Principe Pilule Rouge #9 : la loi de Briffault

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Briffault, ou le réalisme dans le cadre du couple

On parle de loi de Briffault ou de principe de Briffault. Il s’agit dans les deux cas de la même chose : une forme simple et efficace de compréhension de l’hypergamie et, dans une certaine mesure, de la nature sexuelle des femmes. Ce principe Pilule Rouge est entièrement résumé par une citation du grand anthropologue : 

C’est la femelle, non le mâle, qui détermine les conditions d’existence d’une famille animale. Si la femelle ne peut obtenir aucun bénéfice d’une association avec le mâle, alors il n’y a pas d’association.
Robert Stephen Briffault (1874-1948).

Bien entendu, il ne s’agit pas de se contenter d’une citation et de s’en tirer à bon compte, avec un simple argument d’autorité. Car si Briffault a brillamment mis en lumière le principe et l’a illustré, il convient d’ajouter quelques commentaires à sa courte définition en ce qui concerne les humains.

  • En tant que mâle, ce que vous appelez votre relation ou votre couple prendra fin dès l’instant où vous n’apporterez plus aucune valeur à votre femelle. Attention : cette valeur n’est pas toujours matérielle ni financière. Elle peut par exemple être d’ordre symbolique ou moral (ainsi, une jeune femme en rupture avec sa famille peut très bien tirer de sa relation avec vous la certitude que cela fait chier son père; une autre pourrait tirer d’une relation avec un homme qu’elle juge inférieur à elle un apaisement de sa culpabilité de classe, et ainsi de suite). Il peut aussi s’agir de statut social, de sécurité affective, de plaisir physique, ou encore de s’associer avec un mâle qui, selon elle, pourra être un bon père (biologique ou social) pour sa progéniture. La notion de valeur est donc fondamentalement subjective et sa définition pourra, dans une certaine mesure, varier d’une femme à une autre, même s’il existe bien entendu de grandes tendances, qui sont celles, éternelles et classiques des stratégies de reproduction de l’espèce humaine. 
  • Toute valeur apportée par le passé reste dans le passé : si vous avez apporté beaucoup mais, pour une raison ou une autre vous trouvez dans une phase où vous ne pouvez plus apporter de valeur à votre femelle, celle-ci mettra fin à l’association. Et ce quelle que soit la quantité et la qualité des bénéfices déjà fournis.
  • Cela implique que si vous amenez de la valeur dans un premier temps, en espérant, plus tard, cesser d’en amener et qu’elle en amène à son tour, la relation cessera à l’instant où vous cesserez d’amener de la valeur. 
  • Tout arrangement par lequel le mâle procure un bénéfice immédiat en échange d’une association future avec la femelle est nul et non avenu dès lors que la femelle a reçu l’intégralité du bénéfice (puisqu’il ne lui reste plus de valeur à espérer). En termes plus clairs : un cadeau fait aujourd’hui dans l’espoir d’une faveur le mois prochain aura été oublié dans un mois.
  • Un arrangement par lequel le mâle obtiendrait une association en échange de bénéfices futurs n’est possible qu’à deux conditions : que la femelle ait une grande confiance dans le mâle d’une part (ce qui n’est pas gagné d’avance), et d’autre part que le bénéfice ne soit pas trop éloigné dans le temps. Il convient en effet de se souvenir que le temps joue en défaveur des femmes, leur VMS baissant considérablement à partir d’un certain âge : leur temps est donc, en termes d’association et de séduction, plus précieux que le vôtre.
  • Dans les rapports amoureux, le principe de réciprocité (je te donne quelque chose, tu me donnes autre chose en échange) ne fonctionne qu’à court terme, et uniquement dans des cas où la femelle n’a pas le sentiment d’être lésée dans l’échange. Si vous apportez de la valeur sans rien demander en retour, mais espérer par là être apprécié, et, à terme, attirer l’attention de la belle, vous êtes dans la friendzone

Attention : nous parlons bien ici de la notion d’association, et donc non pas uniquement de sexe. Le principe de Briffault fonctionne aussi bien pour les couples que pour les relations autres, notamment professionnelles ou amicales.

Le principe de Briffault n’est pas sans rappeler le principe économique de diminution de l’utilité marginalel’utilité perçue d’un bien de consommation (c’est à dire la valeur que vous lui attribuez, qui dépend en grande partie d’à quel point il répond à vos besoins) varie selon le besoin que vous en avez d’une part, et la quantité de ces biens dont vous disposez d’autre part. Pour être plus clair : si vous ne disposez que d’une seule voiture et que vous en avez absolument besoin pour aller travailler, l’utilité marginale de votre voiture est grande. Si vous disposez de trois ou quatre voitures, l’utilité marginale de chacune d’entre elles est bien moindre, puisque si vous la perdez ou si elle tombe en panne, d’autres peuvent rendre le même service. Autre exemple : vous avez très soif et vous avez devant vous un pack de bouteilles d’eau. La première bouteille a une très grande valeur pour vous (on pourrait vous la vendre très cher), car elle pourrait bien vous sauver la vie. La deuxième, en revanche, n’est plus qu’une question de confort. La troisième et la quatrième n’ont quasiment plus aucune valeur pour vous dans l’immédiat. Quant à la cinquième et à la sixième, si vous y arrivez après avoir bu toutes les précédentes, il est probable qu’elles vous dégoûtent et que vous n’ayez même plus envie de les boire : leur valeur marginale est faible, voire même négative. Si on accepte le principe de Briffault et ses corollaires, il faut alors accepter que pour une femme, l’utilité marginale d’une relation diminue au fur et à mesure que sont acquis les bénéfices et les valeurs qu’elle en espérait. Pour que la relation se maintienne, cet espoir de bénéfices et de valeurs doit être régulièrement renouvelé.

 

Photo : Veronika Balasyuk

Martial
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