Principe Pilule Rouge #19 : la force de la virilité

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virilite

 La virilité, en tant que force collective, a été définie à la perfection par David D. Gilmore : La virilité est la barrière qu’érige une société contre sa propre entropie, ses ennemis humains, les forces de la nature, le temps, et toutes les faiblesses humaines qui mettent en danger la vie du groupe.

La virilité sociale

La virilité d’un groupe ou d’une société est donc un quasi-synonyme de sa puissance : c’est ce qui lui permet de survivre et de se perpétuer dans son être. Une société virile est donc une société qui survit, tout simplement. Qui survit dans son être politique (souveraineté, indépendance) autant que dans son être moral et culturel. Il ne s’agit pas nécessairement d’une société fermée, ni sclérosée : la virilité n’empêche ni l’évolution, ni l’ouverture à l’autre quand celle-ci et nécessaire et correspond aux intérêts du groupe. Une société virile est une société qui trace de saines frontières : entre elle et les autres (et les bonnes frontières, c’est-à-dire les frontières justes, légitimes et avec le bon degré de porosité ou d’hermétisme, font les bons voisins), mais également entre les différents groupes qui la composent ; c’est une société qui trace une ligne claire et nette entre ce qui est acceptable de la part des individus et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est souhaitable pour le collectif et ce qui ne l’est pas.

En revanche, une société dévirilisée est une société qui meurt, car incapable de résister aux forces poussant à sa destruction. En effet, une société dévirilisée est une société dans laquelle le corps social et les institutions ne savent plus faire la différence entre le Moi et le non-Moi, entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’au-delà et l’en-deçà des frontières ci-dessus évoquées. C’est une société dans laquelle les individus flottent librement, sans attaches ni devoirs, sans passé ni morale. C’est une société qui, quand elle est frappée, allume des bougies au lieu de frapper en retour; une société qui promeut les individus en fonction de ce qu’ils sont et non de leurs mérites; une société qui préfère les mensonges confortables aux vérités douloureuses. Une société à l’agonie.

La virilité personnelle

Transposée au niveau de l’individu, cette force virile existe également ; la virilité d’un individu, c’est donc :

  • Ce qui lui permet de résister à sa propre entropie naturelle (vieillissement, notamment), mais aussi ses propres faiblesses (paresse, gourmandise, goût du lucre et de la facilité…).
  • Ce qui lui permet de survivre à ses ennemis humains, que ce soit sur le plan physique (bonne forme physique, entraînement au combat) ou sur le plan intellectuel (raison, logique, rhétorique, idéologie formée et claire).
  • Ce qui lui permet de faire la différence entre son Moi et son non-Moi : entre lui et les autres. Ce qui lui permet, donc, de résister aux influences extérieures et de maintenir son indépendance d’esprit.

Comme on peut le voir, cette force n’a rien de spécifiquement masculine, même si elle est généralement plutôt partagée par les hommes : une femme peut très bien avoir des vertus viriles. On peut citer entre autres, parmi les éléments composant cette force virile : la maîtrise de soi, le courage, la détermination, la discipline, le sens du devoir et de l’honneur, le panache, l’enracinement dans l’Histoire et le temps long, la conscience de sa propre participation à quelque chose de plus grand que soi. En un mot : la vertu. 

C’est la virilité d’une société qui construit des empires, qui soutient des royaumes, qui fait perdurer la nation dans le temps, envers, contre et malgré tout. C’est la virilité d’un homme qui fait qu’il dure et demeure, fidèle à lui-même, à ses principes, à sa parole, à ses devoirs. Au sein d’une société dévirilisée, un être encore viril est nécessairement peu ou prou en marge. A certains égards, qu’il le souhaite ou pas, il devient peu à peu un opposant. Puisqu’elles n’ont plus besoin de peser sur le gros des individus, déjà vaincus, les forces de destruction pèsent d’autant plus fort sur la poignée d’hommes encore debout. Il en est d’autant plus difficile de maintenir un semblant de virilité personnelle. Pourquoi le faire, d’ailleurs ? Céder serait si simple, si agréable. Après tout, on ne vous demande rien, presque rien … seulement votre âme. Mais la force virile, c’est justement cette chose, qui crie au fond de vous que non, non ça n’est pas possible, non ça n’est pas acceptable. Cette invincible étincelle d’humanité, qui fait que l’homme pourvu de force virile ne sera jamais complètement un zombie.

Les temps sont sombres, l’avenir est incertain. Mais une chose est certaine : ces hommes sont là. Ils sont encore là. Et pour que l’avenir s’éclaire, ils ont un devoir, et un seul : durer, se perpétuer et transmettre. 

Illustration : Janko Ferlič

Martial
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