Modes de communication

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La communication des femmes

Les hommes et les femmes ne communiquent pas de la même manière. Ça n’est ni un grand secret, ni une révélation : même le plus indécrottable des Chevaliers Blancs le sait et l’admet volontiers. Les hommes parlent généralement des faits et des idées qu’ils souhaitent transmettre. Les femmes, quant à elle, privilégient davantage le contexte d’énonciation, ou la manière dont les faits et les idées en question les affectent personnellement.

Une réalité admise

Cette réalité est d’ailleurs si couramment admise qu’elle est sans doute l’un des points de différence que vous pouvez soulever sans problème, et sans vous faire traiter immédiatement de misogyne. Il faut dire que les femmes elles-mêmes raffolent de cette idée, qui leur permet de prétendre que leur mode de communication est supérieur à celui des hommes, notamment sur le plan des non-dits. Les femmes, parce qu’elles incluent en général dans leur mode de communication un grand nombre d’éléments non verbaux, contextuels ou sous-entendus, transmettraient une information de meilleure qualité. Il est vrai que les hommes ont en général moins de facilité à comprendre ce qui n’est pas clairement exprimé ; plus exactement : ils ne se le permettent généralement pas et font confiance à leur interlocuteur pour lui transmettre les informations qu’il juge utile de donner. Il y a là une forme non pas d’aveuglement, mais bien de pudeur.

Une communication défaillante ?

Le bât commence à blesser dès lors que l’on se rend compte que, pour la plupart des gens sous Pilule Bleue (c’est-à-dire pour l’immense majorité de la population), si la différence entre les modes de communication est acceptée comme un fait, c’est uniquement pour déplorer la soi-disant incapacité des hommes à communiquer « correctement ». Autrement dit : le mode de communication correct, c’est celui des femmes. En tant qu’homme, vous êtes un handicapé relationnel ; c’est ainsi, pas autrement. Votre seule planche de salut serait d’apprendre à « communiquer comme une femme », c’est-à-dire vous déviriliser et adopter le type de comportement du plus caricatural des métrosexuels hystériques.

On notera d’ailleurs que ce sujet est l’un des rares dans lesquels celui (celle, ici) qui prétend détenir une supériorité peut sans complexe rabaisser, insulter et humilier celui qui est désigné comme handicapé. Il n’est en effet pas question que le constat d’une différence dans les modes de communication pousse les femmes à faire quelque effort que ce soit pour exprimer, quand elles s’adressent aux hommes, une pensée claire et dénuée d’ambiguïtés. On s’attendrait pourtant à ce que, ne serait-ce que dans l’intérêt de la paix des ménages, il soit admis que le supérieur se mette au niveau de l’inférieur; une forme de charité ou de galanterie verbale inversée, en quelque sorte. Il n’en est rien. Car si l’homme est, en ce cas, jugé inférieur par nature, inférieur irrémédiablement, cette infériorité supposée lui est reprochée : s’il ne comprend pas, s’il ne devine pas de lui-même ce qu’on ne lui dit pas, c’est forcément par paresse, par j’menfoutisme, voire par méchanceté. Jamais il n’est question que le supérieur daigne s’abaisser à son niveau. Ce n’est pas à elle d’émettre des messages clairs, c’est à lui de tout comprendre à demi-mot, et ce même si on admet, depuis le début, qu’il en est incapable. On est là dans une double injonction contradictoire, tout à fait typique des relations malsaines et des rapports de manipulation.

Mais peut-être cette contradiction ne cache-t-elle en réalité une réalité bien plus sordide : sous les multiples strates de la communication féminine, sous ses dits et ses non-dits, ses sous-entendus, ses contextualisations, ne se dissimule peut-être pas grand-chose. Peut-être n’habille-t-on les idées de grandes robes à froufrous que pour mieux en masquer la maigreur et la banalité. Au fond, le fait que le mode de communication féminin soit généralement plus complexe et transmette un flux d’information plus important ne garantit en aucun cas que les informations en question sont pertinentes, utiles, ni même intéressantes.

Gynocentrisme manifeste

Car le problème est bien là : le présupposé selon lequel la communication féminine serait la bonne n’est basé sur absolument rien. Il est en effet tout aussi légitime de prétendre que les handicapées relationnelles sont les femmes, incapables de communiquer une information simple et directe sans la surcharger, la surinterpréter et lui faire porter une charge émotionnelle pas toujours à propos. Mais émettre ce type d’avis, c’est passer immédiatement pour un immonde machiste. En revanche, émettre l’avis inverse, l’avis couramment accepté selon lequel les hommes communiquent « mal », c’est acceptable. Ce n’est pas misandre, ce n’est pas sexiste. Pourquoi ce qui est insupportable dans un sens ne l’est-il pas dans l’autre ? N’y aurait-il pas là une forme de misandrie, ou, a minima, de déséquilibre dans les poids et les mesures ? Ne serait-il pas plus juste de simplement affirmer que, si chacun des sexes a bien un mode de communication propre, destiné à échanger avec d’autres membres de ce sexe, il doit exister, dans les rapports entre membres de sexes opposés, un domaine de l’entre-deux, où chacun consent, à égalité, à quelques efforts ? Pourquoi, dans une société se voulant égalitaire, ce type de discours est-il absent, et pourquoi est-ce la communication féminine qui est systématiquement considérée comme légitime ?

Si vous êtes familier des articles de Neo-Masculin, vous connaissez déjà la réponse : ces processus sont tout à fait habituels, dans le système gynocentré qui est le nôtre. Rien d’étonnant, donc. Mais si j’évoque ce sujet ici, c’est parce qu’il est l’une de manières les plus simples pour entamer une discussion avec quelqu’un que vous souhaitez amener vers la Pilule Rouge. Parce que l’idée de base (celle d’une communication différente d’un sexe à l’autre) est très largement acceptée, et même revendiquée par nombre de femmes, il y a peu de chances pour que votre interlocuteur le trouve scandaleux et refuse d’aller plus loin dans la discussion. Même si vous ne poussez pas l’avantage au-delà du fait de vous interroger à haute voix sur la pertinence et la justesse qu’il peut y avoir à condamner comme déficiente la communication de la moitié de l’humanité, et à déclarer comme valable celle de l’autre moitié, vous aurez déjà planté une graine…

Illustration : ian dooley

Martial
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