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A un degré ou à un autre, nous souhaitons tous changer le monde. Que ce soit pour qu’il corresponde mieux à nos idéaux ou pour gagner un peu de confort et de bonheur personnel, que nos motivations soient désintéressées (ce qui est rarement le cas) ou qu’elles émanent de nos propres faiblesses, de nos amertumes et de nos jalousies. Mais par quel biais le faire ? Comment changer une société ? Beaucoup choisissent le militantisme pour cela. Mais s’agit-il vraiment de la méthode la plus efficace, et surtout la plus durable ?

Homme et société

Ce qui est mauvais pour la ruche ne peut pas être bon pour une abeille.
Marc-Aurèle

Une société est composée d’un grand nombre d’éléments : culture, histoire, art, langage, système étatique, valeurs, idées. Mais aucun de ces éléments ne tombe spontanément du Ciel : tous sont produits par des êtres humains. La société n’est jamais que le milieu naturel des êtres humains : on ne connaît pas d’être humain sans culture (à l’exception de quelques enfants sauvages, souvent pas bien beaux à voir), tout simplement parce que la nature des humains est de construire des cultures. Isolés, ils sont faibles, vulnérables. Les cultures et les sociétés leur permettent d’établir les conditions et les modalités de leur solidarité, et la manière dont ils travaillent ensemble. Exactement comme les fourmis ou les abeilles, chez qui l’action coordonnée du groupe est d’une puissance nettement supérieure à la simple somme des puissances de chacune des parties, les sociétés permettent aux Hommes l’accès à un pouvoir démesuré, si on le compare à celui dont ils disposent individuellement.

Homme et société

Nous aimons à nous croire uniques. Mais nous faisons tous partie d’un ensemble, et nos singularités sont souvent moins importantes que nous n’aimons à le croire.

Les sociétés sont composées d’individus. C’est la somme de ces individus qui définit la culture, les valeurs, la mentalité d’une société. Qu’un individu vienne à mourir ou à naître et la société dans son ensemble change. Elle change d’une manière infinitésimale, certes, mais elle change. L’ajout ou le retrait d’un individu n’est jamais anodin. Le seul fait d’exister, d’être là, de prendre part à la société, l’influence déjà.

L’incertitude de l’activiste

Le problème de l’activisme direct se situe dans l’identité même des militants. Bien que la plupart soient des gens sincères, comment être, en effet, certain que leur motivation à changer le monde ne réside pas, d’abord et avant tout, dans la peur, l’incapacité ou la paresse de se changer eux-mêmes ?

Les SJW, en particulier, illustrent à la perfection ce principe : plutôt que d’adopter une vie saine et de faire les efforts (il est vrai longs et pénibles) indispensables à l’acquisition et à la conservation d’un corps sain, il est bien plus confortable de se considérer comme une victime et de militer contre la grossophobie. Plutôt que de remettre en cause ses propres attitudes, ses propres choix de vie, ses propres capacités, il est plus confortable d’imaginer un complot, dirigé contre soi : patriarcat, racisme institutionnalisé, homophobie systémique … autant, bien souvent, de fantasmes, uniquement destinés à permettre à des individus doutant d’eux-mêmes de justifier leurs propres manquements, leurs propres erreurs, leurs propres faiblesses, en les rejetant sur le dos des autres. Ce n’est pas moi qui suis insuffisant, c’est le reste du monde qui est méchant et n’a pas réalisé le génie que je suis. Il n’y a, au fond, entre celle qui se plaint du patriarcat et les fanatiques du complot judéo-maçonnique, des Reptiliens ou des manipulations extraterrestres, aucune différence, sinon l’identité de leur bouc-émissaire, et le fait que notre époque dénonce certains fantasmes complotistes mais en bénit d’autres.

Mais la fréquence de ce type de comportement chez les SJW ne doit pas faire oublier son existence, très fréquente également, dans d’autres sphères. Y compris la sphère masculine. Le constat de l’existence du gynocentrisme pousse en effet de nombreux hommes à mettre sur son dos l’ensemble de leurs malheurs et de leurs erreurs personnelles. En oubliant généralement que les principes Pilule Rouge ne sont pas destinés à désigner des gentils et des méchants, mais seulement à exposer clairement quelles sont les véritables règles du jeu. Le fait est là : il y a parmi les tenants du masculinisme en général tout autant de Jeunes Filles qu’ailleurs. Et tout autant de paranoïaques.

Changer le monde ou se changer soi-même ?

Dans un cas comme dans l’autre, l’individu renonce à se réformer lui-même, estimant que c’est aux autres de changer, aux autres de prendre en compte ses désirs et ses aspirations à lui. Bref : il adopte une attitude immature et pose sur le monde le regard d’un enfant trop gâté, qui trouve révoltant que le réel ne se plie pas à ses souhaits et qui considère qu’il convient de lui apprendre comment il doit fonctionner. Cette attitude sous-entend également que des individus déjà dysfonctionnels puissent, par leur activisme, rendre le groupe fonctionnel. Une pensée pour le moins audacieuse.

changer le monde et se perfectionner

Si vous n’êtes pas virtuose, vous pouvez décider de vous perfectionner. Mais beaucoup préfèrent essayer de faire quitter la carrière musicale à tous ceux qui sont meilleurs qu’eux-mêmes.

Cela ne signifie pas que tous les militants soient illégitimes dans leur action. Tous, en effet, ne le sont pas. Ceux qui, au quotidien, vivent bel et bien selon les exigences et le code moral qu’ils souhaiteraient voir appliqués à tous et à chacun n’ont rien d’illégitime dans leur démarche. Mais ceux-là sont rares, très rares : pour la plupart des autres, l’activisme n’est rien d’autre qu’une forme de thérapie personnelle.

Il faut dire, pour leur défense, que résoudre ses propres problèmes, faire face à ses propres vices, se débarrasser de ses propres dépendances et addictions … tout cela est bien plus difficile que de donner aux autres des leçons de morale. Être sous le feu des projecteurs, recevoir la parole, avoir des personnes qui vous écoutent ou vous lisent … tout cela est très bon pour l’égo. Internet et les médias sociaux contribuent d’ailleurs très largement à ces tendances : quelle que soit la stupidité ou la vacuité de vos propos, vous trouverez toujours une douzaine d’imbéciles pour être d’accord avec vous et vous donner l’impression que ce que vous dites a de la valeur.

Il y a donc, toujours, dans l’activisme, et surtout l’activisme en ligne (l’activisme réel, surtout s’il s’accompagne d’une action physique concrète, sans être à l’abri du virtue signaling pour autant, a au moins le mérite de la réalité), un doute, un soupçon, à la fois quant à la sincérité et à la valeur de ceux qui s’y impliquent. Comment, dès lors, faire le tri ?

Être plutôt que prêcher

Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.
Évangile de Matthieu 7-7

En réalité, il n’y a que peu de manières à la fois efficaces et morales de changer la société et le monde. Et il n’y a aucun moyen facile, ni confortable, de le faire. La voie qui est sans nul doute la plus acceptable, tant sur le plan éthique que sur le plan de l’efficacité, est de se rendre soi-même meilleur. Se rendre à la fois plus fort, plus déterminé, plus cultivé, plus intelligent, moralement, spirituellement et philosophiquement plus élevé. Non pour être meilleur que les autres mais bel et bien pour être meilleur qu’on ne l’était, soi-même, hier.

Le perfectionnement de soi participe au perfectionnement de la société : devenez meilleur et le monde devient meilleur. Bien sûr, le changement est infime. Bien sûr, vous n’êtes qu’une goutte d’eau. Mais les océans ne sont composés que de gouttes d’eau.

Parce que vous faites partie de l’ensemble humain, votre existence affecte, directement ou indirectement, vos semblables. Surmontez vos vices, atténuez vos faiblesses, comblez vos manques, et vous contribuerez à rendre votre société un peu meilleure, un peu moins perverse. Devenez un exemple à suivre, un parangon de vertu et de virilité, et vous inspirerez d’autres personnes. Le but n’est pas de devenir un surhomme sans défauts (ça n’est de toute façon pas possible, ni même, sans doute, souhaitable) : seulement de ne jamais renoncer à s’améliorer. Ne jamais se reposer sur ses lauriers. Ne jamais croire que c’est gagné. Se souvenir qu’il y a toujours un lendemain, toujours de nouveaux défis, toujours de nouveaux axes d’amélioration.

En dehors de cette quête du perfectionnement de soi, grâce à laquelle on peut espérer inspirer les autres et prêcher d’exemple, nombre de tentatives pour changer le monde ne sont rien d’autre que des excuses, des façons de procrastiner, de remettre à demain le travail sur sa propre personne. Partir en croisade, c’est bien souvent chercher dans le sang des infidèles une réponse à ses propres péchés et à ses propres manquements. Prêcher aux incroyants, c’est bien souvent chercher d’abord à se convaincre soi-même.

Aussi est-il généralement inutile de distribuer des Pilules Rouges à ceux qui n’en veulent pas. Inutile, vain et contre-productif. Une écrasante majorité des êtres humains préférera toujours une illusion confortable à une vérité pénible. Beaucoup vous en voudront, si vous tentez de les sortir de leur hypnose télévisuelle, du virtue signaling qui leur donne l’illusion d’être des gens bien, de la consommation effrénée qui leur donne l’illusion d’exister. Comme le disait Robert Heinlein : N’essayez jamais d’apprendre à un cochon à chanter ; non seulement vous perdez votre temps, mais en plus vous embêtez le cochon. La pauvre bête ne vous a rien demandé, après tout.

Il est en revanche pertinent d’être prêt à partager son savoir avec qui le demande, ou semble prêt à le recevoir. Mais inutile d’aller le chercher à toute force : si votre exemple expose assez clairement l’excellence de vos choix de vie, c’est lui qui viendra à vous.

changer le monde

Regarder tourner manèges et carrousels … et passer son chemin sans un mot.

En conclusion

Oui, la Pilule Rouge peut changer le monde. Mais elle ne le fera pas d’un coup de baguette magique. Il ne s’agit pas d’un changement que l’on peut réclamer. Pétitionner pour qu’il advienne est aussi absurde que de manifester contre le patriarcat inconscient. Si un changement advient bel et bien, celui-ci viendra non pas de vociférations hystériques mais du silence, de la résilience, de la patience et de la détermination d’hommes décidés à prendre leur destin en main, à ne pas se laisser dicter par d’autres ce qu’est ou n’est pas le réel et à exister, envers et contre tout. Ils n’auront pas besoin d’affronter directement les hystériques et les fous, les dégénérés et les imbéciles, les Tarentules et les Derniers Hommes. Il suffira de leur survivre.

Illustrations : Daniel Monteiro Jallen Fosati Arshad Khan

Martial
Martial
Martial ayant appris à tirer à l'école des Stormtroopers impériaux, il a fini par prendre conscience que la carrière militaire n'était pas pour lui. Depuis, il diffuse sur Internet sa haine et sa frustration à l'encontre de ces p*** de rebelles et de l'incompétence des ingénieurs de l'Empire. Actuellement, il dirige Neo-Masculin, collabore à École Major et participe au Bistrot des Gentilshommes

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