sentiments. Les sentiments, en effet, sont généralement considérés dans ce contexte comme n’étant rien d’autre que des masques que nous plaçons devant nos propres stratégies reproductives, généralement inconscientes.

Si le Marché Sexuel est un outil utile pour comprendre les réalités des relations de séduction de court terme, il présente, en revanche, certains défauts pour appréhender l’ensemble des relations sentimentales, et en particulier les relations conjugales. En effet :

  • Certains comportements, attitudes ou signes extérieurs n’influent pas sur la qualité de l’individu en tant que partenaire sexuel de court terme mais peuvent, en revanche, le disqualifier pour être un partenaire relationnel de long terme. Typiquement : le beau mâle qui fait envie pour une nuit mais qu’on n’oserait jamais présenter à ses parents.
  • Certains comportements, attitudes ou signes extérieurs peuvent diminuer la VMS perçue, tout en étant des atouts dans le cadre du choix d’un partenaire de longue durée. Par exemple : le jolie jeune fille timide et un peu coincée, qui peut ne pas être considérée comme éligible à une tentative de séduction dans le cadre de la recherche d’une fuck friend, mais qui peut s’avérer une candidate au mariage de qualité.
  • Les stratégies reproductives et matrimoniales des individus évoluent au cours de leur vie : ainsi, à l’approche ou juste après le Mur, les femmes ont-elles tendance à prêter davantage d’attention aux qualités typiquement Béta (écoute, sens de la relation, fidélité, stabilité…), au détriment des qualités Alpha qu’elles privilégiaient lorsqu’elles étaient plus jeunes.

Aussi serait-il utile d’introduire, en parallèle au Marché Sexuel, la notion de Marché Relationnel. Tout le monde n’est pas un célibataire endurci, et, même parmi certains MGTOW, il existe des gens qui espèrent former, à terme, un couple stable et avoir des enfants.

marché relationnel mariage simple et modeste

Si vous choisissez de vous marier, sachez qu’une cérémonie simple et modeste garantit bien mieux la longévité de votre couple qu’un “plus beau jour de sa vie” ruineux

Construction de la Valeur sur le Marché Relationnel

La VMR se distingue de la VMS mais en découle partiellement. En effet, une VMS trop basse peut être éliminatoire (rappelons que la VMS ne se construit pas que sur le physique, surtout pour les hommes, dont la Valeur est définie par les femmes ; si seul le physique comptait, Stephen Hawking n’aurait jamais eu la possibilité de se marier deux fois). Afin de pouvoir entrer dans le Marché Relationnel, l’individu doit donc déjà disposer d’une VMS susceptible d’être, a minima, considérée comme acceptable par l’autre. Plus exactement : elle ne doit ni être si basse que l’autre se considère comme insulté par l’offre de valeur, ni être si haute qu’il en soit intimidé et se considère comme hors-course. La composition de la VMR peut être bien plus subjective que celle de la VMS : elle comprend en effet la VMS elle-même, mais aussi un ensemble de jugements de valeur, permettant de déterminer à quel point on estime possible de fonder une famille avec l’autre partenaire.

Toutefois, nous proposons ici une approche rationalisée, destinée à vous permettre d’évaluer de manière froide et logique les chances pour qu’une partenaire soit plus qu’un coup d’un soir et puisse être considérée comme une compagne de long terme potentielle. Les éléments à prendre en considération, outre sa VMS, pour évaluer de manière rationnelle la Valeur sur le Marché Relationnel d’une compagne potentielle (ou d’un compagnon si vous préférez les hommes, c’est pas mon problème) sont :

  • La situation financière et patrimoniale : l’autre partenaire sera-t-il à ma charge ? apportera-t-il de la stabilité matérielle au foyer ? apportera-t-il à notre descendance commune un patrimoine significatif ? Le fait d’être financièrement dépendant de l’autre et/ou sans emploi réduit considérablement les chances que le couple dure. La plupart des gens trouvent généralement leur premier emploi avant de former leur premier couple stable et le fait de ne pas avoir de situation professionnelle établie prédit des difficultés accrues à former un couple et à le maintenir sur la durée (Ekert-Jaffe, 2001). C’est particulièrement vrai quand c’est l’homme qui est au chômage ou dispose de revenus plus bas que la femme (Kippen, 2010).
  • La situation familiale : sa famille d’origine semble-t-elle structurée, aimante et saine, ou au contraire dysfonctionnelle et chaotique ? dois-je m’attendre à devoir gérer quotidiennement des crises familiales, ou puis-je m’appuyer sur ma belle-famille et la considérer comme une alliée ? Le fait que votre compagne vienne d’une famille déstructurée est fortement corrélé avec des risques pour votre couple sur le long terme (Kippen, 2010).
  • Le passé relationnel et sexuel : combien de couples avant le nôtre ? combien de partenaires ? combien de relations s’inscrivant dans le temps long ? Cet élément est surtout significatif pour les femmes ; il est en effet établi que plus une femme a eu de partenaires par le passé, plus élevés sont ses risques de divorce; ainsi, 33% des femmes ayant eu plus de 10 partenaires avant leur mariage divorcent dans les 5 ans suivant l’union, contre 5% des femmes arrivées vierges au mariage (OK, c’est rarissime). Hélas pour ces dames (oui, c’est injuste, mais c’est ainsi), le passé sexuel d’un homme n’a aucune influence sur les chances de survie de son couple dans le temps. Qu’il se marie puceau ou au terme d’une longue carrière de Casanova, ça ne change rien.
  • La capacité à se projeter dans le temps long : la personne est-elle capable de voir plus loin que le bout de son nez ou de son caprice ? est-elle en mesure de se projeter au-delà du désir immédiat et de construire l’avenir ? quelle maîtrise a-t-elle de ses impulsions et de ses envies et à quel point est-elle capable de les faire taire dans l’intérêt du couple et de la famille ? En bref : a-t-on ou non affaire à un être adulte ? Tout signe d’une impulsivité excessive doit être considéré comme un signe d’alerte majeur. En effet, la tendance à l’impulsivité et le fait d’obéir sans réfléchir à ses désirs immédiats est un important facteur de risque, prédisant, au sein des couples, des dysfonctionnement relationnels importants (Tan, 2017).
  • Le fait d’avoir déjà des enfants est un facteur de risque pour les couples. Une compagne qui a déjà des enfants a plus de chances de se séparer qu’une autre (Kippen, 2010).
  • L’état psychologique et mental en général : aurai-je à servir de psy à l’autre tout au long de ma vie, ou puis-je faire confiance, dans l’ensemble, à sa santé mentale ? Puis-je considérer la personne comme interlocuteur de valeur, intelligent et rationnel ? Le fait pour l’un ou pour l’autre des conjoints de souffrir de troubles psychologiques augmente considérablement les risques de séparation (Butterworth, 2008). Les personnes dépressives, suicidaires, violentes, agressives ou autodestructrices font rarement de bons conjoints.
  • La stabilité dans les désirs : le schéma relationnel amenant le plus sûrement à un divorce ou à une séparation (Gottman, 2000) est un scénario dans lequel la femme a des demandes répétées, auxquelles l’homme ne satisfait pas. Les personnalités capricieuses, aux désirs instables et aux volontés changeantes, présentent donc plus de risques que les personnalités plus équilibrées.
  • Le partage d’un minimum de valeurs idéologiques, religieuses, etc. Il a en effet été établi que l’un des facteurs prédisant le mieux la stabilité d’un couple est le fait que les deux aient les mêmes attentes et voient la relation de la même manière (Hagemeyer, 2012). De plus, si les divergences d’opinion ne comptent que très peu dans le cadre de relations de court terme (Jonason, 2015), elles deviennent des causes majeures de séparation dans les relations de long terme.
  • Le fait d’avoir une pratique religieuse régulière prédit en partie le nombre de partenaires passés d’une femme, et donc les chances pour que le couple dure dans le temps (Wolfinger, 2016).
  • La jalousie et le fait d’éviter de parler des problèmes ont tous les deux été corrélés à des dysfonctionnements au sein du couple (Brassard, 2011) et augmentent les risques de séparation
  • La maîtrise de ses tendances hypogames ou hypergames est nécessaire pour les deux partenaires : le pacte monogame implique, en effet, que chacun accepte de renoncer à une partie de ses tendances naturelles.
  • Le respect de votre autonomie en tant qu’individu et du fait que vous puissiez avoir des passions, des hobbies ou autres activités sans elle. La chose est également valable pour vous, d’ailleurs : il a été démontré qu’un contrôle excessif sur l’autre nuit à la qualité d’une relation; chacun aime à être considéré comme un être autonome (Blais, 1990).
  • Les exigences en termes de mariage : ces exigences viennent généralement de la femme, qui souhaite une belle bague, un “plus beau jour de sa vie”, une robe de princesse, etc. Or il a été démontré (Francis-Tan, 2014) que plus un couple dépense pour la bague de fiançailles, la fêtes de mariage et autres, moins il a de chances de durer dans le temps. Dans l’étude citée, les couples qui avaient dépensé moins de 9000€ pour l’ensemble (bague, robe, cérémonie, fête) avaient 3.5 fois plus de chances de durer que ceux qui avaient dépensé plus de 18 000€. Bien entendu, il n’y a aucun lien de causalité directe ; ce n’est pas le fait que le mariage soit coûteux qui provoque des divorces. Mais un mariage très coûteux indique, de la part de la femme (puisque c’est habituellement elle qui est demandeuse en la matière) une forte tendance à l’hypergamie. Donc de plus fortes chances de briser le couple si elle trouve “mieux” ailleurs.
  • L’âge : la différence d’âge au sein d’un couple prédit en partie ses chances de survie dans le temps. Un couple dans lequel la femme est plus âgée (même de seulement trois ans) que l’homme a 1.53 fois plus de risques de ne pas survivre à l’épreuve du temps qu’un couple dans lequel l’homme est plus âgé que la femme (Kippen, 2010). Cependant, elle ne doit pas être trop jeune non plus : les unions contractées avant 18 ans ne durent que rarement très longtemps.
Valeur sur le marché relationnel

Le nombre de partenaires passés pour une femme prédit ses chances de divorcer dans les cinq ans suivant son mariage.

 

Conclusion : le Marché Relationnel, en fait, c’est très simple

Il est assez intéressant de constater à quel point ces facteurs, étayés par des études parues dans des revues scientifiques à comité de lecture (ce qui, en matière de sciences humaines, constitue le plus haut degré de certitude qu’il soit possible d’atteindre), recoupent à la perfection une vision relativement traditionnelle du couple. En fait, tout se passe comme si la recherche scientifique donnait intégralement raison aux théories les plus communes au sein de la manosphère. Ainsi, le couple “idéal”, ayant le plus de chances de survivre sur la longue durée (et donc, de rendre chacun de ses membres heureux : le bonheur individuel, pour les personnes en couple, est en effet fortement lié à la qualité et à la stabilité de leur relation – Demir, 2008) est un couple monogame, dans lequel l’homme, un peu plus âgé, plus riche et plus expérimenté que la femme, gagne davantage qu’elle; les deux époux sont de préférence issus de familles structurées et saines; la femme n’a pas eu beaucoup de partenaires sexuels par le passé; elle est de préférence croyante; les deux conjoints sont des gens pondérés et qui ont la tête sur les épaules; la femme n’a pas eu d’autres enfants avant de former le couple; elle est équilibrée, a des désirs et des aspirations raisonnables, ose parler des problèmes mais ne souffre pas d’une jalousie maladive (l’homme non plus, d’ailleurs) et respecte le fait que son conjoint dispose d’une partie de son temps de manière autonome. Les deux se demeurent fidèles. La cérémonie de mariage, si elle a eu lieu, a été raisonnable et pas trop coûteuse. Telle est la formule qui assure des chances optimales de bonheur pour l’homme comme pour la femme. 

marché relationnel bonheur conjugal

En matière de bonheur conjugal, la recherche scientifique donne totalement raison aux théories de la manosphère

En bref : les femmes jeunes, chastes, intelligentes, modestes, pondérées, équilibrées, confiantes, prévoyantes, croyantes, fidèles, économes et stables font en règle générale de meilleures compagnes que les femmes plus âgées, débauchées, ambitieuses, impulsives, bêtes, folles, jalouses, imprévoyantes, athées, infidèles, dépensières et instables. Je vous l’accorde, c’est un scoop exceptionnel. Personne ne s’en doutait.

Ce portrait-robot est certes un cliché. Mais il permet, a minima, à celui qui souhaite un couple stable et durable, et la fondation d’une famille heureuse, de savoir ce vers quoi il doit tendre et le type de facteurs qu’il doit privilégier dans son choix de partenaire. On pourrait objecter que ces éléments mettent principalement l’accent sur les qualités propres de la femme, et peu sur celles de l’homme. C’est vrai. Il y a deux raisons à cela : la première, c’est qu’ici, on parle principalement aux hommes. La deuxième, et la plus importante, c’est que deux tiers des divorces sont à l’initiative de la femme. Ce sont les femmes qui larguent, les hommes qui sont largués. Le choix de la compagne avec laquelle on construit une relation de long terme est donc fondamental.

Bien évidemment, chaque individu est unique et chaque couple l’est également. Mais ces tendances prédisent néanmoins fortement la durée de vie d’un couple, sa qualité et ses chances d’assurer le bonheur pour l’homme comme pour la femme (et pas seulement, d’ailleurs : un grand nombre d’études démontrent également que les facteurs prédisant le succès d’un couple tendent à être les mêmes au sein des couples homosexuels). Ce type de couple a été celui, des siècles durant, qui a été adopté et idéalisé par les pères de nos pères. On peut souhaiter le dépoussiérer, certes; mais le balancer aux orties sous prétexte de modernisme relève non seulement de la stupidité, mais de l’ignorance des faits observés. Alors oui, on peut considérer cela comme vieux-jeu, rétrograde, voire réactionnaire. A tout le moins, ce n’est pas dans l’air du temps. Mais en l’occurrence, ce n’est pas nous qui sommes vieux-jeu, c’est le réel. Et le type de relation décrit ici constitue, bel et bien, la formule du bonheur conjugal la plus courante, la plus abordable et la mieux partagée de par le monde. 

Illustrations : Ryan Graybill Pablo Heimplatz Bridget Flohe

Tableau : Wolfinger

Martial
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