Principes Pilule Rouge : une conclusion temporaire

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Homme pilule rouge

Nous voici parvenus au terme de ces vingt principes Pilule Rouge. D’un sujet à un autre, nous avons parlé des hommes, des femmes, de leurs relations, du monde tel qu’il est, de sa haine pour la virilité véritable, de son gynocentrisme (lequel n’est même pas sincère, mais uniquement poussé par une volonté, consciente ou pas, de dévirilisation et de mise en avant de la Jeune Fille). Le tableau peut sembler sombre, et pourtant…

Ces constats (car ce ne sont que des constats) ne doivent pas désespérer l’homme de raison. Au contraire. Car une vision claire et lucide du monde n’a pas à être douloureuse. Si ces principes vous heurtent, s’ils vous semblent désespérants, cela signifie seulement que vous êtes encore entravé par un certain nombre d’illusions et de mensonge. Rien de ce qui est indiqué dans les vingt principes énoncés ici ne doit vous porter au regret, ni à la colère, et moins encore à la haine, ni à la misogynie : c’est ainsi que va le monde, et pas autrement. Ainsi qu’il est construit, ainsi qu’il tourne. Et les choses allaient déjà ainsi avant que vous n’en preniez conscience. La seule différence, c’est que vous ne le saviez pas.

Le goût amer de la Pilule Rouge

D’ailleurs, soyons honnêtes : vous a-t-on réellement appris grand-chose au fil de ces articles ? Ne vous a-t-on pas plutôt pointé du doigt des choses que vous saviez déjà, sans forcément les formuler ? Des choses que, peut-être, vous gardiez au fond de vous et censuriez parce qu’elles ne correspondaient pas à la doxa, à la manière de voir le monde que la Matrice vous enseigne ? Avaler la Pilule Rouge, ça n’est pas se lancer dans une lutte sans merci contre le réel tel qu’il est. C’est même tout le contraire : c’est le regarder, l’accepter, comprendre qu’effectivement on nous a menti, effectivement on nous a trompé, et sur à peu près tout ce qui importe. Sur l’amour, sur les femmes, sur les hommes, sur ce qu’est ou n’est pas l’égalité, sur ce qu’est ou n’est pas la domination. C’est comprendre qu’au contraire de ce qu’affirme le discours dominant, en tant qu’homme, on appartient à la réelle minorité opprimée. Et qu’on n’a même pas le droit de s’en plaindre. C’est réaliser que sa propre virilité est une menace pour le système de domination, et que, dans le même temps, elle fait partie des derniers espoirs d’un monde à l’agonie. C’est se rendre compte soudain, qu’on est un borgne au milieu des aveugles mais que si on affirme y voir à peu près clair, on risque gros.

Le goût de la Pilule Rouge est loin d’être agréable et laisse, au fond de la gorge, pas mal d’amertume et d’arrière-goûts déplaisants. Et pourtant, c’est la seule manière d’accéder à ce qui vient après. Car la Pilule Rouge n’est pas une fin en soi : elle n’est que le chemin vous permettant d’accéder à autre chose. C’est-à-dire, dans un premier temps, à une clarté et une lucidité d’esprit qu’on ne pensait pas pouvoir avoir. Et dans un deuxième temps, à l’immense chantier qui s’étend devant nous : celui de la réparation de notre propre être dans un premier temps, et de la réparation du monde dans un deuxième temps. Réparer son être, l’améliorer, comprendre et réaliser le potentiel qui est présent en chacun de nous et qui nous est si souvent caché, c’est, en quelque sorte, effacer les péchés de nos pères : c’est renouer avec une tradition immémoriale, hâtivement jetée aux orties par les baby boomers et les générations suivantes, mais qui, quoi qu’ils puissent en croire, existe et demeure : celle de l’homme ; de l’homme dans la plénitude de sa virilité et de sa puissance ; l’homme d’honneur et de principes, de parole et de maîtrise de soi : le guerrier, le pater familias, le paysan, l’artisan, le découvreur, l’explorateur, le conquérant, le philosophe, le mystique. Non pas le zombie décérébré mais bien l’homme total, tant physique qu’intellectuel, tant moral que spirituel. Les hommes de la deuxième moitié du vingtième siècle ont jeté l’éponge : trop difficile, trop fatigant ; ils ont préféré prendre la Pilule Bleue, et, pour beaucoup d’entre eux, devenir des Jeunes Filles. Nous avons appris les réalités du monde sans eux ; nous avons découvert et développé notre virilité sans eux. Pour ce qui est de réparer le monde, nous ferons sans eux également.

Réparer le monde

Réparer le monde, c’est, après avoir effacé en nous-même la trace des péchés de nos pères, faire en sorte que nous ne les reproduisions pas sur nos fils, ni nos filles. C’est éduquer. C’est transmettre. C’est faire de la génération suivante une génération plus forte, plus lucide, plus cohérente, moins narcissique, moins hédoniste. Réparer le monde, c’est ne pas rester seul : former des clans, des tribus, des réseaux, des familles. Avoir conscience de l’écroulement imminent (même si imminent, au sens de l’Histoire longue, cela peut vouloir dire « quelques générations ») d’un système qui est tranquillement en train d’atteindre son seuil d’absurdité critique. Lorsqu’il s’écroulera, il faudra des hommes pour relever les cités, reconstruire les nations, préserver ce qui peut l’être et, lentement, obstinément, se mettre à reconstruire. Des hommes véritables.

Réparer le monde, ça n’est donc pas tenter de sauver une société qui, de toute manière, est en perdition. C’est voir plus loin. C’est prendre conscience que l’on n’est qu’un maillon d’une histoire longue, mais un maillon qui a ses propres responsabilités.

Plus généralement, et sans forcément parler de grands projets de ce type, l’homme qui a avalé la Pilule Rouge et qui l’assimile contribue déjà à rendre le monde meilleur. Et pour cela, il lui suffit de ne plus être un agent de la Matrice. La Boétie l’écrivait déjà en son temps : Soyez résolu à ne plus servir et vous voici libre. Car la liberté, c’est avant tout le pouvoir de dire non. De ne plus être un collabo. Peut-être cette liberté n’est-elle pas absolue mais, au moins, vous permet-elle de ne plus être complice. Nul besoin d’être un héros pour améliorer les choses : ne plus être un salopard suffit. Ne plus hurler avec les loups ; ne plus faire confiance aux êtres qui ne le méritent pas ; ne plus être un Chevalier Blanc ; ne plus cracher sur ceux qui vont paisiblement leur chemin. Suivre les chemins qui ne vont pas à Rome, comme le chantait Brassens. Tout cela, finalement, ne demande que fort peu d’effort. Pourtant, cela peut changer considérablement votre existence.

Mais attention : la Pilule Rouge a son prix et ses dangers, et, pour continuer à citer Brassens, les animaux de basse-cour ne vous pardonneront jamais de voler plus haut qu’eux.

Illustration : Warren Wong

Martial
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