Parler à une inconnue (et alimenter la conversation)

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Il n'est pas si difficile de parler à une inconnue

Il n’est déjà pas facile d’aborder une inconnue : ça demande une certaine dose de courage ou d’inconscience, surtout à notre époque de paranoïa généralisée autour du harcèlement. Mais une fois l’approche faite, parler à une inconnue, et surtout maintenir avec elle un degré de conversation qui la garde intéressée, peut relever du tour de force. Si vous vous trouvez dans une telle situation, les petites astuces ci-dessous pourraient bien vous aider.

Partez du principe qu’elle est idiote

Les idiotes sont légion. Vous en rencontrerez partout, absolument partout. Des jolies comme des moches, des cultivées comme des ignares (encore qu’il y en ait un peu moins parmi les ignares), des riches comme des pauvres. Lorsque vous engagez la conversation avec une personne que vous ne connaissez pas, il y a plus de chances pour que cette personne soit idiote que pour qu’elle ne le soit pas. Il est donc plus prudent, au moins pour une première conversation, de partir du principe que la nana à qui vous parlez est idiote (c’est valable aussi pour les hommes, d’ailleurs, mais cela dépasse le cadre de cet article). Parler à une inconnue dans ces conditions est déjà nettement moins impressionnant. De plus, la considérer comme une idiote vous permet de savoir sur quel mode de communication vous devez vous placer : quelque chose d’amusant, n’exigeant de sa part aucun effort intellectuel mais néanmoins susceptible de l’intéresser.

De plus, parler à une inconnue est nettement moins problématique quand on a de bonnes raisons de la croire idiote : cela vous détend, vous permet de ne pas vous demander si ce que vous racontez est intéressant ou pas, et surtout vous permet de ne pas la mettre sur un piédestal. Attention, toutefois : ce n’est pas parce qu’elle est idiote qu’elle est stupide. Et en aucun cas elle ne doit s’apercevoir que vous la méprisez.

Parler à une inconnue, c'est partir du principe qu'elle est idiote

Partir du principe qu’elle est idiote, c’est s’assurer qu’on se place à son niveau. Si, finalement, elle ne l’est pas, tant mieux : c’est une bonne surprise.

Respectez sa capacité d’attention

Pensez slogan, pensez pub, pensez printemps : il faut qu’elle comprenne tout ce que vous lui dites immédiatement, sans avoir à patienter le temps d’un long développement argumenté, ni à faire un effort intellectuel. Ne l’ennuyez pas avec des détails personnels sans conséquence directe et immédiate pour elle.

Souvenez-vous que, du moins la première fois que vous discutez avec elle, elle ne vous porte a priori aucun intérêt : vos idées, vos passions, vos ambitions, votre culture … rien de tout cela ne l’intéresse. Il vous faut donc adapter votre discours en conséquence. Des phrases courtes, des thèmes faciles, pas de grands développements : allez à l’essentiel. Évitez de monopoliser la parole plus de trois ou quatre phrases d’affilée.

Parler à une inconnue ne suffit pas : il faut aussi l’écouter

Posez des questions ! Non seulement cela vous donnera quelques informations mais en plus cela lui permettra de parler. Car ce qu’elle veut, selon toute vraisemblance, c’est parler d’elle et avoir face à elle quelqu’un qui semble fasciné par le sujet. Après tout, c’est logique, de son point de vue : elle est un sujet qui, depuis toujours, la passionne elle-même ; normal qu’elle ait envie de parler de ce sujet. Et montrer que vous êtes capable de vous y intéresser un minimum ne peut pas vous desservir.

Vous connaissez sans doute déjà la technique consistant, quand un blanc arrive dans la conversation, à répéter la dernière phrase de votre interlocuteur sur le mode interrogatif. C’est une bonne manière de parler à une inconnue en alimentant régulièrement son discours et en donnant l’impression que vous suivez son propos. Il existe une variante, moins connue mais tout aussi, si ce n’est plus efficace : l’idée est un peu la même : rebondir sur ses dernières paroles; la différence consiste à placer la question sur le plan affectif exclusivement. Exemples :

« … et c’est comme ça que j’ai eu mon diplôme. »
« Et tu en as été heureuse ? »

« J’ai emménagé ici il y a six mois. Avant j’étais à Lyon. »
« Heureuse d’être ici ou malheureuse d’être partie ? »

Parler à une inconnue n'est pas si difficile.

Bien sûr, ce qu’elle vous dit n’a aucun intérêt. Mais c’est sans importance : tenir dix minutes de conversation vous permet déjà de sortir de l’anonymat à ses yeux.

Racontez une histoire

Les hommes communiquent entre eux pour échanger des faits et des informations. Le mode de communication des femmes est différent : elles échangent davantage de sentiments et d’émotions. Et elles estiment plates et dénuées d’intérêt les conversations qui s’en tiennent aux faits. Elles veulent qu’on leur raconte de jolies histoires, des anecdotes amusantes … bref qu’on les distraie.

Une bonne technique : toujours ajouter quelque chose à vos propos, et faire en sorte que la chose en question soit intrigante, rigolote ou puisse donner en vie de poser des questions supplémentaires. Bien entendu, l’ajout en question doit toujours ramener à votre interlocutrice, flatter sa vanité naturelle et ses tendances solipsistes. Bref : l’amener à parler d’elle ou à vous faire parler d’elle.

Au fond, ce que vous dites n’a aucune importance

En réalité, du moment que vous laissez à votre interlocutrice la possibilité de parler d’elle et lui donnez le sentiment que le sujet vous intéresse tant soit peu, ce que vous dites précisément n’a que peu d’importance. Tant que vos propos semblent à peu près cohérents et qu’ils sont vaguement intéressants, ça passe. Les chiffres précis varient selon les études, mais, en gros, les grandes tendances concernant l’impact des diverses composantes de la communication sur un interlocuteur restent à peu près les mêmes :

  • Le contenu réel et objectif du message compte pour 10% environ ;
  • Le ton de la voix, la façon de s’exprimer, le fait d’exprimer les choses avec humour, bref l’emballage du discours compte pour environ 30% ;
  • Et l’attitude, le langage corporel, la communication non verbale compte pour environ 60%.

Attention : cela n’est valable que dans le cas où votre message est perçu comme acceptable par votre interlocutrice : il est possible de tout gâcher en quelques mots, si vous la choquez, l’ennuyez ou la braquez. Évitez donc d’exprimer une opinion non consensuelle, un positionnement politique hétérodoxe, mais aussi des concepts trop difficiles à comprendre. Oui, cela revient à jouer la comédie. Oui, cela revient à laisser la Pilule Rouge au placard et prétendre, au moins dans cette conversation, avoir des idées et des croyances tout à fait alignées avec la ligne du Parti. Et oui, c’est une forme de manipulation. Et alors ? La séduction, ça n’est rien d’autre. Parler à une inconnue n’a qu’un seul objectif : l’amener, à terme, dans votre plumard. Et ce n’est pas en l’effrayant ni en la brusquant que vous y parviendrez.

 

Julien
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