Précisions et errata concernant les tatouages visibles

569
0
Share:
Tatouages visibles et modifications corporelles

Il y a quelques semaines, un de nos articles anciens a fait l’objet de l’un de ces petits scandales, l’une de ces petites poussées de fièvre, dont le web est coutumier. Ce coup-ci, ça a été notre tour. Nous avons eu droit à tout : des insultes, des floods sur les commentaires, des articles nous traitant de tous les noms d’oiseau possibles ici et là. Et même des attaques sur le site. Tout ça parce qu’en 2016 nous avions osé publier un article disant des méchancetés sur les personnes portant d’importants tatouages visibles, et en particulier des femmes dans ce cas. Nous avions renversé une vache sacrée sans même nous en rendre compte. 

Cet article a été restauré et est désormais à nouveau disponible pour nos lecteurs.

Le mois dernier nous avons offert à nos détracteurs de répondre également par un ou des articles, qui devaient être publiés comme des réponses au premier. On nous en a promis. On allait voir ce qu’on allait voir. Nous n’avons rien reçu. D’autres insultes, ça oui. Une charmante jeune fille qui a essayé de nous donner une leçon de droit en nous expliquant qu’émettre des jugements négatifs quant aux choix de certains était l’équivalent d’un appel à la haine raciste et au pogrom. Et des tonnes d’autres qui nous ont rappelé, ton sentencieux et bons sentiments en bandoulières, qu’il ne faut pas juger selon les apparences (ce qui, quand on parle de tatouages visibles, est une imbécillité : si on porte une telle chose, c’est justement qu’on espère bien qu’on sera jugé selon les apparences). Des tombereaux d’insanités. Mais d’article réel, pas l’ombre d’un.

Du coup, et parce qu’il n’était pas question de remettre encore à plus tard la republication faute de contradicteurs sérieux, nous nous sommes résolus à faire le travail de recherche nous-mêmes et à apporter à l’article les errata, corrections et précisions dont il avait très certainement besoin. Examinons ensemble les propos globaux de l’article, puis penchons-nous sur un certain nombre d’études parues en revues scientifiques à comités de lecture. Nous comparerons ensuite ce que nous dit la science et ce qu’indiquait l’article, pour tirer les conclusions et effectuer les éventuelles corrections qui s’imposent.

Ce que disait l’article

Le billet en question indiquait les opinions de l’auteur concernant les porteurs, et en particulier les porteuses, de tatouages visibles. Cette précision est importante, car il nous a été reproché de cracher sur tous les tatouages. C’est inexact : l’article parlait bien de ceux qui sont visibles et sortent donc du cadre de l’intime pour entrer dans la sphère commune. 

Tatouage discret

Que l’on soit bien clairs : ce n’est PAS de ce type de chose que l’article parlait.

L’article défendait, en substance, huit points essentiels :

  • Point 1 : porter un tatouage visible implique un sens biaisé de l’amélioration de soi et un souhait de se sentir plus désirable sans trop d’efforts réels
  • Point 2 : porter un tatouage visible indique un manque de vision à long terme
  • Point 3 : porter un tatouage visible abaisse la VMS de l’individu
  • Point 4 : porter un tatouage visible vous donne l’apparence d’un malfrat
  • Point 5 : porter un tatouage visible abaisse vos chances de trouver un boulot correct (sauf dans certaines branches précises)
  • Point 6 : porter un tatouage visible indique une personnalité faible et déficiente
  • Point 7 : les filles tatouées peuvent être des coups d’un soir ou des compagnes de court terme mais font de mauvaises épouses
  • Point 8 : si on rencontre un groupe de filles dans un bar et qu’on se demande laquelle baisera le plus vite et le plus facilement, mieux vaut se tourner vers la plus tatouée. L’article parlait, pour être précis, de la sodomiser dans les chiottes.

Voilà tout ce qui a choqué, et ce que nous allons examiner point par point, et éventuellement corriger.

“Fille fortement tatouée = fille à problèmes” : jusqu’à quel point ce principe reflète-t-il une réalité établie ?

Ce que dit la recherche

Les éléments suivants proviennent tous de recherches publiées dans des journaux scientifiques à comité de lecture. Pour ceux qui ne sauraient pas ce que ça veut dire : ça signifie que ces travaux ont non seulement été menés par des chercheurs, mais également relus et contrôlés par d’autres chercheurs n’ayant pas pris part aux expériences, puis publiés dans des revues scientifiques faisant autorité. En ce qui concerne la recherche en général et tout ce qui a trait aux sciences humaines en particulier, la certitude absolue est impossible. Mais la publication, dans des revues à comité de lecture, de résultats indépendants et convergents constitue le plus haut degré de certitude que l’on puisse avoir vis-à-vis du sérieux d’un fait. 

Etude 1 – Kim Jong Ju – A cultural psychiatric study on tattoos of young Korean males – Neuropsychiatrie – Hôpital Chrétien de Inchon – Corée – 1991

L’étude a porté sur des hommes, jeunes conscrits dans l’armée coréenne. Les sujets tatoués étudiés dans le cadre de ce travail présentaient des taux moyens de schizophrénie et de comportements psychopathiques supérieurs à la normale. Ils avaient également de plus fortes chances que des sujets non tatoués d’avoir un passé criminel. Les sujets tatoués étaient dans l’ensemble plus impulsifs et plus violents que la normale. Leurs motivations pour se faire tatouer étaient variées mais relevaient le plus souvent de la soumission à une mode ou à un esprit de groupe. Près d’un tiers présentaient également des marques d’automutilation.

Consulter l’étude

Etude 2 – Heywood W, Patrick K, Smith AM, Simpson JM, Pitts MK, Richters J, Shelley JM. – Who gets tattoos? Demographic and behavioral correlates of ever being tattooed in a representative sample of men and women – Epidémiologie – Australian Research Centre in Sex, Health & Society (ARCSHS), La Trobe University – Australie – 2012

Une étude de grande ampleur, portant sur un échantillon représentatif de plus de 8500 personnes des deux sexes, âgées de 20 à 39 ans, et qui visait à tenter de définir une démographie-type des personnes tatouées au sein de la population australienne. L’étude a montré, chez ces jeunes adultes, que ceux qui étaient tatoués avaient, en moyenne, des niveaux d’études inférieurs à ceux qui ne l’étaient pas. Les femmes tatouées avaient plus de chance que des femmes non tatouées de ne pas vivre avec leur partenaire sexuel habituel et d’avoir une sexualité plus libre et plus ouverte. Le fait de porter un tatouage était également fortement corrélé à des conduites à risque, notamment fumer et consommer du cannabis (surtout pour les femmes). Le fait d’être tatoué était également corrélé à un plus grand nombre de partenaires sexuels que la moyenne au cours de sa vie. Chez les hommes, être tatoué était également corrélé à un plus fort taux de dépression que la moyenne.

Consulter l’étude

Fille tatouee hysterique

Le tatouage visible de grande taille est fortement corrélé à des conduites sexuelles à risque, comme l’a montré l’étude Heywood et al.

Etude 3 – Carroll ST, Riffenburgh RH, Roberts TA, Myhre EB. – Tattoos and body piercings as indicators of adolescent risk-taking behaviors – Pédiatrie – Adolescent Medicine Division, Department of Pediatrics, Naval Medical Center San Diego – Californie, États-Unis – 2002

L’étude a porté sur des adolescents, admis au sein de centres médicaux pour mineurs (des adolescents déjà à problèmes, donc). Le fait de porter un tatouage ou un piercing, quel qu’il soit, en dehors d’oreilles percées pour les filles, a été corrélé au fait de prendre davantage de risques, et des risques plus importants. Les adolescents tatoués étaient plus susceptibles que les autres de souffrir de désordres alimentaires, d’utiliser des drogues douces comme des drogues dures, d’avoir une activité sexuelle précoce et de se suicider. Les adolescents mâles portant des tatouages, ainsi que les adolescentes femelles portant des piercings, avaient en moyenne des comportements plus violents que les autres. L’usage de drogues par les adolescents porteurs de tatouages avait commencé plus jeune que chez les adolescents n’en portant pas. Les risques pour qu’un adolescent soit accoutumé à une drogue dure ont été estimés proportionnel à son nombre de modifications corporelles. Les risques de suicide ont été fortement corrélés au fait, pour les filles, de porter des tatouages, et au fait, pour les garçons, de porter des tatouages comme des piercings. Les chercheurs concluent en alertant les pédiatres, les priant de considérer, chez l’adolescent, toute apparition de tatouage ou de piercing comme un signe de danger psychologique potentiel, pouvant impliquer des comportements à risque, et devant amener à des mesures préventives rapides. Ils encouragent les médecins, lorsqu’ils examinent de jeunes patients, à signaler immédiatement la présence de modifications corporelles.

Consulter l’étude

Etude 4 – Pozgain I, Barkić J, Filaković P, Koić O. – Tattoo and Personality Traits in Croatian Veterans – Psychiatrie clinique – Yonsei University College of Medicine – Croatie – 2004

Cette étude a porté sur des vétérans de la guerre de Yougoslavie, traités pour des syndromes de stress post-traumatique à l’Hôpital Osijek, en Croatie. Les psychiatres ont tenté de différencier les traits comportementaux propres aux patients tatoués de ceux propres aux patients non tatoués.
L’étude a montré que les sujets non tatoués avaient en moyenne un QI de 100 (intelligence normale), tandis que les sujets tatoués avaient en moyenne un QI de 95 (légèrement moins intelligent que la normale). Les patients tatoués ont également fait montre d’un niveau d’impulsivité et de névrose supérieur à celui des patients non tatoués, ainsi qu’une plus grande tendance à des comportements à risques.

Consulter l’étude

Tatouages faible QI.

La différence mesurée par Pozgain entre sujets tatoués et sujets non tatoués était en moyenne de 5 points de QI en défaveur des tatoués.

Etude 5 – Carson HJ – The Medium, Not the Message: How Tattoos Correlate With Early Mortality – Pathologie clinique –  Mercy Hospital, Iowa City – Iowa, États-Unis – 2014

Lors d’autopsies, les tatouages sont généralement indiqués par le médecin lors de l’examen externe. L’étude de Carson a cherché à déterminer si le fait de porter des tatouages aux motifs sinistres, ou comportant des messages inquiétants, prédisposait à une mort violente et prématurée (en d’autres termes : pouvaient-ils prédire un comportement à risques ?). Cette étude statistique, qui a porté sur plusieurs morgues au cours d’une longue période, a permis de déterminer que l’âge moyen d’un tatoué étudié à la morgue était de 39 ans, contre 53 ans pour une personne non tatouée, ce qui indique clairement un mode de vie en moyenne plus dangereux. Les personnes portant des tatouages étaient significativement plus susceptibles d’être mortes de mort violente et non naturelle. Cependant, le thème du tatouage lui-même n’affectait pas cette probabilité : ainsi, les tatouages sinistres, aux thèmes sanglants ou morbides, ne prédisposaient pas leurs porteurs à une mort plus violente que les autres tatouages. La mortalité supérieure des personnes tatouées provenait pour l’essentiel de meurtres, de comportements à risques (type conduite en état d’ivresse), d’usage de drogues et d’alcoolisme. L’auteur en conclue que le medium (le tatouage) indique plus certainement un risque pour son porteur, dans la mesure où il tend à être corrélé à une vie plus dangereuse, que le message contenu par ce tatouage.

Consulter l’étude

Etude 6 – Anette Sandra Cebula, , Erich Kasten – Differences in Intelligence and Creativity between Tattooed and Non-Tattooed Students – Neuropsychologie – Université de Hambourg – Allemagne – 2014

Les chercheurs ont tenté, ici, de savoir si, comme le prétendait une rumeur, les étudiants en université tatoués étaient plus intelligents ou plus créatifs que les autres. Leur étude s’est appuyée sur un grand nombre de tests, mesurant aussi bien les capacités déductives et logiques que les capacités créatives.  L’étude a montré que globalement, l’intelligence des personnes non tatouées tend à être légèrement (2.5 points de QI) supérieure à celle des personnes tatouées. La créativité des personnes non tatouées est quant à elle significativement (environ 9%) supérieure à celle des personnes tatouées. La différence en termes de créativité est plus significative, tout en restant assez légère. Le faible nombre de personnes étudié doit toutefois encourager à une certaine prudence quant aux chiffres, et à ne considérer les observations de Cebula et Kasten que comme des tendances globales, plutôt que des estimations précises. Le chiffre moyen obtenu provenait d’un plus grand nombre d’individus à faible QI parmi la population tatouée; en revanche, le fait d’être ou de ne pas être tatoué n’impactait pas les étudiants les plus brillants (ceux dépassant 140 de QI), chez qui le facteur était neutre. Il est d’ailleurs à noter que, comme dans l’étude Pozgain, on se trouve sur des différences réelles mais faibles : le QI moyen des personnes tatouées n’est pas effroyablement bas, il est seulement légèrement inférieur à la norme. 

Consulter l’étude

Tatouage signe manque creativité

L’étude de Cebula & Kasten a montré que, contrairement à une légende tenace, les personnes tatouées sont en moyenne moins créatives que celles qui ne le sont pas. Le fait d’avoir plus de mal que les autres à exprimer son originalité par le biais de ses qualités propres et réelles semble être une motivation importante pour le port de tatouages visibles de grande taille.

Etude 7 – Nowosielski K, Sipiński A, Kuczerawy I, Kozłowska-Rup D, Skrzypulec-Plinta V. – Tattoos, Piercing, and Sexual Behaviors in Young Adults – Sexologie et gynécologie – Centre hospitalier universitaire de Tychy – Pologne – 2012

Le but de l’étude était de déterminer si les jeunes adultes (20 à 35 ans) porteurs de modifications corporelles tels que tatouages et piercings avaient un comportement sexuel différent de celui des gens du même âge qui n’en portaient pas. L’étude a comporté des questionnaires, des entretiens psychologiques et des examens cliniques. Les jeunes adultes porteurs de tatouages ou de piercings ont, en moyenne, eu leur premier rapport sexuel plus tôt que les autres (deux fois plus de chances que la moyenne d’avoir eu un premier rapport avant quinze ans). Ils sont aussi sexuellement plus actifs que les non-piercés et non-tatoués. Ils ne montrent pas de différence significative dans leur orientation sexuelle, ni dans leurs préférences, ni dans la fréquence de leurs masturbations. Ils n’ont pas non plus été plus que la moyenne victimes de violences sexuelles. En revanche, leurs rapports sexuels sont en moyenne plus fréquents et ils ont plus de chances de pratiquer le sexe oral de manière régulière. Par ailleurs, ils sont quatre fois moins susceptibles que la moyenne d’avoir une pratique religieuse ou spirituelle.

Consulter l’étude

Etude 8 – Yen CF, Hsiao RC, Yen JY, Yeh YC, Wang PW, Lin HC, Ko CH. – Tattooing among high school students in southern Taiwan: The prevalence, correlates and associations with risk-taking behaviors and depression – Psychiatrie – Université Kaohsiun de Médecine – Taïwan – 2012

Cette étude a cherché à examiner à quel point, pour les lycéens, le fait d’être tatoué pouvait être corrélé à un certain nombre de comportements. L’étude a porté sur près de 10 000 jeunes gens entre 16 et 19 ans. Les psychiatres ont démontré que le fait de porter des tatouages était fortement corrélé, chez les jeunes gens, à une autorité familiale plus faible que la normale, au fait de boire de l’alcool plus que la moyenne, au fait d’utiliser régulièrement des drogues illégales, ainsi qu’au risque de délinquance. Les jeunes gens tatoués avaient également, en moyenne, un comportement plus impulsif et plus violent que les autres. étaient plus susceptibles de sécher les cours, voire d’abandonner complètement leurs études, et présentaient davantage de risques d’avoir des rapports sexuels non protégés. Ils avaient aussi, plus que la moyenne, des idées ou des comportements suicidaires et étaient plus nombreux à être dépressifs. Les chercheurs alertent parents et enseignants, et les encouragent à considérer, chez un grand adolescent ou un jeune adulte, la présence de tatouages comme un indicateur de risques importants.

Consulter l’étude

Criminalité et tatouage

L’étude Willey-Blackwell indique que plus un criminel est tatoué, plus ses risques de souffrir de troubles de la personnalité sont importants.

Etude 9 – Wiley-Blackwell – Psychiatric Forensic Patients With Tattoos More Likely To Have Antisocial Personality Disorder – Psychiatrie – Science Daily – 2008

Cet article indique que la présence de tatouages importants chez un patient examiné par un psychiatre expert auprès des tribunaux ou de la police (donc un patient qui est déjà arrêté ou soupçonné de quelque chose), devrait être considérée comme une alerte et un risque accru de constater chez le patient la présence d’un désordre de la personnalité de type ASPD. La présence de tatouages est également fortement corrélée, selon l’auteur, à un risque accru de tentatives de suicide et d’usage de stupéfiants.  L’ASPD (plus connu sous le nom de sociopathie) est un trouble de la personnalité dans lequel le sujet montre un manque absolu d’empathie, de remords et de capacité à se projeter vers autrui. Les personnes atteintes par ce trouble de la personnalité préfèrent l’action à la réflexion, sont des menteurs pathologiques, et ont de fortes tendances à la cleptomanie. Toutes ces tendances apparaissent chez l’individu avant l’âge de 15 ans. Parmi les patients étudiés dans le cadre de cet article (qui tous, donc, étaient des criminels, et pour la plupart considérés comme légalement irresponsables pour des motifs psychiatriques), 73% des porteurs de tatouages souffraient d’ASPD, contre 29% des autres. Ceux porteurs de tatouages étaient également, en moyenne, davantage usagers de drogues. Et ils avaient plus de risques d’avoir subi par le passé des violences sexuelles.

Consulter l’article

Etude 10 – Colin A. ZestcottMeghan G. BeanJeff Stone – Evidence of negative implicit attitudes toward individuals with a tattoo near the face – Psychologie – University of Arizona – Tucson, États-Unis – 2015

Cette étude de psychologie a examiné les jugements que portaient a priori les sujets testés, qui étaient confrontés à des images de personnes portant des tatouages visibles et proches du visage (cou, épaule). Zestcott a montré que la plupart des gens portaient un jugement négatif sur les personnes porteuses de tatouages visibles, les considérant comme moins fiables, moins intelligentes, plus violentes ou moins intéressantes que d’autres. Ce jugement négatif était atténué par le fait que la tatouage représente un symbole positif ou joyeux, ou que l’on dise aux sujets qu’il s’agissait d’un élément traditionnel propre à la culture du tatoué. Mais cette correction du jugement n’était effective que dans les paroles seulement : les sujets testés ont en effet dissocié leurs jugements explicites (positifs ou neutres) de leurs jugements implicites (négatifs) en ce genre de cas. En d’autres termes : ils ont menti, prétendant ne pas être négativement affectés par la présence du tatouage, alors qu’en réalité ils continuaient à juger négativement son porteur.
Le tatouage visible augmente les risques de chomage.

Porter un tatouage visible et près du visage ne fait pas de vous un incompétent ni un irresponsable. Mais il encourage les autres à le croire, ce qui réduit considérablement vos ouvertures professionnelles.

Etude 11 – Antoszewski B, Sitek A, Fijałkowska M, Kasielska A, Kruk-Jeromin J. – Tattooing and Body Piercing – What Motivates You To Do It? – Chirurgie esthétique – Université de Lodz – Pologne – 2009

Ce travail de recherche, s’adressant en priorité aux chirurgiens esthétiques chargés de retirer des tatouages ou des modifications corporelles, se penche sur les motivations ayant poussé les patients à porter des tatouages ou des piercings à l’origine. Outre l’effet de mode, les principales motivations relevées par l’étude étaient le sentiment de manquer d’originalité personnelle et le désir d’accroître rapidement son sex-appeal. L’étude identifie donc le tatouage comme avant tout le signe d’un mal-être et d’une tentative d’attirer le regard des autres.

Etude 12 – Donna C. Owen, Myrna L. Armstrong, Jerome R. Koch, Alden E. Roberts – College Students With Body Art: Well-Being or High-Risk Behavior? – Psychologie – Texas Tech University – Texas, États-Unis, 2013

Bien que le tatouage et le piercing soient mainstream, ils ne s’adressent pas à tout le monde. L’étude a porté sur les comportements de plusieurs centaines de personnes tatouées (recrutées parmi les étudiants texans), ainsi que sur leurs motivations à porter un tatouage. Des constantes sont apparues au sein des sujets étudiés, qui estimaient dans leur vaste majorité : 1) que le tatouage les aidait à exprimer leur identité, 2) que le tatouage les aidait à se sentir unique. Les individus peu tatoués et peu piercés présentaient un niveau de bien-être et d’équilibre relativement comparable à celui des personnes non tatouées mais ce n’était pas le cas des personnes portant de nombreux tatouages ou piercings : ces personnes-là étaient porteuses d’un risque plus important que la moyenne d’avoir des comportements dangereux (cigarette, alcool, drogues, sexualité à risque) ou des troubles émotionnels (dépression, suicide, troubles de l’alimentation). Ces risques semblaient proportionnels au nombre et à la taille de leurs tatouages.

Etude 13 – TranterGrant – A class act? Social background and body modifications in Australia – Sociologie – University of Tasmania – Australie – 2018

Ce n’est pas parce que le tatouage est de plus en plus courant qu’il touche l’ensemble des classes sociales de la même manière. Tranter et Grant établissent que c’est au sein des couches les moins éduquées de la société que le tatouage est le plus commun. Le portrait-robot de l’Australien tatoué typique qu’ils dessinent est celui d’une personne plutôt jeune, peu ou pas diplômée, issue de milieux populaires et de sensibilité progressiste. Bien que des tatouages existent dans toutes les classes sociales, les chercheurs suggèrent, du fait de leur présence bien plus importante parmi les plus pauvres et les moins éduqués, qu’ils pourraient bien, à l’avenir, devenir un marqueur social visible permettant d’un seul coup d’œil de différencier les personnes issues de milieux favorisés (non porteuses de tatouages) des pauvres et des moins éduqués (qui en portent).
Tatouage gueule truand

Tranter et Grant indiquent que dans les sociétés occidentales, les tatouages de grande ampleur tendent à devenir une marque d’identification propre aux classes sociales les moins favorisées.

Etude 14 – Nathanson C,  Paulhus D, Williams K – Personality and misconduct correlates of body modification and other cultural deviance markers – Psychologie – University of British Columbia – Canada – 2005

Nathanson et son équipe sont partis d’études antérieures, établissant qu’il existe une forte corrélation entre le fait d’avoir des comportements déviants (violence, délinquance, conduites à risques) et la fait d’adopter des looks extrêmes ou de porter des modifications corporelles. Le degré de causalité en la matière, cependant, n’était pas établi, et il convenait de le faire. Ils ont donc soumis plusieurs centaines d’étudiants porteurs de modifications corporelles à des batteries de tests de personnalité de type Big Five, entre autres. Les trois tendances les plus remarquables chez les porteurs de tatouages ou de piercings importants, et qui les différenciaient de la moyenne, était une plus grande tendance à l’ouverture à la nouveauté, un niveau de psychopathie proportionnellement haut et une estime de soi proportionnellement basse. Ces éléments étaient déjà connus mais l’étude a permis de déterminer avec certitude ce que tout le monde supposait déjà : le sens de la corrélation. Car ce que Nathanson a montré, c’est que ce ne sont pas ces modifications qui provoquent une fragilisation de l’équilibre psychique; au contraire, c’est le fait d’avoir une psychologie déjà fragile qui motive à se faire tatouer ou piercer. 

Etude 15 – Swami V – Written on the body? Individual differences between British adults who do and do not obtain a first tattoo – Psychologie – University of Westminster – Grande-Bretagne – 2012

Ce dernier sujet de recherche est particulièrement intéressant. Il s’est intéressé à des adultes britanniques se rendant pour la première fois dans un salon de tatouage et a tenté de déterminer leurs motivations, ainsi que les traits saillants de leur personnalité, à comparer avec les moyennes générales du Big Five. Les personnes se faisant tatouer avaient une tendance marquée vers un C inférieur à la moyenne et un E plus important (donc moins consciencieuses et plus dépendantes du regard des autres). Elles étaient également, pour les deux sexes, plus susceptibles de s’engager dans des relations sexuelles sans lendemain. Elles avaient, plus que la moyenne, le besoin de se sentir unique et un investissement narcissique et émotionnel supérieur dans leur propre apparence.
Fille tatouée fille facile

L’étude Swami confirme le fait que les filles portant des tatouages visibles sont bel et bien davantage susceptibles que les autres d’avoir une sexualité festive et sans lendemain.

Un résumé de tout cela

Ainsi, partout dans le monde, par temps de paix comme par temps de guerre, de l’Europe aux Amériques en passant par l’Asie ou l’Australie, le fait de porter des tatouages est fortement corrélé à :
  • Un degré d’intelligence inférieur à la moyenne
  • Une vie intérieure moins riche que la moyenne (spiritualité, créativité, etc.) et une difficulté à affirmer sa propre singularité
  • Un niveau d’études et un niveau social inférieurs, ainsi qu’une moindre respectabilité apparente
  • Une moindre capacité à inspirer la confiance
  • Un niveau d’impulsivité supérieur à la moyenne et une tendance à moins réfléchir aux conséquences de ses actes
  • Des risques de troubles psychiatriques ou psychologiques
  • Des risques de dépression
  • Des risques de comportements suicidaires
  • Une sexualité plus ouverte, précoce et fréquente que la moyenne, avec davantage de partenaires différents, plus de partenaires d’un soir et plus de prises de risque
  • Des tendances à la violence, à la délinquance ou à la criminalité
  • De la consommation de drogues
  • De l’alcoolisme
  • Des comportements à risque et une mauvaise hygiène de vie en général
  • Une volonté de se sentir plus désirable rapidement et avec peu d’efforts
  • Un besoin de se sentir unique, provenant d’une image de soi-même négative ou déficiente
Et tout cela est confirmé par la psychologie, la psychiatrie, la neuropsychologie, l’épidémiologie, la médecine, et même la médecine légale. Tous ces traits semblent tendre à s’accentuer avec le nombre et l’ampleur des tatouages : ils sont donc plus marqués chez les personnes portant des tatouages visibles de grande taille. Le petit tatouage discret et intime ne doit donc pas être considéré comme un indicateur de même degré que celui couvrant un tiers du corps.
Tatouages

Les traits relevés par les études sont souvent d’autant plus présents que les tatouages sont nombreux et visibles.

Attention

On dit bien fortement corrélé. Cela ne veut pas dire que toutes les personnes tatouées présentent ces traits dans leur intégralité. Cela signifie simplement qu’une personne tatouée a plus de risques qu’une personne non tatouée de présenter tout ou partie de ces traits, à un degré ou à un autre. En clair : tous les tatoués ne sont pas des imbéciles alcooliques et violents, toutes les tatouées ne sont pas des nymphomanes névrosées. En revanche, il y a, si l’on tire une personne au hasard et qu’il s’avère qu’elle est tatouée, beaucoup plus de risques que si elle n’est pas tatouée d’être un imbécile alcoolique et violent ou une nymphomane névrosée. En clair : si vous ne connaissez pas une personne et constatez qu’elle porte un grand nombre de tatouages visibles, il peut être prudent de considérer a priori qu’elle souffre vraisemblablement de tout ou partie des traits décrits ci-dessus. Quitte bien entendu à réviser votre jugement une fois que vous la connaissez mieux, si vous vous apercevez qu’elle défie les statistiques. Des individus rares et exceptionnels, il en existe toujours et partout. Cela ne fait pas d’eux une norme, cependant.

Attention (bis)

Nathanson a bien montré dans quel sens opère la causalité. La tatouage est un signe avant tout. Pour reprendre les exemples ci-dessus : vous faire tatouer ne fait pas baisser votre QI. C’est le contraire : c’est si vous avez déjà un QI faible que vous aurez, plus qu’une autre personne, des chances de considérer que c’est une bonne idée vous offrir un tatouage de grande taille. Cela ne veut pas dire que tous les porteurs de tatouages de grande taille sont des crétins : cela veut seulement dire qu’il y a parmi eux, proportionnellement au reste de la population, davantage de crétins. On pourrait renverser les choses en les exprimant de manière plus positive, en disant, par exemple, que les gens intelligents, cultivés, éduqués, créatifs et équilibrés éprouvent globalement moins le besoin ou l’envie de se faire tatouer que les autres. Cela peut sembler moins dur dans la formulation mais cela dit exactement la même chose.

Réexamen critique

Revenons aux affirmations de l’article de 2016 et examinons-les une à une au vu de ce que nous dit la recherche.

Point 1 : Porter un tatouage visible implique un sens biaisé de l’amélioration de soi et un souhait de se sentir désirable sans trop efforts réels

Les études montrent que les personnes tatouées sont généralement moins créatives que la moyenne; elles ont plus de difficulté à affirmer leur identité et leur singularité, ce qui affecte leur estime d’elles-mêmes et leur sentiment d’être désirable. Se faire tatouer permet de corriger cela sans réellement avoir à travailler en profondeur sur soi-même. Voir études 4,6,7,11,12, 14 15. 
Verdict : 100% confirmé 
Tatouage et mal-être

Le port de tatouages importants et visible est d’abord et avant tout le signe d’un mal-être profond chez l’individu.

Point 2 : Porter un tatouage visible indique un manque de vision à long terme

Pour la plupart moins intelligentes et plus impulsives que la moyenne, les personnes fortement tatouées ont moins tendance à réfléchir aux conséquences de leurs actes. En outre, l’étude Swami a précisément mesuré un indice C inférieur à la moyenne, ce qui correspond bien à un manque de vision sur le long terme, les personnes réalisant des scores faibles sur l’indice Big Five C étant généralement moins disciplinées, prévoyantes, prudentes et loyales que celles qui y réalisent des scores élevés. Voir études 1, 3, 4, 6, 8, 14, 15. 
Verdict : 100% confirmé

Point 3 : Porter un tatouage visible abaisse la VMS de l’individu

La VMS masculine est fortement liée au statut social et économique. Or le fait de porter un tatouage est très nettement corrélé à un niveau d’études et de revenus faible. Pour les deux sexes, le tatouage est associé à des doutes quant à sa propre désirabilité. Toutefois, cela ne semble pas porter préjudice aux capacités des personnes touchées d’avoir une vie sexuelle; seulement la capacité à trouver des partenaires de qualité et à maintenir des relations sur le long terme. Voir études 2, 8, 10, 11, 13. 
Verdict : partiellement vrai. Il serait sans doute plus approprié de considérer que c’est la VMR de l’individu qui est abaissée, plutôt que sa VMS au sens strict. 

Point 4 : Porter un tatouage visible vous donne l’apparence d’un malfrat

Le tatouage visible est plus commun parmi délinquants et criminels que dans le reste de la population. La présence de tatouages de grande taille indique des risques accrus de passer à l’acte en termes de délinquance, de criminalité, de commerce et de consommation de drogues, surtout chez les jeunes adultes. Le fait qu’il y ait également des personnes honnêtes qui portent des tatouages visibles importants ne change rien à ces faits. De plus, quels que soient les actes réels de personnes tatouées, elles seront toujours, comme le montre l’étude Zestcott, jugées comme potentiellement plus violentes et moins fiables que les autres. Voir études 1, 2, 3, 5, 8, 9, 12. 
Verdict : 100% confirmé

Point 5 : Porter un tatouage visible abaisse vos chances de trouver un boulot correct (sauf dans certaines branches précises)

Les individus tatoués exercent des professions en moyenne moins valorisantes et moins bien rémunérées que les individus non tatoués. Cela provient à la fois d’un niveau d’études en moyenne plus bas, d’un niveau d’intelligence également plus bas, d’une origine sociale en moyenne plus modeste, mais également du fait qu’ils inspirent moins confiance que les individus non tatoués.
L’étude Tranter et Grant est intéressante à plus d’un titre. Et elle indique même quelque chose d’inquiétant : une société qui ferait marquer la peau des membres de ses classes les moins favorisées pour bien les différencier de ceux des castes privilégiées serait, à juste titre, considérée comme oppressive et totalitaire. Quid, cependant, d’une société qui, sans obliger qui que ce soit à le faire, parvient néanmoins à convaincre un bon nombre de pauvres qu’il s’agit d’une bonne idée et les pousse à faire cela eux-mêmes ? Quand le bétail en vient à trouver moral et vertueux, voire ludique, de se soumettre à son berger, c’est que l’ingénierie sociale a bien fonctionné.  L’hypothèse Tranter et Grant relève certes encore de la dystopie mais elle n’en fait pas moins froid dans le dos.
Voir études 2, 4, 6, 8, 10, 13.
Verdict : confirmé mais à nuancer : le tatouage est avant tout un signe social et psychologique, indiquant une personne vraisemblablement déjà moins avantagée, moins intelligente et moins qualifiée que la moyenne. Ce qui a sans doute un impact sur son succès professionnel plus important que le manque de confiance qu’elle inspire, sans pour autant annuler cette méfiance. 
Tatouage rock star

Il existe bien entendu des métiers dans lesquels le port de tatouages visibles importants ne sera pas un handicap social ni professionnel. Mais ils sont en petit nombre. Il s’agit notamment de toutes les professions qui consistent à vendre de la “rebellitude” bien formatée.

Point 6 : Porter un tatouage visible indique une personnalité faible et déficiente

Le port du tatouage est fortement corrélé à des risques de dépression, de troubles psychiatriques, d’alcoolisme, d’usage de drogues, de violence, de comportements suicidaires, de comportements sexuels déviants ou à risques … autant de signes de personnalités fragiles et dysfonctionnelles. Voir études 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15. 
Verdict : intégralement confirmé

Point 7 : Les filles tatouées peuvent faire de bons coups d’un soir ou copines de court terme mais font de mauvaises épouses

La présence de tatouages est fortement corrélée à un plus grand nombre de partenaires passés que la moyenne. Or plus une femme a eu de partenaires par le passé, moins elle est susceptible de former un couple stable : les femmes ayant eu plus de 10 partenaires ont 33% de chances, lorsqu’elles se marient ou s’installent en couple, de se séparer dans les cinq ans, contre 20% environ pour celles qui n’ont eu qu’un plus petit nombre de partenaires par le passé, et 5% pour celles qui n’en ont pas eu du tout. Par ailleurs, même sans prendre en compte ces facteurs, les tatouages sont également corrélés avec des troubles de la personnalité peu compatibles avec une vie de couple harmonieuse (dépression, pensées suicidaires, psychopathie, sociopathie, violence, usage de drogues, etc.). Voir études 2, 3, 7, 11, 12, 15.
Verdict : confirmé

Tatouage mauvaise epouse

D’après la recherche, elle a statistiquement moins de chances que la moyenne de former un couple stable et harmonieux.

Point 8 : Si on rencontre un groupe de filles dans un bar et qu’on se demande laquelle baisera le plus vite et le plus facilement, mieux vaut se tourner vers la plus tatouée. L’article parlait, pour être précis, de la sodomiser dans les chiottes.

Statistiquement parlant, la plus tatouée est en effet celle qui a le plus de chances d’avoir une approche ouverte et festive de la sexualité; elle tend à avoir davantage de partenaires au cours de sa vie, et à être plus ouverte que les autres à l’idée d’un coup d’un soir. Plus encline à la prise de risque, elle aura plus de chances d’accepter de coucher avec un inconnu qu’une fille plus prudente, plus intelligente et plus sage. Il est préférable pour le dragueur de bar de s’adresser à la plus tatouée, parce qu’il a été montré que les traits de caractère corrélés au port de tatouages visibles sont généralement proportionnels à la taille relative et au nombre de ces tatouages. Voir études 2, 3, 4, 5, 7, 8,12, 15. 
Verdict : 100% vrai et confirmé. Avec un bémol cependant : comme l’indique clairement l’étude Nowosielski, la sodomie n’est pas la pratique la plus fréquente. Si elle vous accompagne dans les toilettes du bar, une fellation est statistiquement plus probable. 

Conclusion

Sur 8 points principaux abordés dans l’article, celui-ci disait donc intégralement vrai dans 6 cas, en indiquant des tendances réelles et statistiquement établies. Dans les deux autres cas, il disait vrai également mais on peut considérer que quelques détails supplémentaires auraient été utiles. L’article n’est donc ni une insulte, ni une marque de haine, ni l’indication d’un mépris ou d’une ignorance. Il dit seulement ce qui est et quelles sont les grandes tendances générales en la matière. Et il est confirmé par un grand nombre d’études, publiées dans des revues à comité de lecture. Peut-être, à l’avenir, de nouvelles études contrediront-elles celles-ci, au fur et à mesure de l’évolution de nos sociétés dans le temps. Mais à l’heure actuelle, il peut, à bon droit, être considéré comme une forme d’article de vulgarisation, apportant aux masses une connaissance établie par la science. Bien entendu, cela ne signifie pas que des individus isolés ne peuvent pas échapper aux tropismes globaux. Mais ces tropismes indiquent ce qui est le plus courant et le plus probable.
Au passage, on peut également considérer que l’article d’origine péchait par manque de généralisation : en effet, il ne parlait que des tatouages visibles, alors que la plupart des études indiquent que ce qui est vrai pour les tatouages visibles est également vrai pour les autres types de modifications corporelles importantes, telles que piercings au visage, scarifications et autres.
De telles marques ne font pas de leur porteur une personne mauvaise. A vrai dire, elles en font plutôt une victime : celle d’une époque et d’une société confites dans leur matérialisme, et qui laissent croire qu’il existe des solutions extérieures et faciles à acheter au mal-être individuel et au désespoir ontologique, qui, eux, demandent un véritable travail personnel, en profondeur. Prendre conscience, si on est soi-même porteur de tatouages visibles importants, qu’on appartient à une population à risques n’est pas une chose qui doit choquer, ni mettre en colère : au contraire, l’être de raison préférera normalement être au courant de ce risque, en prendre acte, et accepter l’idée qu’il peut en effet être plus fragile ou moins armé que d’autres. Il en tirera les conséquences qui s’imposent quant au sens qu’il doit ou veut donner à son existence et aux combats qu’il doit mener sur et contre lui-même.
Au-delà de l’information, nous nous garderons de tout jugement moral ou de toute injonction : si vous avez envie de vous faire tatouer des pieds à la tête ou d’épouser une nana à la peau encrée à 80%, c’est votre problème; attendez-vous à des conséquences précises et prévisibles et ne cédez pas au Hamster si elles vous arrivent effectivement : c’est la seule chose que l’on puisse vous conseiller réellement. Tout le reste relève de votre choix personnel.

Pourquoi cet article a-t-il choqué ?

Que les propos aient pu être désagréables pour des tatoueurs, c’est normal et bien compréhensible : personne n’aime qu’on critique son business. Que ces propos aient pu choquer des personnes tatouées, ça l’est également, pour toutes les raisons évoquées ci-dessus et parce que personne n’aime, non plus, qu’on le renvoie à ses propres faiblesses (encore que dans certains cas, ce puisse être salvateur et occasion de repenser sa vie et ses choix).

Ce qui est curieux, en revanche, c’est de constater que tous les éléments d’études évoqués plus haut sont déjà connus, et en libre accès. L’article d’origine disait en substance des choses similaires à celui-ci, en ne s’appuyant pas sur des textes scientifiques, mais sur la seule opinion de l’auteur. Cette opinion était exprimée dans un style vif, leste et volontiers grossier. Est-ce cette grossièreté qui a choqué ? Une vérité est-elle plus facile à admettre quand elle est entourée de statistiques ? Peut-être…

Un autre point qu’il convient de souligner : nous avons, entre le retrait de la précédente version de l’article sur les tatouages visibles et aujourd’hui, fait paraître un autre article disant, sur le fond, quasiment les mêmes choses : celui intitulé Juger selon les apparences. Sans susciter le même tollé. Quiconque a lu avec attention ce sujet et l’a compris est pourtant arrivé rigoureusement aux mêmes conclusions quant aux a priori qu’il est raisonnable d’avoir face à une personne (et particulièrement une compagne éventuelle) fortement tatouée. D’autres articles, comme celui sur le Hamster, évoquent également des sujets identiques. Pourquoi l’article sur le jugement selon les apparences n’a-t-il pas lui aussi été vu comme scandaleux, alors qu’il étendait le jugement négatif plus largement encore qu’aux seuls tatouages visibles ? Sans doute parce qu’il était d’un niveau de difficulté supérieur. Autrement dit : les moins cultivés ou les moins attentifs n’étaient pas capables de comprendre qu’il s’agissait, fondamentalement, des mêmes sujets.

Le problème, ça n’est donc pas de dire la vérité. C’est de la dire dans un langage qui soit simple et compréhensible par tous, comme c’était le cas de l’article d’origine. Cela, apparemment, est scandaleux. Dire la vérité avec des études scientifiques est acceptable parce que seule une petite élite peut la comprendre, la dire avec des gros mots ne l’est pas, semble-t-il, parce que même les moins favorisés peuvent alors la saisir. La plupart des gens qui ont été choqués par le premier article sont sans doute, à bien des égards, pardonnables : ils ont été les jouets de contenus bien-pensants, autant que de leur propre narcissisme. Ceux qui sont à l’origine desdits contenus nous dénonçant comme d’odieux fascistes haineux, irrationnels et intolérants, en revanche, le sont moins, pardonnables. Car rien de ce qui est indiqué dans les études ci-dessus ne relève du secret. Rien, non plus, ne relève de l’idéologie. Toutes ces informations sont en libre accès. La véracité quasi-intégrale de l’article d’origine était donc entièrement vérifiable par eux en amont. 

Illustrations : Radu Mihai Joey Nicotra Clem Onojeghuo Victor Dueñas Teixeira Hannah Gibbs Senjuti Kundu Slim Emcee (UG) the poet Truth_From_Africa_Photography Christin Hume Philipp Kämmerer Lucaxx Freire Dmitriy Berdnik Taylor Harding Timothy Paul Smith

NeoMasculin
Share: